Test | Lapierre Zesty & E-Zesty : naturel ou boosté, un cocktail toujours acidulé !

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18 septembre 2019 — Olivier Béart

 

Sur le terrain

Quand on place le Lapierre Zesty AM et son frérot le E-Zesty AM côte à côte, impossible de se tromper : ils font bien partie de la même famille. L’intégration de la batterie est très réussie sur le modèle électrique, le moteur est discret et les lignes pures du nouveau modèle sont respectées.

En prenant les commandes, la position se rapproche fort aussi de l’un à l’autre. Les appuis, la façon de se poser sur le vélo, ce n’est pas tout à fait identique, mais cela se ressemble très fort. Pourtant, on va vite s’apercevoir que les deux s’abordent, se pilotent et s’apprécient de manière finalement fort différente.

Lapierre Zesty AM

Commençons par le Lapierre Zesty AM “classique”. Dans cette version haut de gamme Ultimate, c’est une véritable petite bombe. Il peut dire merci à ses très bonnes roues carbone maison, légères, rigides et dynamiques, mais il n’y a pas que cela : le châssis offre aussi une dynamique de haut vol qui donne parfois l’impression qu’on est sur un XC bodylbuildé plus que sur un all-mountain. Et c’est vraiment très agréable !

Vu l’impression de légèreté qu’il dégage et ses excellentes aptitudes au pédalage, il donne envie d’enchaîner les heures à son guidon, et il ne fatigue absolument pas le pilote de manière excessive. Les très longues ascensions ne lui font pas peur, pas plus que les sorties saccadées où on enchaîne les petites descentes et les petits coups de cul. Impressionnant ! Même quand nous l’avons “downgradé” avec des roues moins luxueuses, il a continué à montrer ce caractère de baroudeur inépuisable, preuve que même les modèles moins luxueux dans la gamme devraient aussi offrir des prestations de haut vol.

Pour des régions bien vallonnées mais pas vraiment montagnardes, le Lapierre Zesty est sans aucun doute un des vélos les plus recommandables de la production actuelle.

Et en descente ? Eh bien c’est le même émerveillement. Le Zesty n’est pas un enduro et on sent que la différence a été faite volontairement par Lapierre avec un Spicy taillé sur mesure pour les chasseurs de chrono ou ceux qui ont vraiment besoin d’un vélo pensé avant tout pour dévaler les pentes. Mais les aptitudes du Zesty sont tout de même assez bluffantes. Pour des régions bien vallonnées mais pas vraiment montagnardes, c’est sans aucun doute un des vélos les plus recommandables de la production actuelle.

Sa suspension arrière est d’une efficacité redoutable, et elle se marie bien avec l’amortisseur Fox DPX2, ce qui n’est pas le cas de toutes les cinématique. Il y a du confort sur les petits chocs quand on roule à allure peinarde, ça suit très bien dans les successions d’impact sur terrain défoncé et la fin de course est gérée avec souplesse, de sorte qu’on a cette très agréable impression de se déplacer sur un tapis volant. Pour autant, elle garde juste ce qu’il faut de retour pour qu’on sente “vivre le terrain” sous les roues et pour donner du feedback au pilote quand il donne une impulsion, pour s’envoyer en l’air par exemple.

Par rapport à d’autres modèles essayés récemment, il se montre plus joueur et vivant qu’un Specialized Stumpjumper LT, et il nous a fait un peu penser à un Stumpy Short Travel pour le comportement enjoué, mais avec ces quelques centimètres de débattement en plus juste pour la sécurité. Par rapport à l’Orbea Occam de dernière génération, il est peut-être un poil moins à l’aise dans les très gros dénivelés et moins adapté à des pilotes qui envoient très fort, mais son côté moins radical conviendra sans nul doute à plus de monde, sans pour autant que ce Zesty se montre fade en comparaison de son rival espagnol.

Les petites étoiles qu’on avait dans les yeux à chaque ride avec le Lapierre Zesty AM nous ont presque fait oublier ses quelques petits défauts, mais on va quand même vous en parler. Tout d’abord, vu les vitesses qu’il permet d’atteindre en descente, on peut assez facilement voir les limites de la Fox 34, performante en amortissement mais manquant de rigidité pour ce genre de machine. Et nul besoin d’être un pilote lourd pour le sentir. Cela dépend plus de la vitesse, du niveau du pilote et du type de terrain sur lequel on roule.

On semble aussi parfois manquer de débattement à l’avant, alors que ce n’est jamais le cas derrière. Un passage sur une Fox 36 rapprocherait trop le Zesty d’un Spicy, mais Fox pourrait peut-être faire une modification du châssis de la 34 (comme cela a été fait sur la 32SC récemment) pour améliorer cela. Les freins Sram Guide d’ancienne génération (sur le modèle 2019) manquent aussi de puissance et de constance et on a été un peu frustrés de ne pas vraiment pouvoir utiliser le système de “box” placée près du boîtier de pédalier (voir la partie “en statique” pour plus d’explications).

Lapierre E-Zesty AM

Et le E-Zesty à la sauce électrique ? Même si on prend vite ses repères en statique, quand on roule, on voit tout de même assez rapidement plusieurs différences majeures. Côté rendement, pas de miracle, on est bien sur un vélo électrique. Tout le pep’s et le dynamisme du Zesty classique passent à la trappe et on doit adopter un mode de conduite beaucoup plus souple et coulé. La suspension, même si elle a un caractère plus “smooth” que celle du Zesty classique, ne semble pas en cause car ce n’est pas elle qui paraît absorber toute l’énergie, mais c’est plutôt la sensation de trainer un poids qui est assez présente. Même avec l’assistance, oubliez les relances à bloc debout sur les pédales, les accélérations brutales après chaque virage, il n’est pas fait pour cela et même s’il est léger pour un vélo électrique, il reste lourd pour un vélo tout court !

Quand on embarque la batterie, rouler avec l’assistance est quasi obligatoire. Le moteur Fazua a un comportement assez linéaire, très souple et onctueux, mais même si on n’attend absolument pas de lui qu’il soit aussi coupleux et puissant qu’une assistance classique, on se demande tout de même parfois où sont les 60Nm de couple annoncés. C’est seulement 10Nm de moins qu’un Bosch ou un Shimano, mais on dirait que c’est en réalité deux fois moins. Et c’est un peu juste, ne fut-ce que pour retrouver un tout petit peu du même punch qu’on parvenait à avoir avec nos seules petites jambes au guidon du Zesty classique.

On ne va pas vous cacher non plus que nous avons eu quelques soucis avec la motorisation en début de test. Un contacteur défectueux empêchait le premier moteur de fonctionner car il ne captait pas la mise en mouvement des manivelles ; un problème survenu après même pas un kilomètre. Après une intervention rapide de Lapierre et Fazua, nous avons effectué nous-mêmes un changement de la partie pédalier du bloc moteur. Une opération normalement réservée aux revendeurs agréés mais que nous avons au final pu réaliser sans souci grâce aux tutoriels fournis par la marque aux professionnels. Par la suite, le moteur ne nous a plus causé de souci majeur, même si nous avons encore relevé quelques réactions surprenantes dans l’assistance (petits creux) et si, au final, il ne nous a pas vraiment impressionnés.

Par contre, là où le E-Zesty tire clairement son épingle du jeu, c’est quand il faut monter de forts pourcentages pendant de longues minutes, et s’attaquer à des côtes raides. Là, le petit moteur suffit à donner l’impression qu’on qu’on est (très) en forme, et il n’en faut pas plus pour prendre son pied. Pour peu qu’on parvienne à se caler entre 80 et 90 tours minute de cadence de pédalage, on croirait presque qu’on est deux à pédaler. Pas de quoi larguer vos potes les plus en forme qui s’entraînent trois fois semaine et qui roulent sur un vélo deux fois plus léger que vous, mais largement assez pour les suivre et arriver au départ de cette petite descente que vous aimez tant sans avoir l’impression d’être mort trois fois dans l’ascension.

L’autre force du Lapierre e-Zesty, s’il ne transforme pas les montées techniques en spéciales d’enduro inversées et de grimper à bloc comme on peut le faire au guidon d’un VTT électrique plus classique (avec une plus grosse assistance), il permet par contre d’aborder les descentes quasi tout à fait de la même façon qu’avec un VTT classique. Là, on n’a pas l’impression de piloter un VTTAE de 18kg, mais juste un gros enduro de 14/15kg et on oublie complètement l’assistance. Il procure des sensations de légèreté, de maniabilité et de vivacité dans les changements d’appuis qu’aucun autre VTT électrique ne parvient à offrir.

Lapierre a très bien joué son coup dans l’adaptation de la suspension et du setting de l’amortisseur pour que, malgré le surpoids et les inévitables différences physiques avec le Zesty classique, on retrouve un comportement très proche dans le technique. Il est un peu plus souple, plus facile et accessible aussi, moins pointu à la limite, mais toujours amusant et savoureux à piloter. Un régal ! La fourche Fox 36 du E-Zesty permet même de mieux suivre les reliefs que la 34 du Zesty, et le passage sur des roues en 27,5 mais avec des jantes un peu plus larges permet de récupérer en grande partie le côté vif et joueur de son frérot sans moteur.

Même s’il se pilote de manière moins aérienne et s’il se prête un peu moins aux excentricités, le Lapierre E-Zesty nous a même semblé plus efficace en descente. On se dit même qu’il aurait pu s’appeler Spicy plutôt que Zesty. Le choix du nom et du positionnement de cet ovni a sans doute dû causer quelques arrachages de cheveux chez Lapierre car à de nombreux aspects, il se place en quelque sorte entre les deux autres membres de la famille. Mais qu’importe le patronyme, tant qu’on a l’ivresse. Et franchement, là, on l’a, et on peut remercier les développeurs, ainsi que des gars comme Nico Vouilloz, qui ont mis leur grain de sel pour faire de ce tout premier E-Zesty de l’histoire, un vélo pétillant et vraiment agréable à rouler.

Le Lapierre E-Zesty offre la possibilité de rouler sans la batterie. Alors, oui, on gagne près de 3kg, mais cela n’en fait pas vraiment un VTT classique pour autant, et certainement pas un “vrai” Zesty. On continue à faire tourner quelques engrenages (pas beaucoup, mais on entend et on sent qu’il reste une partie des pièces de la partie du bloc moteur présente sur l’axe de pédalier qui demeurent en mouvement), le côté un peu pataud reste assez flagrant, et le comportement en descente est déjà tellement bon avec le package complet que rouler sans la batterie n’apporte pas grand chose non plus. Bref, c’est bien d’avoir cette possibilité “au cas où” (participation à une épreuve qui n’accepterait pas les VAE,…) mais en pratique il est fort probable qu’elle sera très peu utilisée par les propriétaires. En tout cas, nous, on a juste testé une fois pour voir mais c’est tout.

Reste à aborder un dernier point, celui de l’autonomie et du rayon d’action.Et pour tout vous dire, on s’attendait à un peu mieux. Certes, avec seulement 250Wh, on sait où on met les pieds et on sait qu’il va falloir gérer, mais comme le E-Zesty n’est pas si facile que cela à rouler sans assistance, on laisse souvent le moteur allumé. Et pas juste en mode Eco, franchement faiblard, mais plutôt en mode intermédiaire, voire Turbo, qui correspond grosso modo à un mode “Eco +” sur un vélo à assistance électrique plus classique. Bilan, même en étant attentif, en roulant cool (sauf en descente) et en essayant de gérer, nous avons eu du mal à atteindre les 30km et 1000m de d+ pour un pilote de 80kg tout équipé.

Bon, c’est moins dur de rentrer à la seule force des mollets qu’avec un gros ebike, mais ce n’est quand même pas un moment de franche rigolade. Cela va fort dépendre de l’usage de chacun, mais même en roulant très cool partout sauf en spéciale, on ne peut jamais s’enlever la question de la batterie de la tête. Pas question d’augmenter la taille de la batterie car on viderait le concept de son sens. Mais il faudrait, selon nous, encore alléger la machine de deux ou trois bons kilos, et aussi travailler plus en profondeur sur le rendement et la consommation de la partie moteur dans son ensemble pour rendre le concept vraiment abouti. Ce sera sans doute un passage obligé pour que ce segment décolle vraiment et s’adresse à un large public.

Enfin, on terminera cette partie prise en main sur une note spécialement adressée aux femmes et aux petits gabarits. Nous avons fait essayer le Lapierre E-Zesty à deux bikeuses, qui sont tombées sous le charme. Quand on fait à peine 55kg, un VTTAE classique représente vite la moitié de leur poids, voire plus. Ce qui peut le rendre difficile à piloter dans certaines circonstances et quand on n’a pas un niveau “expert ++”. Ici, elles ont toutes deux eu l’impression de vraiment garder le contrôle sur la machine, et elles nous ont aussi rapporté que, pour elles, le moteur Fazua offrait assez de couple et de souffle pour leur donner l’impression de bénéficier d’une vraie assistance. Elles ont aussi réussi à titiller les 40km et 1200m de d+ sans trop réfléchir. Bref, sans le savoir, Lapierre aurait-il fait LE VTT électrique le plus adapté à la gent féminine ? Attention toutefois, il n’existe pas en taille S. Du moins pour le moment.

Verdict

A l’issue de ce double test, il est temps de rassembler nos idées et, sans opposer l’un à l’autre, ce qui n’aurait pas de sens, de chercher à voir ce qui les rapproche, ce qui fait leurs spécificités, et à qui ils peuvent s’adresser. 

Lapierre Zesty AM 8.0 Ultimate

  • Polyvalence extrême
  • Fun et vivant à piloter
  • Rapport prix/équipement/prestations
  • Roues carbone "maison" de qualité
  • Système LP Box pas vraiment abouti
  • Manque de rigidité de la Fox 34
  • Freins Guide RS ancienne génération
  • RAS
Note générale
Évaluation du testeur
Prix d'excellence
Coup de coeur
Rapport qualité / prix
Usage recommandé
  • XC
  • TR
  • EN
  • DH
Prix : 5499€ (4899€ en fin de série 2019)
Poids : 13,14kg

Rarement un vélo aura aussi bien porté son nom que le Lapierre Zesty. Il a réellement ce petit zeste de folie, ce côté acidulé qui le rend passionnant et attachant. Il nous a redonné la même sensation que lorsque nous avons découvert le premier Zesty il y a plus de dix ans, celle d’être au guidon d’un vélo qui fera date. Alors, ce dernier Zesty n’est plus aussi innovant que son prédécesseur, mais il marque tout de même une vraie évolution dans la vie du modèle, et il se positionne à nos yeux parmi les meilleurs vélos all-mountain du moment. Un authentique coup de cœur !

Quant au Lapierre E-Zesty, il faut avant tout saluer son vrai côté précurseur et innovant. Lapierre, bien établi sur le marché du vélo électrique “classique”, ne se contente pas de se reposer sur ses lauriers, ni de jouer la surenchère pour se démarquer (toujours plus de puissance, de batterie, etc). Lapierre explore une nouvelle voie avec un e-bike léger, qui se pilote en descente presque comme un vélo classique, mais qui délivre juste ce qu’il faut d’assistance pour donner l’impression qu’on est dans la forme de sa vie à chaque sortie. Ni plus, ni moins. Et ce concept, nous le trouvons absolument génial. Lapierre a aussi très bien réussi le châssis du Zesty, rigide comme il faut, bien suspendu, bien équilibré au niveau de la géométrie.

Le hic vient, selon nous, de la faible offre de moteurs sur ce segment “light”. Fazua est en ce moment bien seul et les “grands” (Bosch, Shimano, Brose, Yamaha, etc) ne se sont pas encore vraiment intéressés à ce créneau. Après ce test, on se dit que ce sera pourtant un passage obligé pour que ce créneau décolle vraiment. Nous sommes persuadés qu’il y a une vraie place pour ces vélos faiblement assistés, très proches d’un vélo classique. Mais le moteur Fazua n’ayant rien d’extraordinaire, il ne pourra pas faire le job à lui tout seul. Pas plus que Lapierre. Néanmoins, pour une première et même s’il n’est pas parfait, le Lapierre E-Zesty est bien plus qu’un mulet de développement. C’est une belle machine à plaisir qui fait honneur à la lignée dont elle est issue et qui a de beaux atouts pour séduire ceux qui hésitent toujours entre VTT classique et à “grosse” assistance électrique. Le E-Zesty ne vient faire de l’ombre à personne, il crée sa propre voie et cela mérite beaucoup de respect ainsi que des encouragements à Lapierre pour poursuivre dans cette voie même si ce n’est pas le choix de la facilité ! D’autant que, comme nous l’avons mis en évidence dans notre test, il semble aussi que cette voie soit très prometteuse pour les bikeuses et les bikers très légers, qui voudraient bien un vélo électrique plus adapté à leur gabarit que les modèles classiques qui prennent, pour eux, l’allure de chars d’assaut ! Là aussi, il y a une voie à creuser…

Lapierre E-Zesty AM LTD Ultimate

  • Concept e-bike
  • Excellent châssis (géométrie, suspensions,...)
  • Âme Zesty/Spicy préservée
  • Moteur Fazua peu convaincant et pas encore tout à fait au point
  • Autonomie plus limitée qu'espéré
  • Manivelles FSA beaucoup trop longues et qui tapent souvent au sol
Note générale
Évaluation du testeur
Prix d'excellence
Coup de coeur
Rapport qualité / prix
Usage recommandé
  • XC
  • TR
  • EN
  • DH
Prix : 7599€
Poids : 18,41kg / 15,3kg (avec batterie / sans batterie, avec cache)

Mise à jour 10.2020 : Fazua Black Pepper, l’update qui change tout !

Depuis la publication de ce test, Fazua, le motoriste choisi par Lapierre, a proposé une mise à jour de la gestion électronique de son bloc… et cela change beaucoup de choses, dont nos conclusions à propos de ce vélo ! Retrouvez toutes les infos à propos de cette modification dans notre nouvel essai complet du Lapierre e-Zesty en vidéo :