World Cup XC #1 - Stellenbosch : le grand portfolio

Sport
12 mars 2018 — Olivier Béart

WC XC#1 – Hommes : Schurter et le coup de Gaze

Nino Schurter a réussi ce que jamais personne avant lui n’était parvenu à réaliser, en s’imposant sur toutes les manches de la saison 2017. Chaque fois ou presque, un adversaire différent est venu le titiller, mais on avait plus l’impression que le champion se laissait accompagner pour ne pas être seul, mis à part peut-être avec Mathieu van der Poel, qui a réussi à faire douter le Suisse au moins quelques secondes. Mais cette fois, Schurter a trouvé un adversaire plus coriace, et la chance n’était pas non plus de son côté…

Triple crown champion… voilà qui en impose sur la ligne ! Jouant presque à domicile, le Suisse est assurément le grandissime favori de cette ouverture de la Coupe du Monde 2018.

C’est parti ! Une grosse côte d’entrée de jeu, quoi de mieux pour écrémer d’emblée et se faire directement une petite idée ?

Et une idée, oui, on s’en fait rapidement une ! Sans surprise, le champion du Monde prend rapidement les commandes et fait une première sélection. Et dans sa roue, tiens, qui est-ce ? Kulhavy, le seul qui, avec Julien Absalon, l’a battu depuis 2013 ? Non ! C’est le jeune Sam Gaze, champion du Monde U23 en titre !

Véritable terreur dans sa catégorie, toujours présent lors des grands rendez-vous malgré des soucis de migraines qui l’ont déjà tenu à l’écart des circuits à quelques reprises, le Néo-Zélandais confirme qu’il n’est plus juste un espoir, mais qu’il faut désormais compter sur lui parmi les hommes qui comptent dans la catégorie reine.

Sans peur et sans complexe, le pilote Specialized ne fait pas qu’accompagner Schurter. Il le teste, l’attaque. Le force à prendre des relais et à tenter des choses. Sans succès. “Au début, c’était un allié, explique le pilote Scott. Je voulais faire le trou sur Mathieu van der Poel, que je pensais être mon principal rival après sa superbe saison de cyclocross. Mais par la suite, je n’ai trouvé aucune solution face à Sam Gaze. Il m’a impressionné…”

Mathieu van der Poel, justement, est bien présent aux avant-postes. Mais, parti encore une fois avec un gros dossard, et avec une longue saison de cross dans les jambes, il lui manque visiblement cette petite pointe d’énergie qui fait toute la différence et qui lui permettrait de jouer la tête.

Avec lui, Maxime Marotte n’a pas dit son dernier mot. Toujours présent devant, véritable valeur sûre, le champion de France est déjà en grande forme, et il ne manque plus qu’une chose pour faire son bonheur : enfin une victoire en Coupe du Monde.

Le duo Gaze-Schurter roule à toute allure… mais Maxime Marotte ne lâche rien. Dès que les deux devant se regardent un peu, il en profite pour remonter. Dans le dernier tour, il revient même presque au contact et on se dit qu’il a peut-être une belle carte à jouer, profitant de la rivalité des deux hommes de tête.

Habituellement, dans l’avant-dernier, voire dans le dernier tour, c’est Schurter qui place son attaque et signe la fin de la récréation pour celui qu’il a laissé l’accompagner pendant le reste de l’épreuve. Mais ici, Sam Gaze ne se laisse pas impressionner. Et c’est lui qui mène la danse ! Schurter ne parvient ni à le décrocher, ni à repasser en tête après chaque attaque du Néo-Zélandais. Tout juste parvient-il à rester dans la roue.

On se dit alors que tout va se jouer dans les derniers mètres, exercice que le Suisse adore. Mais là, l’impensable se produit : Schurter déclipse ! Le sprint, dont l’issue était vraiment incertaine tant Gaze semblait aussi fort et déterminé, tourne court. Le Néo-Zélandais l’emporte devant un Schurter furieux qui tape son cintre, et un Maxime Marotte qui échoue à quelques mètres, mais qui peut être fier de ce qu’il a montré ici.

Sam Gaze, paralysé par les crampes, n’y croit pas : il vient de réussir l’exploit de battre le maître sur ses terres d’entraînement ! Au-delà de la victoire en elle-même, cette épreuve de Stellenbosch marque aussi un tournant et envoie un signe : Nino Schurter n’est pas imbattable. Voilà qui ouvre de belles perspectives pour le reste de la saison 2018 !

Mathieu van der Poel, 4e, est félicité par Maxime Marotte. C’est sûr, ils se retrouveront sur d’autres terres pour tenter, eux aussi, de battre le maître. Car désormais eux aussi savent que la victoire peut leur tendre les bras !

A quelques encablures, Titouan Carod vient attraper la dernière place du podium en prenant la 5e place. “J’ai eu un peu de mal à me mettre dans le rythme au début et j’ai pris un départ prudent. Mais ensuite, les jambes sont bien revenues.” Une stratégie de course pas forcément calculée, mais qui permet au jeune Français de montrer qu’il redémarre l’année sur des bases encore meilleures qu’en 2017, où il avait déjà brillé pour sa première année chez les Elites.

Les Français et les Belges

Pour trouver le 3e Français, il faut aller au-delà du top 10. Jordan Sarrou termine 14e. Une place un peu en retrait par rapport aux attentes, d’autant qu’il a montré lors des courses de préparation qu’il était en forme. “J’étais un peu en surchauffe et pas dans un grand jour. Dès le 2e tour, j’étais dans le dur. Alors, j’ai fait avec les moyens du bord et j’ai limité la casse,” nous explique-t-il après l’arrivée.

Juste derrière, Stéphane Tempier n’était pas non plus au top : “J’étais malade la semaine passée et je n’ai pas complètement récupéré. Là, je sauve la mise. Mais le gros morceau arrive plus tard,” se dit-il sans jamais perdre son enthousiasme.

Un peu plus loin, on retrouve Victor Koretzky, 20e. “J’ai fait un départ correct mais je me suis fait serrer en haut de la première bosse. Je n’ai pas eu le choix de mon positionnement sur la ligne de départ… et j’étais du mauvais côté. J’ai dû marcher à cet endroit, et encore une deuxième fois dans le start loop. Sans parler des bouchons. Bref, j’ai mangé de la poussière, mais les sensations étaient bonnes. Hélas, cela reste dur de doubler sur ce circuit et quand je gagnais quelques places sur un bout de montée, je mettais quasi un demi tour après à récupérer tant l’effort à fournir était intense. Mais je suis quand même content. J’espérais le top 15, mais 20e, cela montre que je suis de retour et que je ne suis plus vide comme en 2017 !”

Hugo Drechou revient aussi doucement aux affaires. Très en verve il y a deux ans, il a eu plus de difficulté à bien se placer en 2017. Il termine ici à une prometteuse 26e place.

Thomas Griot s’offre aussi de plus en plus souvent des places assez remarquables. Il finit 33e en Afrique du Sud.

Incertain à cause d’une chute un peu plus tôt dans le semaine lors des entraînements, avec une mini fracture au poignet à la clé, Julien Absalon était finalement sur la ligne. “Je suis vraiment venu pour sauver quelques points, dit-il un peu résigné. Mais je n’ai pas pu faire de miracles, c’était dur de tenir le cintre.” Cela dit, 41e, c’est mieux que de ne pas prendre le départ…

Premier Belge, Ruben Scheire accroche la 47e place. “Au départ, ce n’était que des bouchons. J’étais complètement coincé, on marchait partout. Ensuite ça s’est dégagé, mais c’est ma toute première course de la saison et je ne suis pas encore au mieux de ma forme. Les tracés européens me conviennent mieux.” Jens Schuermans a quant à lui joué aux avant-postes en début d’épreuve, mais il a ensuite reculé jusqu’en 56e position à cause d’un dos bloqué.

Kevin Panhuyzen est 64e et Sébastien Carabin 76e.

Joseph Emelien De Poortere est 81e, comme son dossard. Robin van den Abeele est 88e. Benoît Jeanniard n’a pas terminé, tout comme Jeff Luyten. Florian Trigo n’a pas pu prendre le départ, blessé suite à une chute lors des entraînements.

Rendez-vous maintenant au mois de mai, à Albstadt, pour la première des manches européennes de la coupe du Monde, après une longue pause qui va permettre à pas mal de têtes d’affiche, Nino Schurter en tête, de s’aligner sur le Cape Epic et de récupérer après cet effort intense d’une semaine. Des événements que vous pourrez bien entendu suivre sur Vojo !

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