JO Tokyo 2020 : le point sur les qualifications

Sport
19 mai 2021 — Léo Kervran

Avec la coupe du Monde de Nove Mesto se clôturait la période de qualification pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 (oui, le nom reste le même malgré le décalage d’un an). Les épreuves ne sont toujours pas assurées de se tenir et, en plus de la crise sanitaire, le Japon fait face à une opposition de plus en plus forte dans sa population. Mais pour l’instant, le CIO semble avancer à marche forcée. Le classement des nations qui détermine les places attribuées à chaque pays pour les Jeux vient ainsi d’être publié, l’occasion pour nous de faire le point sur les potentielles sélections.

Les places disponibles

Le système d’attribution des places aux différentes nations est complexe car il existe plusieurs façon pour un pays de se qualifier pour les Jeux Olympiques.

La première chose à savoir, c’est qu’il ne peut pas y avoir plus de 38 concurrents par course (hommes et femmes) : 37 ouvertes à tous les pays ou presque, plus 1 pour le pays hôte. Des pelotons extrêmement réduits et exclusifs si on les compare aux listes de départ d’une coupe du Monde (145 pilotes chez les hommes et 101 chez les femmes à Nove Mesto), mais les Jeux Olympiques sont loin d’être universels, quoi qu’en dise la charte olympique.

Le système suit un processus hiérarchique dont la première étape, celle qui prime sur toutes les autres, est le classement des nations que nous reproduisons ci-dessus (femmes à gauche, hommes à droite). Etabli spécifiquement pour les Jeux Olympiques, il diffère du classement UCI.

30 places sont distribuées grâce à ce classement, avec la répartition suivante :

  • 3 places par nation pour les pays des rangs 1 et 2
  • 2 places par nation pour les pays du rang 3 au rang 7
  • 1 place par nation pour les pays du rang 8 au rang 21
Photo Tokyo Organising Committee of the Olympic and Paralympic Games

3 places sont ensuite disponibles via les résultats des championnats continentaux 2019 d’Afrique, d’Asie et d’Amérique. Pour chaque continent, 1 place est attribuée à la nation hors du top 21 au classement la mieux classée sur ces championnats.

Photo Tokyo Organising Committee of the Olympic and Paralympic Games

Les championnats du monde 2019 permettent également d’obtenir des places, 4 en tout. Ces places sont pour les deux nations les mieux classées chez les Elite et les U23, et qui ne sont pas encore qualifiées via l’une des modalités précédentes. Elles ne sont pas cumulatives, c’est-à-dire que si un pays peut prétendre à 2 places grâce à ses performances en Elite et en Espoir, il ne bénéficiera que de celle de la course Elite et celle de la course Espoirs sera redistribuée au pays suivant.

Enfin, 1 place pour chaque course est prévue pour la nation hôte, le Japon en l’occurrence. Si le Japon était déjà qualifié par l’intermédiaire d’une des conditions présentées au-dessus, cette place serait redistribué au pays suivant sur le classement des nations, mais ce ne sera pas le cas pour cette édition des Jeux Olympiques.

Comme vous aurez pu le constater, la saison 2020 ne rentre absolument pas en ligne de compte dans ce processus de qualification. L’UCI et le CIO ont estimé qu’il aurait été injuste pour certains pays d’inclure cette année, marquée entre autres par les restrictions de déplacement, dans le système de calcul des points.

Photo Tokyo Organising Committee of the Olympic and Paralympic Games

Toutefois, ce processus ne permet que d’attribuer des places au pays qui remplissent les conditions, il ne qualifie pas des athlètes. Les seules règles fixées par le CIO pour qu’un ou une athlète puisse participer aux JO sont d’être âgé/e de 18 ans ou plus au 31 décembre 2019, d’avoir au moins 10 points UCI au classement individuel actualisé après la dernière épreuve qualificative (la Coupe du Monde de Nove Mesto en 2021) et de se conformer à la Charte Olympique, qui évoque notamment le Code Mondial Anti-Dopage. Ensuite, c’est à chaque pays d’établir sa sélection selon ses propres critères.

En France

En France, les critères de sélection officiels sont connus et sont les suivants :

  • Avoir terminé aux 3 premières places des épreuves élites Hommes et Dames sur les championnats du Monde 2019 (Mont-SainteAnne) et/ou une des coupes du monde entre le 10 juillet et le 8 septembre 2019 (Les Gets, Val di Sole, Lenzerheide, Snowshoe)
  • Avoir terminé aux 5 premières places des épreuves élites Hommes et Dames sur l’une des 2 coupes du monde du mois de mai 2021 (Albstadt et Nove Mesto)

Précision utile, “dans l’intérêt de l’Équipe de France, un athlète garde la possibilité d’acquérir le statut de sélectionnable à partir de l’analyse des épreuves supports énoncées cidessus et des compétitions de référence de la catégorie Espoir de la même période”.

De même pour les athlètes blessés pendant une partie de la période de sélection, “le DTN [Directeur Technique National] étudie toute sélectionnabilité potentielle d’athlètes en retour à la compétition après une blessure ou maladie“.

Femmes

Chez les femmes, la France est classée 5e, ce qui signifie 2 athlètes aux Jeux. Ici c’est simple, Pauline Ferrand-Prévot et Loana Lecomte sont les seules pilotes à avoir rempli les critères établis par la fédération et au vu de leurs dernières performances, elle apparaissent toutes deux incontournables.

On notera aussi que Pauline Ferrand-Prévot a déjà une solide expérience olympique, ayant participé aux Jeux de Rio en 2016 et à ceux de Londres en 2012. Pour Loana Lecomte, il s’agira en revanche de construire cette expérience en vue de l’édition 2024 à Paris, même si la jeune Haut-Savoyarde s’affiche déjà comme une prétendante très sérieuse au podium. Selon toute vraisemblance, la championne de France en titre Lena Gerault devrait être remplaçante.

Hommes

Du côté des hommes, comment dire… C’est un peu plus compliqué. La France est 3e au classement des nations, ce qui donne à nouveau 2 places. Sur le papier, ils sont 4 à avoir rempli les critères au moins une fois dans la période observée par la fédération : Victor Koretzky, Jordan Sarrou, Stéphane Tempier (3e des championnats du Monde 2019) et Maxime Marotte (3e de la coupe du Monde de Snowshoe en 2019).

Sauf grosse surprise, Stéphane Tempier ne devrait pas faire partie du voyage au Japon. Le Gapençais se débat depuis le début d’année avec des problèmes de santé et il est aujourd’hui très loin de son meilleur niveau (abandon à Albstadt, 48e à Nove Mesto).

Photo Armin Kuestenbrueck

Si on se fie aux derniers résultats, ce sont actuellement Jordan Sarrou et Victor Koretzky qui tiennent la corde pour la qualification. Le second a connu une course difficile à Nove Mesto après sa victoire à Albstadt mais il a pour lui l’avantage d’avoir participé aux JO de Rio (10e) et, même si on ne le mesure pas forcément très bien en tant que spectateur, on entend souvent qu’avoir l’expérience des Jeux est un élément important pour être performant le jour J.

Jordan Sarrou est un peu moins habitué aux coups d’éclats que Victor Koretzky mais il était plus régulier aux avant-postes en 2019 et, surtout, il a prouvé qu’il sait aussi se dépasser lorsque l’enjeu le demande, comme en témoigne le maillot de champion du Monde actuellement sur ses épaules.

Photo Armin Kuestenbrueck

Reste Maxime Marotte, qui était lui aussi présent à Rio où il a terminé à une belle mais amère 4e place, 10 secondes derrière l’Espagnol Carlos Coloma. L’Alsacien est habitué des podiums mondiaux depuis plusieurs saisons, mais pour lui, c’est malheureusement la place de remplaçant qui se profile, la faute à des résultats en demi-teinte cette saison : 16e à Albstadt, 32e à Nove Mesto.

En outsiders, on pourrait également mentionner Titouan Carod, qui a réussi de belles performances l’année dernière même si ce n’est pas pris en compte dans les critères (3e des championnats du Monde et 2e des championnats d’Europe). Enfin, Thomas Griot monte de plus en plus en puissance (2 top 10 d’affilée cette année en coupe du Monde), mais sans aucun podium mondial à son actif pour l’instant, cela devrait être un peu juste, même pour la place de remplaçant.

Belgique

Photo Armin Kuestenbrueck

La Belgique est classée 14e chez les femmes et 13e chez les hommes, ce qui donne accès à 1 place dans les deux cas. Pour l’épreuve féminine, Githa Michiels est presque assurée d’être du voyage, mais côté masculin, ce pourrait être un peu plus tendu.

Photo Armin Kuestenbrueck

Jens Schuermans est le mieux placé grâce à ses résultats de 2019 (7e aux Gets, notamment) et sa participation aux Jeux de Rio, mais le sélectionneur pourrait aussi être tenté de prendre un pari sur l’avenir avec Pierre de Froidmont, auteur d’un début de saison tonitruant pour ce qui est seulement sa deuxième année Elite. D’autant qu’aux Jeux, le peloton réduit fait qu’on perd beaucoup moins de temps et d’énergie dans le trafic et les sélections réduites imposées par le CIO limitent considérablement le nombre d’adversaires “dangereux”…

Suisse

Si la Suisse domine les classements hommes et femmes, le pays n’est pas à l’abri des dilemmes au moment d’établir sa sélection. Chez les femmes, Sina Frei est la seule à s’être montrée réellement régulière sans interruption depuis 2019 et elle devrait donc être à Tokyo. La deuxième place irait vraisemblablement à Jolanda Neff, qui semble revenir progressivement à son meilleur niveau après sa grave chute de décembre 2019.

Photo Armin Kuestenbrueck

Rappelons que cette chute avait touché la rate, un organe essentiel dans le fonctionnement du système immunitaire, ce qui a rendu l’organisme de la Suissesse beaucoup plus fragile et l’a empêchée de s’entraîner correctement pendant la plus grande partie de l’année 2020. Pour la troisième place, cela devrait se jouer entre Linda Indergand (déjà présente à Rio) et Alessandra Keller (qui revient de blessure). Auteure d’une très bonne performance à Nove Mesto, Nicole Koller risque d’être encore un peu juste pour cette année.

Du côté des hommes, la sélection de Nino Schurter a déjà été confirmée. Mathias Flückiger est également presque assuré d’être à Tokyo mais il reste encore une place, et là, les choses se compliquent nettement puisqu’ils sont près d’une dizaine à pouvoir y prétendre. Si on se fie au classement UCI individuel, c’est Filippo Colombo qui est le mieux placé, mais le pilote Absolute Absalon-BMC s’est fracturé le bassin à Albstadt et on ne sait pas encore quelle sera sa situation dans les prochaines semaines. Cela pourrait “profiter” à Thomas Litscher ou Lars Forster.

Autres cas notables

Avec le peu de places attribuées et le système de qualification drastique établi par le CIO, certains excellents pilotes peuvent se retrouver sur le carreau. Cela a d’ailleurs fait dire à Thomas Frischknecht, l’expérimenté manager de l’équipe Scott-Sram, que l’épreuve olympique pouvait se montrer plus “facile” qu’un championnat du Monde.

Cette année, cela a bien failli arriver à Jenny Rissveds chez les femmes et Tom Pidcock chez les hommes.

La Suède n’est que 26e au classement des nations, ce qui signifie que le pays ne dispose d’aucune place pour envoyer Rissveds, la tenante du titre, à Tokyo sur la base de ce classement. Heureusement, on devrait tout de même voir la Suédoise sur la ligne de départ du circuit d’Izu le 27 juillet, grâce aux places attribuées via les résultats des championnats du Monde 2019.

Photo Armin Kuestenbrueck

Comme expliqué plus haut, 2 places sont en effet prévues pour les deux nations les mieux classées qui ne figurent pas dans le top 21 du classement UCI/CIO. Sauf erreur de notre part, ce sont la Slovénie et la Suède qui devraient profiter de ces entrées, permettant ainsi à Jenny Rissveds de défendre son titre. On rappellera que Rissveds (9e à Albstadt) a gagné une coupe du Monde en 2019, preuve que son meilleur niveau n’est pas très loin et qu’il serait prématuré de l’écarter complètement de la course au titre.

Pour Pidcock, ce fut encore plus serré. La Grande-Bretagne est actuellement 31e au classement des nations, loin des 21 premières places qualificatives. La seule chance pour le pays d’envoyer Pidcock aux JO passe donc par les places des championnats du Monde 2019 et plus précisément la course U23, car les places de la course Elite sont prises par d’autres pays figurant en meilleure position dans le classement.

Avant Nove Mesto, c’était la Roumanie et le Chili qui bénéficiaient de ces places mais, grâce aux bons résultats des coureurs Roumains – Vlad Dascalu (17e) en tête – en République Tchèque, la Roumanie est rentrée dans le top 21, ce qui libère une place. Cette place, c’est normalement la Grande-Bretagne qui devrait la récupérer, ce qui permettra à Tom Pidcock de participer à l’épreuve olympique. Pour l’anecdote, on notera que Pidcock n’était pas présent sur ces championnats du Monde…

Plus d’informations :

Classement UCI / CIO Femmes

Classement UCI / CIO Hommes

Système de qualification