Test | Öhlins GXF30 M.1 : la fourche gravel qui se règle (enfin) comme une vraie suspension

Par Olivier Béart -

  • Staff pick

  • Tech

Test | Öhlins GXF30 M.1 : la fourche gravel qui se règle (enfin) comme une vraie suspension

On ne présente plus Öhlins, la marque suédoise qui s’est forgée une réputation dans la moto, avant de débarquer dans le VTT il y a tout juste dix ans. Depuis, ses fourches et amortisseurs ont remporté des Coupes du Monde en descente, en enduro comme en cross-country. En 2026, année de ses 50 ans, Öhlins investit un nouveau domaine du vélo, avec la GXF30 M.1, sa toute première fourche suspendue dédiée au gravel. On a pu la tester en exclusivité :

Öhlins le reconnaît sans détour : la marque n’est pas la première à proposer une fourche suspendue pour le gravel. Fox, RockShox ou encore KS occupent déjà le terrain. Les Suédois voulaient toutefois aborder le segment avec leur propre philosophie, résumée par leur devise « control creates performance ».

Le cahier des charges tient en trois points : améliorer le confort, augmenter le grip en terrain technique et donner plus de confiance au pilote. Le tout sans sacrifier le rendement, et avec un point d’attention particulier : il ne s’agit pas d’une fourche VTT adaptée au gravel, mais d’une plateforme développée spécifiquement pour cette pratique. Voyons comment Öhlins s’y est pris.

Châssis

Avec ses plongeurs de 30 mm, la GXF30 M.1 ne cherche pas à impressionner par sa carrure. L’objectif des ingénieurs était de construire le châssis « le plus intelligent » plutôt que le plus gros, tout en gardant une rigidité comparable à celle de la fourche XC de 100 mm de la marque, mais pour un poids nettement inférieur.

Öhlins explique que le débattement réduit diminue mécaniquement les efforts sur les bagues de guidage (dans lesquelles coulissent les plongeurs), ce qui préserve la durabilité malgré le diamètre plus modeste. L’écartement de moyeu plus étroit des roues gravel rend en outre le châssis plus rigide en torsion, ce qui compense en partie la finesse des tubes.

Côté cotes, la fourche affiche un déport de 45 mm et une hauteur de 445 mm de l’axe à la couronne. C’est 10 mm de plus que la RockShox Rudy XPLR en version 40 mm : un point à vérifier si l’on remplace une fourche rigide sur un cadre existant.

Le dégagement du pneu est généreux, avec 52 mm sans garde-boue et 47 mm avec, de quoi accueillir les gros boudins gravel qui deviennent de plus en plus la norme, et garder de la marge dans la boue. Le freinage passe par le standard flatmount de la route, optimisé pour un disque de 160 mm, et des inserts filetés sur l’arrière des fourreaux permettent de fixer des porte-bidons ou des sacoches pour les sorties bikepacking.

Pourquoi 40 mm ?

Öhlins a fait le choix d’un débattement unique de 40 mm, là où la Rudy et la Fox 32 Taper-Cast proposent plusieurs options (de 30 à 60 mm pour la Rudy et 40 ou 50 mm pour la Fox). Selon la marque, les essais en développement et sur le terrain ont montré que cette valeur offre le meilleur équilibre entre confort, rendement au pédalage, précision de direction et respect de la géométrie des gravel actuels. Il y a aussi une raison plus pragmatique : changer le débattement imposerait de remplacer l’ensemble tige et piston. La GXF30 M.1 est donc proposée exclusivement en 40 mm, du moins pour l’instant.

La cartouche FTX14

Le cœur de la fourche est une cartouche hydraulique inédite, baptisée FTX14 en référence à son piston de 14 mm. Il s’agit d’un système monotube compact, dont la tige et le piston sont partagés avec la plateforme XC de la marque, mais dont les ports hydrauliques et l’équilibre des valves ont été entièrement repensés pour le gravel.

Sur une course aussi courte, il faut en effet des forces d’amortissement nettement plus élevées que sur une fourche VTT pour contrôler les mouvements. Öhlins parle aussi d’une architecture « surcompensée » qui exploite l’hystérésis naturelle du système (le léger décalage de comportement entre l’enfoncement et la détente) pour améliorer la sensibilité sur les petits chocs tout en offrant un bon soutien sur les impacts plus importants.

Côté réglages, on trouve sur la couronne un sélecteur à trois positions, baptisées Business, Grind et Sprint, qui va de l’ouverture totale au blocage manuel en passant par une position intermédiaire. Il n’existe en revanche pas de commande au cintre, mais la molette est facilement manipulable en roulant et ses clics sont bien marqués.

S’y ajoute une molette bleue de réglage de la compression basse vitesse (le freinage hydraulique des mouvements lents de la fourche, ceux provoqués par le pilote lui-même lors des appuis, du freinage ou du pédalage), qui agit en position ouverte. Un tel réglage est encore une rareté sur une fourche gravel et, comme nous le verrons plus loin, il est pourtant très utile.

Le ressort pneumatique se gonfle de 66 psi pour un cycliste de 45 kg jusqu’à 148 psi pour 105 kg, soit environ 13 à 14 psi de plus par tranche de 10 kg. Des pressions élevées, mais logiques vu le petit volume de la chambre à air.

Prix, poids et disponibilité

Öhlins annonce 1 249 g pour la GXF30 M.1. Un poids très optimiste, car nous avons pesé notre exemplaire de test à 1380 g sortie de carton, mais complète. Elle se place ainsi dans la même fourchette que ses principales concurrentes, notamment la RockShox Rudy, que nous avons pesée à 1390 g.

Pour son lancement, la marque joue la carte de l’exclusivité avec une édition limitée à 300 exemplaires dans le monde, tous dans l’emblématique jaune Öhlins Racing et distribués via le programme Fast Forward. Le prix est fixé à 895 €.

Fourche gravel Öhlins GXF30 M.1 : le test terrain

Nous avons testé la fourche Ohlins juste avant son lancement officiel. Nous l’avons montée sur un Trek CheckOut, un gravel tout-suspendu équipé d’origine d’une fourche suspendue RockShox Rudy, ce qui nous a permis de faire une comparaison directe avec une de ses principales concurrentes. Pour le montage sur un gravel avec câblerie intégrée (ce qui est de plus en plus fréquent sur le segment), on pourra regretter que Ohlins n’ait pas prévu un trou dans la douille pour faire passer la durite de frein, ce qui compliquera voire empêchera le montage sur certains modèles.

Sur le terrain, dès les premiers tours de roue, la GXF30 M.1 se montre très sensible et agréable sur les petits chocs. Une belle première impression, mais pas vraiment une surprise : quasiment toutes les fourches gravel excellent dans cet exercice, et c’était déjà le cas de la RockShox Rudy et de la KS que nous avons testées auparavant. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher les vraies qualités de la fourche suédoise.

Avec 40 mm de débattement, et aucune autre option disponible, on ne s’attend évidemment pas à des miracles. Les gros impacts sont simplement atténués, et les successions de chocs moyens ne sont pas complètement effacées non plus. Mais elles sont vraiment bien atténuées, ce qui est bon tant pour le confort que pour la tenue de route et la confiance globale.

Là où la GXF30 M.1 fait la différence, c’est sur la gestion du milieu et de la fin de course, vraiment très réussie. Elle fait mieux que la Rudy et même un peu mieux que la KS, qui était jusqu’ici notre favorite (nous n’avons pas encore roulé la Fox, précisons-le). Il arrive qu’on sente l’arrivée en fin de débattement, mais cela se fait en douceur, avec nettement moins de claquements que sur la Rudy. La compression est globalement mieux maîtrisée et la fourche reste un peu plus haut dans sa course, sans rien perdre de sa sensibilité en début de débattement. Un compromis qui n’est pas si simple à trouver sur si peu de millimètres !

Ce comportement, la GXF30 M.1 le doit avant tout à ses deux atouts face à la concurrence : son blocage à trois positions et son réglage de compression basse vitesse. La position intermédiaire est particulièrement bien vue. Sur terrain moyennement cassant ou en montée, elle évite de ressentir les oscillations de la fourche tout en gardant une suspension active. Et, à notre propre surprise, c’est aussi celle que nous avons fini par privilégier en descente cassante, plutôt que la position ouverte. La compression y est encore plus freinée, ce qui aide à garder la maîtrise, évite de plonger directement au fond et fait travailler la fourche sur le milieu de course même en situation « tendue ».

La position ouverte trouve plutôt sa place dans les descentes rapides et moins extrêmes, mais longues et usantes, où elle va permettre de bien absorber les impacts, avec une belle sensibilité. On l’apprécie aussi sur le plat, quand le poids du pilote est bien réparti sur le vélo et qu’on ne charge pas fortement l’avant, pour absorber au mieux les chocs.

La molette bleue de compression basse vitesse, montre aussi son utilité. Elle permet d’adapter finement la fourche au poids du pilote et à son style de pilotage, et elle aide elle aussi la fourche à rester dans le milieu de son débattement, tout en gardant le moelleux de la position entièrement ouverte. Résultat : une fourche qui travaille vraiment bien, qui ne vient que très rarement en butée, tout en restant sensible en début de course.

Seul petit bémol que les compétiteurs regretteront : le blocage n’est pas total, et on peut encore ressentir une petite oscillation de la fourche en sprint. Par contre, sur la route ou en montée peu accidentée, le blocage et la position intermédiaire suffisent largement pour éliminer les oscillations parasites. Même en position ouverte, le réglage de la compression lente limite aussi naturellement le pompage. Au final, le bilan « rendement » reste très bon, même si on perd évidemment le côté pur et direct d’une fourche rigide. On ne peut pas tout avoir.

Pour le reste, la GXF30 M.1 reste assez classique, à commencer par son allure, jaune Öhlins mis à part. La rigidité du châssis est très bonne, mais comparable à celle de ses concurrentes, et son poids est correct, là aussi dans les mêmes eaux que celui de la Rudy. Reste la question qu’on se pose à chaque fois qu’on monte une fourche suspendue sur un gravel : est-ce vraiment indispensable ? Le gain en confort et en maîtrise est bien réel, mais tout dépend de la pratique et des terrains. Sur des chemins roulants, une fourche rigide et des pneus bien gonflés font encore très bien l’affaire. C’est quand le terrain se durcit, ou quand les kilomètres s’accumulent, que la suspension prend tout son sens.

Verdict

Pour sa première fourche gravel, Öhlins ne révolutionne pas le genre mais signe une copie très aboutie. La sensibilité sur les petits chocs est au rendez-vous, comme chez la concurrence, mais c’est surtout la gestion du milieu et de la fin de course qui fait la différence, grâce à un blocage à trois positions bien pensé et à un réglage de compression basse vitesse encore rare dans cette catégorie. Le débattement unique de 40 mm limite forcément ce qu’elle peut encaisser sur les gros impacts, et le châssis comme le poids restent dans la moyenne. Nous ne sommes toujours pas pleinement convaincus de l’utilité d’une fourche suspendue pour le gravel, sauf quelques cas particuliers, mais pour qui fait partie de cette niche et cherche une fourche qui se règle finement et se pilote vraiment, la GXF30 M.1 est aujourd’hui notre nouvelle référence. Encore faudra-t-il mettre la main sur l’un des 300 exemplaires !

Plus d’infos : https://www.ohlins.com/campaigns/gravel-fork-gxf30-m-1

Par Olivier Béart