Test gamme | Specialized Stumpjumper ST, LT et EVO - Une famille et trois caractères : lequel choisir ?

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5 juin 2019 — Olivier Béart
Même si elle passe parfois inaperçue, une des évolutions marquantes du VTT ces dernières années se marque au niveau de la polyvalence des plateformes et des multiples déclinaisons auxquelles elles se prêtent. Un des meilleurs exemples, c'est le fameux Specialized Stumpjumper, connu depuis toujours pour sa polyvalence mais dont le dernier millésime pousse le raffinement jusqu'à se décliner en trois versions : le ST pour Short-Travel en 120/130mm, le LT qui est la plateforme "classique" en 140/150mm et le Evo, une sorte d'ovni bodybuildé à la géométrie plus radicale. Avoir le choix, c'est bien mais il reste à s'y retrouver dans cette offre vaste. Pour vous aider, Vojo a testé les trois !

 

Specialized Stumpjumper ST, LT & Evo : le test terrain

A tout seigneur tout honneur, commençons par le Stumpjumper “classique” en 140/150mm de débattement. Quoi de mieux que le pilier de la gamme pour servir de point de départ ? Avec lui, pas de surprise, c’est le “Stumpy” que nous connaissons, encore un peu plus raffiné que par le passé, mais toujours l’archétype du vélo à tout faire. Malgré son poids qui ne le range pas dans la catégorie plume, il s’emmène vraiment facilement. La suspension arrière est bien active, ce qui donne du grip en côte technique, mais très neutre au pédalage, de sorte qu’il n’est pas vraiment nécessaire d’avoir recours sans arrêt au levier de blocage.

Il se dégage même une belle petite impression de nervosité dans les relances et quand on décide d’appuyer un peu sur le champignon. Il y a plus impressionnant que lui, mais avec quelques kilos de moins (et donc des équipements plus haut de gamme) on sent qu’on peut sans problème le transformer en dragster ultra polyvalent.

Quand on attaque les descentes, c’est la facilité qui prévaut. Il met vite en confiance et il ne faut pas longtemps pour en comprendre le mode d’emploi. Sauter ? Ok ! Virer court ? Check ! Tenir la ligne dans le cassant ? Pas de souci ! Bref, on a l’impression de pouvoir tout faire à son guidon, presque sans effort, en étant au guidon d’un vélo confortable, agréable et qui ne nécessite pas d’être un champion pour en exploiter tout le potentiel.Mais, il y a un “mais” : à force d’être bon partout, ce “gendre idéal” manque un peu de caractère. Non que c’est un vélo ennuyeux ou sans saveur, ne nous faites pas dire ce que nous n’avons pas dit, mais il manque peut-être de cette petite touche de folie qui peut déclencher le coup de cœur. Tiens, et si, justement, c’était plus du côté du ST ou de l’Evo qu’on pouvait trouver ce petit grain de folie ?

Allez, zou, parlons de l’Ovni… euh pardon, de l’Evo ! Bon, clairement, c’est moins un vélo pour grimper que le Stumpjumper classique ! Ce n’est pas que le poids, mais aussi la géométrie qui nous fait dire cela. Sur des chemins larges et à allure modérée, il s’emmène facilement si on n’espère pas signer le KOM. Par contre, dans des grimpettes plus étroites et complexes, son angle de direction généreusement couché ne facilite pas les changements de direction à faible allure et l’ensemble est bien moins équilibré que le reste de la famille même si nous avons beaucoup apprécié le tube de selle plus droit que sur les autres Stumpjumper. On a aussi plus recours au levier de “blocage” car l’amortisseur a davantage tendance à osciller et la valeur d’antisquat est relativement basse sur le Stumpjumper.

Quand le Stumpy classique virevolte autour des arbres dans de petits singles plats mais sinueux, l’Evo se fait beaucoup plus pataud et il faut le brusquer. Par contre, dans les descentes, les vraies, quelle claque.

La combinaison de cette géométrie sans compromis et de grosses suspensions sur un châssis à “petit” débattement, pensé à la base pour donner des vélos polyvalents, donne un résultat explosif. Ce cocktail aurait pu être un désastre, mais c’est au contraire une réussite totale. Au point que, pour nous, ce Stumpjumper Evo signe l’arrêt de mort de son grand frère Specialized Enduro, du moins sous sa forme actuelle.

Il faut dire que l’Enduro n’a jamais été un vélo qui nous a vraiment convaincus. Hyper efficace mais presque trop, au point d’en perdre sa saveur et de s’avérer difficile à manier dans certains circonstances, il prend un sacré coup de vieux face à ce Stumpjumper Evo qui apporte un vrai vent de fraicheur dans le segment. Est-ce un bike d’enduro race ? Pas tout à fait car on va peut-être parfois manquer un peu de débattement pour aller vraiment vite dans certaines portions cassantes ou sur de très longs runs. Mais si c’est le plaisir de pilotage que vous visez, alors ce petit Stump Evo n’a pas de limites.

Bien sûr, il n’est pas aussi facile à prendre en main que le Stumpjumper LT, mais ce n’est pas non plus un monstre intimidant qui ne réservera ses charmes qu’aux experts. Il garde un caractère bienveillant très appréciable, mais les pilotes les plus expérimentés – ou débridés – pourront aller très loin à son guidon. Un peu comme certains films d’animation dont les différents niveaux de lecture font qu’ils peuvent plaire tant aux enfants qu’aux parents. Au final seul son amortisseur Fox Float DPX2, bien que plus gros que le Float des autres Sumpjumper, ne nous a pas séduits, notamment à cause d’un effet de percussion sur les successions de chocs. Quelque chose dont on ne s’attend pas de ce type de suspension, mais que nous avons hélas déjà ressenti avec le DPX2 sur certains vélos. Heureusement, le vélo en lui-même est tellement sain et bien équilibré qu’il aide à garder le contrôle en toutes circonstances.

Reste le petit frère de la bande, le Stumpjumper ST. Avec seulement 120mm de débattement à l’arrière, va-t-on retrouver pleinement le caractère du Stumpjumper ? Et avec son poids qui avoisine les 14kg, va-t-il réussir à prendre la succession du Camber ? Eh bien oui ! Pour tout vous dire, si on s’attendait un peu à être surpris par l’Evo, on ne savait pas vraiment à quoi s’attendre du ST. Ou plutôt, on n’en attendait pas grand chose. Et on avait tort car il nous a bluffés !

Il nous a fallu plusieurs fois jeter un oeil au vélo en plein ride pour nous assurer que nous étions bien au guidon de la version ST à petit débattement tant il est impressionnant dans sa capacité à aller vite dans les spéciales typées enduro que nous avons empruntées. Mieux : il est plus vif que le LT et il a, lui, cette petite touche de folie, ce petit quelque chose qui parle au cœur et qu’on a moins ressenti au guidon du LT. Par contre, gaffe à l’excès d’enthousiasme : en cas d’erreur, il n’y a pas de réserve de débattement pour vous aider à sortir d’un mauvais pas !

Mais au fond, c’est peut-être ce côté “ride sans filet” quand on va vite et qu’on touche aux limites qui donne plus de sensations au guidon du ST ? Ou est-ce sa géométrie avec son angle de direction un poil plus fermé ? Ou sa suspension arrière un rien plus ferme, qui tire parti d’une excellente cinématique mais qui gomme moins tous les reliefs, qui fait que le vélo semble plus vivant entre les jambes ? Sans doute la réponse est-elle un mix de tout cela.

Côté pédalage par contre, le ST n’est pas vraiment plus vif et performant que le LT. Leurs poids sont très proches et seul le tarage légèrement différent de l’amortisseur fait une petite différence. Dans la catégorie des vélos de trail en 120/130mm de débattement, on le situerait dans le milieu du panier, sans plus, alors que le Stumpjumper LT joue plus dans le haut du classement parmi les all-mountain 140/150. Par contre, on ne perd rien en confort et en agrément pour de longues sorties, ce qui est un bon point. Il ne faut juste pas trop l’envisager comme un vélo de compétition ou de marathon avec classement, mais plus comme un très bon vélo pour les randos techniques, les sorties entre potes et les raids au long cours sans esprit chrono.

Verdict

Dès le départ, nous nous sommes posé plusieurs questions, auxquelles nous avons voulu répondre avec ce triple test. Est-ce qu’une déclinaison multi-plateformes fonctionne dans le vélo ? Oui, dans le cas du Specialized Stumpjumper, sans aucun doute. A tel point que ce sont au final les déclinaisons qui nous ont plus séduits que la version phare !

A la question de savoir si chaque vélo parvient bien à toucher le biker “type” pour lequel il a été conçu, la réponse est aussi affirmative. Olivier a particulièrement apprécié le Stumpjumper ST en Belgique, sur des sorties bien techniques mais sans très longues descentes ; Paul a bien exploité la polyvalence de la version LT et Pierre a effectivement craqué face à la personnalité atypique du Stumpjumper Evo pour s’éclater sur les plus belles descentes de l’Est de la France.

Reste une dernière question centrale : alors, on les garde ? Pour Pierre et Olivier, la question est oui. Olivier aimerait juste pouvoir faire maigrir le ST, mais déjà tel quel il donne plein de petites étoiles dans les yeux à chaque sortie et ses petits défauts (freins, embonpoint) sont largement compensés par le plaisir de pilotage qu’il dispense. Pour l’Evo, c’est le vélo plaisir par excellence pour les pilotes engagés qui cherchent une certaine polyvalence (entendue tant pour le côté montée/descente que pistes naturelles/bikepark), et au prix auquel il est vendu, il sonne comme une bonne affaire vu qu’il peut vraiment se rouler tel quel. Enfin, malgré toutes les qualités du vélo – ou plutôt le fait qu’on n’ait rien à lui reprocher -, Paul cherche plus un vélo de caractère et ce Stumjumper un peu trop lisse l’a moins émerveillé que les deux autres. Et vous, de quel Stumpjumper vous sentez-vous le plus proche ?

Plus d’infos : https://www.specialized.com/fr/fr/shop/bikes/mountain-bikes/trail-bikes/c/mountaintrail

Bonus :

Retrouvez aussi notre test, les impressions de nos pilotes et nos conclusions en vidéo ! Cliquez  ci-dessous >>

 

Et pour être complets, notre journaliste Elodie Lantelme a également essayé la version féminine, le Specialized Stumpjumper Comp Alu Women. Cliquez sur l’image ci-dessous >>

Stumpjumper ST Comp Alloy 29 WMN : Femmes, je nous aime !