Test | Trek Check-OUT SL7 : le gravel tout-suspendu, hérésie ou révélation ?
Par Olivier Béart -
Un gravel tout-suspendu ? Chez Trek, ce n’est plus une blague de comptoir mais un vélo bien réel, avec 60 mm de débattement à l’avant, 55 mm à l’arrière, une tige de selle télescopique de série et même un porte-bagages articulé. Le nouveau Trek Check-OUT promet d’être plus rapide qu’un VTT sur route et chemins rapides, et plus capable qu’un gravel tout rigide quand c’est cassant. Les puristes crient déjà au sacrilège, les aventuriers regardent avec curiosité. On l’a testé pour tenter de trancher !
Le gravel est né d’une envie de simplicité : un cintre de route, des pneus un peu plus larges, pas de suspensions, pas de complications. Quelques saisons plus tard, les pneus ont gagné en section (on arrive à du 50, 55, voire 60 mm), les fourches suspendues se sont invitées sur les modèles d’aventure et les tiges télescopiques ne font plus sourire personne. À force, la vieille boutade selon laquelle « le gravel, c’est un VTT des années 90 » commence à ressembler à un constat. Avec le Check-OUT, Trek pousse la logique jusqu’au bout et ajoute ce que beaucoup considéraient comme la ligne rouge : une vraie suspension arrière, avec amortisseur et biellette.
Le géant américain n'est pas tout à fait le premier à s'aventurer sur ce terrain. Mais, avec le Check-OUT, c'est la première fois qu'une marque de la taille de Trek s'engage sur la voie d'un gravel tout-suspendu.
Le géant américain n’est pas tout à fait le premier à s’aventurer sur ce terrain. Niner avait ouvert la voie avec son MCR 9 RDO en 2018 (voir notre test), retiré du catalogue en 2023 faute d’avoir trouvé son public (et, il faut le dire, une fourche adaptée), tandis que d’autres ont préféré des solutions plus discrètes comme le softtail Moots YBB ou la potence et la tige suspendues du Specialized Diverge STR (voir notre test). Mais, avec le Check-OUT, c’est la première fois qu’une marque de la taille de Trek s’engage sur la voie d’un gravel tout-suspendu. Le projet a démarré en 2022 et le proto a fait ses preuves avant même sa présentation, sous les fesses de Justinas Leveika, vainqueur de l’Accursed Race puis de la Trans Balkan Race 2025 sur un prototype.
Trek insiste toutefois sur un point : le Check-OUT n’est pas un VTT avec un cintre de course, mais un gravel très capable, pensé pour les longues sorties sur des pistes cassantes, l’ultra-distance et le bikepacking. Que les puristes se rassurent, personne ne les obligera à en acheter un. Mais qu’ils se méfient quand même : il pourrait bien leur donner envie. Voyons comment Trek a conçu ce vélo atypique.
Châssis
Le cadre du Check-OUT est réalisé en fibres de carbone OCLV 500, la référence de Trek pour ses modèles « SL » (OCLV pour Optimum Compaction Low Void, un procédé de moulage qui limite les micro-bulles d’air dans la fibre). Il a été homologué selon les normes VTT, et non selon celles du gravel, ce qui en dit long sur l’usage que la marque en imagine et les exigences de résistance à la fatigue. Avec son amortisseur, il pèse 2,4 kg en taille M/L, soit un poids raisonnable pour un tout-suspendu, mais forcément assez élevé pour un cadre de gravel. On est cependant pas très loin du poids d’un cadre acier, pour comparer avec un autre type de vélo qui se veut confortable.
Sur le plan des standards, Trek a soigneusement évité de basculer dans le monde du VTT. On retrouve des axes de 12 x 100 mm à l’avant et de 12 x 142 mm à l’arrière (et non le Boost des VTT), des étriers de frein en flat mount, un boîtier de pédalier fileté T47 et une patte de dérailleur universelle UDH. L’idée est simple : permettre au propriétaire d’un Check-OUT d’y monter n’importe quelle paire de roues de gravel.
Le tube de selle accueille une tige de 31,6 mm, un diamètre choisi pour faciliter le montage d’une tige de selle télescopique, et qui laisse la porte ouverte à des modèles plus longs que la tige de 100 mm montée d’origine. Côté transmission, le cadre est optimisé pour un plateau unique de 36 dents (la position du pivot détermine l’anti-squat, c’est-à-dire la façon dont la suspension réagit à la traction de la chaîne), mais il accepte de 34 à 38 dents sans broncher (il est d’ailleurs monté d’origine en 38).
Le passage des gaines est particulièrement souple. Elles peuvent passer par le jeu de direction, par des orifices classiques en tête de tube diagonal ou rester entièrement à l’extérieur, logées dans une gorge creusée sur le dessus du tube diagonal. Cette même gorge accueille sept inserts filetés qui permettent de positionner librement porte-bidons et porte-bagages.
Au total, le cadre compte jusqu’à 18 points de fixation à partir de la taille ML : deux sur le tube supérieur, sept sur le tube diagonal, trois sur le tube de selle et trois sous le tube diagonal. Trek livre d’ailleurs deux supports Multi-Mount en aluminium, dont les trous oblongs permettent d’ajuster finement la position des bagages ou des bidons. Contrairement au Checkpoint, en revanche, pas de trappe de rangement intégrée dans le tube diagonal.
Le triangle avant est volontairement très vaste, avec un tube supérieur haut placé pour loger une grande sacoche de cadre. Trek a d’ailleurs développé avec Topo Designs une sacoche sur mesure (en tailles M, ML et L uniquement), et publie les gabarits de chaque taille pour les artisans qui souhaiteraient en confectionner une. Revers de la médaille, la hauteur d’enjambement est élevée et il faudra être attentif au choix de la taille. Pour préserver ce volume dans toutes les tailles, Trek n’a pas hésité à concevoir trois triangles arrière différents, chacun avec son propre moule, pour couvrir les cinq tailles de cadre. Un luxe que peu de marques s’offrent sur un tout-suspendu.
Reste la pièce la plus étonnante : le porte-bagages arrière, livré de série avec les vélos complets. Fixer un porte-bagages classique sur un triangle arrière suspendu pose un problème évident, puisque la charge bouge avec la roue. Trek a donc dessiné son propre modèle en aluminium, fixé à l’avant du tube de selle et au-dessus des pattes arrière via de petites biellettes montées sur trois paires de roulements.
Ancré sur le triangle arrière, en amont de l’amortisseur, il ne suspend pas les bagages, qui demeurent une masse non suspendue (elle suit les mouvements de la roue). En revanche, le porte-bagages est mobile et sa cinématique lui permet de rester stable et quasiment horizontal tout au long du débattement, ce qui évite les mouvements parasites du chargement. Le porte-bagages pèse environ 760 à 785 g, accepte jusqu’à 10 kg et propose quinze inserts filetés, dont deux séries de trois sur chaque flanc, ainsi que des passants pour sangles.
Le poids total autorisé (vélo, cycliste et bagages) est quant à lui limité à 125 kg, ce qui peut vite devenir juste pour un gabarit costaud parti pour plusieurs jours en autonomie. Enfin, protections de tube diagonal et de base arrière vissées ainsi qu’un guide-chaîne intégré complètent un cadre manifestement pensé pour encaisser.
Suspensions
Chez Trek, on aurait pu s’attendre à voir resurgir l’IsoStrut du Supercaliber, cet amortisseur intégré au cadre qui fait office de hauban. La marque l’a bien testé sur un prototype, avant de l’abandonner : impossible d’obtenir le débattement et la progressivité souhaités dans toutes les tailles, et ce système impose un tube supérieur bas et plongeant qui aurait sacrifié le précieux espace du triangle avant. Les ingénieurs ont donc opté pour une architecture empruntée aux VTT de cross-country récents, mais plus classique : un monopivot à haubans flexibles (sans pivot près de l’axe arrière, ce sont les haubans eux-mêmes qui fléchissent légèrement pour accompagner le mouvement), actionné par une petite biellette logée sous le tube supérieur. Elle est couplée à un amortisseur RockShox SIDLuxe de 170 x 27,5 mm, au réglage spécifique, pour 55 mm de débattement à la roue. Sa cinématique a été travaillée en priorité pour le pédalage, et l’amortisseur propose trois positions : ouvert, pédalage et blocage.
À l’avant, faute de fourche existante capable d’offrir à la fois un débattement suffisant et le passage de pneus voulu, Trek a co-développé avec RockShox une nouvelle fourche, la Rudy XL. Plus robuste que la Rudy classique (de 30 à 50 mm), elle offre 60 mm de débattement sur le Check-OUT, un passage de pneus jusqu’à 56 mm, un ressort pneumatique Solo Air revu et une cartouche Charger Race Day 2 dont la molette de blocage est progressive, du mode ouvert au blocage complet. Pour le réglage, Trek recommande un sag (l’enfoncement de la suspension sous le seul poids du cycliste) de 20 % à l’arrière et de 15 % à l’avant, soit un peu plus ferme que sur un VTT. Rien d’insurmontable pour un vététiste, mais une petite séance de pompe et de calcul qui risque de dérouter certains routiers.
Pour justifier ses choix, Trek a sorti l’artillerie lourde : un tapis roulant à bosses reproduisant un revêtement de gravel cassant, de la capture de mouvement et même un masque d’analyse respiratoire. Selon la marque, le Check-OUT réduit de 41,5 % les vibrations transmises au cycliste par rapport à un gravel rigide, diminue de 27 % les variations de position du bassin sur la selle (autrement dit, on se fait moins éjecter), réduit de 23 % les corrections de trajectoire au guidon et fait baisser la ventilation de 7,3 %. Des chiffres maison, à prendre comme tels, mais dont le message est limpide : sur mauvais terrain, le confort est aussi une forme de performance.
Géométrie
Trek parle d’une nouvelle géométrie « aventure », et les chiffres confirment qu’on n’a pas affaire à un VTT déguisé. Le Check-OUT est proposé en cinq tailles (S, M, ML, L et XL). En taille ML, la plus centrale, il affiche un reach (la distance horizontale entre le boîtier de pédalier et le haut du tube de direction) de 417 mm pour un stack (la hauteur de ce même point) de 634 mm, un angle de direction de 69,4°, un angle de selle de 73,7° et un empattement de 1 117 mm. Les bases mesurent 442 mm dans toutes les tailles, le chasse est de 88 mm et le pédalier se situe 70 mm sous l’axe des roues (68 mm en L et XL), une valeur qui paraît modeste sur le papier mais qui s’accentue une fois la suspension enfoncée.
Par rapport au Checkpoint rigide, le Check-OUT est plus long et plus haut à l’avant, pour une position plus redressée et une stabilité accrue. Face aux Procaliber et Supercaliber de la gamme VTT, il place au contraire le cycliste un peu plus en arrière et plus droit, avec une direction nettement plus vive que celle d’un VTT moderne. Le stack grimpe d’ailleurs fortement dans les grandes tailles, jusqu’à 673 mm en XL. Pour situer le vélo, les confrères américains le rapprochent volontiers du Salsa Cutthroat ou du Cotic Cascade, avec un avant un peu plus long. Une potence de 70 mm complète un ensemble qui vise clairement le confort sur la durée plutôt que la position de course, sans pour autant tomber dans le vélo de randonnée pantouflard.
Équipements et versions
Le Check-OUT est décliné en deux montages complets et en kit cadre, tous construits autour du même cadre carbone et des mêmes débattements. Point commun bienvenu, tous les vélos complets reçoivent une tige de selle télescopique de 100 mm, le nouveau cintre carbone Bontrager GR Check-OUT, des pneus Bontrager Betasso et un plateau unique de 38 dents. Le cintre mérite qu’on s’y arrête : relativement étroit au niveau des cocottes (46 cm en taille ML) pour rester aérodynamique, il s’évase de 12 cm vers le bas du cintre (flare), avec un léger recul et une partie supérieure élargie pour poser les paumes, le tout avec la technologie IsoCore de Trek pour filtrer les vibrations.
Le Check-OUT SL 5 ouvre la gamme à 4 999 €. Il est équipé d’une transmission mécanique Shimano GRX 1×12 associée à une cassette XT 10-51, de roues Bontrager Paradigm Comp 25 en aluminium et d’une tige télescopique TranzX à commande par câble. Trek annonce 11,97 kg en taille ML, avec liquide préventif mais sans pédales ni porte-bagages. Il est proposé en deux coloris, Era White/Blue Sage et Dark Star/Dark Web.
Le Check-OUT SL 7 AXS, notre modèle d’essai, est affiché à 6 999 €. Il passe à la fourche RockShox Rudy XL Ultimate et à l’amortisseur SIDLuxe Ultimate 3P.
Il adopte une transmission sans fil Sram dite « mulet », qui marie des leviers Force AXS de route à un dérailleur VTT X0 Eagle AXS T-Type et une cassette 10-52. Le pédalier est un Force 1 XPLR avec plateau de 38 dents.
Le freinage est aussi confié à Sram avec les excellents Force hydrauliques en disques de 160 mm. Notre test a montré que même avec un vélo chargé, ils sont parfaitement à leur place !
Les roues sont des Bontrager Aeolus Pro 3V en carbone (hauteur de 30 mm et 25 mm de largeur interne) chaussées de Betasso RSL GX en 55 mm, et la tige télescopique une RockShox Reverb AXS sans fil. Trek annonce 11,28 kg en taille ML, toujours sans porte-bagages, tandis que notre exemplaire d’essai en taille L a été pesé sur notre balance à 11,61 kg sans porte-bagages et 12,34 kg avec. Il n’est disponible qu’en Era White/Blue Sage.
Enfin, le kit cadre, livré avec l’amortisseur, est proposé à 2 999 € pour ceux qui voudraient monter leur propre machine d’aventure. Pour mettre ces tarifs en perspective, un Checkpoint SL 7 AXS de troisième génération, rigide et sans tige télescopique, s’affiche à 5 999 €. Le Check-OUT équivalent coûte donc mille euros de plus, mais embarque une fourche, un amortisseur, une tige télescopique sans fil et un porte-bagages spécifique. Ce n’est pas donné, loin s’en faut, mais c’est cohérent.
Trek Check-OUT SL7 : le test terrain
Nous avons beaucoup roulé le Check-OUT SL 7 AXS… et il y a beaucoup à dire sur ce gravel atypique ! Notre test a commencé et s’est terminé en Belgique, sur nos parcours gravel habituels, mais nous l’avons aussi éprouvé dans le cadre d’un vrai trip bikepacking : le Tuscany Trail 2026, l’un des grands rendez-vous européens du genre.
L’un de nos testeurs l’a bouclé avec l’extension Chianti, soit environ 550 km et un peu plus de 7 000 m de dénivelé en sept jours, sur un parcours alternant route, strade bianche (les fameux chemins blancs toscans), passages caillouteux et petits sentiers en forêt. Un terrain pour lequel l’organisation conseillait d’ailleurs plutôt un VTT qu’un gravel ! Le vélo y a été utilisé tel quel, sans aucune modification, chargé en mode bikepacking léger (sans matériel de bivouac). Au total, plus de 1 000 km de test, soit de quoi se faire une idée précise.
Commençons par une évidence : le Check-OUT est très confortable. Ce serait d’ailleurs un comble qu’il ne le soit pas, avec une fourche et un amortisseur pour filtrer le terrain ! Sur les pistes cassantes, les chemins défoncés et les portions pavées, toutes ces petites vibrations et ces chocs répétés qui, sur un gravel rigide, finissent par user les bras, le dos et la concentration sont largement gommés. Moins de secousses, c’est aussi moins d’efforts pour garder le vélo en ligne, et des mains, des poignets et une assise nettement moins sollicités. C’est bien là que réside tout l’intérêt du concept.
Côté poids, les sensations sont un peu paradoxales. D’un côté, on sent qu’on est sur une machine haut de gamme qui a un certain répondant et qui n’est en aucun cas un « veau ». Mais de l’autre, elle n’a rien d’un poids plume pour un gravel. Bonne surprise, le cadre se montre bien rigide latéralement et la suspension arrière n’introduit aucune souplesse parasite, même quand on appuie fort sur les pédales. En revanche, il faut de bonnes cuisses pour le lancer et le faire accélérer de manière vraiment efficace. Le châssis est plutôt verrouillé, posé, et le Check-OUT n’a rien d’un vélo explosif ou pétillant dans les relances. Il préfère clairement un rythme soutenu et régulier aux changements d’allure brutaux.
Sur la route et les pistes roulantes, mieux vaut basculer la fourche et l’amortisseur en position bloquée. Mais même en position ouverte, l’arrière pompe peu et les mouvements des suspensions ne nous ont jamais paru parasites. Précisons que nous sommes plutôt vététistes à la base, donc habitués aux doubles suspensions : un cycliste venu de la route ou du gravel rigide y sera sans doute plus sensible. Il n’y a pas non plus de blocage au guidon. Même si les molettes sont assez accessibles, il faut donc un peu de gymnastique pour jouer avec les différents modes.
Le confort apporté garde une certaine fermeté et un vrai esprit gravel, bien différent de celui d’un tout-suspendu de VTT. Et c’est aussi sur le plat cassant que les suspensions se montrent les plus précieuses, là où l’on peut rester assis sur la selle et pédaler longtemps, efficacement, sans se fatiguer prématurément. Soyons clairs pour autant, le Check-OUT n’est pas un gravel « race » au sens strict. On peut aller vite à son guidon, mais en douceur, en déroulant, plutôt qu’en attaquant à chaque relance. Et en visant la performance sur de (très) longues distances, à défaut d’espérer briller en format court.
Seul bémol côté suspensions, l’équilibre entre l’avant et l’arrière. La fourche RockShox Rudy XL se montre très linéaire (sa résistance augmente peu au fil du débattement) et paraît moins soutenue que l’amortisseur, au point qu’il faut la surgonfler un peu par rapport aux recommandations pour retrouver un comportement homogène. Nous avons également roulé le Check-OUT avec la nouvelle fourche Öhlins GXF30 M.1, que nous avons testée par ailleurs, et qui est nettement moins affectée par ce phénomène. Elle rendait d’ailleurs le vélo encore meilleur.
En descente, le Check-OUT se montre très rassurant. Dans les descentes rapides et cassantes, il offre même un confort et une stabilité tout simplement bluffants pour un vélo à cintre courbé, avec une motricité et un contrôle sans commune mesure avec ceux d’un gravel rigide. Attention toutefois à ne pas se méprendre : ce n’est pas un gravel taillé pour la descente. Dans ce cas, un VTT ferait bien mieux l’affaire. Son débattement reste réduit, sa géométrie est bien différente de celle d’un VTT, et nous n’irions pas jusqu’à parler de « mini VTT ». Le Check-OUT reste avant tout pensé pour être bien plus rapide qu’un VTT sur le plat et pour permettre de varier les positions grâce à son cintre. Ses suspensions ne le transforment pas en VTT, elles en font un gravel plus confortable et plus rassurant, qui repousse les limites sans changer de nature. Les grosses marches et les racines saillantes se négocient d’ailleurs avec la même prudence qu’avec un autre gravel, simplement avec beaucoup plus de sérénité.
Côté équipements, le nouveau cintre Bontrager est une vraie réussite et il joue un vrai rôle dans le confort et la maîtrise du vélo. Il est très large en bas, mais sa forme est très agréable, avec un léger retour sur la partie haute et un flare (l’évasement vers le bas du cintre) prononcé, sans être extrême, qui colle parfaitement au programme du vélo. Toutes les positions des mains sont réellement exploitables, et nous avons rarement roulé aussi souvent les mains en bas sur un gravel, y compris pour dérouler sur de longues portions roulantes. Sa largeur apporte en prime un vrai surcroît de stabilité et de confort quand le terrain se dégrade.
La tige de selle télescopique, elle, est un must, même en gravel. Vu la géométrie d’un tel vélo, elle aide énormément : elle libère de la place pour bouger et abaisser le centre de gravité dans les passages raides, et apporte un vrai gain de sécurité en descente comme de confort, encore plus quand on est chargé et que la maîtrise du vélo est plus délicate. On l’apprécie même à l’arrêt, pour descendre plus facilement d’un vélo chargé. Et grâce au porte-bagages spécifique du Check-OUT, son fonctionnement n’est absolument pas affecté par le chargement.
Côté caractère, le Check-OUT n’est pas ennuyeux à piloter, mais il n’est pas vraiment fun non plus. Il se manie bien, sans exubérance, et il n’incite ni aux pitreries ni à aller chercher le petit singletrack ludique pour le plaisir de jouer avec le relief. Son terrain de jeu est ailleurs : c’est avant tout un vélo de voyage et de longue distance, fait pour rouler longtemps et très confortablement sans accumuler la fatigue que provoquent, heure après heure, toutes ces petites agressions sur l’organisme.
C’est d’ailleurs en bikepacking qu’il prend toute sa dimension. Sur le Tuscany Trail, le confort a été le grand atout du vélo : « Ça lissait vraiment le parcours. C’était un confort absolu », résume notre testeur. Sur plusieurs jours, cela compte énormément, et il récupérait mieux d’une étape à l’autre, sans jamais avoir à se plaindre de sa position. « J’ai été surpris de pouvoir faire autant de jours avec si peu d’inconfort », reconnaît-il. Côté chargement, il avait opté pour un sac de selle glissé dans son harnais, mais couché sur le porte-bagages plutôt que suspendu sous la selle. Résultat, une sacoche bien rigide qui ne ballotte pas, et un vélo qui reste stable, sans transfert de masse, même dans les rampes les plus difficiles. Dans le cadre, les petites plaques Multi-Mount, qui permettent de régler la hauteur des porte-bidons, ont aussi rendu un fier service en permettant de loger deux bidons en plus d’une sacoche de cadre, ce qui est loin d’être évident sur un gravel. Un détail, mais de ceux qui font la différence sur un long trip. Quant au poids, il ne l’a jamais vécu comme un handicap : « Sur une longue distance comme ça, le confort a vraiment compensé l’embonpoint. »
Le porte-bagages, justement, est vraiment bien conçu. En reportant la charge sur l’arrière plutôt que de laisser une sacoche pendre sous la selle, il préserve le plein usage de la tige télescopique, ce qui n’est pas un détail sur ce type de vélo. Ancré sur le triangle arrière, en amont de l’amortisseur, il ne suspend pas les bagages, ce qui fait que charger l’arrière n’oblige pas à retoucher les réglages de suspension. Mais il est mobile, et sa cinématique lui permet de rester stable et horizontal tout au long du débattement, ce qui évite les mouvements parasites du chargement. Côté fiabilité, nous n’avons rencontré aucun souci, y compris sur le Tuscany Trail : pas de vis perdue ni desserrée, contrairement à ce qu’ont rapporté certains confrères. Seul le look en a pris un coup, avec une anodisation partie à plusieurs endroits, mais l’ensemble reste qualitatif.
Côté transmission, le plateau de 38 dents peut paraître un peu long a priori pour un vélo de voyage. Mais associé à une transmission de VTT et à sa cassette 10-52, il permet déjà de passer à peu près partout, et au final on s’en sort vraiment bien, même chargé. Notre testeur a d’ailleurs avalé toutes les rampes du Tuscany Trail avec un vélo chargé sans jamais mettre pied à terre, en gardant une cadence confortable dans les pentes raides tout en disposant encore de rapports utiles sur le plat. Les passages de vitesses sont restés impeccables et la batterie AXS n’a jamais fait défaut. Les pneus Bontrager Betasso offrent quant à eux un bon compromis entre rendement et adhérence sur le sec et se sont montrés très solides, sans la moindre crevaison sur plus de 1 000 km de test. Ils montrent en revanche vite leurs limites dès que le terrain devient humide.
Quelques points méritent encore d’être soulignés. Certains utilisateurs semblent se plaindre d’un frottement du genou contre la biellette. Nous ne l’avons pas remarqué, mais on comprend que cela puisse arriver selon la morphologie et la position. Le cadre est également haut, avec un stack élevé et un tube supérieur haut perché, ce qui pourra déranger certains, mais s’explique par la volonté de Trek d’offrir le plus grand volume de chargement possible dans le triangle avant. Le poids total autorisé de 125 kg (vélo, cycliste et bagages compris) est par ailleurs assez bas pour un vélo taillé pour le voyage : un cycliste costaud parti pour plusieurs jours en autonomie peut vite s’en approcher. Enfin, soyons lucides : au-delà d’un fonctionnement convaincant, on perd bien sûr la simplicité qui fait le charme du gravel et on s’ajoute de fameuses contraintes d’entretien (roulements, pivots, révisions de la fourche et de l’amortisseur). Nous n’avons toutefois relevé aucune prise de jeu ni aucun craquement venant de la suspension pendant le test, le seul bruit constaté provenant du boîtier de pédalier.
Verdict
Le Trek Check-OUT n’est ni une hérésie ni une révolution qui va enterrer le gravel rigide : c’est une réponse cohérente à une question que tout le monde ne se pose pas. Ceux qui cherchent la vivacité, la légèreté et le plaisir des relances resteront sur un gravel classique, et ils auront raison. Mais pour qui aime avaler de longues distances sur des chemins cassants, partir plusieurs jours en autonomie ou simplement arriver moins rincé après une grosse sortie, le Check-OUT a de solides arguments : un confort de premier ordre, une stabilité rassurante, un cintre réussi, une tige télescopique de série et un porte-bagages articulé aussi malin qu’efficace. Le prix, élevé, reste cohérent au vu de l’équipement. Le gravel tout-suspendu n’est donc plus une blague, c’est une niche, et Trek l’occupe avec beaucoup de sérieux.
Plus d’infos : https://www.trekbikes.com/check-out-sl-7-axs