Test gravel | Trek Checkpoint ALR 5 Gen 3 : l’alu n’a pas dit son dernier mot
Par Olivier Béart -
Dans un premier temps, Trek avait présenté la troisième génération de son Checkpoint exclusivement en carbone, mais la marque américaine remet aujourd’hui l’alu sur le devant de la scène. Positionné comme une alternative plus accessible financièrement face aux modèles SL en carbone, ce nouveau Checkpoint ALR Gen 3 affiche clairement ses ambitions : délaisser la pure compétition au profit des voyages au long cours, du bikepacking et des sorties quotidiennes. Parvient-il a redonner ses lettres de noblesse à l’alu, face à des cadres carbone toujours plus conquérants et accessibles ? Vojo l’a testé :
En gravel encore plus qu’en VTT, les cadres carbone se taillent une énorme part du marché. Il y a bien un peu de titane et d’acier dans le haut de gamme ou sur des vélos exotiques… mais où est l’aluminium dans tout cela ? Eh bien il semble clairement de plus en plus cantonné à l’entrée de gamme. Mais qui dit vélo plus accessible, ne dit pas nécessairement vélo pataud et ennuyeux à piloter. Que du contraire ! Et ce test du Trek Checkpoint ALR Gen 3 nous l’a prouvé. Voyons cela en détail :
Châssis
Le nouveau Trek Checkpoint ALR Gen 3 repose sur un cadre conçu avec l’aluminium haut de gamme maison, l’Alpha Série 300. Les tubes supérieur et inférieur bénéficient d’un hydroformage poussé et de soudures polies, offrant un rendu visuel épuré qui rappelle les lignes du carbone.
Justement, à propos de carbone, pour garantir le confort à l’avant et une certaine légèreté, Trek associe ce cadre à une fourche entièrement en fibres. L’ensemble du kit cadre/fourche est annoncé à un poids de 2,6 kg. On est loin des cadres carbone, mais cela reste très correct pour le segment.
Techniquement, le châssis s’aligne sur les standards les plus récents. On note l’adoption d’un boîtier de pédalier fileté au format T47 ainsi que l’intégration d’une patte de dérailleur universelle SRAM UDH, assurant la pérennité du cadre face aux futures évolutions de transmissions. Le passage des câbles et des durites s’effectue de manière interne via le jeu de direction pour un cockpit épuré, bien que Trek ait conservé des entrées latérales classiques sur le cadre pour faciliter la maintenance et les évolutions futures du vélo.
Conçu aussi pour l’aventure, le cadre offre une compatibilité avec les fourches suspendues (jusqu’à 40 mm de débattement) et les tiges de selle télescopiques en diamètre 27,2 mm. Le point fort de ce châssis réside également dans sa capacité d’emport hors norme : on dénombre pas moins de 31 œillets de fixation répartis sur le cadre et la fourche pour accueillir porte-bagages, garde-boue, sacoches de cadre vissées et multiples porte-bidons. Le poids maximal du système complet (vélo, pilote et bagages) est quant à lui fixé à 125 kg.
Géométrie
Pour cette troisième génération, Trek a fait évoluer la géométrie en s’inspirant directement de la plateforme en carbone Checkpoint SL. L’objectif principal est d’offrir une position plus redressée, confortable pour les longues heures de selle, tout en maximisant la stabilité sur les terrains accidentés.
Par rapport à une géométrie de route pure ou de gravel typé course, le Checkpoint ALR Gen 3 propose un stack plus haut et un reach légèrement raccourci. À titre d’exemple, sur une taille M/L (ou L), l’angle de tube de direction est de 72,3°, une valeur modérée qui privilégie la sérénité du pilotage off-road sans rendre le train avant paresseux. Les bases affichent une longueur de 435 mm sur toutes les tailles, un choix technique qui apporte de la stabilité à haute vitesse et lorsque le vélo est lourdement chargé.
Équipements et versions
La gamme Trek Checkpoint ALR se compose de trois montages, placés en entrée/milieu de gamme et disponibles chacun en plusieurs couleurs :
- Trek Checkpoint ALR 5 (Modèle testé) – 1 999 € : Équipé en SRAM Apex XPLR 12v, freins hydrauliques Apex et composants Bontrager Elite.
- Trek Checkpoint ALR 4 – 1 499 € : Équipé d’une transmission Shimano CUES 11 vitesses (cassette 11-50t plus adaptée à la montagne) et de freins à disques hydrauliques Shimano CUES.
- Trek Checkpoint ALR 3 – 1 299 € : Le modèle d’entrée de gamme, doté d’une transmission Shimano Sora 9 vitesses et de freins à disques mécaniques Tektro C550.
- Un kit cadre Checkpoint ALR est aussi disponible au prix de 700 €, dans un coloris spécifique pour les montages à la carte.
Le modèle Checkpoint ALR 5 testé ici représente le sommet de la gamme en aluminium. À ce titre, il bénéficie d’une fiche technique globalement plutôt cohérente par rapport à son tarif de 1999 €. On remarque aussi que le prix a baissé pour ce millésime, puisque la précédente version était affichée à 2399 € à sa sortie en 2022.
Sur le Checkpoint ALR 5, Trek opte pour le groupe monoplateau mécanique Sram Apex XPLR en 12 vitesses. Le pédalier est équipé d’un plateau de 40 dents, associé à une cassette 11-44. C’est un choix sûr et fréquent dans cette catégorie, qui fonctionne bien sur le terrain. Seul bémol : le braquet minimal peut se révéler un peu exigeant dans les forts pourcentages et si le vélo est chargé de bagages. C’est facile de changer le plateau, mais vu la destination de la machine, on aurait aimé une monte d’origine avec moins de dents.
Le freinage est confié aux mêmes freins Sram Apex D1 couplés à des disques de 160 mm de diamètre à l’avant comme à l’arrière. Les freins Apex sont moins puissants que les derniers Rival/Force/Red XPLR, mais ils restent suffisants dans la plupart des circonstances. On pourrait apprécier plus de mordant et un peu plus d’endurance dans les longues descentes de col, mais on ne peut pas dire que ce sont de mauvais freins pour autant. En bikepacking, chargé, on vous recommande tout de même le montage d’un disque avant en 180 mm.
Les roues sont des Bontrager Paradigm 23 en aluminium (23 mm de largeur interne). Elles sont chaussées des récents pneus Bontrager Girona Pro en section de 42 mm, dotés d’une bande centrale roulante, presque lisse, et de petits crampons latéraux. Le cadre accepte des sections allant jusqu’à 50 mm (ou 42 mm avec garde-boue). Le train roulant n’a rien d’exceptionnel, ce qui est logique à ce tarif mais, même si on gagnera à le faire évoluer au cours de la vie du vélo, il inspire confiance et se montre robuste.
Enfin, le reste des composants est signé Bontrager avec la série Elite. Dans l’ensemble, la finition est très belle et l’ergonomie bien pensée (selle/cintre, etc).
Nous avons pesé le Trek Checkpoint ALR 5 Gen 3 à 10,35 kg en taille M, ce qui est dans la bonne moyenne de la catégorie.
Trek Checkpoint ALR 5 Gen 3 : le test terrain
Quand on pose le Trek Checkpoint ALR 5 Gen 3 au milieu de vélos bien plus luxueux à la rédaction, il ne fait absolument pas tache. Sa finition est très belle, depuis les soudures jusqu’à la peinture, même si on aurait aimé que celle-ci soit un peu mieux protégée d’origine, surtout pour un vélo orienté vers l’aventure.
Sur le terrain, on sent aussi qu’on a affaire à un châssis moderne. Sa géométrie amène à adopter une position un peu plus redressée qu’avant, ce qui s’avère très agréable dès la première prise en main de la machine, qui est très naturelle. C’est aussi un véritable atout pour enchainer les heures de selle. Nous avons fait grimper plusieurs types de profils de cyclistes sur cette machine, depuis le randonneur occasionnel jusqu’à des adeptes d’ultra-distance et les avis sont unanimes : l’équilibre de la position est une vraie réussite. C’est confortable, relax, tout en laissant la possibilité d’adopter une position plus agressive/légèrement aéro si on le souhaite.
Le cadre en alu se met au diapason : malgré l’absence de système IsoSpeed comme sur les versions carbone, il nous a surpris par sa capacité de filtration des vibrations. L’alu a parfois un côté un peu « sec » et peine à dissiper certains types de vibrations aussi bien que le carbone. Ici, même si on n’a pas la même subtilité que les meilleurs cadres en composite haut de gamme, le confort global est franchement bon, voire même très bon.
On peut d’autant plus louer les qualités du châssis que le vélo est monté avec des roues plus robustes que vraiment confortables, et qu’elles sont chaussées de pneus en seulement 42 mm de section, qui paraissent fort étroits par rapport à ce qui devient de plus en plus la norme actuellement. Pour faire de la route et du tout chemin, ils sont parfaits avec leur profil très roulant, mais pour du bikepacking et du gravel plus cassant, on vous recommande clairement de passer sur du 50 mm de large. Attention toutefois d’éviter les modèles avec des crampons latéraux trop proéminents, car les gros pneus passent vraiment près des bases. Attention aussi au dégagement dans la boue dans ce cas.
Revenons un instant au châssis pour souligner une autre de ses qualités : sa réactivité. Même si on n’est pas en présence d’un vélo haut de gamme très léger, et malgré son orientation confort, le Trek Checkpoint ALR 5 n’a rien d’un vélo pataud. Il faut preuve d’une très belle réactivité dans les relances et, moyennant le montage de roues un peu plus haut de gamme, on pourra envisager un usage plus sportif, voire sur quelques compétitions.
Mais, clairement, son ADN est plus tourné vers l’aventure. Avec ses 31 points de fixation, sa géométrie et son confort, c’est un vélo de choix pour ceux qui aiment voyager. Un de nos testeurs l’a d’ailleurs emmené pour un trip depuis la Belgique jusqu’à Clermont-Ferrand, et il l’a trouvé absolument parfait. La machine a tourné comme une horloge (aucun souci à déplorer) et le pilote a été ravi tout au long de son itinéraire, y compris en mode chargé. Seul le braquet de 40×44 est décidément bien gros.
Un dernier point : nous avons peu parlé du comportement en descente jusqu’ici. Clairement, il est dans la lignée du reste : confortable et rassurant. Ce n’est pas le vélo le plus vif et le plus fun, mais il n’est pas ennuyeux pour autant. Il fait surtout le job en se montrant stable. Sur terrain cassant, ce sont juste une fois de plus les pneus qui montrent leurs limites. Ils ne sont pas fragiles mais leur section semble trop petite dans pas mal de cas et ils manquent de crampons latéraux pour donner pleinement confiance quand on prend de l’angle.
Verdict
Avec ce Checkpoint ALR Gen 3, Trek démontre qu’il n’est pas absolument nécessaire d’avoir un gravel en carbone pour qu’il soit plaisant. L’alu a encore de belles cartes à jouer quand on parle de faire un vélo accessible, polyvalent, confortable et pas ridicule en termes de performances. Parfait pour les petites et les grandes aventures, ce Trek Checkpoint ALR 5 se distingue par son confort et son côté rassurant qui séduira tant les débutants que les amateurs de longues sorties et de performance accessible. A moins de 2000 €, il nous paraît particulièrement bien placé, et il a de solides arguments pour convaincre.
Trek Checkpoint ALR 5 Gen3
1999 €
10,35 kg (sans pédales)
- Position très équilibrée et confortable
- Idéal pour le bikepacking (points de fixations, forme du cadre, confort)
- Filtre bien les vibrations pour un cadre alu
- Rapport qualité/prix
- Finition
- Pneus d'origine fort étroits et peu cramponnés
- Manque de protections du cadre
- RAS
Évaluation des testeurs
- Prix d'excellence
- Favori
- Qualité / prix