World Cup XC 2023 #1 – Nové Město | Une ouverture pleine de promesses

Par Léo Kervran -

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World Cup XC 2023 #1 – Nové Město | Une ouverture pleine de promesses

Rendez-vous favori d’une bonne partie du peloton, Nové Město na Moravě avait cette année l’honneur d’ouvrir la saison. En 13 ans de présence sur le circuit mondial, le tracé tchèque nous a déjà gratifié de tous les scénarios de course mais on risque de se souvenir longtemps de cette édition 2023 ! Des écarts faibles, des duels inattendus, du suspense jusqu’aux derniers instants et des Français aux avant-postes, la barre a été placée très haut et on ne pouvait pas rêver mieux pour lancer la saison. Vous n’avez pas pu suivre ? On vous raconte :

Faut-il encore vous présenter Nové Město na Moravě ? Arrivé en 2011 sur le circuit mondial, le circuit tchèque n’a pas manqué une saison depuis, accueillant même les championnats du monde en 2016. Cité relativement anonyme, Nové Město est surtout connue dans le monde du sport pour la Vysočina Arena, le stade de biathlon situé en bordure de la ville au milieu des collines boisées caractéristiques de la région.

Au fil des saisons, le rendez-vous s’est imposé comme l’un des plus beaux du calendrier XC, tant pour son parcours, nerveux, ludique et spectaculaire, que pour la ferveur du public tchèque. Le pays ne joue peut-être plus les premiers rôles aujourd’hui comme au temps des grandes heures de Jaroslav Kulhavy, l’enfant du pays, ou d’Ondrej Cink, mais il en faut plus pour refroidir les spectateurs qui répondent toujours présents ! On a rarement vu une telle ambiance le samedi sur les courses U23 par exemple.

Pour rajouter un peu de piment, la météo a été changeante toute la semaine : on a eu du sec pour les entraînements, de la pluie pour le XCC ou les courses Juniors et du sec à nouveau pour les U23. Ce dimanche, on attend des averses en début d’après-midi mais le moment précis peut tout changer : à la fin de la course femmes ? Avant la course hommes ? Pendant la course hommes ? Nové Město sur le sec, c’est rapide et ludique mais si les pierres et racines commencent à être mouillées, ce n’est plus du tout la même chose…

Enfin, un dernier élément vient relever les enjeux : on est en 2023 et l’année prochaine sera olympique. A ce stade, on ne parle pas encore de faire les sélections mais les points marqués par les coureurs tout au long de l’année vaudront cher au moment de faire les comptes pour déterminer les nations qualifiées. Plus votre pays est bien classé, plus vous pouvez emmener d’athlètes aux JO (jusqu’à 3, explications à lire ici) ce qui signifie pour les pilotes plus de chances d’y participer. Pour des pays comme la Suisse ou la France, qui comptent plus de coureurs capables de jouer une médaille que de marches sur le podium, chaque place gagnée sera particulièrement importante…

Femmes : Pieterse comme une grande

Ces dernières saisons, on avait pris l’habitude d’arriver à Nové Město juste après la coupe du monde d’Albstadt, donc on avait de bons indices sur l’état de forme des pilotes. Cette année, l’épreuve allemande ne figure pas au calendrier et c’est le week-end tchèque qui ouvre la saison. On est donc dans l’inconnu ou presque quant aux forces en présence et comme on l’a appris au fil du temps, on peut pas vraiment compter sur les résultats du XCC pour nous aiguiller tant ce format est particulier.

Sur la première ligne ce dimanche, on a (de gauche à droite) Anne Tauber, Puck Pieterse, Evie Richards, Laura Stigger, Alessandra Keller, Sina Frei, Haley Batten et Pauline Ferrand-Prévot. Dans leurs roues, des pilotes comme Martina Berta, Linda Indergand, Anne Terpstra ou encore Line Burquier. Faites vos jeux !

Surprenante 7e sur le XCC vendredi pour sa première participation, Puck Pieterse prend le meilleur envol et se lance sur la start-loop, un tour amputé des passages les plus techniques pour prendre le temps d’étirer le peloton. A seulement 21 ans, la Néerlandaise devrait encore courir avec les U23 mais elle a fait le choix d’être surclassée chez les Elites et visiblement, ça ne lui fait pas peur !

Dans sa roue, Evie Richards et Haley Batten ont bien suivi et prennent les commandes du peloton alors qu’on arrive dans les bois. Si les chemins empruntés sur ce début de start-loop sont plus larges que sur un tour classique, le placement reste important à Nové Město si on veut éviter les bouchons dans les passages techniques.

La preuve en image un peu plus loin avec celles qui n’ont pas réussi à remonter à temps…

Chez les Françaises, on a prit un départ relativement prudent. A la fin de cette première boucle, Loana Lecomte est 9e à 17 secondes, Pauline Ferrand-Prévot 11e, Lena Gérault 16e et Line Burquier 25e.

La prudence, voilà qui ne figure pas au vocabulaire d’Haley Batten aujourd’hui. La pilote Specialized creuse déjà un petit écart dans la dernière montée du parcours et passe la ligne seule en tête, avec 4 secondes d’avance sur Evie Richards et Sina Frei. Pour un long raid solitaire ? Partir dès la start-loop, c’est ambitieux mais Loana Lecomte a déjà montré à maintes reprises que c’est tout à fait faisable…

Finalement, ce ne sera pas le cas. Sina Frei ne semble pas vraiment d’accord avec les plans de sa coéquipière et fait l’effort pour revenir dès le début du premier tour complet, ramenant Evie Richards dans sa roue. Derrière, Pauline Ferrand-Prévot remonte et passe successivement Loana Lecomte et Rebecca Henderson, avant de rejoindre Martina Berta et Puck Pieterse pour former un petit groupe autour de la 4e position.

Devant, c’est maintenant Evie Richards qui mène la course. Sans attaquer franchement, la Britannique prend d’abord cinq mètres à Sina Frei et Haley Batten, puis cinq de plus, bientôt cinq autres… A la fin du tour, elle compte déjà 15 secondes d’avance sur le groupe de chasse de Ferrand-Prévot, qui a repris Frei et Batten, et 19 secondes sur Rebecca Henderson.

On pense alors que la course commence à prendre forme, avec un deuxième groupe de chasse une dizaine de secondes plus loin où l’on trouve Loana Lecomte, Alessandra Keller, Anne Terpstra et Anne Tauber mais dans le tour suivant, tout explose. Sans complexes, Puck Pieterse part seule à la poursuite d’Evie Richards, suivie par Sina Frei qui comprend le danger. Malheureusement, la Suissesse est victime d’un problème mécanique qui l’oblige à s’arrêter en zone technique. Ça ne dure pas longtemps mais à ce stade de la course, les écarts sont toujours réduits et elle repart en 9e position seulement.

Tour 4, Evie Richards est toujours seule en tête mais un duo se fait de plus en plus menaçant : Pauline Ferrand-Prévot a repris Puck Pieterse et les deux pilotes ne compte plus qu’une petite dizaine de secondes de retard sur la pilote Trek. Est-ce cette pression qui lui a fait faire une erreur ? En milieu de boucle, elle crève de l’arrière dans une descente. Heureusement pour elle, le pneu résiste bien et la zone technique n’est pas loin.

Elle est encore en tête lorsqu’elle s’arrête devant son mécano mais le dépannage n’est pas parfait et prend un peu plus de temps qu’espéré. Dans notre test du nouveau dérailleur Sram, on trouvait que la roue était moins facile à enlever que sur l’ancienne génération. Est-ce cela qui a posé problème ? Quoi qu’il en soit, Ferrand-Prévot et Pieterse n’ont pas le temps de se poser la question. Elles passent sans un regard, puis c’est au tour de Loana Lecomte, de Rebecca Henderson, d’Alessandra Keller… Richards repart en 7e position, juste derrière Sina Frei et à près de 30 s du duo de tête.

Pour Puck Pieterse et Pauline Ferrand-Prévot, cette crevaison change tout. Auparavant animées par un même but, revenir sur Evie Richards, elles sont maintenant adversaires pour la victoire. La Néerlandaise a l’air plus à l’aise dans les sections techniques, en montée notamment, mais la Française est meilleure rouleuse. D’ailleurs c’est elle qui attaque la première, à la faveur d’un passage de Pieterse dans la zone de ravitaillement.

C’est une nouveauté de cette année et vu les problèmes qu’elle a soulevés, pas sûr qu’elle soit conservée dans cette configuration. Située sur l’herbe peu avant l’arrivée (les tentes alignées au centre de la photo), elle est bien plus lente que la trace principale qui passe sur le goudron et fait perdre plusieurs secondes à toute personne qui s’aventure dedans. Chez les hommes comme chez les femmes, plusieurs pilotes ont ainsi fait le choix de ne pas se ravitailler de la course et quand on sait l’importance que l’hydratation a sur les performances, cela peut être risqué.

Derrière le duo, Loana Lecomte semble solidement installée en troisième position. La Française creuse peu à peu l’écart sur Alessandra Keller et si elle ne remonte pas sur la tête de course, elle ne perd pas non plus de temps. A l’entame des deux derniers tours, son retard s’élève à 19 secondes. Tout reste possible !

Tout reste possible… y compris pour Puck Pieterse. Après plus d’un tour de poursuite, la Néerlandaise finit par revenir sur Pauline Ferrand-Prévot au sommet de la Shimano Expert Climb, l’une des deux montées techniques du circuit. Il reste maintenant moins d’un tour à couvrir et tout est à refaire, le suspense est à son comble ! D’ailleurs, Loana Lecomte s’est aussi bien rapprochée et ne pointe plus qu’à sept petites secondes. Même chose pour Evie Richards, bien remontée après sa crevaison et qui est maintenant 4e à moins de 15 s. Attention à ne pas trop se regarder devant…

Alors que Pauline Ferrand-Prévot ralentit curieusement au dernier passage en zone technique et regarde par-dessus son épaule, peut-être pour essayer de jauger de l’avance sur Loana Lecomte, Puck Pieterse décide de forcer la décision et attaque. La Néerlandaise plonge dans la descente avec quelques mètres d’avance, il ne reste plus qu’une courte montée et le long retour en plat descendant vers l’arrivée. Peut-elle créer l’exploit ?

Oui, cent fois oui ! Vice-championne du monde U23 en XCO, vice-championne du monde Elites en cyclo-cross, la pilote Alpecin-Deceuninck ne sort pas de nulle part mais elle n’était certainement pas celle sur qui on aurait parié ce dimanche. Elle non plus, à l’écouter : « Je ne sais pas ce qui s’est passé ! D’habitude je prends plutôt un bon départ mais ici c’est parti tellement vite que je pensais que j’allais complètement exploser mais apparemment c’était la même chose pour les autres. Quand Evie a eu sa crevaison ou son problème je me suis retrouvée d’un coup en course pour la victoire, je ne savais pas quoi faire ! C’est incroyable. »

Première course Elites, première victoire, le tout le lendemain de ses 21 ans. Un joli cadeau d’anniversaire et une confirmation de son énorme potentiel, elle qui figure déjà parmi les meilleures mondiales en CX et qui progresse à une allure folle sur route. Cette année, elle a notamment pris la 6e place des Strade Bianche, intercalée entre Annemiek Van Vleuten et Katarzyna Niewiadoma. Si vous suivez un peu le cyclisme sur route, ça vous place le personnage.

Pauline Ferrand-Prévot prend finalement la deuxième place après s’être battue jusqu’au bout pour la victoire. La Française semblait tout de même plutôt satisfaite de sa course en interview : « je voulais juste donner le meilleur de moi-même aujourd’hui, je me suis entraînée très dur cet hiver. Mes objectifs sont pour plus tard mais je savais que j’étais déjà assez forte. Je me suis beaucoup entraînée sur du long cet hiver donc je savais que j’avais une bonne endurance mais je ne savais où j’en étais en explosivité. Quand j’ai vu qu’Evie avait une crevaison, c’était le moment d’y aller à fond mais j’ai eu un problème mécanique dans le dernier tour ce qui a permis à Puck de revenir. »

Un peu plus tard, elle donnera plus de précisions à nos confrères de L’Equipe : « J’entame le dernier tour en tête, et ensuite c’est de ma faute car je casse ma selle dans la descente : j’étais à fond, Puck (Pieterse) est revenue. Je me suis dit qu’il y avait une petite chance pour que je la batte au sprint et j’étais à la limite. J’ai fait l’erreur de retomber un peu trop vite en voulant rabaisser ma selle, et ensuite tu prends deux-trois mètres. Mais c’est entièrement ma faute, et c’est un sport aussi mécanique. »

Troisième, Loana Lecomte a opéré une jolie remontée au fil des tours pour terminer à quelques secondes seulement du duo. On se demande d’ailleurs ce qui se serait passé avec un tour de plus… En tout cas, ce podium décroché avec la manière a permis à la pilote Canyon de se rassurer après son petit passage à vide dans le dernier tour du XCC. De quoi construire sereinement la suite de la saison !

Grande perdante du jour avec sa crevaison qui a chamboulé toute la course, Evie Richards se classe finalement 4e mais elle gardait le sourire à l’arrivée.Les bonnes sensations sont de retour et après ses problèmes de dos qui l’handicapaient depuis plusieurs saisons, c’est tout ce qui compte : « Dans la montée raide je souriais, je me sentais vraiment bien. L’année dernière, ma blessure a été terrible et le fait d’être de retour, de s’amuser pendant la course… C’est incroyable. […] Je n’étais pas venue ici pour gagner, au début de l’année je voulais juste progresser et revenir, alors avoir ces bonnes sensations et être à l’avant au départ et se battre, c’est juste fou et je suis prête pour que la saison démarre maintenant. »

D’ailleurs, se retrouver seule en tête n’était pas du tout prévu : « Je n’ai pas eu l’impression de pousser, je voulais juste éviter les ennuis ! J’ai vu la course des U23 et c’était le chaos au départ, donc je voulais juste être à l’avant et dans les descentes j’ai pris de l’avance mais je n’ai pas particulièrement attaqué, j’ai juste maintenu un bon écart qui est apparu par hasard ! C’était plutôt cool de se retrouver dans cette situation mais ce n’était vraiment pas moi qui attaquais, je n’avais pas cette confiance pour cette course. »

Enfin, Alessandra Keller clôt le podium : « En fait, ça me convient. J’ai donné tout ce que j’avais jusqu’à la fin. C’était très agité au début et je n’ai pas réussi à trouver ma place dans le peloton dans le tour de départ, alors j’ai un peu reculé et j’ai dû beaucoup m’investir pour revenir à l’avant. Je n’ai pas réussi à me hisser jusqu’à tout devant mais je suis heureuse d’avoir réussi à rattraper mon retard et à monter sur le podium. C’était vraiment rapide, vraiment très rapide, et très exigeant physiquement. Dommage que nous n’ayons pas pu utiliser la radio, hier ils ont apparemment changé la règle. »

La radio ? Si vous avez regardé le XCC, vous avez peut-être remarqué que la Suissesse portait une oreillette pendant la course. C’est une des nouveautés de cette année, le règlement UCI a été modifié et a ouvert la porte à « l’utilisation de liaisons radio ou autres moyens de communication à distance avec les coureurs » (lire Coupes du monde 2023 : vague de nouveautés sur toutes les disciplines !). L’équipe Thömus Maxon était la première à exploiter ou expérimenter le sujet sur le XCC mais visiblement, la fédération internationale a décidé de se raviser pour un temps. Nous essayerons d’en savoir plus sur le sujet d’ici la prochaine étape à Lenzerheide.

Dans le top 10, on trouve ensuite Anne Terpstra, battue au sprint par Keller, puis Caroline Bohé, Rebecca Henderson, Sina Frei et Martina Berta. Après son départ rapide, Haley Batten a reculé au fil des tours et se classe finalement 11e.

Juste derrière, on notera aussi la 12e place de Mona Mitterwallner, la 13e de Kate Courtney, la 14e de Jenny Rissveds ou la 15e de Jolanda Neff, qui confiait la semaine dernière à Coire sur le circuit ÖKK n’avoir pas encore ses meilleures jambes.

10e du XCC, Line Burquier prend au sprint la 21e place sur ce XCO pour sa première coupe du monde avec les Elites. L’exploit de Puck Pieterse éclipse un peu cette performance mais il s’agit tout de même d’un excellent résultat pour la championne du monde U23 en titre. Elle devance Léna Gérault, qui attirait notre attention sur un point intéressant après l’arrivée : « Je suis satisfaite, j’étais en bonne forme physiquement. Les écarts sont courts, je dois être à 3-4 minutes de la première et d’habitude c’est top 10 donc c’est ultra ultra dense mais très encourageant pour la suite. Le circuit est très beau et je suis contente de mon résultat. »

Lucie Urruty est 59e, Marie Dufosse 69e et Isaure Medde 71e.

Chez les Belges, Emeline Detilleux se classe 34e sur ce circuit qui ne lui a jamais réussi : « C’était dur au début pour se mettre dedans mais je ne me suis pas tracassée. J’ai fait une belle fin de course pour finir aux portes du top 30. Nove Mesto c’est jamais ma meilleure course et même souvent la pire donc c’est motivant. C’est pas un gros résultat mais c’est motivant. »

Après une petite chute dans la start-loop, Githa Michiels termine à la 52e place pour l’une des dernières courses de sa carrière (elle arrêtera cette saison après Vallnord) et Britt Segers a abandonné.

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7e sur le XCC et victorieuse sur le XCO, Puck Pieterse prend la tête du classement général de la coupe du monde après cette manche d’ouverture. Elle devance Pauline Ferrand-Prévot puis viennent ensuite Alessandra Keller, Evie Richards et Loana Lecomte, à qui cette 3e place en XCO permet de rester au contact malgré un short-track en demi-teinte vendredi.

Résumé

1. Puck Pieterse (NED, Alpecin-Deceuninck), 1:23:01

2. Pauline Ferrand-Prévot (FRA, Ineos Grenadiers), + 0:05

3. Loana Lecomte (FRA, Canyon Cllctv), + 0:11

4. Evie Richards (GBR, Trek Factory Racing XC), + 0:16

5. Alessandra Keller (SUI, Thömus Maxon), + 0:38

Classement complet

Hommes : Dubau – Pidcock, un duel sans merci

Comme chez les femmes, on a bien peu de repères avant le départ de la course homme. Tom Pidcock se plaît à dire qu’il n’a encore jamais perdu à Nové Město et tout le monde place en effet le Britannique parmi les favoris, mais l’année dernière, il a bien failli se faire surprendre par Vlad Dascalu

De plus, la pluie est arrivée en début d’après-midi comme prévu et il pleut depuis près de deux heures au moment de donner le départ. Après des entraînements sur sol sec ou à peine humide, voilà qui pourrait bien rebattre les cartes ! Sur la ligne de départ, on a d’ailleurs vu plusieurs équipes procéder à quelques ajustements de pression de pneus ou de réglage de suspension…

Sur la première ligne, le pilote Ineos est accompagné par Sam Gaze, Mathias Flückiger, Nino Schurter, Daniele et Luca Braidot, Jordan Sarrou et Luca Schwarzbauer. A la surprise générale (pas du tout), c’est l’Allemand qui prend le meilleur départ et emmène le peloton dans la start-loop. Schwarzbauer qui fait le départ, on a déjà vu ça l’année dernière et d’habitude, il s’écrase assez rapidement pour finir hors du top 10. On a du mal à croire qu’il n’ait rien appris cette année mais d’un autre côté, ce départ ressemble beaucoup à ceux de la saison précédente.

Quoi qu’il en soit, l’Allemand semble sûr de lui et il ne faut pas longtemps pour qu’il commence à faire le trou sur ses adversaires. Dans la start-loop, Sam Gaze mène la chasse avec Nino Schurter, Tom Pidcock, Titouan Carod, Jordan Sarrou et Vital Albin sur ses talons. Suivent ensuite Martins Blums, Joshua Dubau, Mathias Flückiger…

Au passage, la pluie fait déjà des dégâts avec deux chutes en milieu de peloton avant même de revenir sur la ligne de départ. Pour l’instant c’est sans effet sur la tête de course mais derrière, on a une pensée pour les « anonymes » qui ont fait la route jusqu’en Tchéquie et qui se débrouillent sans le soutien d’une grande équipe, tout ça pour abandonner avant le premier tour… La compétition, ce n’est pas drôle tous les jours.

D’ailleurs, les chutes vont très vite toucher les premières positions. Début du premier tour complet, Sam Gaze alors en troisième position part en soleil sur le plat à l’entrée de la forêt. Sans le vouloir, voilà qui donne un peu de répit à Schwarzbauer ! Placé devant le Néo-Zélandais, Nino Schurter se retrouve seul en poursuite du pilote Canyon et ne parvient pas à réduire l’écart immédiatement.

Il lui faudra attendre le renfort de Joshua Dubau, premier homme à se dépêtrer du bouchon créé par la chute de Gaze, pour revenir. Avant la fin du tour, le trio est rejoint par Pidcock et Flückiger, puis Gaze qui est bien reparti. Le rythme ralentit un peu et ça profite à Jordan Sarrou et Luca Braidot, qui font eux aussi la jonction au début du tour suivant.

Tout ça n’est pas vraiment du goût de Picock, qui accélère un peu avant la Shimano Expert Climb et son fameux passage technique. Si c’est une formalité ou presque pour ces pilotes sur le sec, la pluie le rend bien plus compliqué et Mathias Flückiger en fait les frais. Le Suisse pose pied à terre, surprenant Nino Schurter qui chute sur le côté. Bouchon général, tout le monde à pied ! Seuls Luca Schwarzbauer, qui était devant, et Joshua Dubau, sur une autre ligne, parviennent à s’en sortir sans perdre de temps.

Après son départ rapide, l’Allemand éprouve logiquement le besoin de souffler un peu et Joshua Dubau le dépasse sans plus de formalité dans la montée la plus raide du circuit. Joshua Dubau à la poursuite de Tom Pidcock, pas grand monde ne s’attendait à ça !

Sans complexes, le Français revient sur le Britannique juste avant le retour sur le stade de biathlon et les deux hommes coupent la ligne de départ ensemble, tandis que Schwarzbauer pointe à 15 s en compagnie de Nino Schurter. Jordan Sarrou est 5 s plus loin avec Mathias Flückiger puis vient Thomas Griot, qui remonte bien après un départ prudent et roule maintenant en compagnie de Luca Braidot et Lars Forster.

Tour 4, Tom Pidcock met à l’épreuve Joshua Dubau mais le pilote du Rockrider Ford Racing Team ne se laisse pas faire ! Le Britannique fait le trou une première fois en début de tour mais son adversaire ne craque pas, lisse son effort et revient quelques minutes plus tard. Pas le temps de souffler, Pidcock attaque à nouveau ! Encore une fois, Dubau ne perd pas plus de quelques mètres avant la bascule dans la descente et sur la ligne d’arrivée, Pidcock ne compte pas plus de deux secondes d’avance.

Le Britannique poursuit son effort sur le plat pour empêcher le retour du Français mais il se fait prendre à son propre jeu : il glisse dans la Shimano Expert Climb et doit mettre pied à terre. Juste derrière, Dubau survole les pierres avec une facilité déconcertante et en un instant, le voilà à nouveau au contact !

Dans le groupe de chasse, Jordan Sarrou est revenu sur Nino Schurter et les deux hommes se sont débarrassés ensemble de Luca Schwarzbauer, qui est désormais sous la menace de son coéquipier Thomas Griot. Attention, Sarrou et Schurter n’accusent qu’une petite trentaine de secondes de retard sur le duo de tête. En cas de chute ou de problème technique, cet écart peut vite être réduit à néant et il reste encore trois tours et demi à couvrir…

Devant, Tom Pidcock ne ménage pas ses efforts mais Joshua Dubau est toujours scotché dans sa roue. Intelligent, le Français laisse toutes les responsabilités à son adversaire, qui reste favori sur le papier, et se contente de ne pas se laisser distancer. Honnêtement, on avait encore du mal à y croire jusque-là mais chaque seconde qui passe nous convainc maintenant un peu plus que Joshua Dubau a un réel coup à jouer face au Britannique.

Le Français semble répondre vraiment facilement aux assauts du champion d’Europe et on a l’impression que cela commence à déstabiliser ce dernier. D’ailleurs, le voilà qui part à la faute ! Dans l’une des dernières descentes du circuit, Pidcock perd l’avant sur une racine et s’écrase lourdement par terre. Dubau l’évite et file devant, seul en tête ! (série de photos par Andreas Dobslaff).

Plus de peur que de mal pour Tom Pidcock, qui repart rapidement et sans problème mécanique ou blessure visible. Le Britannique fait l’effort pour essayer de recoller rapidement mais devant, Joshua Dubau veut saisir sa chance et produit également son effort.

Au passage sur la ligne pour les trois derniers tours, l’horloge affiche 13 secondes d’avance pour le pilote Rockrider. Trois tours c’est si long, et 13 secondes si peu, surtout quand on a l’un des meilleurs pilotes de cette génération à ses trousses… En tout cas, c’est ce qu’on se dit sur le bord du circuit. Joshua Dubau semble faire peu de cas de ce genre de réflexion et alterne entre effort soutenu et passage où il semble plus tranquille. Pour garder des forces en vue d’un éventuel retour de Pidcock ?

Le Britannique réduit peu à peu l’écart mais un tour plus tard, il n’est toujours pas revenu dans la roue du Français. Il faut finalement attendre le début de l’avant-dernier tour pour le voir faire la jonction, mais que ce fut dur ! De plus, Joshua Dubau réalise pour l’instant un sans-faute technique et stratégique et recrée un petit écart en haut de la Shimano Expert Climb, forçant Tom Pidcock à faire l’effort une fois de plus dans la montée suivante.

Comme un miroir du début de course, c’est cette fois le pilote Rockrider qui mène et fait le trou à plusieurs reprises, tandis que le pilote Ineos se contente de suivre et doit parfois lutter pour ne pas se laisser distancer. Un tour complet passe sur ce rythme et on commence la dernière boucle sans qu’aucun des deux coureurs n’ait tenté quoi que ce soit. Suspense, suspense…

L’attaque était préparée mais cette fois, Joshua Dubau ne se fait pas avoir !

Milieu de tour, dernière montée roulante, Tom Pidcock est pour la première fois depuis longtemps parfaitement collé dans la roue de Joshua Dubau. On se doute qu’il prépare quelque chose et ça ne rate pas : après la zone technique et juste avant le sommet de la bosse, il accélère comme il le faisait systématiquement sur les premiers tours. L’attaque était préparée mais cette fois, Joshua Dubau ne se fait pas avoir ! Le Français doit laisser passer son adversaire mais il ne lui cède pas un centimètre et les deux hommes plongent dans la descente finale roue dans roue.

Pidcock y fait preuve d’une extrême prudence, obligeant Dubau à freiner pour ne pas lui rentrer dedans dans un virage ou deux mais il n’y a pas la place de doubler et le Français reste derrière. Il ne reste plus qu’une toute petite montée pour essayer de faire la différence, après ce sera le sprint !

Ce sera la montée de trop pour Joshua Dubau. Tom Pidcock place une relance digne des plus beaux démarrages de Nino Schurter et s’envole vers la victoire, laissant littéralement sur place le Français. Il n’y a rien à faire, les derniers hectomètres du parcours version 2023 (il change légèrement chaque année) sont trop rapides et Dubau doit s’incliner.

Tom Pidcock franchit donc la ligne d’arrivée en vainqueur avec cinq toutes petites secondes d’avance. Son regard en arrière dans la dernière ligne droite montre bien qu’il n’était pas vraiment serein… Il reste donc invaincu à Nové Město mais encore une fois, ça s’est joué à très peu de choses ! A l’arrivée, il paraissait d’ailleurs soulagé mais épuisé : « Honnêtement, la course d’aujourd’hui a été difficile. Les conditions étaient très délicates, nous ne nous sommes pas entraînés sous la pluie et je pense que mes pneus étaient un peu durs pour les racines. J’avais crevé ici il y a quelques années et je ne voulais pas crever à nouveau mais je pense que j’aurais dû baisser la pression. C’est bien de gagner au final. Après ma chute j’avais les jambes « mortes » alors je suis passé aux stands, j’ai pris un bidon, un gel et je me suis concentré pour essayer de revenir à l’avant. Je pense qu’il est important de ne pas paniquer, de prendre une minute pour se remettre à zéro. »

Pour Joshua Dubau, l’exploit était tout proche… D’ailleurs, on a déjà envie de parler d’exploit pour qualifier cette deuxième place, lui qui n’avait jamais fait mieux que 10e (par deux fois) l’année dernière. Finir à 5 secondes de Tom Pidcock après l’avoir fait douter toute la course, beaucoup parmi les pilotes au départ rêveraient du même résultat !

Très calme sur l’interview télévisée, il réalisait un peu mieux sa performance lorsqu’on l’a retrouvé un peu plus tard : « C’est quasi le week-end parfait à vrai dire, je passe pas loin de la victoire carrément ! Je pense que c’est une aussi victoire de toute l’équipe derrière moi, de tout ce projet Rockrider, c’est top ! Je suis tellement content, c’est dingue […]. Il va falloir continuer à pousser fort la suite de la saison, on va tout donner pour continuer dans cette direction. Quand Tom perd l’avant je ne réalise pas ce qu’il se passe. C’est fou d’être leader de la course. Je connais ses points forts, je sais qu’il a une attaque puissante et sèche et qu’on est très peu à pouvoir y répondre. Mais je pense que c’est aussi un peu son défaut. Il reste humain, il finit par faire des erreurs lorsqu’il se met dans le rouge comme ça. J’ai tenté de rester concentré sur ma course à moi, de maintenir la pression sur lui tout en ne cherchant pas à combler chaque écart qu’il a pu créer durant la course, ça m’aurait épuisé et j’aurais été incapable de rivaliser. Sur la fin, il rentre mais voilà il n’y avait pas grand chose à faire pour se défendre et je suis super heureux de ma deuxième place. »

Après les contres-performances des femmes quelques heures plus tôt, sa course a aussi mis du baume au coeur du Rockrider Ford Racing Team, qui signe là son premier podium en coupe du monde. De quoi récompenser tout le travail entrepris depuis deux ans : « Il a tout joué pour la gagne, il a tout donné et on est tellement fier de lui ! », nous glissait Stéphane Tempier à l’arrivée. « Joshua sait ce qu’il vaut et je pense qu’il n’a pas manqué grand-chose aujourd’hui pour aller chercher la première place. C’est tellement de joie pour l’équipe, comme une jolie récompense après tant de travail. Je pense que cette course marque la réussite de toute l’équipe Rockrider, et évidemment du talent de Joshua. On va profiter de cette jolie fin de week-end. »

Derrière, Nino Schurter et Jordan Sarrou n’ont pas réussi à se départager avant la ligne droite finale. A 37 ans, le Suisse n’est peut-être plus aussi explosif qu’avant mais il reste un redoutable sprinteur et le Français doit s’incliner. 3e place pour Schurter et 4e place pour Sarrou, tous deux satisfaits : « C’était une course difficile aujourd’hui, surtout avec ces conditions, un parcours délicat. Je suis assez content de ma performance, malheureusement j’ai pris un écart dans une section rocheuse en montée et je n’ai jamais pu le combler, mais je reste content de ma troisième place. Jordan avait un bon rythme tout au long de la course, dans le dernier tour, nous savions que nous étions en course pour la troisième place et j’ai essayé de le secouer en premier mais je n’y suis pas parvenu. Je savais que ça allait être un sprint et j’ai été le plus chanceux », confiait le Suisse aux caméras.

Du côté de Sarrou, le ton est le même : « Je suis super content de faire 4. Le sprint pour la 3e place s’est joué à pas grand-chose en plus ! Je suis satisfait de ma course, je pense avoir été solide. D’autant plus que je n’étais pas sûr de venir il y a encore trois semaines à cause de mon doigt [fracturé à l’entraînement]. Finalement ça s’est bien déroulé à Coire et j’ai donc décidé de participer ce week-end. J’ai eu une bonne prépa malgré ma petite blessure et je savais que j’arrivais en forme ici à Nove Mesto. J’aime vraiment bien ce circuit technique, il est top malgré les racines rendues glissantes par la pluie. Je pense qu’il permet de mettre en avant les qualités d’un vrai vététiste et j’ai pris beaucoup de plaisir sur le vélo aujourd’hui. »

Enfin, Thomas Griot monte sur la dernière marche du podium. Là aussi, performance solide pour le Français et de quoi le mettre en confiance pour la suite de la saison, lui qui a vécu des moments difficiles l’année dernière : « La saison passée a été mitigée, avec beaucoup de montagnes russes niveau émotion donc commencer cette saison 2023 sur un top 5, je ne peux pas espérer mieux, c’est top ! D’autant plus sur un circuit mythique comme celui de Nove Mesto. J’ai eu de jolies sensations et je suis très content de cette course. J’aime bien ce parcours pour son côté assez naturel, un peu comme Mont-Sainte-Anne, ça ressemble à la Haute-Savoie d’où je viens. Les coupes du monde ne vont pas être les seuls objectifs pour autant, certaines coupes de France vont compter autant voire plus vis-à-vis de la sélection pour les JO. On va faire le max en tout cas ! »

Après son départ rapide qui a complètement dynamité la course et permis ce duel épique entre Dubau et Pidcock, Luca Schwarzbauer prend la sixième place. Attention, si l’Allemand se met à tenir le rythme après ses départs sur les chapeaux de roue, il va devenir un sérieux client pour le podium voire la victoire… Le top 10 est complété par Mathias Flückiger, Lars Forster, Luca Braidot et Alan Hatherly, qui s’est bien remis de sa chute sur le XCC.

Derrière les trois Français sur le podium, Titouan Carod se classe 12e après un début de course difficile (25e après le 4e tour) et Mathis Azzaro a une très encourageante 19e place pour son premier départ avec les Elites. Une deuxième raison de se réjouir chez Rockrider : « J’ai vécu un très beau week-end. L’objectif était de rentrer dans le top 20 donc je suis pleinement satisfait, surtout pour ma première coupe du monde en Elites. J’ai remonté pas mal de monde pendant la course, c’était cool. J’aurais voulu encore gratter une place au sprint mais bon… L’ambiance était exceptionnelle sur le circuit. C’était une bonne course, je suis content ! « 

En revanche, d’autres on eu moins de chance. Toujours fortement diminué par la violente allergie alimentaire qui l’a touché jeudi soir, Maxime Marotte termine à la 48e place tandis que Maxime Loret et Antoine Philipp ont abandonné sur chute. Loan Cheneval est 65e, Thibault Daniel 75e, Valentin Remondet 86e et Hugo Boulanger 101e.

Côté Belges, c’est une 14e place pour Pierre de Froidmont, visiblement pas encore complètement remis de sa chute avec Hatherly dans le dernier tour du XCC : « J’ai vécu une course mitigée aujourd’hui. J’ai souffert dès la start-loop et je me suis battu avec les armes du jour. J’ai été aux alentours de la 10ème place une bonne partie de la course mais j’ai très vite vu que je n’avais pas la vitesse pour garder le rythme ou pour recoller en cas d’écart. Je me sentais comme dans un entre-deux, je n’arrivais pas à rouler comme je le souhaitais et à me mettre dans le dur comme d’habitude. Peut-être que je n’ai pas bien récupéré de la semaine et de ma chute de vendredi, je ne sais pas. Je n’ai pas fais d’erreurs techniques pour autant donc je suis content de ce côté-là. Je suis évidemment un peu déçu mais ça fait partie du jeu. »

Jens Schuermans prend la 20e place mais à l’entendre, il visait plus haut : « Ce n’était pas une bonne journée pour moi. Je n’avais pas de bonnes sensations et je n’arrivais pas à respirer correctement. Je sais comment je dois pousser et me mettre dans le dur pour fonctionner et là j’en étais incapable. Le top 10 n’était pas loin donc je suis évidemment déçu. Le top 20 n’est pas mauvais mais je suis persuadé que je peux faire mieux. »

Clément Horny prend la 81e place, tandis que Arne Janssens a abandonné.

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Au classement général, pas de surprise, Tom Pidcock mène la danse. Avec ses deux victoires ce week-end, le Britannique dispose d’une solide d’avance sur Joshua Dubau, 2e. Pour autant, tout pourrait changer dès la prochaine manche de coupe du monde, dans un mois à Lenzerheide, puisque Pidcock sera alors engagé sur le Tour de Suisse. Derrière Dubau, les écarts sont bien plus serrés : Nino Schurter, Jordan Sarrou ou encore Luca Schwarzbauer pointent tous à moins de 40 points du pilote du Rockrider Ford Racing Team.

Résumé

1. Tom Pidcock (GBR, Ineos Grenadiers), 1:22:46

2. Joshua Dubau (FRA, Rockrider Ford Racing Team), + 0:05

3. Nino Schurter (SUI, Scott-Sram MTB Racing Team), + 0:23

4. Jordan Sarrou (FRA, Team BMC), + 0:23

5. Thomas Griot (FRA, Canyon Cllctv), + 0:48

Classement complet

ParLéo Kervran