Raid VTT Les Chemins du Soleil : pile race ou face rando ?
Par Paul Humbert -
Il y a des noms qui résonnent quand on les prononce ; celui du Raid VTT des Chemins du Soleil en fait partie. Installé depuis 2023 entre la Drôme et les Hautes-Alpes, l’évènement propose des tracés exigeants mais particulièrement beaux. On vous propose une double immersion dans l’édition 2026, côté course et côté rando :
Le Raid VTT des Chemins du Soleil a deux visages : une course XC marathon d’un côté, une randonnée musclée de l’autre. Les tracés sont identiques, mais pas de chrono pour la rando, et on est dispensé d’un prologue nocturne en ouverture d’épreuve.
Pour les trois jours qui suivent, comptez 50 à 70 km et 2000 à un peu plus de 3000 mètres de dénivelé positif par jour. Pour vivre l’expérience, deux formules sont proposées : une formule libre, ou un accès au camping et la prise en charge des repas avec une grande partie des participants.
Au départ de Saint-Ferréol-Trente-Pas dans la Drôme, l’édition 2026 a eu lieu au coeur du massif des Baronnies Provencales. On pose nos affaires au camping entre deux goutes de pluie, et on se laisse porter. La nature est belle, silencieuse et les dizaines de sommets et crêtes qu’on aperçoit s’apprêtent à accueillir plusieurs centaines de vététistes venus principalement de France et de Belgique, mais également des autres pays voisins.
Côté Vojo, c’est une première pour Martine et Paul pour la rando, mais aussi pour Rémi Groslambert et Kilian Demangeon côté course. Et pourtant, Demangeon est un nom qui parle sur la course, puisque le père, Guillaume, a remporté l’épreuve à cinq reprises.
Clairement, nous n’avons pas les mêmes ambitions. Pour le duo qui va vite, c’est la victoire qui est visée. Pour le duo rando, c’est la ligne d’arrivée avec détour au ravito.
Les tracés
- Côté race avec Rémi Groslambert : les tracés étaient superbes, juste le bon dosage technique avec le bon niveau d’engagement pour rouler en vélo de XC. Il y avait beaucoup de dénivelé positif et des passages bien raides en montée et quelques portages, mais il n’y avait rien à jeter dans les tracés des trois jours.
- Côté rando avec Paul et Matine : en arrivant au camping, on croise encore beaucoup de semi-rigides sans tige de selle télescopique, et on a eu peur : est-ce qu’il faut s’attendre à des tracés aseptisés ? Les premiers kilomètres nous apportent une réponse : pas du tout. Sur les chemins du soleil, place aux singletracks dès que c’est possible, et les Baronnies Provençales en ont en réserve. Passés les premiers bouchons du matin, les centaines de randonneurs s’étirent au gré des montées assez raides, et si on serre les dents pour engloutir les 3000 mètres de dénivelé des deux premiers jours, les descentes sont systématiquement une récompense. Les grands chemins sont utilisés en dernier recours, et on prend autant de plaisir à piloter qu’à se challenger dans les montées. Avec deux (copieux) ravitaillements par jour, on a de quoi faire de belles pauses, mais on ne traîne pas trop, les journées sont longues !
Les paysages
- Côté race : j’ai surtout vu les fesses de Kilian ! C’était beau mais on roule avec un rythme comme sur un marathon classique. Ça part fort tous les jours, c’est intense. On a réussi à creuser dès le premier jour, ce qui nous a permis de ne pas finir à bloc quotidiennement, mais il y avait peu de moments de répit.
- Côté rando : là, on a un avantage par rapport aux racers : quand on bute en haut de cassette avec notre plateau de 34 dents, on a le temps d’observer les vallées, de sentir les odeurs de garrigue et de deviner les chemins au loin. Depuis les sommets des Baronnies Provençales, on repère les sommets enneigés des alpes, le Mont Ventoux ou même les Dentelles de Montmirail au premier jour. Au coeur des petits villages perchés, même les randonneurs sont applaudis par les locaux, et on aurait presque envie de piquer une tête dans les rivières qu’on longe à plusieurs reprises.
La course :
Rémi Groslambert : nous n’avions jamais roulé ensemble avec Kilian, et c’était vraiment une bonne surprise de nous découvrir comme un duo homogène. En descente comme en montée, on avait vraiment la même façon de rouler. Aussi surprenant que ça puisse paraître avec son père qui gagne cinq fois la course, Kilian n’était jamais venu sur l’épreuve, alors c’était une grande première pour nous deux.
Le format raid est original et interdit les assistances extérieures. On devait donc prendre plus d’eau sur les vélos et marquer au moins un arrêt pour remplir chaque jour. Pour la nutrition, pas le temps de s’arrêter, et de mon côté, je tourne avec des gels et de la boisson toute la course.
À l’issue de 4 jours et plus de 12 heures de chrono pour les plus rapides, les vainqueurs sont : Ilona Chavaillaz et Amélie Rossier chez les femmes, Laurie Renoton et Adrien Perret en mixte, et Kilian Demangeon et Rémi Groslambert chez les hommes.
Les vélos
Côté course : no comment, on en reparlera dans quelques semaines ! Ce que je peux dire publiquement, c’est qu’après un hiver passé sur mon hardtail 32 pouces à réfléchir « performance », j’ai repris du plaisir à rouler en 29 tout-suspendu pour le plaisir de pilotage.
- Côté rando : Scott est partenaire de l’évènement et nous a prêté deux superbes Spark RC Worldcup. Deux machines taillées pour le XC auxquelles on a apporté une seule petite modification, en troquant le pneu avant Maxxis Aspen Race pour un Maxxis Forekaster. On s’est félicité de ce choix dans les conditions boueuses du premier jour et sur les terrains meubles et parfois cassants. Ce qu’on retient de cette machine, c’est son équilibre général et ses performances en descente qui sont assez impressionnantes, même 5 ans après sa sortie. Un nouveau Scott Spark est en approche, mais ce modèle risque de rester pertinent encore très longtemps pour qui n’attend pas un rendement ultime en compétition. Si on ne devait retenir qu’une chose côté composants, ça serait le système Rockshox Flight Attendant.
En testant ce vélo il y a quelques mois, Rémi présentait la limite du système pour les compétiteurs les plus réactifs, mais soulignait l’intérêt pour celles et ceux qui ne bloquent pas par automatisme. Nous voilà parfaitement dans la cible. Sur une épreuve exigeante comme les chemins du soleil, où nos réflexes sont souvent altérés par la fatigue, on ne s’occupe de rien et le vélo est toujours en position optimale. Ce n’est pas nécessaire, mais c’est un confort exceptionnel.
Le logement
- Côté race : pour maximiser notre récupération parce qu’on se fait vieux (27 et 30 ans quand même) et gérer notre nutrition, on a choisi de loger « en dur ».
- Côté rando : on a voulu vivre notre première expérience jusqu’au bout, et c’était top ! Le coeur de l’organisation, c’est aussi la vie entourés de centaines d’autres vététistes. Au camping, on retrouve des têtes connues, des lecteurs et on rencontre plein d’autres passionnés. Mention spéciale pour les super lavages de vélos, mais surtout, surtout, pour les repas exceptionnels proposés par les bénévoles et l’organisation. C’était délicieux et après des grosses journées de sport, tout le monde sait ô combien c’est important !
Conclusion
Alors qu’on ne roule pas au même rythme, on rejoint Rémi pour son bilan post course : « C’est du beau VTT naturel, comme j’aime, avec du beau dénivelé et pile le bon dosage. » Pas de fausse modestie : en arrivant dans la Drôme, c’est un véritable challenge physique qui nous attendait. On roule rarement autant, et encore moins trois journées de suite. Alors quand on a la satisfaction de boucler une telle dose de vélo avec le sourire, d’avoir découvert une nouvelle région et avalé des kilomètres de singletracks, les bouchons de la route du retour peuvent être aussi longs qu’ils le veulent, ça ne gâchera pas notre plaisir.
Photos : Rémi Fabregue / Raid VTT Chemins du Soleil


