TEST | Nukeproof Mega 275C & 29 : les armes de Sam Hill

Tech
14 mai 2019 — Paul Humbert

Petit tremblement de terre dans le monde de l’enduro et de la DH ! Sur la troisième manche des EWS à Madère, Sam Hill a roulé en 29″. Mis à part quelques tests occasionnels, c’est la première fois que le pilote australien utilise un vélo avec de grandes roues. Bike-check de son Nukeprof Mega 290, petit coup d’oeil sur l’histoire de ce vélo désormais célèbre et test sur nos sentiers :

Lancé en 2011, le Nukeproof Mega a été imaginé par ses concepteurs comme le vélo parfait pour la Mégavalanche de l’Alpe d’Huez. Prévu pour une fourche entre 150 et 170 mm, il développait 150 mm de débattement à l’arrière via un système monopivot avec biellette et une architecture 4 bar linkage.

Photo : Duncan Phillpot

Jamais excentrique dans sa géométrie ou son équipement, le Mega devait avant tout être un vélo fiable et accessible. Il était ainsi doté d’un cadre en aluminium et dès le début, les versions les plus haut de gamme intégraient un montage en monoplateau avec système anti-déraillement. Les pattes arrière étaient vissées pour pouvoir être changées facilement et s’adapter à tous les standards. Des passages de gaine étaient prévus pour l’utilisation d’une tige de selle télescopique mais le vélo n’était pas monté avec d’origine, pour garder les coûts au plus bas.

© Andy Lloyd

En 2013, le Nukeproof Mega se décline en 2 versions : TR avec 130 mm de débattement (et une fourche en 150 mm) et AM avec 160 mm de débattement.

En 2014, le vélo adopte de nouvelles roues en 27,5″ mais c’est en 2016 qu’il change véritablement. Il abandonne les déclinaisons TR et AM au profit des versions 27,5″ et 29″ tandis que la suspension est totalement revue. L’architecture 4 bar linkage reste mais utilise désormais un design Horst Link avec point de pivot sur les bases, passant ainsi d’un système monopivot à un système avec point de pivot virtuel. L’amortisseur abandonne son point d’ancrage sous le tube supérieur et migre sur le tube diagonal. Sur le 27,5″, les bases se raccourcissent et l’angle de direction s’ouvre par rapport aux précédents modèles.

En 2017, les montages en double-plateau disparaissent complètement de la gamme et en 2018, Nukeproof propose pour la première fois des versions avec un triangle avant en carbone (sur le 27,5″ uniquement). La plateforme s’allège et se modernise légèrement avec des passages internes pour les gaines (sur les versions carbone), l’adoption du standard Boost pour les roues et un tube supérieur un peu plus long pour offrir plus de stabilité.

Le Nukeproof Mega actuel 2018-2019

 

 

Aujourd’hui, le Mega est donc disponible en deux tailles de roues avec 4 versions 29″ et 5 versions 27,5″ (2 en alu et 3 en carbone). Les modèles 27,5″ offrent 165 mm de débattement couplés à une fourche en 170 mm tandis que les modèles 29″ disposent de 155 mm à l’arrière et utilisent une fourche en 160 mm. L’amortisseur est au standard Metric.

 

 

Il est désormais impossible de monter un dérailleur avant sur le Nukeproof Mega, le cadre n’est plus compatible. En revanche, tous les modèles sont montés avec un guide-chaîne pour fiabiliser la transmission. Les finitions sont soignées, les roulements de bonne taille et les câbles cheminent en interne.

Vu le placement de l’amortisseur, il est également impossible de monter un porte-bidon dans le triangle avant mais Nukeproof a intégré des ports sous le tube diagonal pour ceux qui souhaitent malgré tout en installer un.

 

Tous les modèles reçoivent des roues au format Boost avec des jantes en 30 mm de large et des pneus en section 2.4. Du côté des périphériques, Nukeproof a fait le choix de monter le même ensemble cintre en 800 mm / potence en 50 mm sur toutes les tailles. En revanche, le débattement de la tige de selle est adapté, de 125 mm en taille S à 170 mm en taille L/XL.

Côté géométrie, l’angle de direction est à 65° sur le 27,5″ et 66° sur le 29″ tandis que les bases mesurent respectivement 435 mm et 450 mm. L’angle de selle est identique sur les deux versions avec 75,5° tout comme le reach qui atteint 435 mm en taille M. On a donc sur le papier un vélo assez conservateur avec des bases relativement longues et un reach plutôt court.

 

Nukeproof vient également de lancer une version limitée en 29″, le Mega 290 Worx. Le cadre reste le même mais le montage inclut ici une RockShox Lyrik Ultimate en 170 mm, un amortisseur Super Deluxe Ultimate à ressort et des roues DT Swiss EX1501. Le reste des composants est similaire aux autres modèles de la gamme avec une transmission Sram X01 Eagle, des freins Code R et des périphériques Nukeproof Horizon. Cette édition bodybuildée est limitée à 50 unités pour le monde entier.

Le Nukeproof Mega 290 “Guy Cooper” de Sam Hill

 

 

La décoration est inspirée de la Suzuki RM250 de 1992 de Guy Cooper que l’australien a commencé à restaurer. Les composants Nukeproof violets font partie de la nouvelle collection Purple Horizon qui sera disponible en juin.

 

 

En dehors de sa déco pour le moins originale, ce vélo est proche de la version de série. Le cadre de taille M est entièrement d’origine, en aluminium. comme les autres Mega 290. Les roues sont des Mavic Deemax Elite (et pas les splendides Deemax Pro Sam Hill), la transmission est en X01 Eagle et les freins sont des Sram Code.

 

On relève néanmoins quelques petites spécificités comme les pneus Michelin prototypes ou la tige de selle Sram Reverb AXS. La fourche est la nouvelle RockShox Lyrik Ultimate tandis que l’amortisseur Super Deluxe intègre le MegNeg, cette chambre négative surdimensionnée.

Par ailleurs, Sam utilise un multi-outils OneUp EDC intégré au pivot de fourche et des protège-mains AVS.

D’après ses propres mots, le passage au 29″ n’est pas définitif mais il lui semblait que c’était le vélo le plus adapté pour les spéciales de Madère. Après deux premières manches compliquées, l’australien semble s’être remis en route sur les trails portugais et a accroché la 5e place au guidon de ce vélo.

Les Nukeproof Mega 275C et 29 sur le terrain

Nous avons eu l’occasion de grimper sur plusieurs générations de Nukeproof Mega. Du premier modèle équipé de roues de 27,5 pouces en 2015 à la version carbone 2018, en passant par sa déclinaison en aluminium 29 pouces, nous pouvons témoigner de l’évolution de ce modèle au nom iconique. Une première chose est certaine, il ne s’est pas perdu dans le temps et il a su se raffiner pour arriver aux podiums d’EWS aujourd’hui. 

 

 

Son identité se trouve indéniablement dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’enduro, le vélo de montagne. Des pentes de l’Alpe d’Huez qui constituait la « Mecque » de tout enduriste, le Nukeproof Mega a évolué vers plus de polyvalence, sans toutefois renier ses qualités de descendeur. Le sport évolue et lui aussi. 

C’est également en rencontrant la petite équipe derrière ce vélo qu’on comprend cette évolution tranquille, mais certaine, pour coller aux attentes des pratiquants. 

Nous avons pu tester le modèle 275C (carbone) Factory équipé, comme son nom l’indique, de suspensions Fox Factory très haut de gamme. Commercialisé à 4299 euros. Pour le 29 pouces, nous avons fait un bref passage sur la version aluminium le temps de deux ou trois descentes sur les sentiers boueux de Massa Maritima. 

Sans réel blocage, le Nukeproof Mega 275C Factory grimpe convenablement et on s’est permis de longs tours à la pédales à son guidon. 

Côté équipement, l’ensemble est toujours très robuste et bien pensé. Rien ne semble être réellement sous-dimensionné pour économiser sur les coûts et le tout fonctionne assez bien en accord. La conception de composants « propres » est très soignée et ne fait pas « tache » sur ce modèle haut de gamme. 

 

 

Toujours sur l’équipement, côté points négatifs, on pourra parler d’une selle particulièrement inconfortable et d’un amortisseur qui nous a fait faux bon, avant d’être remplacé. 

Le réglage des suspensions Factory demande de l’attention pour les pilotes les moins avertis. Toutefois, une fois le bon équilibre trouvé, le vélo est vraiment sain et équilibré. Ni trop pataud, ni trop rigide. 

Sa géométrie moderne, sans être extrême, permet une prise en main facile et un pilotage assez détendu. Face aux obstacles, le vélo ne s’affaisse pas outre mesure, suit le rythme et encaisse. 

Aux freinages et dans les portions les plus défoncées, on pourra reprocher à l’amortisseur de se verrouiller excessivement et d’en devenir parfois inconfortable, même si cela reste toutefois mesuré. 

Le vélo conserve bien sa vitesse et est plutôt bon en relances.

Ce qu’on en retient, c’est assez simple : le vélo est, pour un « enduro », vraiment polyvalent et bien dans ses bottes. Il ne déborde pas d’un caractère qui le positionnerait exclusivement vers la « race », ou, au contraire, vers une pratique plus all-mountain tranquille. Equilibré, performant et sympa, on en garde un très bon souvenir. 

Photo : Ruppert Fowler

Sa déclinaison 29 pouces que nous avons pu tester rapidement reprend les grandes traits caractéristiques du modèle en carbone, mais avec une souplesse en plus et de grandes roues. Très sincèrement, alors qu’on aime particulièrement les derniers 29 pouces, nous n’avons pas ressenti de « manque » sur le Mega 275C Factory, et c’est en « bonus » qu’est intervenue cette prise en main. 

Photo : Ruppert Fowler

Le Mega 29 permet, avec ses grandes roues, un pilotage encore plus détendu et facile. Son cadre est réellement tolérant et on lui a trouvé un caractère très chaleureux. Difficile à dire, sur un terrain particulièrement boueux, comment il se comporte dans les portions rocailleuses et défoncées. 

Toutefois, avec ces Mega, on a la certitude de monter sur des vélos aboutis, souvent accessibles en termes de tarifs, et bien dans leur époque. Ce n’est pas Sam Hill qui nous dira le contraire…

Plus d’infos sur les site de la marque :  http://nukeproof.com/bikes-test/