Coupe du Monde XC 2021 #3 - Leogang | Changement d'ère

Sport
14 juin 2021 — Léo Kervran

Ce n’est que sa deuxième saison chez les Elites, la première “véritable”, et Loana Lecomte écrit déjà l’histoire de sa discipline. Avec une troisième victoire d’affilée à Leogang, sur le podium devant ses modèles Jolanda Neff ou Jenny Rissveds, elle marche dans les traces d’une autre figure du sport, Gunn-Rita Dahle. Une légende naît, une autre s’éteint ? Cela fera bientôt deux ans que Nino Schurter n’a pas gagné en coupe du Monde et la concurrence de plus en plus féroce ne joue pas en sa faveur. C’est même un de ses compatriotes, Mathias Flückiger, qui s’impose peu à peu comme le nouveau leader du XC masculin. A Leogang, une nouvelle ère s’est peut-être ouverte sur la coupe du Monde de XC :

La journée était historique, puisque c’était la première fois depuis 2009 et le dernier passage du circuit à Schladming que l’Autriche accueillait une coupe du Monde de XC. Toutefois, le tracé de Leogang n’est pas inconnu de tous les pilotes : c’est sur ce dernier que se sont disputés les championnats du Monde 2020, il y a 9 mois.

Le parcours, long de 3,5 km pour 221 m de dénivelé, s’était alors rapidement distingué par ses longues montées raides et exigeantes suivies de descentes raides, recouvertes de racines et très piégeuses en conditions grasses ou boueuses. Cette année, pas grand-chose n’a changé et on signalera simplement une météo un peu plus clémente le jour de la course, qui a permis au circuit de sécher progressivement tout au long de la journée.

Du point de vue des pilotes, ce n’est pas vraiment le plus beau tracé de l’année, mais côté spectateurs, on l’apprécie car il a tout ce qu’il faut pour offrir de belles batailles entre des athlètes aux profils différents. La prise de risque en descente y est facilement récompensée, mais attention, les racines veillent et on peut tout aussi facilement partir à la faute…

Femmes : Lecomte écrit l’histoire

Mis à part la domination – le mot est faible – de Loana Lecomte, les deux premières coupes du Monde de la saison n’ont pas permis de définir une vraie hiérarchie chez les femmes. Derrière la pilote du team Massi, elles sont ainsi une bonne dizaine, si ce n’est plus, à pouvoir prétendre au podium.

Néanmoins, Pauline Ferrand-Prévot pourrait disposer d’un petit avantage sur ses concurrentes : avec Haley Batten, c’est la seule à être montée sur le podium sur les manches précédentes de la coupe du Monde (2e à Albstadt puis 4e à Nove Mesto) et elle a été sacrée championne du Monde sur ce circuit il y a quelques mois, de quoi lui rappeler de bons souvenirs.

A surveiller également, la course de Jolanda Neff. La Suissesse retrouve petit à petit son meilleur niveau après sa blessure et a signé un podium vendredi sur le short-track. Peu avant la course, elle confiait cependant être toujours prudente car sa santé n’est pas encore au mieux. A-t-elle ce qu’il faut pour rééditer sa performance du XCC sur le format olympique ?

Enfin, on notera l’absence de Kate Courtney. L’Américaine, championne du Monde 2018, vainqueur du classement général en 2019 et sur le podium à Albstadt cette année, est toujours en convalescence après sa chute de Nove Mesto, de laquelle elle s’était relevée avec un bras cassé.

Le profil du départ est identique à celui du short-track, avec une raide montée sur l’herbe qui surgit juste après les premières mètres et invite les pilotes à en garder sous le pied, sous peine de se mettre dans le rouge dès les premières secondes de course. Jolanda Neff prend le meilleur envol, rapidement relayée par Pauline Ferrand-Prévot. Dans la roue de la championne du Monde, on retrouve les autres pilotes en forme des premières manches : Haley Batten est en deuxième position, suivie par Loana Lecomte qui contrôle comme à son habitude.

La start-loop est à l’image du tracé, exigeante, et des petits groupes se forment avant même l’entame du premier tour complet du circuit. Au passage sur la ligne, Loana Lecomte mène (déjà) avec dans sa roue Pauline Ferrand-Prévot, Haley Batten, Rebecca McConnell et Jolanda Neff. Vient ensuite Jenny Rissveds à 8 secondes, puis la jeune Espagnole Rocio Garcia à 10 secondes et enfin Alessandra Keller à 22 secondes, qui entraîne le “peloton”.

Loana Lecomte toujours accompagnée au début du premier tour ? Voilà qui est inédit cette année. Pas de panique, la championne du Monde Espoirs remet vite les choses en ordre et s’échappe dès le milieu de la première des deux longues montées que comporte le circuit, après une dizaine de minutes de course. Sans attaque ou sans accélération particulière, elle “prend simplement son rythme” comme elle aime le dire et ses adversaires ne tiennent pas.

Du côté des adversaires justement, le petit groupe qui accompagnait Lecomte a volé en éclat dans cette montée. Jolanda Neff est la première à lâcher puis c’est Pauline Ferrand-Prévot qui ne peut pas suivre, alors que Rebecca McConnell suivie par Haley Batten accélère pour essayer de revenir sur Loana Lecomte.

Les pilotes attaquent la deuxième grosse montée à fond pour creuser l’écart ou ne pas laisser partir selon la position de chacune mais personne ne parvient à rentrer sur la pilote Massi. Elle accentue même son avance dans la dernière descente en restant sur le vélo, tandis que Pauline Ferrand-Prévot, remontée en deuxième position, est à pied et ralentit Haley Batten. Quelques mètres derrière, McConnell doit également descendre de son vélo.

A la fin de ce premier tour, Loana Lecomte dispose déjà de 36 secondes d’avances sur le duo Ferrand-Prévot – Batten et de 44 secondes sur un trio Jenny Rissveds – Rebecca McConnell – Jolanda Neff. Le top 10 est complété par Rocio Garcia à 1’01, Laura Stigger à 1’06, Sina Frei à 1’10 et Lena Gerault à 1’18. La championne de France réalise un excellent début de course, bien aidée par une position de départ enfin favorable (en deuxième ligne suite à sa 16e place sur le XCC).

Dans la deuxième boucle, ça continue de bouger pour les places sur le podium : l’une après l’autre, Jenny Rissveds et Jolanda Neff ont distancé Rebecca McConnell et ont fait la jonction avec le duo formé par Pauline Ferrand-Prévot et Haley Batten. Ce groupe de 4 ne reste pas complet très longtemps puisque Batten prend quelques mètres d’avance dans la première descente, qu’elle maintient par la suite.

Rissveds et Neff parviennent à rentrer sur l’Américaine dans la deuxième descente et même à la distancer de quelques secondes, mais pas Pauline Ferrand-Prévot, visiblement un peu moins à l’aise ou plus prudente que ses adversaires dans ce domaine.

En fin de tour, elle voit même Laura Stigger revenir sur elle. Après un un short-track raté (abandon) et un départ discret (15e à l’issue de la start loop), la jeune Autrichienne a opéré une belle remontée et est désormais à la lutte pour une place sur le podium.

Portée par les encouragements de son entourage et des quelques spectateurs présents, Stigger ne s’arrête plus et ramène Pauline Ferrand-Prévot sur Haley Batten dans le début du troisième tour. Quelques dizaines de mètres plus loin, le trio opère à la jonction avec Neff et Rissveds. Loana Lecomte inatteignable sauf grosse surprise (1’31 d’avance à ce moment), on a donc 5 pilotes pour 4 places sur le podium alors qu’on arrive au cap de la mi-course.

Ce n’est pas du goût de Pauline Ferrand-Prévot qui accélère presque aussitôt. Cela a pour effet d’éliminer Haley Batten, déjà à la limite sur chaque changement de rythme en montée depuis plus d’un tour. Dans la deuxième montée, Ferrand-Prévot attaque à nouveau et cette fois c’est Jenny Rissveds qui lâche les roues. Toutefois, la Suédoise ne semble pas en sur-régime et il pourrait simplement s’agir d’un choix de gestion de course, en lissant les efforts.

Bien lui en a pris puisqu’au début du quatrième tour, ça se regarde dans le trio Ferrand-Prévot – Neff- Stigger et le rythme diminue brutalement, ce qui permet à Rissveds de rentrer. Les écarts se creusent à nouveau dans la fin de la montée puis la descente et au milieu du tour, on a maintenant Jolanda Neff seule en deuxième position, suivie par Laura Stigger à 15 s puis Pauline Ferrand-Prévot 2 secondes plus loin et Jenny Rissveds encore une dizaine de secondes derrière.

On se dit alors que le podium commence doucement à se dessiner. Erreur, la partie de chaises musicales est loin d’être terminée et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Dans la deuxième descente, Jolanda Neff chute et tape violemment le sol. Cela profite à Pauline Ferrand-Prévot et Laura Stigger, qui repassent devant, et même à Jenny Rissveds, qui fait la jonction avec la Suissesse. Cette dernière s’accroche à la roue de la Suédoise et bien lui en prend car derrière, Evie Richards n’est pas loin !

Comme Stigger, la Britannique a pris un départ timide puis a remonté une à une ses concurrentes. Elle est désormais bien installée en sixième place et surtout, le podium lui tend les bras : seules 12 petites secondes la séparent du duo Neff – Rissveds à l’entame de la dernière boucle !

Avec seulement 23 secondes entre la deuxième et la sixième place, tout peut encore bouger dans ce dernier tour. C’est d’abord Rissveds qui accélère pour distancer Neff, et se rapproche par la même occasion dangereusement de Ferrand-Prévot et Stigger. Cette dernière creuse un petit écart sur la Française dans le haut de la montée et prend les lignes les plus directes dans la descente pour accroître son avance. En bas de la descente, surprise ! Rissveds et Neff sont passée devant Pauline Ferrand-Prévot et Rissveds part désormais à la poursuite de Laura Stigger.

On file alors sur la ligne d’arrivée pour voir Loana Lecomte lever les bras. Après avoir compté jusqu’à 2’10 d’avance au début de ce dernier tour, la Française a levé un peu le pied dans la dernière bosse pour savourer sa victoire, la troisième de la saison ! Comme à chaque fois, ce fut un long raid solitaire, mais pour l’instant, personne ne semble en mesure de rivaliser avec elle tant physiquement que techniquement.

Pas mal, pour quelqu’un qui “avait un bon souvenir d’avoir gagné ici [lors des championnats du Monde] mais surtout d’en avoir ch*** sur ce parcours et du coup j’appréhendais un peu la course. Je pensais plutôt que ça allait être une course assez groupée et d’ailleurs on a fait un premier tour à plusieurs mais après j’ai pris mon rythme et je l’ai gardé jusqu’à la fin.”

Elle devient ainsi la deuxième pilote de l’histoire à réaliser le doublé XCC-XCO dans un même week-end chez les femmes (après Annika Langvad) et on notera également que c’est la première fois depuis 15 ans qu’une athlète remporte les trois premières manches d’une saison de coupe du Monde. Il faut en effet remonter à Gunn-Rita Dahle en 2006 pour trouver trace d’une telle performance et elles étaient seulement trois à l’avoir réalisée avant Loana Lecomte : Juliana Furtado (1993), Alyson Sydor (1996) et Gunn-Rita Dahle (2003, 2004 et 2006).

Sur la deuxième marche du podium on retrouve finalement Jenny Rissveds, qui aura remonté 3 places dans le dernier tour (elle signe d’ailleurs le meilleur temps de toute la course) et résisté à la pression de Laura Stigger dans les derniers mètres. Voilà qui promet pour la suite de la saison, d’autant que la course semble l’avoir aidée à retrouver le bon état d’esprit : “J’ai un peu lutté avec ma confiance en moi ces dernières semaines, j’ai travaillé sur l’engagement, y aller à fond. C’est très effrayant de se donner à fond parce que ça fait mal et il y a toujours une chance de faire des erreurs, donc je suis très heureuse de la tournure que ça a pris.”

Sur ses terres, Laura Stigger prend une très belle troisième place. C’est son meilleur résultat en coupe du Monde à ce jour et elle peut également être satisfaite de la manière avec laquelle elle l’a acquise, car on l’a parfois vue partir un peu vite et exploser à mi-course. Des erreurs de jeunesse bien compréhensibles (elle n’a que 20 ans), mais cette fois, rien de tout cela !

Autre résultat plus que satisfaisant, la quatrième place de Jolanda Neff. La Suissesse semblait même partie pour jouer plus haut mais on apprendra dans la soirée qu’elle s’est cassée la main lors de sa chute au quatrième tour. On ne sait pas encore quel impact cela aura sur sa saison mais nous lui souhaitons un prompt rétablissement !

Pauline Ferrand-Prévot monte sur la dernière marche du podium. Un résultat peut-être un peu décevant après avoir longtemps été à la lutte pour la deuxième place mais cela reste un podium, le troisième d’affilée cette saison. C’est certain, elle n’était pas aussi aérienne que lors des derniers championnats du Monde mais on la sait passée experte dans l’art de se préparer pour un objectif en particulier et on ne serait pas surpris d’apprendre qu’elle dispose encore d’une certaine marge de progression.

Derrière Evie Richards restée à la sixième place, Rebecca McConnell termine 7e, suivie par Anne Terpstra, Rocio Garcia (pour qui c’est le premier top 10 en coupe du Monde) et Eva Lechner. De son côté, Haley Batten a un peu explosé en fin de course et se classe finalement 16e.

En ce qui concerne les autres françaises, Lena Gerault termine finalement à la 13e place, un résultat encourageant. Plus loin, Hélène Clauzel se classe 31e quelques secondes devant Lucie Urruty (33e). Pour la première, c’est une confirmation après sa 28e place à Nove Mesto et pour la seconde, c’est un résultat encourageant puisqu’elle avait terminé en dehors du top 50 sur les deux premières étapes de la saison.

En revanche, la journée était moins belle chez les Belges puisque Githa Michiels a chuté dans le deuxième tour et a dû abandonner. Les examens ont révélé une fracture, vraisemblablement à la clavicule d’après son post sur les réseaux sociaux. Elle va maintenant passer des examens complémentaires pour déterminer la marche à suivre. En attendant d’en savoir plus, nous lui souhaitons à elle aussi un bon rétablissement.

Résumé

  1. Loana Lecomte (FRA / Massi), 1 h 17 m 03 s
  2. Jenny Rissveds (SWE / Team 31 – Outride), + 1:48
  3. Laura Stigger (AUT / Specialized Factory Racing), + 1:50
  4. Jolanda Neff (SUI / Trek Factory Racing), + 2:02
  5. Pauline Ferrand-Prévot (FRA / Absolute Absalon – BMC), + 2:30

Classement complet

Classement général

Download (PDF, Inconnu)

Avec ses deux victoires du week-end, Loana Lecomte accroît de façon importante son avance au classement général. Elle dispose désormais de plus d’une manche d’avance sur Pauline Ferrand-Prévot, qui reprend la deuxième place à Haley Batten. Rebecca McConnell remonte à la 4e position (auparavant 7e) tandis qu’Anne Terpstra descend à la 8e place (auparavant 5e) et Jolanda Neff fait son apparition dans le top 10.

Hommes : Flückiger, nouvel homme fort du XC mondial

Après leur duel sur le XCC vendredi, Mathias Flückiger et Ondrej Cink apparaissent comme les deux hommes en forme du week-end. Si on regarde les classements des deux précédentes étapes de la coupe du Monde, à Albstadt puis Nove Mesto, on s’aperçoit qu’ils sont aussi les deux seuls pilotes à être monté sur le podium à chaque fois, signe que leur résultat de vendredi était tout sauf un accident.

A côté du Suisse et du Tchèque, on attend bien sûr Jordan Sarrou, sacré champion du Monde ici il y a quelques mois devant Mathias Flückiger. Pourra-t-il rééditer la performance dans des conditions bien plus clémentes et face à un Flückiger dans la forme de sa vie ?

Autre pilote scruté de prêt, mais pas forcément pour les mêmes raisons que d’habitude, Nino Schurter. Surclassé par Flückiger lors des championnats de Suisse il y a deux semaines, il court depuis bientôt deux ans après une 33e victoire en coupe du Monde qui lui permettrait d’égaler le record de Julien Absalon. Toutefois, sa position de départ est loin d’être favorable (4e ligne suite à sa grosse faute de pédale au départ du XCC). Aura-t-il les capacités de remonter jusqu’en tête de course ? Le Nino Schurter de 2018 les avait certainement, mais celui de 2021 n’est plus du tout aussi dominateur.

Henrique Avancini a décidé de ne pas courir pour peaufiner sa préparation chez lui, au Brésil.

Enfin, 3 pilotes brillents par leur absence : Mathieu Van der Poel, Tom Pidcock et Henrique Avancini. L’absence du premier était prévue de longue date, car il est en préparation du Tour de France et court actuellement le Tour de Suisse. Le deuxième devait en revanche être présent mais il s’est cassé la clavicule il y a quelques semaines et est en pleine convalescence. Enfin, le troisième a fait le choix de peaufiner sa préparation en vue des Jeux Olympiques chez lui, au Brésil, après une quinzaine d’ouverture décevante (10e à Albstadt et 23e à Nove Mesto). Il sera également absent aux Gets.

Le parcours est strictement identique à celui des femmes et la stratégie à suivre pour le départ n’est donc guère différente : il ne faut pas s’enflammer. Anton Cooper est le plus rapide à démarrer mais dès le début de la bosse en herbe, Ondrej Cink prend les commandes et imprime un rythme soutenu en tête du peloton.

Le peloton s’étire rapidement mais reste groupé et cette fois, aucun trou important ne se forme dès la start-loop. Au moment de commencer le premier grand tour, Cink est en tête d’un petit quatuor également composé d’Anton Cooper, d’Alan Hatherly et de l’Espagnol Jofre Cullell. Mathias Flückiger suit à quelques mètres, puis viennent les deux pilotes KMC-Orbea Milan Vader et Victor Koretzky. Coincé quelques instants dans une épingle, Jordan Sarrou est 9e à une quinzaine de secondes de la tête. Quant à Nino Schurter, il a déjà remonté une quinzaine de places et pointe en 17e position, à 20 secondes.

Flückiger, Koretzky et Vader opèrent rapidement la jonction avec le groupe de tête mais le rythme est trop élevé pour le Français, qui doit laisser filer un peu plus loin. Pendant ce temps, Cink et Cooper prennent quelques mètres d’avance. Flückiger sent le danger et réagit, suivi par Milan Vader, qui doit d’abord dépasser Jofre Cullell et Alan Hatherly.

Dans la deuxième partie du tour, les choses commencent à s’organiser. En tête, Ondrej Cink emmène Anton Cooper et Mathias Flückiger. Le premier groupe de chasse se situe à 10-15 s et rassemble Alan Hatherly, Jofre Cullell, Victor Koretzky et Jordan Sarrou. Derrière, un nouvel écart d’une vingtaine de secondes et ensuite des petits groupes qui se succèdent rapidement : Simon Andreassen et Daniele Braidot, Sebastian Fini avec Thomas Litscher et Vlad Dascalu, Reto Indergand et Thomas Griot…

Dans la deuxième boucle, Cink continue d’imposer un rythme infernal et fait craquer Anton Cooper. Seul Flückiger est en mesure de suivre le Tchèque, c’est la revanche du short-track !

Derrière, les groupes ont bougé et à la fin du tour, ils ne sont plus que deux en chasse derrière Anton Cooper : Jordan Sarrou et Joffre Cullell Estape. Victor Koretzky et Alan Hatherly ont reculé et roulent maintenant avec Simon Andreassen et Daniele Braidot, tandis Thomas Litscher s’est intercalé entre les deux groupes.

Le Suisse revient même sur Sarrou et Cullell à l’entame du troisième tour, tandis que Koretzky ne parvient pas à prendre les roues des différents groupes qui le dépassent et voit maintenant Vlad Dascalu puis Thomas Griot lui revenir dessus.

Devant, on assiste à une bataille comme on n’en a pas vu depuis un moment : plus rapide dans les descentes, Flückiger creuse l’écart à plusieurs reprises mais Cink recolle dans les montées. Les deux hommes se rendent coup pour coup et relancent à fond sur chaque petit bout de plat, y compris dans la zone technique ! Le duel dure plus de deux tours et il faut attendre le milieu du cinquième (et avant-dernier) tour pour voir un écart tenir plus de quelques dizaines de secondes. Il est à l’avantage de Flückiger, qui continue à creuser dans les descentes et parvient maintenant à conserver son avance dans les montées.

Pendant ce temps, il y a eu du mouvement dans le top 10. Anton Cooper est toujours solidement installé en troisième place, à l’affût d’une erreur d’un des deux hommes de tête, mais Thomas Litscher occupe désormais seul la quatrième position. Le Suisse a fait littéralement craquer Jordan Sarrou, qui descend un peu plus dans le classement à chaque pointage, puis s’est débarrassé de Jofre Cullell, qui s’accroche vaillamment à sa cinquième place

Cette cinquième place ne tient pas à grand chose puisque l’Espagnol se lance à l’assaut de la dernière boucle avec seulement trois petites secondes d’avance sur Thomas Griot et Vlad Dascalu. Les deux hommes roulent ensemble depuis le début de course et visiblement, leur collaboration fonctionne bien ! Aux alentours de la 20e place à la fin de la start-loop, ils ont effectué une remontée discrète mais bien réelle et peuvent désormais prétendre à une place sur le podium. Voire deux, car Litscher n’est pas bien loin non plus…

Il reste deux montées et deux descentes à Griot et Dascalu pour tenter de revenir sur Cullell voire Litscher, et il n’en faudra pas plus. Dans la première montée, les deux hommes avalent l’Espagnol. Dans la descente, ils bouchent le trou sur le Suisse et dans la deuxième montée, ils passent devant. Thomas Griot n’est plus qu’à deux minutes de son premier podium en coupe du Monde ! Dascalu essaye de passer dans le dernier petit mur raide mais le Français résiste et aborde la descente finale en tête, le Roumain dans la roue et Litscher juste derrière. Avantage à Griot, mais il faut tenir au sprint !

Pas de changements en tête de course, l’avance dont Mathias Flückiger dispose sur Cink est faible (une quinzaine de secondes au mieux) mais elle est restée suffisante jusqu’au bout. Le pilote Thömus remporte donc sa première victoire de la saison et réalise le week-end parfait, à l’instar de Loana Lecomte quelques heures plus tôt. Toutefois, ce n’est pas une première chez les hommes car Mathieu Van der Poel l’avait déjà fait, à Nove Mesto en 2019 notamment.

Cela n’enlève rien à la performance du Suisse, enfin récompensé cette année après deux troisièmes places. Surtout, il s’impose peu à peu comme la nouvelle figure du XC, d’autant qu’il semblait à Nove Mesto être le seul homme capable de venir chatouiller Van der Poel et Pidcock lorsqu’ils sont dans un grand jour.

Ondrej Cink prend donc la deuxième place, après nous avoir offert une superbe bataille avec Flückiger. On sentait toutefois une pointe de déception dans la voix du Tchèque après l’arrivée : “C’était une course vraiment difficile. Je savais que c’était mon parcours et que je pouvais faire un bon résultat ici donc je me suis vraiment concentré sur ma performance. J’ai fait de mon mieux mais je pense que Mathias était un peu plus fort. Il est vraiment rapide dans les descentes, un peu meilleur que moi, alors félicitations à lui.”

Anton Cooper prend la troisième place après une course en solitaire, presque à portée du duo de tête pendant plusieurs tours mais sans jamais réussir à boucher la quinzaine de secondes d’écart. Après sa 6e place à Albstadt et sa 8e à Nove Mesto, il continue de progresser et remonte sur un podium de coupe du Monde pour la première fois depuis 2018.

Derrière le Néo-Zélandais, on a douté jusqu’à la ligne mais c’est bien Thomas Griot qui prend la quatrième place, une demi-roue devant Vlad Dascalu. Lui aussi progresse un peu plus à chaque course et ne cesse de battre son meilleur résultat, d’excellent augure pour la suite de la saison et les prochaines années. On notera aussi que c’est le 5e pilote français différent à monter sur un podium mondial en moins d’un an, signe d’une belle (doux euphémisme) densité. Pour le Roumain, sacré champion du Monde chez les Espoirs en 2019, c’est également un premier podium en coupe du Monde Elites.

Après s’être battu pour un podium pendant toute la course, Thomas Litscher prend la 6e place. En septième position, on s’attendait à voir arriver Jofre Cullel mais c’est finalement Maxime Marotte qui coupe la ligne. Le pilote Santa Cruz-FSA fait partie de ceux qui ont pris un départ (très) discret et qui ont ensuite remonté au fil des tours, sans faire de vague. Une stratégie payante sur l’exigeant circuit autrichien, et un résultat encourageant après ses déboires du début de saison.

Il devance Simon Andreassen, Victor Koretzky qui a bien limité la casse après des premiers tours difficiles et Nino Schurter, qui a suivi le même plan de course que Marotte. Victime de crampes dans le dernier demi-tour, Jofre Cullell a quant à lui plongé à la 47e place. Un classement qui ne reflète pas du tout ses performances du jour, et nul doute qu’on le reverra aux avant-postes rapidement.

Côté Français, Jordan Sarrou se classe 13e après une fin de course “sans énergie”. Antoine Philipp se rapproche doucement du top 20 avec une 22e place, juste devant un Titouan Carod toujours en proie à des problèmes d’estomac.

Enfin, en ce qui concerne les Belges, Jens Schuermans grappille quelques places par rapport aux deux premières manches avec une 25e place. Sa 8e place sur le XCC vendredi montre qu’il se rapproche petit à petit de son niveau de 2019. Pierre de Froidmont poursuit lui son apprentissage de la catégorie Elites et termine 37e.

Résumé

  1. Mathias Flückiger (SUI / Thömus RN Swiss Bike Team), 1 h 15 m 50 s
  2. Ondrej Cink (CZE / Kross Orlen Cycling Team), + 0:14
  3. Anton Cooper (NZL / Trek Factory Racing), + 0:45
  4. Thomas Griot (FRA / Massi), + 1:26
  5. Vlad Dascalu (ROU / Trek – Pirelli), + 1:27

Classement complet

Classement général

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Van der Poel et Pidcock absents, le classement général évolue de façon importante chez les hommes. Sans surprise, Mathias Flückiger en prend la tête, avec une petite avance sur Ondrej Cink et Victor Koretzky. Anton Cooper remonte lui aussi et Thomas Griot gagne une place, ce qui lui permet d’apparaître dans le top 10.

Espoirs

U23 Femmes

3/3 pour Mona Mitterwaller, qui jouait à domicile et s’est imposée en solitaire après s’être isolée dans le premier tour complet du circuit (1 start-loop + 4 tours au total).

Elle devance la Hongroise Blanka Vas, 3e à Albstadt et Nove Mesto, et la Danoise Caroline Bohe, 2e sur les deux premières étapes. La quatrième place revient à la Néerlandaise Puck Pieterse, tandis que l’Allemande Leonie Daubermann se classe 5e.

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La Belge Emeline Detilleux termine 9e, un excellent résultat et son premier top 10 en coupe du Monde. Après sa 7e place ici même lors des championnats du Monde l’année dernière, il semblerait que l’Autriche réussisse bien à la pilote du team BH-Wallonie ! Côté Français, la meilleure performance est pour Juliette Trombini, 15e.

U23 Hommes

5e à Albstadt, 2e à Nove Mesto, l’Américain Riley Amos monte encore plus haut sur le podium et s’impose chez les Espoirs Hommes, lui aussi au terme d’un raid solitaire qu’il a lancé dès la start-loop.

Derrière lui, le Chilien Martin Vidaurre prend la deuxième place à l’issue d’une course régulière. Pour les 3e, 4e et 5e places, ce fut en revanche serré jusqu’au bout et c’est finalement le Suisse Joël Roth qui a pris le meilleur sur l’Italien Simone Avondetto et le Canadien Carter Woods, vainqueur des deux premières étapes.

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Le premier Français est Mathis Azzaro, auteur d’une correcte 16e place malgré une chute tandis que chez les Belges, c’est à nouveau Clément Horny qui signe le meilleur classement avec une 23e place. C’est son meilleur résultat en coupe du Monde à ce jour.