Test Ride #23 | Pneus Goodyear, genouillères Racer et chaussures Shimano

Tech
18 novembre 2020 — Léo Kervran

Chaussures Shimano ME7 : la performance en toute discrétion

Très présente sur les circuits de XC avec son modèle XC9 S-Phyre, Shimano dispose aussi d’une belle offre de chaussures trail/enduro, que ce soit en pédales plates ou automatiques. Fer de lance de cette gamme, les ME7 sont présentées par la marque comme “les chaussures de VTT ultimes pour les terrains difficiles”. Sont-elles à la hauteur de ce programme ? Voici notre avis après plus de deux ans d’utilisation.

Affichées à 189,99 €, les ME7 sont sans aucun doute des chaussures haut de gamme et disposent de ce fait d’une construction robuste et d’un excellent niveau de finition. L’empeigne de ces chaussures est presque intégralement conçue en cuir synthétique, un matériau agréable au toucher, résistant et simple à nettoyer. Il n’y a que sur l’arrière du talon où ce cuir cède à la place à du mesh, sans qu’on sache vraiment si cela a un réel intérêt pour la respirabilité ou si c’est simplement un effet esthétique car le tissu ne change pas côté intérieur. On remarque que la partie susceptible de frotter contre la manivelle est parfaitement lisse, sans coutures ou marquage qui pourrait s’abîmer.

Pour limiter l’entrée de débris dans la chaussure, la languette est reliée à la tige sur toute la partie couverte par le laçage rapide et un petit manchon en néoprène vient envelopper la cheville. A l’avant du pied, un véritable pare-pierre protège les orteils des chocs et des projections, à la marche comme au pédalage. Dans le même esprit, le talon est relativement rigide.

Dans la chaussure, la première de propreté (ou semelle interne) est de belle facture, formée autour du talon et sous la voûte plantaire pour offrir un bon soutien au pied et percée de petits trous pour optimiser la ventilation. Contrairement à d’autres marques comme Specialized, Shimano ne propose toutefois pas plusieurs semelles avec différents niveaux de soutien de la voûte plantaire.

Sous la chaussure, on découvre une semelle extérieure inhabituellement agressive pour des chaussures de VTT. Conçue en partenariat avec Michelin, d’où ces crampons qui peuvent rappeler certains pneus de la marque, elle est composée de deux caoutchoucs de densité différente : plus dure autour de la cale, sur le talon et à la pointe du pied (en jaune) pour un maximum de stabilité dans les appuis ainsi qu’une bonne durabilité, et plus souple ailleurs pour une bonne adhérence lorsqu’il faut marcher.

La zone de réglage de la cale est longue de 30 mm et elle est graduée en son centre pour faciliter le placement de la cale. On aurait toutefois apprécié que ces marques soient présentes aussi sur les côtés et un peu plus visibles, pour un réglage vraiment facile. En revanche, on remarque qu’une “empreinte” de cale Shimano est inscrite dans la semelle avec un traitement un peu plus granuleux, comme pour indiquer une position conseillée. Shimano fournit par ailleurs un autocollant à placer à l’intérieur de la semelle une fois la cale réglée pour empêcher toute entrée par cette espace d’éléments extérieurs dans la chaussure.

Entre les deux, on a une semelle intermédiaire en carbone dotée d’un indice de rigidité de 8/12. Attention, il n’y a pas de norme là-dessus et cet indice est propre à chaque marque, mais il permet au moins de situer les ME7 par rapport aux autres modèles de la gamme. Seule les S-Phyre RC9 de route sont à 12, les XC9 de compétition XC et CX sont à 11.

Elle est dotée du concept Torbal (pour Torsional Balance) qui permet à la chaussure de se déformer en torsion au niveau de l’arrière du pied de façon à accompagner plus naturellement les mouvements, notamment lors de la marche : lorsqu’on pose le pied, on attaque naturellement par le bord latéral du talon et on finit par prendre appui sur le 1er orteil pour se propulser (faites l’expérience pieds nus). Une chaussure confortable pour la marche est donc une chaussure capable de se vriller.

Enfin, le serrage de la chaussure est assuré par un système de laçage rapide et par une boucle micrométrique très simple d’utilisation. Les lacets sont judicieusement protégés par un rabat à scratch auquel ils peuvent d’ailleurs se fixer, tandis que la boucle micrométrique est à l’inverse de ce qu’on voit habituellement : la boucle, par ailleurs assez plate, est fixée sur la languette qui enveloppe le pied et non sur la tige de la chaussure. Elle ainsi placée plus haut, moins sur le côté et donc moins exposée aux chocs.

Pour 2021, Shimano a légèrement revu ce modèle (chaussure de droite sur la photo ci-dessus). La semelle reste la même, tout comme la construction globale, mais certains détails évoluent : la coupe du rabat change légèrement, il n’y a plus de petit scratch à l’extrémité des lacets pour les fixer au rabat, deux empiècements en mesh font leur apparition sur l’extérieur de chaque chaussure, la première de propreté n’est plus percée et les coloris se font plus discrets (ce noir/gris ou un kaki/noir/orange). Cependant, la principale nouveauté se situe du côté du chaussant puisque Shimano propose désormais les ME7 en deux formats, Standard et Large (du 38 au 50 pour le Standard et du 38 au 48 pour le Large), pour s’adapter à toutes les formes de pieds.

Sur le terrain, la ventilation est d’abord surprenante. De par leur apparence, on pourrait penser que ces chaussures sont relativement chaudes et adaptées pour l’hiver mais c’est tout le contraire. Les rembourrage est très fin sur la plus grande partie de la chaussure et les perçages sont assez nombreux sur l’avant et les côtés du pied, ce qui permet finalement à l’air de bien circuler. Malgré le cuir synthétique qui couvre presque toute la chaussure, on peut rouler avec par 30°C sans avoir chaud aux pieds.

Lorsque les conditions sont plus froides et humides, la construction de la chaussure (pas de grandes zones en mesh, pas d’aération près de la semelle) permet de limiter raisonnablement l’entrée d’eau mais pour avoir chaud aux pieds, il faudra choisir de bonnes chaussettes.

Au pédalage, le maintien est tout à fait honnête pour des chaussures enduro/AM. On n’est pas sur une paire de XC avec 2 serrages Boa, le pied a de la place mais il ne flotte pas pour autant. Nous avons souvent dû nous arrêter après 15-20 min de vélo pour modifier un peu le serrage, le temps que le pied s’échauffe mais ensuite, plus besoin de toucher à quoi que ce soit même sur de longues sorties. La rigidité de la semelle est satisfaisante, les ME7 restent stables sur les pédales et on ne ressent pas de fatigue sur les longues descentes.

Lorsqu’il faut marcher, l’adhérence et le confort sont au rendez-vous. Un tissu anti-glissement pourrait être bienvenu au niveau du talon car ce dernier bouge un peu lorsqu’on est sur une pente raide avec de grandes amplitudes dans les mouvements, la faute à la semelle relativement rigide, mais cela reste dans le domaine de l’acceptable.

Cependant, c’est avec leur durée de vie que les ME7 nous ont réellement séduits. En deux ans d’utilisation très fréquente (au moins 2 à 3 fois par semaine), elles ont vu toutes les conditions possibles et imaginables pour une chaussure de vélo : de la neige, de la pluie, de la boue, du sable, du rocher agressif et aiguisé et elles sont toujours en excellent état. A l’extérieur, la semelle Michelin commence tout juste à présenter des marques d’usure tandis qu’à l’intérieur, la première de propreté ne s’est pas dégradée et il n’y a pas de traces de déchirure. Seule la jonction avec le pare-pierre a un peu plus souffert, la faute à nos pieds très fins qui demandent de bien serrer les lacets : sur la chaussure gauche, la semelle extérieure se décolle très légèrement (mais la situation est stable depuis plusieurs mois) tandis que quelques petites coupures sont visibles des deux côtés au-dessus des orteils. Les problèmes de semelle qui se décolle autour de la cale, récurrents sur la génération précédente (reconnaissable par son mesh sur l’avant-pied) semblent avoir été corrigés puisque nous n’avons pas eu à nous plaindre d’un tel phénomène sur ce modèle.

Verdict

On peut l’affirmer sans détours, les Shimano ME7 sont une excellente paire de chaussures enduro/all-moutain. Rigides mais confortables, protectrices mais respirantes, agréables pour marcher, discrètes, elles ont tout pour plaire. Elles manquent de peu les cinq étoiles pour de menus détails mais c’est tout de même un coup de cœur mérité. Le prix est certes élevé, mais la qualité générale de ces chaussures et surtout leur durée de vie sont telles qu’une fois aux pieds, on l’oublie vite.

Shimano ME7

  • Serrages simples et fiables
  • Agréables pour marcher
  • Apparence discrète
  • Faciles à nettoyer
  • Pas à la portée de toutes les bourses
  • Un tissu anti-glissement sur le talon pourrait être utile
  • RAS
Note générale
Évaluation du testeur
Prix d'excellence
Coup de coeur
Rapport qualité / prix
Usage recommandé
  • XC
  • TR
  • EN
  • DH
Prix : 189,99 €
Poids : 900 g (la paire avec cales Time, taille 44)

Plus d’informations : bike.shimano.com