Nouveautés | Les 7 tendances à retenir de l’Eurobike 2026
Par Olivier Béart -
Impossible de passer à côté : l’Eurobike est en pleine crise et l’heure de gloire de cette grand-messe semble bel et bien passée. Edition de transition avant un renouveau ou chant du cygne ? L’avenir nous le dira. En attendant, il y avait tout de même des choses intéressantes à voir lors de cette édition 2026. Voici 7 grandes tendances qui ont retenu notre attention :
L’édition 2026 du salon Eurobike à Francfort était particulière. Mais, en arpentant les maigres allées, nous avons malgré tout trouvé plusieurs choses intéressantes et ressenti quelques tendances.
1. Un salon en pleine crise existentielle
Les chiffres ne mentent pas : de 1500 exposants en 2025, on est passé à moins de 800 en 2026, répartis dans seulement trois halls contre 6 à 8 avant. Et même les « bonnes » éditions à Francfort n’étaient que l’ombre de ce qu’on a connu du temps des grandes années de l’Eurobike à Friedrichshafen.
Dès qu’on rentre sur le salon, impossible d’ignorer cette réalité. Les allées sont (très) larges, les absents sont très nombreux (plus de Shimano, Sram, Scott, ZEG, Bosch et autres), et il y même a de nombreux espaces vides et blancs au milieu des allées. Bref, ça sent la déprime. N’en tirons pas de trop grandes conclusions sur l’état du milieu du vélo en général, qui ne va pas si mal que cela. Il reste de nombreux événements dynamiques et qui fonctionnent très bien, comme la Sea Otter Europe à Gérone ou encore le salon de Düsseldorf qui s’est tenu un peu plus tôt dans l’année, pour ne prendre que deux exemples.
Ici, les raisons évoquées par les professionnels et anciens exposants avec qui nous avons parlé dans les allées sont multiples (car même si beaucoup n’avaient plus de stand, énormément d’acteurs importants de l’industrie étaient bien présents à Francfort et se baladaient dans les allées) : « Les tarifs étaient devenus délirants avec, en échange, un service stable voire même en baisse, sans parler de la fréquentation », nous explique l’un deux. Un autre ajoute : « Il n’y avait aucune écoute et aucune remise en question de la part des organisateurs. Cela ne pouvait plus durer ». Et un troisième précise : « Avec les budgets économisés, nous pouvons faire beaucoup d’autres choses, comme par exemple inviter nos revendeurs ou nous déplacer chez eux et faire de vrais test-days pour les consommateurs. »
Pour essayer de sauver les meubles, l’Eurobike changera de dates en 2027 et se tiendra début septembre, tous les deux ans. Il se murmure que des propositions alléchantes ont été faites à quelques grands noms pour essayer de les faire revenir. Mais un salon concurrent sera organisé à Cologne à peine une semaine plus tard par le puissant syndicat des marques allemandes. Bref, on n’est pas sortis de l’auberge…
2. Avinox frappe (encore plus) fort
Nous en avons déjà parlé dans cet article, Avinox a présenté son nouveau projet de moteur à transmission intégrée de type variateur de couple, le MG1. Une future révolution, qui va enfin permettre à ces ensembles moteur/transmission de s’imposer ?
Nous avons eu l’occasion d’en savoir un peu plus en discutant avec Nico Ménard, ingénieur en chef chez Commencal. Bien sûr, de nombreux points sont encore secrets, mais il a tout de même pu nous livrer quelques éléments intéressants : « Le MG1 roule, ce n’est pas juste une idée. Et je peux vous dire que, même s’il y a encore des choses à peaufiner, cela fonctionne déjà vraiment bien. »
« Le bloc est très compact, il est juste nettement plus large qu’un M2S. Cela nous laisse pas mal de libertés pour la suspension et pour la conception du vélo en général. Nous avons aussi fait notre propre moyeu arrière, le plateau et le pignon. Les ingénieurs de chez Avinox sont très à l’écoute et réactifs, c’est agréable de travailler comme cela. Il n’y a pas encore de date de sortie car, même si les grandes lignes sont déjà figées, il reste encore pas mal de travail sur des détails importants tant pour Avinox que pour nous. » (NDLR : en coulisses, une autre source bien informée nous a parlé d’une commercialisation dans une petite année).
Mais, au-delà de ce projet, nous avons aussi et surtout retenu le véritable raz-de-marée réalisé par la marque avec ses motorisations M2 et M2S, présentes absolument partout sur le salon. Bien sûr, Avinox appartient au groupe DJI, mais pour une marque encore jeune, c’est un énorme coup que d’avoir réussi à prendre aussi rapidement une place aussi importante sur le marché avec plus de 30 partenaires.
Parmi les petits nouveaux, nous avons notamment remarqué Crussis, qui propose des modèles à moins de 4000 € avec cadre alu et moteur M2, et en carbone dès 4500 €.
Dans un autre style et nettement plus haut de gamme, Rotwild présente aussi un nouveau modèle en M2S avec batterie amovible.
Amflow, la marque de vélo liée directement à Avinox, a aussi fait un joli coup en présentant le TL, un vélo qui se veut confortable, polyvalent et accessible, avec un tarif sous les 4000 € avec moteur Avinox M2 et batterie de 800 Wh (+ range extender de 600 Wh en option).
Son cadre en carbone tout suspendu qui se positionne entre le VTC et le VTT est livré d’origine avec garde-boue et porte-paquet amovibles. De quoi plaire à un public très large à la recherche d’un vélo de loisir.
3. Moteurs à transmission intégrée : enfin prêts à percer ?
Avinox n’était absolument pas le seul à présenter un ensemble moteur/transmission intégré. Juste en face, les Chinois de Gobao avaient, eux aussi, un énorme stand pour présenter leurs systèmes. Il se murmure d’ailleurs qu’Avinox a accéléré la présentation de son MG1 pour ne pas laisser toute l’attention médiatique à son rival Gobao…
Si Avinox n’a pas dit officiellement que sa transmission est de type CVT (variateur de couple), c’est par contre bien clair chez Gobao. Avec pour avantages d’éviter les à-coups d’une boîte de vitesses classique, et de pouvoir paramétrer plus facilement ses vitesses ou un mode automatique.
Le premier bloc est le X1, qui offre 1200 W de puissance maximale et 110 Nm de couple (120 Nm en Boost), avec un ratio d’assistance maximale de 600% et une étendue de rapports de 400% au niveau de la transmission.
Le deuxième est le X1P, plus puissant, avec 1500 W maximum et un couple de 130 Nm (150 ?m en Boost) ; une assistance qui grimpe à 800 % et une plage de rapports plus étendue, qui passe à 500%. Dans les deux cas, le poids est de 3,85 kg.
Plusieurs options de batteries sont proposées, de 500, 750 et 900 Wh, avec un système de charge rapide pour les modèles les plus haut de gamme.
Détail très intéressant : ces motorisations Gobao utilisent les mêmes points d’accroche sur le cadre que les Shimano EP8 et EP801. De quoi permettre à certaines marques de faire un changement assez rapidement, voire même éventuellement d’upgrader des vélos existants.
Dans les allées, on pouvait aussi voir l’ensemble moteur-boîte Valeo/Cyclee, présent sur le marché depuis quelques années, mais qu’on ne voit pas du tout dans le vélo sportif …
… ou encore le Aventon, déjà commercialisé lui aussi.
Clairement, ces ensembles motorisation/transmission semblent bien être le futur pour une large partie du marché e-bike, du moins dans le haut de gamme.
4. Les marques chinoises s’émancipent
L’absence de très nombreuses grandes marques occidentales a laissé plus de place pour d’autres acteurs, habituellement plus discrets. Globalement, on constate que de plus en plus de marques chinoises (et asiatiques en général) s’émancipent.
Par là, on veut dire que certaines ne se contentent plus d’être de discrets sous-traitants pour des marques occidentales, ni de simplement copier des vélos ou accessoire à succès. Aujourd’hui , elles présentent leurs propres vélos et accessoires, avec des designs spécifiques et parfois innovants.
Au niveau des vélos, ce sont surtout des machines de route et de gravel plutôt attractives qu’on voit fleurir, comme chez Winspace…
…avec ce modèle aux haubans très travaillés au niveau du raccord avec le tube de selle.
On peut aussi prendre l’exemple de Tavelo, qui présentait également sur son stand des roues carbone assez originales.
Au niveau des transmissions, c’est L-Twoo qui se fait le plus remarquer, avec notamment ce dérailleur électronique sans fil, bien moins cher que ses rivaux Sram et Shimano.
Nous avons aussi remarqué cette tige de selle électronique sans fil de chez Seekrun. Disponible de 125 à 200 mm de débattement, elle ne coûte que 349 €. Elle est disponible en plusieurs finitions (noire ou dorée ; colliers personnalisables, etc), et la batterie peut aussi servir à alimenter un mini compresseur (vendu séparément). Bientôt en test sur Vojo !
Clairement, il faudra compter sur ces marques à l’avenir, car il y a fort à parier qu’elles se feront une place sur le marché assez rapidement grâce à des produits attractifs techniquement et visuellement, proposés à des tarifs bien plus bas que les marques occidentales classiques. Leur marketing est déjà en marche, en équipant notamment des teams sur route, et certaines commencent déjà à se constituer un réseau de distribution en Europe (car on ne parle pas ici d’acheter en ligne directement en Chine, mais de marques qui seraient disponibles via un réseau de magasins classiques).
5. Canyon, de retour avec le plus beau stand de l’Eurobike 2026
Il y avait beaucoup d’absents, on l’a dit, mais aussi un grand retour : celui de Canyon, qui avait délaissé l’Eurobike depuis de nombreuses années. Et la marque allemande n’a pas fait les choses à moitié, puisqu’elle a réalisé ce qui est, à nos yeux, le stand le plus beau et le plus intéressant de cet Eurobike 2026.
Canyon a fait le choix de ne présenter que des concept-bikes et ses toutes dernières nouveautés, ainsi que quelques vélos pas encore sortis.
Ainsi, on a découvert que Canyon prépare un e-bike avec motorisation Avinox et batterie de 700 Wh…
… ou encore le tout nouveau Canyon Grail CFR, le gravel race de la marque.
Au rang des concept-bikes, c’est évidemment le très impressionnant projet 32 pouces aéro qui attirait tous les regards d’une foule venue vraiment nombreuse pour l’admirer.
On vous l’a détaillé dans cet article : Prototype | Canyon repense le XC : aéro, roues de 32 et fourche inversée
6. Le 32 pouces, bien là mais encore discret
Tout est dans le titre : de manière générale, il y avait bien des vélos de 32 pouces sur le salon Eurobike, mais on ne peut absolument pas parler d’une présence massive.
Il s’agissait principalement de VTT XC, comme ce Stoll sur le stand Intend (identique à celui qui a remporté une victoire d’étape au Cape Epic 2026)…
de pneus (comme ici chez Kenda)…
… ou encore de roues, comme chez Berd qui offre déjà ses rayons textiles en longueur compatible 32 pouces, et qui propose aussi des roues complètes en 32.
Curieusement, nous n’avons pas vu de vélo de gravel 32 pouces. Globalement, il est sans doute encore un peu tôt pour beaucoup de marques, qui y pensent très sérieusement, mais qui ne sont pas encore vraiment prêtes.
7. Les artisans et les « petites » marques font de la résistance
Au rang des points positifs, cet Eurobike en mode mineur a aussi donné un peu plus de visibilité à quelques petites marques et petits artisans, qui avaient droit à une zone dédiée.
Nous avons notamment pu admirer les vélos carbone all-mountain/enduro ultra légers en carbone de chez Truebc.
Les vélos en bois de chez Annum ont aussi retenu notre attention, et notamment ce home-trainer qui est une véritable sculpture à exposer dans son salon.
On se réjouit aussi de revoir le retour de la marque anglaise Orange…
… avec notamment cet e-bike en moteur Avinox, très original avec son cadre fait de plaques d’aluminium soudées.
Dans le coin des startups, on a aussi remarqué l’ensemble cintre/poignées Novibe. La marque a développé un système permettant aux grips de bouger légèrement dans toutes les directions, avec une amplitude réglable, pour plus de confort et un meilleur contrôle.
La petite marque haut de gamme allemande Intend est connue surtout pour ses fourches inversées, ses amortisseurs et ses freins.
Elle continue son développement en présentant sa première tige de selle télescopique.
Conçue pour être très onctueuse, elle a aussi pour particularité de se durcir un peu en fin de course pour avoir une butée souple.
La commande au guidon est aussi très soignée. Son système original d’accrochage du câble permet de l’enlever et de le remettre en quelques secondes, sans outil.
Intend présente aussi un nouvel amortisseur mixte, air-ressort : « l’idée est de combiner les avantages des deux. A la base c’est un amortisseur à air, facile à régler au niveau de la pression, accompagné d’un ressort hélicoïdal pour la sensibilité et pour rouler avec des pressions d’air plus basses », nous explique le fondateur de la marque.
Mais aussi…
Dans les allées, voici encore, pèle-mêle, quelques stands et accessoires qui ont retenu notre attention:
KS présente une version actualisée de son modèle le plus accessible, la Rage-i 2.0. La nouvelle fait appel à un système à bain d’huile ouvert, plus simple et plus souple à l’usage. Sa longueur totale est aussi plus courte à débattement égal.
KS a également développé une nouvelle commande au guidon, en aluminium, très compacte et proche du cintre.
La marque présente aussi la KS E-LEV, développée spécialement pour les vélos à assistance électrique. Cette tige télescopique à commande sans fil puise directement son énergie au niveau de la batterie du vélo. Le système est compatible Shimano et Avinox.
Ridley présentait son nouveau gravel race, très stylé et qui accepte des pneus de section importante (55mm).
Enfin, la marque américaine Stablead, que nous avions découverte l’an dernier, était encore une fois de la partie avec un stand impressionnant et un catalogue de produits qui ne cesse de s’étendre. Nous n’en avons pas encore réellement vu rouler et nous n’avons pas encore pu les tester, mais ce spécialiste des équipements pour le cinéma, basé à Los Angeles (et produisant en Asie), veut clairement se positionner dans le coeur des amateurs de beau matériel.
De tout nouveaux freins 4 pistons…
Les potences…
Un pédalier modulaire, et les moyeux. Des vélos en tubes carbone et raccords titane sont aussi de la partie.
Rendez-vous en septembre 2027 pour voir comment l’Eurobike aura évolué.
