Test nouveauté | Orbea Occam 2020 : la polyvalence dévergondée !

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17 juin 2019 — Olivier Béart
Après avoir complètement revu le Rallon d'enduro et présenté l'Oiz en version XC mais aussi dans une très réussie déclinaison TR en 120mm, la place de l'Orbea Occam devait être revue dans la gamme, même si le précédent opus restait et restera toujours une excellente machine polyvalente et confortable. C'est désormais chose faite avec le millésime 2020 de l'Occam qui voit son débattement augmenter et sa géométrie évoluer pour se replacer pile à mi-chemin entre les Oiz et Rallon. Vojo a pu le découvrir et le rouler en avant-première dans les Pyrénées. Découverte et premier essai :

 

Orbea Occam OMR 2020 : le test terrain

C’est à Nocito, un petit village au fin fond des Pyrénées, côté espagnol, qu’Orbea nous a conviés pour découvrir son nouvel Occam. Nocito, c’est un peu le bout du monde, quasiment sans réseau gsm et, pour vous situer, il n’y a l’électricité que depuis 1998 ! Par contre, côté sentiers, c’est l’abondance et nous avons pu compter sur la bande de Basque MTB pour nous emmener goûter aux meilleurs singletracks au cours de deux journées bien remplies avec près de 100km et plus de 3000m de dénivelé au total. Le tout avec un final sur les trails d’Ainsa/Zona Zero, bien connus depuis que l’Enduro World Series y a fait arrêt. Miam !

Question de taille…

Premier dilemme : quelle taille choisir ? Sachant que je roule le Rallon et le Oiz en large, Orbea m’a attribué un joli Occam 2020 rose (pourtant, Vojo n’a pas été racheté par Pinkbike) dans cette taille. Et j’avoue que pour mes 178cm, c’est un peu too much. J’ai beau mettre une potence de 32mm (le minimum), le reach de 474mm est vraiment important et j’ai un peu de mal à manœuvrer l’engin dans les premiers singles sinueux du jour.Coup de bol, il y a un medium disponible (en noir), je vais aussi pouvoir essayer ! Un bon 2cm plus court, ça devrait passer. En effet, le vélo est bien plus facile à prendre en main, il dégage directement une vraie impression de facilité et il se faufile comme un petit chat entre les rochers.

Par contre, le taille M se montre aussi plus vif et direct dans ses réactions à la limite. On n’a rien sans rien. Je termine la journée à son guidon… avant de refaire un tout dernier petit run avec le large pour en avoir le cœur net.

Et là, après m’être habitué au châssis et trouvé les bons réglages de suspension, voilà que je craque définitivement sur le large, qui m’accompagnera donc sur le long ride vers Ainsa le lendemain.

Morale de cette première partie de l’essai : pour certaines personnes qui ont des mensurations un peu “entre deux” tailles, le nouvel Occam demande un minimum de réflexion et si possible de se poser voire d’essayer les deux tailles. Comme dit plus haut, l’option plus petite sera un peu plus flatteuse d’emblée et facile à prendre en main, mais si on roule sur des terrains vraiment techniques et qu’on a l’habitude ainsi que la technique pour rouler sur un vélo plus long, il ne faut pas hésiter à partir sur la taille au-dessus. Cadre long et mini potence, on a d’ailleurs moins de chance de se tromper et de regretter que l’inverse…Comparaison n’est pas raison, mais on ne peut s’empêcher de penser aussi au monde du ski, où des spatules courtes seront plus faciles à prendre en main mais montreront plus vite leurs limites aux pieds d’un sportif de bon niveau.

… et de suspension !

Au delà de cette question de taille, j’ai aussi mis un peu de temps à trouver le bon réglage de suspension. A départ, l’Occam me semblait presque trop physique et trop raide pour moi. Si j’ai vite trouvé le bon setup pour la fourche (la fabuleuse Fox F36 Grip2), ça n’a pas été simple pour l’amortisseur. Malgré la suspension plus progressive, je sentais le début de course fort raide et je sentais fort tous les petits impacts au début, ce qui rendait le pilotage du vélo assez éprouvant sur un terrain aussi rocailleux et technique.

Après quelques essais, le bon compromis que j’ai trouvé est de réduire un peu la pression d’air pour avoir un sag d’un bon 30%, placer une cale plus grosse (de 0,4ci dans l’amortisseur), rouler avec une détente plutôt ouverte. Et c’est là que le vélo a véritablement pris vie pour moi. Ce qu’il faut retenir, au-delà de ce réglage qui est finalement assez personnel, c’est que le nouvel Occam est un outil plus pointu à régler que son prédécesseur, mais aussi beaucoup plus capable et personnalisable pour des bikers aux goûts très différents.

Occam plus musclé ou mini Rallon ?

L’Occam a toujours voulu, à chacune de ses générations, être un modèle de polyvalence. Ici, l’air du temps étant à des vélos de plus en plus capables et à des pratiques sans cesse plus engagées, l’Orbea Occam 2020 tape en plein dedans. Cela reste un “petit” vélo, mais avec d’énormes possibilités. Alors que son prédécesseur était clairement dans l’ombre du Oiz TR depuis sa sortie, ici, plus aucun risque de confondre et c’est plus à la porte du Rallon qu’il vient frapper.

Clairement, sur les trails où nous avons roulé l’Occam 2020, un Rallon aurait aussi bien fait l’affaire. Mais jamais notre petit Occam ne nous a semblé trop juste ou limité non plus ! Au fil des kilomètres, les différences entre Rallon et Occam se dessinent de façon plus nette, même si on imagine qu’Orbea pourrait faire évoluer subtilement son Rallon très prochainement afin de marquer à nouveau plus fort le caractère de chacun et les écarts.

Tout d’abord, la différence Occam/Rallon se marque au niveau de la position. Le tube de selle très droit et la cinématique tenant plus compte du pédalage offrent à l’Occam un avantage assez net quand il faut grimper. Y compris, voire même surtout sur terrain très difficile, au point qu’on se dit parfois qu’on tient là aussi une bonne base pour développer un terrible ebike. Patience, il paraît que quelque chose arrive aussi bientôt de ce côté…

Le nouvel Orbea Occam 2020 incite moins à un pédalage typé cross que l’ancien, et à viser les 20km/h de moyenne sur des tracés typés marathon où quelques passages techniques ou une envie de confort pouvaient justifier de partir sur un 120mm plutôt que sur un pur XC. Ici, c’est un véritable et authentique vélo de trail, fait pour avaler du single (très) technique toute la journée si besoin.

Le grip offert par la suspension est phénoménal, le vélo garde particulièrement bien son assiette, la position du bassin bien à l’équerre du boîtier est redoutable

Le grip offert par la suspension est phénoménal, le vélo garde particulièrement bien son assiette, la position du bassin bien à l’équerre du boîtier est redoutable dans les franchissements et les forts pourcentages, et l’absence de mouvement de pompage donne une réelle impression de dynamisme et de rendement au pédalage, même si le nouvel Occam, équipé de façon plus costaude, est plus lourd que son prédécesseur.

Si nous avons enfilé les bornes au cours de ces deux jours, c’est avant tout pour se gaver de magnifiques descentes dans ce petit paradis méconnu qu’est Nocito, puis ensuite sur les trails enduro de Zona Zero. Et là, l’Occam 2020 est tout simplement bluffant. Le Rallon offre un peu plus de stabilité et une suspension qui donne davantage l’impression d’avaler les impacts, mais le côté vivant et très réactif de l’Occam fait exploser le plaisir de pilotage !

Comme dans les montées bien techniques, l’Occam épate par son équilibre, la confiance qu’il donne au moment de s’élancer dans de gros amas de cailloux en pleine descente, de faire un drop quasi à l’aveugle ou de se lancer dans un pierrier duquel un vélo d’il y a 20 ans serait ressorti en 1000 morceaux, comme le pilote d’ailleurs. Ici, c’est un mix de sentiments de sécurité et de réactivité/vivacité qui domine et c’est vraiment ce qu’il faut pour se lâcher.

Même sur l’Occam en taille L, particulièrement grand, la facilité à se jeter d’une épingle à l’autre est assez bluffante. Puis, surtout, le pilotage n’est pas saccadé, mais très coulé, avec toujours du grip, cette sensation de rouler avec un vélo hyper capable et rassurant, mais aussi doté d’un petit grain de folie qui donne une énorme banane en même temps qu’on affole les chronos.

Un solide concurrent pour les références du marché !

Par rapport à la concurrence, il fait inévitablement penser au Specialized Stumpjumper LT, auquel il s’attaque frontalement. Justement, nous l’avons testé très récemment et si tous les deux sont performants et très capables au point d’aller marcher sur les plates-bandes de certains enduros, ce nouvel Orbea Occam 2020 est clairement beaucoup plus un vélo de caractère que le Stumpjumper auquel nous avions justement reproché son côté presque trop parfait et passe-partout.

Par rapport au Lapierre Zesty, il fait clairement plus musclé (surtout avec la Fox 36 comme nous l’avons testé) même s’il partage certains traits de caractère, comme le fait d’être un vélo très dynamique et réactif à piloter. Mais on placerait l’Occam quelque part entre le Zesty et le Spicy ; ou le Zesty entre l’ancien et le nouvel Occam. Le Mondraker Foxy RR est aussi en ligne de mire, mais cet autre espagnol profite de son débattement supérieur pour se placer davantage sur le segment enduro même s’il sait aussi se montrer bon pédaleur.

Verdict

Le nouvel Orbea Occam 2020 est un vélo plus typé et qui s’adresse davantage aux connaisseurs que son prédécesseur, mais il est aussi nettement plus capable. Quand le précédent jouait la carte de la polyvalence accessible, le nouveau se positionne plus comme un vélo musclé qui n’a peur de rien en montée comme en descente. L’Occam 2020 nous a demandé un peu de temps pour régler les suspensions et être sûr d’être sur la bonne taille de cadre, mais une fois le mode d’emploi trouvé, nous n’avons cessé d’être surpris et épatés par l’étendue des talents de cette machine très contemporaine qui ne manque pas non plus de caractère et de piment. Reste maintenant à tester la version alu et/ou un modèle équipé de la fourche en 140mm pour voir s’ils gardent un côté plus accessible qui faisait la force de la précédente génération. Cela permettra aussi de voir si l’Occam est résolument devenu un vélo de montagne, laissant au Oiz TR la tâche de séduire ceux qui habitent dans des régions au relief moins prononcé, ou si quelques ajustements au niveau des équipements lui permettent aussi de charmer sur de petites collines et dans le cadre d’une utilisation plus relax. 

Plus d’infos : https://www.orbea.com/be-fr/velos/montagne/occam
Photos action : Jérémie Reuiller-ILL Prod pour Orbea