Test | Roues gravel Oquo RP50 LTD : oui, profil haut peut rimer avec polyvalence

Par Olivier Béart -

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Test | Roues gravel Oquo RP50 LTD : oui, profil haut peut rimer avec polyvalence

Avec ses Oquo RP50 LTD, la marque basque a voulu créer des roues à la fois très performantes, aéro et solides, pensées autant pour affronter les pavés des Flandres et de Paris-Roubaix que pour sortir de l’asphalte et briller en gravel race. Vaste programme ! Pari réussi ? Et ces roues pensées pour les compétiteurs sont-elles aussi exploitables par de simples amateurs ? On a testé :

Oquo est une marque de roues assez jeune, mais qui fait déjà pas mal parler d’elle. Et pour cause, même si elle est indépendante, elle a été créée sous l’impulsion d’Orbea depuis son berceau de Mallabia au Pays basque, avec des moyens conséquents. Leur but : concevoir et fabriquer des roues en parfaite adéquation avec leur vision des vélos modernes, en dépendant moins des standards imposés par les équipementiers tiers. Et créer de l’emploi local aussi, dans l’esprit de la coopérative qui possède les deux entités, avec une centaine de personnes qui s’occupent de la conception et de l’assemblage au Pays Basque.

Fort logiquement, on retrouve les roues Oquo en première monte sur beaucoup de vélos de la gamme Orbea, mais Oquo veut aussi de plus en plus se faire connaitre comme une marque à part entière. Dont acte, et nous avons donc testé ces roues sur un Orbea Terra, mais aussi sur d’autres machines comme le Dilecta Samara en acier qui illustre cet article et le Felt Breed, histoire de bien évaluer leurs qualités intrinsèques, et de les comparer à d’autres références que nous avons déjà eu l’occasion de tester, comme les Zipp 303S ou encore les Duke Baccara.

Quand l’aéro de la route rencontre le gravel racing

Avec sa hauteur de profil de 50 mm, la RP50 LTD ressemble à une roue purement destinée aux spécialistes de l’asphalte et du chrono. C’est en partie vrai : développée initialement début 2024 en collaboration étroite avec l’équipe WorldTour Lotto Dstny, elle visait les classiques aux revêtements cassants comme Paris-Roubaix ou le Tour des Flandres, où la vitesse pure doit composer avec les pavés et les vibrations.

Mais, comme nous l’explique Alvaro Mañé de chez Oquo, « le cahier des charges a rapidement dépassé le strict cadre du bitume, et nous avons pris en compte aussi les contraintes du gravel race ; pas tout à fait identiques mais tout de même assez proches. Au-delà des équipes route, nous avons aussi impliqué des compétiteurs gravel et testé nos roues sur des épreuves telles que l’Unbound. »

En élargissant la jante à 25 mm en interne et 34 mm en externe, la marque basque a créé des jantes encore plus polyvalentes. Cette architecture permet de monter des pneumatiques allant officiellement du 29 mm de route jusqu’au 50 mm de gravel (voire même 55 mm en tirant un peu). On trouve aussi de mini crochets latéraux pour améliorer la tenue du pneu sans le « pincer ».

L’objectif recherché par la marque a été d’offrir le meilleur compromis possible entre aérodynamisme, légèreté et confort. Orbea a aussi travaillé la forme des flancs de la jante avec un dessin arrondi qui minimise la sensibilité aux vents latéraux, qui est souvent la hantise des pilotes avec des jantes aussi hautes. « La largeur de la jante nous a aidés dans cet objectif, mais nous avons aussi travaillé la forme globale et au niveau de la partie haute, plus arrondie, pour obtenir un comportement prévisible et peu sensible à la direction des flux d’air », ajoute Alvaro Mañé.

Côté fabrication, la structure en carbone fait appel à des fibres spécifiques choisies pour dissiper au mieux les hautes fréquences de vibration, malgré la rigidité naturelle d’un profil de 50 mm. Fabriquée en Asie chez le partenaire historique de la marque, la jante est ensuite rayonnée au Pays basque avec des rayons belges Sapim, sur les moyeux maison Q10 dont nous reparlerons juste après.

Sur la balance, l’ensemble affiche un poids contenu de 1 425 g. A noter aussi que les Oquo RP50 LTD sont personnalisables au niveau d’un insert couleur qu’on peut ajouter ou non sur les flancs et des marquages. Elles sont livrées avec des housses de transport et elles bénéficient d’une garantie à vie sur les vices de fabrication, ainsi que d’un programme de crash replacement.

Q10 : le premier moyeu 100 % Oquo, made in Pays basque

Les moyeux méritent qu’on s’y attarde quelques instants. Jusqu’alors, Oquo s’appuyait sur des moyeux DT Swiss ou Zipp, ou des corps Oquo intégrant des mécanismes internes DT Swiss. Avec les moyeux Q10 qui équipent les RP50 LTD, la marque franchit un cap en signant ses tout premiers moyeux entièrement développés en interne.

Usinés en aluminium de qualité aéronautique chez des sous-traitants locaux de haute précision au Pays basque, les Q10 ont été pensés pour offrir une grande légèreté tout en simplifiant la vie du pratiquant. L’entretien s’effectue sans aucun outil spécifique, permettant un démontage et un nettoyage rapides des pièces internes à la maison.

À l’intérieur, le mécanisme s’appuie sur une couronne crantée (ratchet) à 45 dents garantissant un engagement direct et réactif à la relance. Ce choix de production locale couplée à une logistique courte permet de réinvestir les économies de transport dans la qualité globale du produit. Seul élément non issu du Pays basque : les roulements sur mesure, qui proviennent du Japon. Oquo a travaillé conjointement avec son partenaire nippon sur la taille, le type de graisse et les joints d’étanchéité afin de trouver le point d’équilibre parfait entre résistance aux roulements minimale et durabilité maximale face à la boue et aux intempéries.

La gamme Oquo Route & Gravel : où se place la RP50 LTD ?

Pour s’y retrouver dans l’offre Oquo destinée aux vélos à cintres courbés (route et gravel), la marque découpe sa gamme entre les modèles RP (Road Performance), RE (Road Endurance) et GC (Gravel Control). Au niveau des modèles purement gravel, on retrouve les Oquo GC30 LTD (~1 350 g | 2 399 €) et Oquo GC30 Team (~1 520 g | 1 299 €) avec une jante carbone à profil bas (30 mm) pour plus de tolérance verticale et une meilleure filtration sur les passages cassants. Il existe aussi un modèle alu, les GA30 (1600 g | 599 €).

C’est par contre au niveau de la gamme route hautes performances qu’on retrouve la RP50 LTD qui, grâce à sa jante large et à sa conception plus robuste dont on vient de parler, est aussi certifiée pour un usage gravel, avec une optique compétition. Outre la version testée ici (1 421 g | 2 399 €), on trouve aussi depuis peu une version encore plus haut de gamme équipée de rayons plats en carbone, la Oquo RP50 LTD CS (1 371 g | 2 999 €). Cependant, son usage est moins conseillé en gravel en raison de la plus grande sensibilité aux impacts des rayons utilisés.

Oquo RP 50 LTD : le test terrain

Les Oquo RP50 LTD affichent un look un peu atypique, avec leurs moyeux hyper fins et leurs jantes hautes qui contrastent fortement. On voit clairement leur filiation avec la route, et on a presque quelques scrupules au début à les emmener hors du bitume. Heureusement, ces craintes vont vite s’évacuer. Et, avant d’aller rouler, signalons que le montage des pneus est très facile, que ce soit avec les Schwalbe G-One RS en 45 mm (qui nous avaient déjà donné du fil à retordre sur d’autres jantes) ou la version en 55 mm ; ou encore avec les Specialized Tracer en 45 mm que nous avons utilisés pour la majorité de notre essai.

Le point qui marque le plus sur le terrain, c’est la réactivité des roues. Malgré leurs jantes hautes, elles répondent vraiment très bien à l’accélération et dans les relances. C’est vif, explosif et vraiment très agréable.

Par rapport aux roues Oquo GC30 Team montées d’origine sur notre Orbea Terra de référence, ou à la place de Zipp 303S sur le Felt, et plus encore à la place de roues en alu basiques sur le Dilecta Samara, ces roues transforment clairement tous les vélos sur lesquels elles sont montées.

Sur le plat et à haute vitesse, on sent bien l’apport des jantes hautes, qui permettent de conserver facilement une allure (très) élevée. Même en côte, où des jantes à profil haut ne sont pas forcément les plus recommandées, elles donnent une sensation de légèreté vraiment très présente et elles se montrent très à l’aise. Et, cerise sur le gâteau, notre test terrain a confirmé que ces Oquo RP50 Team sont très peu sensibles au vent latéral, ce qui est un joli tour de force pour des jantes aussi hautes, et apporte une tranquillité d’esprit bienvenue sur le terrain. Bref, sur route et en gravel roulant, on frise le sans-faute !

Par contre, on les attendait au tournant en allant sur des terrains plus cassants. Et, là aussi, nous avons été agréablement surpris. Bien sûr, on n’arrive pas à la capacité de filtration des vibrations des meilleures jantes carbone basses proches d’un modèle VTT, mais elles s’en tirent avec les honneur, et on ne peut en aucun cas dire que les Oquo RP50 LTD sont raides. Elles nous ont même semblé très, très proches des Oquo GC30 Team présentes d’origine sur le Terra au niveau filtration, tout en apportant un avantage clair au niveau dynamisme (relances/accélérations) et conservation de la vitesse (sur le plat).

Nous avions aussi un peu peur du comportement de ce genre de roues dans des passages plus sinueux mais, là aussi, elles s’en sont sorties avec les honneurs, voire même un peu plus. Elles ne détériorent absolument pas le comportent du vélo dans les virages successifs, surtout s’ils sont rapides. Et même à basse vitesse, elles ne nous ont pas paru être un handicap.

Au niveau solidité, nous n’avons relevé aucun souci. Les jantes supportent bien les inévitables chocs liés à une pratique du gravel rapide et engagée, et on oublie très vite leurs origines routières. Même la finition des flancs résiste très bien aux rayures, pourtant fréquentes sur d’autres modèles à profil haut quand on les utilise en gravel. Au niveau des moyeux, les roulements sont de qualité et résistent très bien aux agressions extérieures. Ils peuvent sembler un peu « serrés » quand on fait tourner la roue à vide, mais une fois sur le vélo et en charge, ils tournent de manière très fluide. Enfin, nous avons monté par erreur une cassette XD au filetage abîmé sur le corps de roue libre. Vu qu’il est en alu et très léger, nous avons eu peur de l’avoir irrémédiablement endommagé, mais il en est ressorti indemne. Le corps de roue libre semble aussi bien solide et il est très facile à démonter.

Le seul petit bémol concerne à nos yeux le montage de pneus de plus forte section, qui ont un intérêt tant pour gagner en confort qu’en efficacité (voir notre dossier complet sur les pneus gravel de 50 mm de section et plus) et qui sont de plus en plus utilisés en compétition. La largeur interne de 25 mm ne pose pas vraiment de souci en soi, et les pneus plus gros gardent un bon comportement dynamique (pas de déformation parasite, bonne tenue des flancs, etc). Mais par contre, l’aéro des roues a été davantage pensée pour la route que pour le gravel avec de gros pneus et on constate une grande différence de forme et de taille entre la jante et le pneu, moins favorable à un écoulement fluide des flux d’air que sur des jantes larges (30 mm voire plus), réellement pensées pour le gravel race avec de gros pneus. C’est peut-être un détail, et si on roule avec des pneus jusque 45 mm, ce n’est pas un souci, mais autant savoir car le public visé par ces roues est par définition plutôt pointu.

Verdict

Les Oquo RP50 LTD proposent un parti pris de performance clair et assumé, et leurs racines routières sont évidentes. Pourtant, elles ne le font pas payer trop cher sur le plan de la dissipation des vibrations, synonyme de confort, d’accroche et de sérénité de pilotage quand on les emmène en gravel, y compris sur des terrains cassants et techniques. Même si, clairement, elles seront plus à l’aise à haute vitesse, il arrive qu’on rencontre même en compétition des sections très cassantes, dont elles se sortiront sans encombre. Au final, elles frôlent la perfection, avec juste deux bémols. Tout d’abord, comme il s’agit à la base de roues de route, leur aérodynamisme est moins optimal quand on leur monte des pneus de 50 mm et plus. Et puis il y a surtout leur prix de plus de 2300 € qui devient de plus en plus difficile à justifier à l’heure où on trouve déjà de très bonnes roues carbone à moins de 1500 €. Certes, les Oquo RP50 LTD sont assez exceptionnelles, mais elles le font payer cher et on espère que la marque basque parviendra à revoir ses tarifs à la baisse, ce qui est indispensable pour espérer séduire des clients « hors Orbea » et les convaincre de changer les roues de leur vélo actuel.

Plus d’infos : https://www.oquowheels.com/fr-fr/m/roues-route-road-performance

 

Par Olivier Béart