Test | Cannondale F-Si World Cup : Allégé, affiné, raffiné.

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27 septembre 2018 — Jurgen Groenwals
Lorsque le livreur sonne à notre porte et nous remet une grande caisse Cannondale, l'excitation fait place à une légère peur : cette boîte est si légère, y a-t-il bien un vélo dedans ?! Ouf, oui, le dernier né de la famille XC est bien à l'intérieur. Affiné par rapport à son prédécesseur, allégé aussi et doté d'une nouvelle fourche Lefty Ocho encore plus intrigante que la version classique, le nouveau Cannondale F-SI nous intrigue. Est-il aussi roulable par des amateurs comme nous ou est-il réservé à une élite ? Réponse avec notre test :

Juste avant la coupe du Monde XC d’Albstadt. nous avions déjà eu l’occasion d’apercevoir le nouveau Cannondale F-Si et sa fameuse fourche Lefty Ocho, mais nous n’avions hélas pas eu l’occasion de le rouler. Nous avions par contre eu l’occasion de vous le présenter en détails, ainsi que sa nouvelle fourche particulièrement atypique.

Nous allons ici nous concentrer avant tout sur les sensations au guidon, ainsi que quelques détails qui ont particulièrement attiré notre regard au cours du test, mais pour plus d’informations et de détails, nous vous invitons à consulter ces deux articles :

Maintenant que nous avons le Cannondale F-Si en version haut de gamme Hi-Mod World Cup entre nos mains, prêt à rouler sur nos sentiers habituels, commençons le tour du proriétaire !

Innovations sur le cadre

Le cadre des modèles Hi-Mod utilise, comme son nom l’indique, des fibres haut module spécifiques plus légères que les modèles classiques. Ce carbone BalisTec, à la fois léger, rigide et très résistant aux impacts, permet aussi à Cannondale de doser très finement la rigidité/souplesse du cadre selon les endroits. Cela ne se voit absolument pas de l’extérieur car les lignes de tous les nouveaux modèles de la gamme sont identiques. Par contre, sur la balance, le Hi-Mod est le seul à passer la barre des 900g sur la balance. Et le vélo complet affiche… 8,72kg sur notre balance en taille M. Un record !

Autre point qu’on remarque immédiatement, c’est l’absence de serrage de selle. Ou plutôt son invisibilité, puisqu’il est intégré au cadre et la vis de réglage est cachée sous le tube supérieur. C’est un système de tampon qui vient maintenir la tige de selle maison, de faible diamètre (27,2mm) et conçue pour être capable de se déformer pour apporter du confort. Cela fait longtemps que Cannondale a recours à cette technique sur ses semi-rigides carbone, mais le concept est ici poussé plus loin encore et la suppression du collier de selle a aussi pour but de permettre à la tige de selle de sortir plus tôt du cadre et de se déformer plus.

C’est assez rare pour être souligné à l’heure où le mono-plateau se taille la part du lion, mais il est toujours possible de monter un dérailleur avant sur le nouveau Cannondale F-Si. Quant à notre version de test, elle est équipée d’un pédalier Sram XX1 Eagle avec plateau de 34 dents et boîtier de pédalier PressFit30

A l’arrière, le Cannondale F-Si est précurseur et suit les traces du Scalpel en adoptant un étrier de frein de type FlatMount. Développé à l’origine par Shimano pour les vélos de route, ce format permet de ne pas avoir de filetage dans le cadre (ils sont dans l’étrier de frein et les vis se placent par le bas), mais il est aussi surtout plus compact que le PostMount classique, et on voit que Cannondale en profite pleinement au niveau du triangle arrière.

Cela ne se voit pas au premier coup d’œil mais l’axe de roue arrière a pour particularité de pouvoir se retirer sans être complètement dévissé et sorti du cadre, puisque Cannondale a fendu la patte gauche du F-Si, de sorte qu’il est possible de sortir la roue plus vite, plus facilement et sans risque de perdre, ou du moins de ne pas retrouver l’axe rapidement si on l’a posé sur le sol.

Nervosité, maniabilité : la tendance aux bases courtes n’est pas neuve, mais le Cannondale F-Si 2019 est un des vélos 29″ ayant les bases les plus courtes du marché, avec 427mm. Le moyen utilisé par Cannondale pour y parvenir est original, puisqu’il s’agit d’un décalage de 6mm de la transmission et du moyeu arrière afin de disposer de plus de place pour la transmission. Autre avantage, cela “ré-aligne” la roue, qui a des tensions équilibrées et des rayons symétriques. Enfin, si vous avez envie de monter des pneus plus large ou si vous roulez souvent dans la boue, le F-Si offre un dégagement confortable.

Il n’est pas neuf non plus, mais le système SAVE de Cannondale a été affiné sur le nouveau F-Si, principalement grâce à l’usage de nouvelles fibres de carbone et d’une construction différente qui permettent au F-Si d’afficher des valeurs de déformation et de filtration des vibrations supérieurs à ses prédécesseurs. Voilà un point qui demandera à être vérifié sur le terrain car les précédentes versions n’étaient pas toutes aussi confortables que ce que Cannondale laissait entendre.

Lefty Ocho

Impossible de passer à côté : la nouvelle Lefty Ocho est une des plus grandes nouveautés inaugurées sur le Cannondale F-Si. Cette huitième génération (d’où le nom Ocho) n’est plus “double té”, mais réellement une demi fourche classique qui s’arrête sous la douille de direction. Outre le gain de poids (elle est annoncée à 1450g) et une rigidité en légère baisse pour la rendre plus tolérante, elle reçoit une nouvelle cartouche interne.

Elle peut aussi être montée plus facilement sur un autre vélo car elle ne nécessite plus de douille spécifique ou de mesurer très précisément cette dernière, mais attention à son déport de 55mm, plus important que sur les fourches classiques (51mm) et ne parlons même pas des nouveaux déports réduits de 44 ou 42mm. En la matière, Cannondale a suivi une voie atypique et il sera intéressant de voir si l’alchimie avec le reste de la géométrie du cadre (angle de direction de 69°, reach assez court et bases courtes) fonctionne.

Retirer la roue avant a toujours été complexe sur la Lefty? Heureusement, ce n’est pas nécessaire pour réparer une crevaison, mais Cannondale a tout de même tenu à simplifier la procédure sur la Lefty Ocho, avec un simple système de vis à tourner d’un quart de tour avant de défaire une sécurité d’une pression du doigt. En pratique, cela reste un peu plus complexe que pour une fourche classique mais il faut reconnaître que le système est ingénieux. On apprécie aussi la valve plus accessible pour régler la pression d’air et la présence d’un nouveau guide pour la Durit de frein qui devrait permettre, enfin, de ne plus rayer la fourche trop rapidement.

Cannondale a aussi abandonné le blocage hydraulique, qui a causé pas mal de soucis à certains utilisateurs, dont un de nos testeurs qui a particulièrement apprécié le retour au câble et à ce nouveau levier d’origine Fox. La compression est réglable sur 6 clics au sommet de la fourche et c’est un réglagle bien utile pour obtenir le meilleur de la Lefty Ocho. Enfin, le moyeu avant est redessiné également. Sur notre version World Cup, il est lacé à une jante Enve M50 de nouvelle génération.

Cannondale F-Si Hi-MOD Team: le test terrain

Nous avons déjà roulé par le passé sur des vélos à moins de 9kg, mais cela reste exceptionnel et cela datait de l’époque… du 26 pouces ! Clairement, c’est une des premières choses qui frappe sur le nouveau Cannondale F-Si Hi-Mod World Cup : on s’envole à chaque accélération. Une vraie fusée ! Bon, ok, c’est pour cela qu’il a été conçu, mais la combinaison des bases courtes, d’un cadre bien rigide mais pas trop afin de bien renvoyer l’énergie, et des roues elles aussi légères et rigides, donne un cocktail explosif. Passé cette première sensation, nous avons affiné notre jugement sur des terrains très variés, des plaines flamandes aux sentiers alpins des Portes du Soleil, en passant par les Ardennes belges.

Dans les ascensions, qu’on se la joue puncheur en pédalant en force ou plutôt grimpeur en jouant sur la fluidité et la cadence de pédalage, le Cannondale F-Si est un pur régal. Sur une machine aussi légère, le plateau de 34 dents semble presque petit, même pour gravir les cols alpins. Seule la Lefty Ocho a toujours tendance à pomper et on joue souvent du lockout pour éviter les pertes de rendement.

Le souci avec ce genre de dragster, c’est que, souvent, ça marche sur sol lisse, mais quand ça devient technique, les choses se corsent. C’était un peu de cas avec son prédécesseur. Ici, le F-Si fait un bond en avant en matière de tolérance et de grip de la roue arrière. Nous l’avons emmené sur des petits chemins pédestres complètement déserts du côté des Lindarets, ainsi que dans les Ardennes, et il s’en sort particulièrement bien quand il s’agit de se faufiler entre les pierres, voire de rouler un peu à travers tout. Finalement, c’est un peu ce qu’on retrouve sur les zones techniques qui jonchent les parcours de Coupe du Monde actuels. Et l’utilisateur amateur comme nous profite bel et bien de cet excellent dosage entre rigidité et tolérance.

Seul petit bémol : la direction a parfois des réactions un peu trop brusques à basse vitesses. Sans doute est-ce dû en partie au grand déport de fourche qui a tendance a exagérer un peu les mouvements de la direction. A haute vitesse, ce n’est pas pénalisant, mais quand on évolue plus lentement et qu’il faut tailler sa trajectoire au cordeau en côte, c’est moins aisé.

Quand on bascule dans l’autre sens, on découvre aussi un Cannondale F-Si plus facile, agréable et tolérant que par le passé. Ce qui aide aussi à rouler plus vite ! Ici, l’alchimie au niveau de la géométrie et du déport de fourche fonctionne parfaitement et le vélo est à la fois d’une stabilité très rassurante, ainsi que d’une maniabilité qui le rend bien joueur et fun à piloter.

Quand les descentes se font plus longues, on reste bien sûr sur un hardtail, mais tant qu’il n’y a pas trop de gros impacts, sa capacité de filtration fait des merveilles. Et on sent enfin qu’elle ne vient pas que de la tige de selle car même debout sur les pédales, le vélo n’est pas enclin aux ruades ou aux réactions brutales. Une fois encore, ce qui va aider un pilote de Coupe du Monde à aller plus vite sur un circuit hyper exigeant, profite aussi à l’utilisateur lambda. Bien vu !

Et la Lefty dans tout cela ? Pendant un moment, nous étions un peu fâchés avec elle car nous en avons eu tout une série qui ne fonctionnait pas correctement. Les derniers modèles que nous avons testé depuis deux ans étaient nettement meilleurs et ne présentaient plus de défauts manifestes, même si nous avons toujours trouvé que la Lefty manquait de maintien hydraulique et avait tendance à filer vite dans le débattement. Ici, c’est toujours un peu le cas, mais beaucoup moins que par le passé et on profite mieux de la très grande sensibilité sur les petits chocs, sans craindre que le terrain devienne plus chaotique ensuite. La rigidité en légère baisse la rend aussi plus cohérente avec la roue avant, qui était jusque là aussi souvent le maillon faible, ne s’accordant pas parfaitement à une fourche Lefty “double-té” hyper rigide.

Dans le cadre d’un usage plus orienté sur les longues distances, le Cannondale F-Si 2019 est envisageable, du moment que le terrain reste assez roulant ou que les ascensions méritent d’avoir le vélo le plus léger possible. Quand on reste longtemps assis sur la selle, on apprécie que la tige se déforme et c’est effectivement un petit plus non négligeable. D’autant que, comme nous l’avons dit, elle n’est désormais plus seule à apporter du confort et de la tolérance à la machine. Attention tout de même à ne pas le prendre pour un “presque full” car il aura alors tendance à vous le rappeler de façon bien claire à la moindre faute d’inattention.  A noter aussi que les roues Enve M50 restent toujours, selon nous, plutôt raides, meme si les choses se sont améliorées par rapport à la génération précédente qui était un vrai bout de bois.

Verdict

Super rapide, super léger, le Cannondale F-Si Hi-Mod World Cup n’a qu’un objectif à la base : la performance pure sur les circuits de XC comme Albstadt, où un full n’est pas indispensable. Néanmoins, derrière un caractère bien trempé et malgré un châssis particulièrement nerveux dans les relances et les ascensions, le nouveau F-Si sait aussi se montrer beaucoup plus docile que ses prédécesseurs. Le travail effectué pour le rendre plus à l’aise dans les sections techniques de plus en plus engagées sur les tracés de XC, se sent aussi dans la vie de tous les jours et profite à ceux qui ne sont pas de purs compétiteurs professionnels. A 8499€, ce n’est pas à proprement parler une “bonne affaire”, et il faudra voir dans quelle mesure les versions plus accessibles du F-Si avec leur cadre fait de fibres de carbone différentes, garde les mêmes caractéristiques, mais on peut par contre dire sans la moindre hésitation que ce F-Si est un des hardtails les plus désirables du moment, et qui plus est pas dénué d’une certaine polyvalence. 

Plus d’infos : www.cannondale.com