Test | Orbea Rise : quand moins = (beaucoup) plus

Tech
28 avril 2021 — Olivier Béart

La catégorie des vélos à assistance électrique légers ne cesse de s’enrichir de nouveaux modèles qui lui donnent à la fois plus d’ampleur et de diversité. Après le Lapierre e-Zesty qui a ouvert la voie, le Specialized Levo SL qui a contribué à asseoir le segment, c’est au tour de l’Orbea Rise de passer entre nos mains pour nous permettre de continuer à explorer ce segment. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que sa manière d’aborder les choses nous a vraiment séduits.

A sa sortie, l’Orbea Rise a suscité beaucoup de curiosité et de questions. Si vous ne l’avez pas encore lu, filez sans plus attendre lire l’article très complet écrit par notre journaliste Paul Humbert à la sortie du modèle : https://www.vojomag.com/test-nouveaute-orbea-rise-2021-valise-diplomatique/

Ici, nous n’allons pas revenir en détails sur la présentation de tous les détails techniques du vélo, mais plutôt voir comment le concept même de ce vélo influence le comportement sur le terrain. Comment il se pilote, où se rapproche-t-il d’un « gros e-bike », en quoi au contraire il s’en différencie, à quoi s’attendre au niveau de l’autonomie, du comportement de la machine purement en tant que vélo, indépendamment de la présence d’une assistance. En route pour un test au format un peu particulier… d’un vélo qui l’est aussi !

Faisons connaissance

Sans rentrer dans le détail, rappelons tout de même quelques éléments clés du concept de l’Orbea Rise. Pour intégrer le segment des e-bike légers, la marque espagnole a choisi une voie originale du côté de la motorisation : partir d’un moteur Shimano EP8 au niveau du « hardware », mais repenser complètement la partie gestion électronique/software pour en faire au final presque un « nouveau moteur ».

Sur le Rise, Orbea a eu la volonté de concevoir l’assistance de la manière la plus juste possible, pour qu’elle soit là, mais en toute discrétion.

Tout cela a bien sûr été fait avec l’aval de l’équipementier japonais et, pour bien marquer cette différence, on voit les lettres RS apparaître sur le moteur, pour « Ride Synergy ». Cette idée de « synergie » est vraiment importante car Orbea a vraiment voulu mettre sur un pied d’égalité des éléments comme le poids, la puissance, l’autonomie, l’interface, le plaisir de pilotage, l’effort du pilote. Avec, in fine, la volonté de concevoir l’assistance de la manière la plus juste possible, pour qu’elle soit là, mais en toute discrétion. Non pas comme une « augmentation » du corps du pilote, mais comme un prolongement de celui-ci.

Parmi les autres éléments de la démarche, on retrouve un châssis en carbone léger conçu dans le même esprit, et une petite batterie interne de 360Wh, dont la capacité a aussi été calculée pour être dans le plus juste équilibre possible entre autonomie et faible poids. A ce niveau, on voit bien aussi que l’un ne va pas sans l’autre : sans un châssis léger et sans un moteur à la programmation complètement repensée, impossible d’envisager une petite batterie. Un « range extender » est tout de même prévu au cas où, afin de porter la capacité à 615Wh.

Quant au modèle de test bien précis qui nous a été confié, nous aurions préféré disposer d’un modèle plus accessible, comme le M20 par exemple, mais pour des questions de disponibilités, c’est un Orbea Rise M-Team qui a été mis à notre disposition pour l’essai. Oui, il s’agit d’une version dotée d’équipements légers, dont le tarif de 9999€ est clairement élitiste, mais une lecture attentive de la fiche technique du M20, le moins cher, et notre expérience avec le Levo SL alu par rapport au S-Works tout haut de gamme, nous font dire que beaucoup de ce qui est dit plus bas dans cet article pourra être transféré du haut de gamme aux versions plus accessibles.

Au niveau des équipements, cette version Team est équipée de beaucoup de raffinements, comme une transmission et des freins Shimano XTR, ou encore des suspensions Fox Factory avec revêtement Kashima sur les plongeurs. A noter que ces suspensions sont déjà présentes sur le M10 juste en dessous dans la gamme. On note aussi la présence d’originales roues Race Face Turbine avec jantes alu en 30mm de largeur et d’imposants moyeux dont l’arrière fait une jolie mélodie avec sa roue libre à cliquets très rapprochés. Comme les versions LTD et M10 (à l’exclusion du M20), le Rise Team est éligible au programme de personnalisation MyO permettant de choisir ses combinaisons de peinture parmi un large panel. Des options de montage sont aussi disponibles, et notre modèle est équipé d’une fourche Fox 36 en 150mm de débattement en lieu et place de la Fox 34 en 140mm proposée d’origine. Quant au poids, nous l’avons mesuré à 16,68kg sur notre balance, en taille L.

Comment se comporte le moteur ?

Connaissant maintenant assez bien le moteur Shimano EP8 « standard » pour avoir eu l’occasion de le tester sur d’autres machines en parallèle, nous avions une bonne base de comparaison pour voir en quoi cette version RS spécifique se différencie de la classique, et dans quelle mesure une reprogrammation complète d’usine, par les ingénieurs Orbea en collaboration avec ceux de Shimano, peut donner une personnalité fort différente alors que la base mécanique est la même.

Un premier point mérite d’être clarifié directement : non, le EP8 RS n’est pas juste un EP8 « dégonflé ».

Un premier point mérite d’être clarifié directement : non, le EP8 RS n’est pas juste un EP8 « dégonflé ». Oui, le hardware est le même, oui, sur papier, ce qu’on voit en premier lieu c’est que le couple est abaissé à 60Nm contre 85Nm sur la version classique, mais dans la pratique, on se rend compte que c’est beaucoup plus subtil et complexe que cela.

Avec l’application e-Tube proposée par Shimano, on peut ajuster les modes d’assistance (possibilité aussi offerte sur le Rise), mais on ne va pas changer fondamentalement la manière dont celle-ci est délivrée. C’est un point fondamental sur lequel Orbea a travaillé afin que la puissance et le couple arrivent de manière plus progressive, plus douce, et donnent moins l’impression de « débouler » dès qu’on appuie sur les pédales. 

C’est là aussi qu’on comprend assez vite que ce moteur et sa reprogrammation n’ont de sens que sur un châssis léger. Car même en mode « Eco », et malgré la manière très douce et discrète avec laquelle l’assistance est délivrée, le vélo se met en mouvement de manière très naturelle. A vrai dire, même sans assistance, on peut le mettre en mouvement facilement à la seule force des mollets, ce qui est, si pas impossible, en tout cas beaucoup plus compliqué avec un « gros » e-bike de 25kg.

Un vélo avant tout

Au fil des kilomètres, on voit de plus en plus le côté « vélo » du Rise et son assistance est de moins en moins au centre de l’attention On sait qu’elle est là, et on la sent quand on en a besoin, mais on remarque aussi qu’on la coupe très souvent et qu’on roule régulièrement le vélo en mode « sec ».

C’est l’occasion d’analyser le comportement du châssis du Rise, très proche visuellement et aussi en comportement de celui d’un Occam. En descente, ce petit 140/150mm est un vrai jouet. Il a cette vivacité du nouvel Occam dans le sinueux, tout en rappelant un peu plus le Rallon et un vélo d’enduro pour le côté « posé sur les suspensions ». Bien que très léger pour un e-bike, le Rise a a un poids qui se rapproche d’un gros enduro, et la manière dont il fait travailler ses suspensions, dont les roues sont collées au sol et dont on gère le grip, offrent pas mal des avantages d’un « gros vélo » dans le cassant. Un vrai plaisir car on a en quelque sorte le beurre et l’argent du beurre.

En côte et sur le plat, on apprécie l’angle très redressé du tube de selle, qui offre une position remarquable pour le pédalage. Ajoutez à cela la suspension arrière qui sait se montrer neutre quand il s’agit d’appuyer sur les pédales, et vous obtenez un cocktail très intéressant… qui joue aussi un rôle important quand il s’agit d’envisager de grimper et de rouler sans aucune assistance. Pour vous situer, à ce niveau, on a aussi eu l’impression de rouler sur un Rallon… Car, sans assistance, ce Rise grimpe comme un bon bike d’enduro !

Par contre, là où on apprécie beaucoup d’avoir le support du moteur, c’est dans les grimpettes techniques, où c’est un vrai monstre. Le couple supérieur à un Levo SL se sent assez clairement, et permet de se rapprocher des capacités dans la pente d’un e-bike classique… voire mieux dans certains cas, notamment quand l’adhérence est précaire, car la douceur et la manière dont est distillée l’assistance permettent de se jouer beaucoup plus subtilement et habilement des difficultés du terrain, qu’on soit un pratiquant expert ou moins aguerri. Même en mode Boost, on garde cette subtilité dans l’arrivée de l’assistance qui permet de disposer d’un couple respectable et d’une puissance très correcte, sans devoir trop se concentrer pour la gérer.

C’est aussi l’occasion de confirmer un constat déjà fait avec d’autres e-bikes légers : un vélo comme le Rise est particulièrement adapté pour les pilotes légers et aussi pour les bikeuses, qui vont trouver une plateforme VTT à assistance adaptée à leur gabarit, et pas un engin qui fait la moitié de leur poids, à la fois trop lourd et à la puissance parfois difficile à gérer.

Une autonomie… virtuellement infinie !

La question de l’autonomie est très souvent posée avec ce genre de machine. Comme tout le monde, nous avions aussi des doutes, voire des craintes. Mais tout cela a vite été dissipé. Mieux, on s’est rendu compte que dans le cas qui nous occupe, moins égal plus et mieux !

Comme on l’a dit plus haut, l’Orbea Rise est roulable sans assistance. Mieux : c’est même agréable ! Du coup, le spectre de la « panne de batterie » disparaît très vite

Comme on l’a dit plus haut, l’Orbea Rise est roulable sans assistance. Mieux : c’est même agréable ! Du coup, le spectre de la « panne de batterie » disparaît très vite, alors qu’il peut faire peur sur un e-bike classique. A juste titre d’ailleurs car sur un gros vtt à assistance électrique, on a l’impression de tirer un boulet de plus de 20kg et d’avancer comme un escargot lorsqu’on est à court de jus, alors qu’ici, on va pouvoir continuer à rouler. Un poil plus lentement, et un poil plus difficilement en côte, mais de manière très raisonnable, même si on a vidé la batterie.

On constate aussi que, comme on coupe très naturellement et très régulièrement l’assistance lors de sa sortie, et qu’on utilise davantage les modes Eco et Trail que le Boost comme le vélo est léger et roule naturellement très bien, la batterie intégrée semble bien plus grosse que ses 360Wh. Nous avons effectué de nombreuses sorties de 3 à 4h avec 50 à 60km et 1500m de d+, voire plus, sans prendre le range extender et en rentrant à la maison sans avoir vidé jusqu’à la dernière goutte d’énergie. C’est… surprenant ! Et on se dit aussi que le concept pourrait vraiment être décliné sur un modèle plus orienté XC/rando sportive, comme un “E-Oiz” avec 120mm de débattement.

Au final, le range extender ne nous a pas été d’une grande utilité, et pour vraiment le tester, nous avons envie de nous lancer dans un défi : boucler les 176km du Stoneman Arduenna avec le Rise, en une journée, sans ravitaillement électrique, avec simplement la batterie intégrée et l’extender ! Nous vous expliquerons cette aventure dans un article dédié quand nous aurons concrétisé la chose mais le défi nous semble tout à fait possible à relever. Pour ce genre de défi, nous aurons certainement besoin de la connectique du Rise développée par Orbea avec les appareils Garmin, afin de visualiser le kilométrage et l’autonomie de manière précise. Autrement, d’origine, on ne dispose que d’un tout petit afficheur avec juste une diode posée sur un des câbles du système. Très minimaliste, limite trop, mais cela s’intègre dans la philosophie générale du vélo et les possibilités de connexion avec des applications tierces permet de répondre à la demande de ceux qui aiment avoir des infos sous les yeux.

La seule circonstance où le Rise peut montrer ses limites au niveau de l’autonomie, c’est finalement quand on roule avec une bande de copains qui sont tous équipés de gros e-bikes, et qu’il leur prend l’envie d’arsouiller en permanence. On doit alors être constamment en Boost sur le Rise pour suivre, et là, la batterie se vide rapidement. Par contre, à l’inverse, le Rise permet de se fondre très facilement dans un groupe de bikers en vélo classique, sans assistance, et de compenser agréablement une moindre forme que d’autres potes de sortie.

Au niveau des points négatifs remarqués à l’usage, il n’y en a pas beaucoup, mais il y en a tout de même quelques-uns. Tout d’abord la tige de selle avec seulement 125mm de débattement n’est pas vraiment en accord avec le reste du vélo. 150mm aurait été mieux ! Nous avons aussi eu des soucis de desserrage récurrent d’une des manivelles E13, finalement solutionnés avec une nouvelle vis de butée. Enfin, même si nous aimons les afficheurs discrets sur les e-bikes, là les mini diodes placées sur un câble à l’avant du poste de pilotage sont vraiment trop minimalistes et difficilement lisibles. Les différences de couleur entre les différentes diodes correspondant aux différents modes sont aussi trop faibles pour vraiment être visibles sur le terrain. Bref, de petits points à améliorer, mais rien de rébarbatif.

Conclusion

Ces quelques semaines au guidon de l’Orbea Rise nous ont encore plus convaincus que cette catégorie des e-bikes légers est promise à un bel avenir et n’a pas fini de nous surprendre. Sur papier, dur de croire qu’un vélo avec une aussi petite batterie permet de faire d’aussi longues sorties que le Rise. Et pourtant ! La clé de ce tour de force, c’est qu’il s’agit d’un concept global, où chaque élément (dont le moteur) fait partie d’un tout. Il est léger parce qu’il a une petite batterie, et cette petite batterie suffit parce qu’il est léger. Et c’est aussi pour cela qu’il peut avoir un moteur à la programmation repensée pour consommer moins et pour distiller sa puissance de manière plus douce et subtile. Bref, tout est dans tout avec ce vélo et le résultat particulièrement homogène et polyvalent nous a vraiment convaincus au plus haut point. Ce genre de vélo ne va pas remplacer complètement les e-bikes classiques, mais pour une partie du public, c’est une belle piste à explorer. Si vous êtes à la recherche de quelque chose de très proche d’un vélo classique, avec une assistance subtile, plus orientée sur le support que sur la vitesse ; de quelque chose de léger pour être plus facile à manier, et qui va vous permettre de vous affranchir du stress de la batterie vide, alors ce vélo mérite vraiment tout votre intérêt. 

Plus d’infos : https://www.orbea.com/be-fr/ebikes/montana/rise