Découverte | Le team Peugeot Cycles 2019 se dévoile à Vélizy

Sport
26 février 2019 — Olivier Béart
C’est au Peugeot Design Lab de Velizy que la marque au lion a décidé de présenter son nouveau team vtt, avec deux nouveautés de taille : l’arrivée de Nicolas Lau comme pilote officiel et l’implication de la marque dans les e-World Series, les courses enduro électriques. Rencontre avec l’équipe 2019 et visite des lieux.

 

Après avoir montré patte blanche au contrôle de sécurité et passé différents portiques grâce à notre badge de visiteur, nous descendons quelques marches pour arriver dans le Peugeot Design Lab, sorte de « boîte à idées » du groupe Peugeot qui travaille en lien avec l’automobile, mais aussi et surtout pour tout ce qui tourne autour et pour les autres activités du groupe, ainsi que pour de nombreuses collaborations extérieures (design d’hélicoptère avec Dassault, d’un piano, etc). 

Mis à par l’automobile, parmi les autres domaines où le nom de Peugeot a une vraie histoire, on pense bien sûr aux célèbres moulins à café, mais aussi évidemment aux vélos. « L’histoire l’a un peu oublié, mais Peugeot a fait des vélos dès 1885, avant l’automobile », embraye directement Cathal Loughnane, Irlandais d’origine, qui n’est autre que le responsable de toutes les activités design de Peugeot et qui a aussi la division cycles sous son aile.

Un coup d’œil dans les livres d’histoire nous apprend qu’il y a un autre domaine où Peugeot a été pionnier, c’est le VTT. En 1984, la marque a en effet été parmi les premières à proposer ce nouveau type de deux roues en France. A la fin des années 90 et jusqu’en 2009, Peugeot Cycles a été quasi complètement en sommeil, jusqu’à sa renaissance en 2009… déjà avec un vélo urbain électrique. 

« Cela illustre clairement la transition en cours, poursuit Cathal Loughnane. Peugeot veut clairement être un des acteurs de la mobilité électrique de demain, que ce soit sur quatre, trois ou deux roues. Et le vélo a de l’avance en la matière : dans l’automobile, nous en sommes à la 2e génération de véhicules électriques, dans le scooter c’est la première, alors que dans le vélo nous en sommes déjà à la 6e ! Et cela va encore bouger très vite. Cependant, je pense que si le moteur électrique va remplacer le thermique dans l’automobile, dans le vélo, l’électrique ne sera jamais seul et il restera toujours de la place pour des vélos classiques, sans assistance. Nous voulons donc jouer sur ces deux tableaux. »

Depuis la renaissance de Peugeot Cycles, le Peugeot Design Lab gère au quotidien la marque de vélos avec Cycleurope. Basée à Romilly, cette entreprise que nous avons déjà eu l’occasion de visiter, co-développe les vélos avec le Design Lab et s’occupe également de l’assemblage dans son usine de Romilly. « C’est une usine où nous avons 200 collaborateurs, entre les chaînes d’assemblage, le centre de R&D et le marketing. Le site est historiquement lié à Peugeot car c’est eux qui ont construit ces lignes pour leurs vélos quand la marque était en plein boom au début des 70’s. Nous avons ensuite racheté le site, avant de recommencer à produire des vélos Peugeot pour la marque à partir de 2009, » embraye Jérôme Valentin, le Président de Cycleurope

Peugeot aujourd’hui se veut clairement une marque généraliste. Elle est vendue dans le réseau Vélo & Oxygène, propriété de Cycleurope, et elle couvre tous les segments, de la route au VTT en passant bien sûr par l’urbain. La gamme actuelle comte 70 modèles, « dont 40 électriques » s’empresse d’ajouter Cathal Loughnane. « C’est une part importante dans le virage électrique de la marque. Et comme dans d’autres domaines, nous pensons que l’implication en compétition est importante pour stimuler l’innovation, l’image de marque et pour tester les produits dans les conditions les plus dures ».

Un team, 4 pilotes et de l’électrique

Après l’apparition du Peugeot eM02FS en 2018, avec sa batterie intégrée et son moteur Bosch, voilà que l’enseigne annonce son engagement comme team officiel dans les nouveaux e-Enduro World Series, un championnat privé qui compte actuellement 4 courses majoritairement en Europe, mais qui semble avoir déjà réussi à capter l’intérêt de nombreuses grosses marques et de quelques pilotes de renom qui s’y affronteront. On parle de gars comme Fabien Barel, Nicolas Vouilloz, Marco-Aurelio Fontana,…

Et Peugeot dans tout cela ? Eh bien ils annoncent ni plus ni moins que l’arrivée de Nicolas Lau dans ses rangs ! Le sympathique pilote de l’Est n’était plus en contrat avec Cube et, après une année un peu « off », il a décidé de reprendre du service (voir notre interview ci-dessous). S’il revient aux affaire, il y a tout de même du changement par rapport à avant : plus question de rouler en EWS, mais en e-World Series, soit en vélo électrique, qui constituera quasi 100% de son programme de courses.

Aux côtés de Nicolas Lau, Morgane Jonnier, double vainqueur de la coupe de France d’enduro rempile avec Peugeot, un team où elle se sent véritablement très à l’aise et surtout soutenue dans ses rêves. Contrairement à Nico, on ne verra pas Morgane sur un vélo électrique, ou alors très occasionnellement. 

Par contre, à l’heure où vous lirez ces lignes, Morgane se sera envolée pour la Nouvelle-Zélande, où elle partira un peu à l’aventure avant de participer à la première manche des Enduro World Series 2019, et d’enchaîner ensuite sur la manche australienne. « Cela faisait un moment que j’y pensais et là, grâce au soutien de Peugeot, ce grand voyage est devenu une réalité, » nous dit-elle avec les yeux pétillants… tout en nous glissant que le reste de l’année sera un peu sportif niveau planning, puisque cette gendarme de profession a tout simplement posé tous ses congés pour s’envoler à l’autre bout du monde ! 

On verra Morgane sur d’autres EWS cette saison, ainsi que sur les manches de la coupe de France d’enduro et quelques belles épreuves où elle se rendra avec son célèbre van dans lequel elle dort sur les courses.

Jean-Roch Vecten (juste à côté de Morgane sur cette image), rempile aussi une année de plus, avec un rôle plus d’ambassadeur et comme mission de continuer à produire de sympathiques petites vidéos. On ne le verra par contre pas ou peu en compétition, mais il roulera tant sur un vélo classique qu’en ebike.

Enfin, Vincent Ancelin joue le rôle de team-manager et de coordinateur de l’équipe, en plus de rouler quelques épreuves du programme, principalement en électrique. « On ne dirait pas comme cela mais je commence à avoir un peu de bouteille. J’ai connu beaucoup d’évolutions du vtt, vu de nouveaux formats de course arriver (DH marathon, enduro,…) et je retrouve ce vent de fraîcheur avec l’ebike, ainsi que l’effervescence des débuts de quelque chose d’important. Peugeot veut passer à la vitesse supérieure, cela me motive. »

Le vélo du team Peugeot et ses partenaires

Au niveau matériel, le team roulera avec les Peugeot eM02FS en électrique et le M01 FS en version sans assistance. Deux vélos mis au point par Peugeot, Cycleurope et leur sous-traitant asiatique Astro… mais il se pourrait que d’autres prototypes de développement voient rapidement le jour et soient mis entre les mains du team, particulièrement en électrique. 

La déco du cadre, en blanc et noir avec motif à damiers, fait echo à un design iconique de la marque. Il rend hommage à l’histoire de la marque, sans vouloir se montrer passéiste. Cathal Loughnane est d’ailleurs clair : « Nous n’envisageons pas Peugeot Cycles comme une marque rétro, mais nous voulons montrer que nous sommes fiers de nos racines par ces motifs. Par contre, ils sont appliqués sur un vélo qui est, nous le pensons, parfaitement au goût du jour, et qui n’a plus rien à voir avec ce que nous faisions avant. »

Côté motorisation, Peugeot est allié à Bosch, dans la continuité des partenariats existant dans le milieu de l’automobile. Le team comptera parmi les équipes officiellement soutenues par Bosch en e-World Series.

Suntour s’occupe des suspensions (qui offrent ici 160mm de débattement), alors que la transmission et les freins proviennent de chez Shimano.

Les composants, tels que le poste de pilotage ou la tige de selle télescopique, proviennent aussi du catalogue Shimano, avec la série Pro Koryak.

Pour la première fois, les Français de Mach 1, plutôt connus pour leurs produits réservés aux professionnels et à la monte d’origine, s’affichent de façon nettement plus publique en soutenant le team Peugeot Cycles et en fournissant les roues. Nous avions rendu visite à l’entreprise située à St-Etienne il y a quelques années, voici notre article pour en savoir plus. A noter que Nicolas Lau garde toutefois un contrat personnel existant avec DT Swiss. 

Enfin, Hutchinson apporte son soutien pour les pneus, ce qui se comprend puisqu’après s’être pas mal investie dans le XC ces dernières années, cet autre grande marque française va placer les prochaines années sous le signe des nouveautés gravity et ebike. Voilà qui colle bien avec le programme Peugeot.

Hey, Nico, comment vas-tu ?

Profitant de la pause déjeuner, on va discuter un peu avec Nicolas Lau, la nouvelle recrue du team. « Le rapprochement avec Peugeot s’est fait assez naturellement, nous explique-t-il. Je roulais encore sur Cube l’an dernier mais je n’ai plus fait de courses et je n’avais plus de contrat ni d’obligation de représentation de la marque. Je connaissais bien Vincent par l’intermédiaire de Shimano, dont nous sommes tous deux ambassadeurs, et nous avons commencé à discuter. Il m’a expliqué le projet Peugeot et cela m’a plu. »

Il nous en dit un peu plus sur ce qui l’a motivé : « Ce projet électrique m’a plu parce que je sais qu’il y a encore énormément de choses à faire dans le domaine. Que ce soit sur le vélo lui-même et le châssis, la motorisation et ses réglages, les composants à adapter aux contraintes spécifiques de l’ebike, etc. Moi, ça me motive beaucoup, et aussi le fait de faire en sorte que cela profite à Mr et Mme tout le monde sur son vélo par la suite. »

L’idée de revenir à la compétition, mais autrement, l’a aussi séduit : « Je n’ai plus envie de rouler en EWS et d’être pilote pro à 100%, de m’entraîner et que toute ma vie tourne autour de cela. Je suis papa, j’ai un boulot de peintre carrossier (pas pour Peugeot, mais chuuut !) et je veux garder cet équilibre. Je veux aussi continuer à pouvoir développer les trails dans ma région de Munster et de mener des projets personnels. Avec l’électrique et le programme de courses e-World Series, c’est tout à fait possible. »

Nicolas vient de commencer à découvrir son nouveau joujou. « C’est une base saine et je sais déjà dans quelle direction je veux aller sur pas mal de points. On va faire du testing de suspensions avec SR-Suntour, qui dispose de techniciens de haut vol et de vraies capacités de customisation des produits. Je sais qu’on va aussi pouvoir travailler comme cela avec Hutchinson, qui est capable de produire des petites séries de pneus très spécifiques pour que nous puissions tester des options de gommes, de carcasses, etc. C’est quelque chose que je n’avais plus vraiment dans mon équipe précédente. Puis, on devrait normalement avoir de belles choses rapidement pour compléter la gamme par le haut et Peugeot a plein de projets, ce qui est très motivant. »

Petit tour dans l’univers Peugeot Design Lab

En guise de conclusion à ces quelques heures passées dans l’univers de la marque, et du Peugeot Design Lab en particulier, nous avons eu l’occasion de découvrir quelques-uns des outils à disposition des équipes, ainsi que des process issus du milieu très exigeant et aux enjeux énormes qu’est l’automobile.

Peugeot Design Lab, et donc par ricochet Peugeot Cycles, peuvent disposer des moyens colossaux du groupe. En guise d’illustration, on nous emmène dans une salle de projection 3D, dans laquelle il est possible de visualiser de façon hyper réaliste un futur vélo qui n’est encore qu’à l’état d’image de synthèse. Le résultat est bluffant et on peu examiner des détails, proportions, étudier certains points, tourner autour et examiner le vélo sous tous ses angles, comme si on l’avait réellement en face de soi. De quoi gagner un temps précieux et déjà affiner beaucoup de choses avant de disposer des prototypes physiques.

Après être passé dans l’atelier de design des intérieurs des nouveaux modèles de voitures, où nous n’avons pas pu prendre de photos, mais où nous avons découvert des matières, des couleurs et des textures dont nous ne soupçonnions pas l’existence et dont certaines pourraient peut-être un jour se retrouver aussi sur un vélo… une petite surprise nous attendait.

Juste avant qu’ils partent pour le salon de Genève, nous avons eu l’occasion d’approcher de très près et d’admirer les concepts cars Instinct et surtout e-Legend. Ce dernier a littéralement fait le buzz avec ses lignes ouvertement inspirées de la mythique 504 et ses nombreux clins d’œil subtilement rétros, qui viennent en fait souligner la très haute technologie de cette voiture électrique qui lève aussi un coin du voile sur la vision de Peugeot en matière de conduite autonome.

Alors que Nicolas Lau observe comme un gamin, les yeux écarquillés, le volant amovible et l’énorme écran qui se dévoile aux pieds du conducteur et des passagers quand on place le véhicule en mode conduite autonome, Cathal Loughnane nous glisse avec un petit sourire que « c’est de ce genre de rencontre du passé et de l’avenir que vont aussi s’inspirer les cycles Peugeot à l’avenir ».

La liste des domaines dans lesquels le Peugeot Design Lab a déjà travaillé est impressionnante ; les réalisations aussi, et on se dit que ce qu’on a sous les yeux en matière de vélo n’est sans doute qu’un début. La marque ne dit encore rien de précis, mais on sent qu’elle a de grands projets et qu’elle a envie d’oser et de montrer ce qu’elle sait faire dans le domaine du deux roues, y compris sportif et de passion comme le VTT. On a hâte de voir !

Notre visite chez Cycleurope à Romilly-sur-Seine – Les présentations des vélos Peugeot M01 FS et eM02 Powertube