MB Race 2018:
la course vécue de l’intérieur par nos 4 gagnants

Sport
11 juillet 2018 — Elodie Lantelme

Vous les connaissez bien maintenant. Baptiste, Gauthier, Marie et Yannick ont remporté le Challenge XTR Shimano/MB Race et l’inscription à la mythique course dans le massif du Mont-Blanc qui allait avec. C’était ce week-end. On ne revient pas le même de « l’épreuve la plus dure du monde ».

Les chiffres de la MB Race font toujours frissonner. 140 kilomètres et 7000 mètres de dénivelé positif pour l’Ultra Somfy, l’épreuve reine, seule course du calendrier mondial marathon UCI à afficher une telle distance sur une journée. Et cette journée, ça allait donc être le 7 juillet 2018. La neuvième édition de la course autoproclamée « la plus difficile au monde » depuis sa première édition, parce qu’un seul concurrent avait alors réussi à finir…

Au départ, parmi les 1200 participants à la MB Ultra, on comptait aussi Baptiste, Gauthier, Marie et Yannick. Les 4 vainqueurs du concours XTR Shimano/MB Race que nous vous avons déjà présentés. Après leur stage de préparation à Combloux, c’était enfin le jour J. Sous le soleil. Marie est arrivée de sa Loire le jeudi avec Anthony, son compagnon. Histoire de prendre quelques jours et de profiter du massif du Mont-Blanc. De prendre ses marques et d’aller rouler un peu. Ses trois autres comparses arrivent, eux, la veille de l’épreuve.

Veille de course

Chacun part rouler dans son coin, faire un peu tourner les jambes, pour essayer de se distraire de l’échéance qui attend demain. Tous n’ont pas les mêmes attentes : Marie vise le 70 km, Yannick le 100, et Baptiste et Gauthier, le 140. Tous passeront sur le stand Shimano dans l’après-midi, pour saluer l’équipe présente emmenée par Yan Fouché et régler les derniers points techniques. Sur le parking de l’hôtel, on croise Baptiste, fatigué, il va décliner le briefing. Lui qui a pourtant quantité d’atouts pour bien figurer sur cette course est tendu : « J’ai un peu l’impression de me présenter à un contrôle sans avoir assez révisé. » Marie nous avait confié un mois et demi plus tôt qu’il fallait de l’humilité face à cette course pas comme les autres. Comme la tension, elle est palpable.

Le soir à l’apéro, après les mots de bienvenue de Yan, la bière est remise à plus tard pour nos 4 sportifs. Jus d’abricot, de carotte, perrier-menthe sont de mise, avant la traditionnelle ration de pâtes.

Le plus vite possible, chacun va au lit en espérant trouver rapidement le sommeil.

Demain, le réveil sonnera à 4h, pour avoir le temps de prendre un petit-déjeuner et que ce dernier soit un peu loin avant le départ de la course, à Megève, à 6h.

6 heures du mat’, j’ai des frissons…

Au petit matin, les mines sont tirées, la nuit a été mauvaise pour Baptiste et Yannick, la sono d’une fête non loin n’a pas aidé à l’endormissement. Mais Gauthier tempère : « On attend ce moment depuis un an, alors la nuit a été courte, oui, mais on ne va pas s’arrêter maintenant. »

Dans son appartement au-dessus de Megève, Marie adopte une stratégie inverse de celle des garçons. Adepte de la dernière minute, elle finit à peine de se coiffer à trente minutes du départ, quand ses trois acolytes sont déjà sur la ligne : « Je n’aime pas être prête trop en avance, sinon ça me stresse, alors je finis en général un peu à l’arrache. »

6 heures. Le jour se lève tout juste. Les 1200 concurrents s’élancent. La journée va être longue sous l’œil du mont Blanc. Les premiers sont attendus à 14 heures à Megève. Les derniers y arriveront après 19 heures…

Baptiste est bien parti, dans les 50 premiers. Gauthier suit à une dizaine de minutes, puis Yannick, un peu englué dans le paquet et qui s’emploie à dépasser, puis Marie, partie à son rythme, avec la ferme intention d’arriver, surtout.

La Ligérienne ne le sait pas encore, mais les 70 premiers kilomètres du parcours sont les plus cassants.

Des sections de portage sur de la lauze rendue glissante par la rosée du matin, plusieurs cols, dont celui du Jaillet à 1723 m, et l’Ultra Climb de Shimano, 2 kilomètres de montée avec des sections à plus de 10 % que beaucoup franchiront à pied…

Dans le dur…

Juste avant le col du Jaillet, à peine plus de 20 kilomètres après le départ, dans une section de portage, nous voyons arriver Baptiste. Il est toujours dans les 50, et gère l’effort. La chaleur n’est pas son amie, il le sait. Il sait aussi que sur un tel parcours, la traversée de zones d’inconfort est incontournable, et que ce serait sa tête qui l’emmènerait quand ses jambes flancheraient.

Secrètement et toute objectivité journalistique mise à part, on s’inquiète pour ce grand garçon qui a tellement envie de bien faire, pour remercier Shimano, être à la hauteur des attentes… Le dixième de la course n’est pas passé, il reste 120 kilomètres, dans les Alpes, au pied du Toit de l’Europe de surcroît, où le dénivelé ne fait pas de cadeau. Et s’il ne finissait pas ? Il serait tellement déçu… Mais Baptiste se connaît et il a de la ressource.

Tout comme Gauthier et Yannick, plutôt frais dans la section de portage/poussage au milieu des rhododendrons, qui passent devant nous près de 30 minutes après Baptiste. Les écarts commencent déjà à se creuser. Et Marie qui ne passe pas…

On voit débouler Anthony. Marie, elle, arrive finalement plus d’une heure et demie après. Elle se sent fatiguée, a l’impression d’être malade. Mais elle aussi est une battante, elle ne va pas lâcher là.

C’est sa tige de selle télescopique qui, en revanche, va la lâcher peu après. Bloquée en bas, bien sûr. Elle contacte Julien, le technicien Shimano, pour voir ce qui peut être fait. Lui a appelé Yan, qui a préparé une tige de selle fixe pour la remplacer. Mais comment l’amener à Marie dans les temps ? Julien lui conseille d’abandonner. Pourtant, elle décide de repartir, selle en bas. On se dit qu’elle ne peut pas finir les 40 kilomètres comme ça.

D’autant que la technicité des sentiers et les longues montées interminables sont la marque de fabrique de la MB Race…

Et de gros morceaux attendent, comme l’Ultra Climb de Shimano. Au pied de celle-ci, on retrouve Baptiste, qui sent poindre des crampes malgré une hydratation soignée.

Sur cette section casse-pattes, chacun passe à sa façon, en poussant ou sur le vélo. Mais les visages commencent à accuser le coup.

On n’est pourtant qu’au tiers de l’épreuve, ou presque…

Finalement, Marie a décidé d’arracher le câble et de bloquer la selle en haut. Ce sera moins pire. Ça, c’est ce qu’elle nous expliquera, tout sourire, à l’arrivée des 70 kilomètres, où on la retrouve quasiment par hasard, pensant qu’elle avait forcément abandonné à cause de ce problème technique crucial. Frustrée d’avoir été gênée par ces soucis mécaniques, elle a pourtant continué et atteint son objectif : finir les 70.

Entre-temps, Yannick, lui, en a terminé avec les 100. On sentait l’Alsacien frais, il était passé devant Gauthier peu après les 30 kilomètres.

Mais à Combloux, où l’attendait la bifurcation fatidique entre l’arrivée des 100 et l’enchaînement pour les 140, le pilote Bulls a finalement choisi de s’arrêter.

La mission qu’il s’était fixée était remplie : « Je n’avais jamais fait aussi long jusqu’à présent, alors je veux vraiment y aller par étapes. Je ne voulais pas finir mal psychologiquement, ni être complètement usé physiquement, pour garder du plaisir. Mais je me suis posé la question de continuer ou pas pendant une heure avant d’arrêter. » Une bonne chute après le 90ekilomètre, signe que sa lucidité commençait à s’éroder, l’a aussi aidé à se décider.

Dénouement

Baptiste est passé depuis près de 30 minutes quand Yannick s’arrête aux 100. L’étudiant chambérien a trouvé de la ressource pour continuer.

Mais une crevaison survenue un peu plus tôt lui a fait perdre des places chèrement gagnées et entamé de nouveau le mental.

Sa famille est là pour le soutenir, l’encourager, le remotiver, pendant que Julien change de nouveau la roue sous la tente Shimano.

Alors pour son père, sa mère, pour Yan et son équipe mais aussi pour lui-même, Baptiste s’est accroché et est reparti. Les 40 derniers kilomètres.

Alors qu’il avait brillamment passé l’Ultra Climb en selle, Gauthier semble aussi buter contre le mur des 100 kilomètres qui se présente à Combloux. Le pilote BMC a les traits marqués, il avoue ne plus bien savoir pourquoi il continue.

Il se demande s’il n’aurait pas dû attendre son frère, également en course avec lui et qu’il a laissé dès les premiers kilomètres. Estelle, sa chérie, le réconforte, il prend le temps de souffler, de se ravitailler.

C’est déjà tellement énorme, ce qu’il a fait ! Mais repartir en se sachant le dernier de l’équipe Shimano encore en course le plombe un peu. Lui rappeler qu’il est surtout le 2à continuer sur le 140 remet les choses en perspective. Il remonte en selle. Secrètement, on leur souhaite à tous de rallier l’arrivée. La moyenne des finishers sur la MB Race 140 est cruelle : 7% des participants seulement environ.

« J’ai l’impression qu’ils ont tous passé une journée mémorable. Et nous, on a vécu une p….n d’expérience consommateurs ! »

Ils seront davantage cette année, grâce à une météo plus clémente, qui n’a pas rendu le parcours plus dur qu’il ne l’est déjà. Comme Urs Huber, déjà vainqueur en 2017 et victorieux en 2018, Baptiste et Gauthier seront de ceux-là. Après près de 12 heures de course, Baptiste passe l’arche rouge et blanc de Megève. Il l’a fait. Son naturel perfectionniste et insatisfait pointe sa sortie des 50 premiers, car il finit 56e. Ça, c’est pour le verre à moitié vide. Mais il y a la moitié pleine aussi…

Car alors qu’il est encore son vélo à la main dans l’aire d’arrivée, à échanger avec ses proches, Baptiste est appelé sur le podium. Vainqueur de sa catégorie Espoirs Hommes. Un moment intense d’émotion. Pour Yan aussi, qui lui remet le trophée.

Ce dernier est ravi de cette première : « J’avais un des rôles les plus faciles, je n’étais pas sur le vélo. Mais on a vécu une journée plus qu’intense en proposant l’assistance technique à tous sur cette MB Race. Tout le monde n’est pas toujours préparé pour faire face à cette course, ça donne une vraie légitimité à notre venue, pour notre soutien logistique à l’épreuve ; ça répond à un besoin terrain réel. Pour Marie, Baptiste, Gauthier et Yannick, on savait que c’étaient des guerriers, ils l’ont prouvé : Marie n’était pas forcément dans un grand jour, en plus, elle a eu des problèmes techniques avec sa tige de selle, et elle s’est accrochée. Elle s’est débrouillée toute seule et a fini. Gauthier, lui, est arrivé avec le smile, ça, c’est génial !  »

Yan poursuit: « Yannick a eu une gouache d’enfer sur le 100 kilomètres. Et Baptiste, c’était la cerise sur le gâteau ! Quand j’ai entendu qu’il était en tête de sa catégorie, je me suis dit : “Waouh ! Mais qu’est-ce qu’il nous fait, là ?!” J’ai l’impression qu’ils ont tous passé une journée mémorable, après des mois riches en enseignement. Et nous, on a vécu une p….n d’expérience consommateurs, car tous avaient pris des options différentes : double et mono plateau, mécanique et électronique ; et, au final, chacun a été content de son choix. Maintenant… j’ai soif, et un grand besoin de céréales ! (rires) »

Tous les résultats de la MB Race 2018 ici.

 

Photos ©Elodie Lantelme/Vojomag