Test nouveauté XC | Orbea Oiz 2027 : le XC moderne a-t-il atteint sa maturité ?

Par Adrien Protano -

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Test nouveauté XC | Orbea Oiz 2027 : le XC moderne a-t-il atteint sa maturité ?

Depuis quelques années, le cross-country évolue à une vitesse folle. Les circuits deviennent plus rapides et plus techniques, les vélos plus capables… et pourtant, difficile aujourd’hui de parler de révolution pure sur les plateformes XC modernes. Géométries, poids, cinématiques : tout semble avoir atteint un niveau de maturité extrêmement élevé. Alors, où peut-on encore progresser ? Chez Orbea, la réponse tient en un mot : rigidité. Avec cette huitième génération du Oiz, la marque espagnole n’a pas cherché à tout réinventer, mais plutôt à affiner chaque détail pour pousser encore un peu plus loin les sensations de pilotage et l’efficacité sur le terrain. Présentation et test terrain du nouveau Orbea Oiz 2027 : 

L’Orbea Oiz comme preuve que le XC moderne est arrivé à maturité ?

Chez Orbea, le développement de ce nouveau Oiz est parti d’une question assez claire : est-ce qu’on peut encore vraiment faire progresser un vélo de XC moderne ? Si la dernière décennie a donné lieu à beaucoup d’évolutions sur les vélos, et sur la pratique en elle-même, les récentes années se sont montrées moins démonstratives.

Il faut dire que le Oiz a déjà beaucoup changé au fil des générations. Né en 2005, le modèle XC phare de la marque espagnole arrive aujourd’hui à sa huitième génération. Entre-temps, certains standards se sont progressivement imposés, et les gains deviennent de plus en plus difficile à trouver.

Faut-il encore plus de débattement ? Plus de rigidité ? Moins de poids ? Des roues de 32 pouces ?

Cela se ressent directement dans les questions que les ingénieurs se sont posées durant le développement : faut-il encore plus de débattement ? Plus de rigidité ? Moins de poids ? Des roues de 32 pouces ?

Concernant ce dernier point, la marque reste d’ailleurs assez prudente. Oui, le 32 pouces pourrait représenter une prochaine étape intéressante pour le XC moderne… mais il est encore trop tôt pour savoir si cela a réellement du sens pour l’industrie selon Orbea. Les composants restent limités et la marque veut aussi être sûre que cette évolution a réellement de l’intérêt à grande échelle. Elle ne s’en cache pas pour autant, c’est clairement dans ses bureaux de R&D depuis un petit temps ! En attendant, le 29 pouces continue son bonhomme de chemin.

Impossible d’être complètement surpris par ce nouveau modèle en 29″ puisqu’on avait aperçu l’équipe de coupe du monde de la marque s’aligner sur un prototype (déjà très abouti) sur la manche de Nove Mesto : Spyshot | Le futur Orbea Oiz aperçu en Coupe du monde ?

Un châssis plus rigide, pourquoi et comment ?

Rapidement, un axe de développement s’est détaché du reste : la rigidité. Mais attention : pas la rigidité dans le sens “un cadre plus rigide = forcément mieux”. Le sujet est en réalité beaucoup plus subtil que ça.

Chez Orbea, les ingénieurs expliquent que l’un des gros enjeux concernait surtout la manière dont le cadre et le triangle arrière travaillent autour de la suspension. Car lorsqu’un cadre se déforme latéralement dans le débattement, l’amortisseur ne fonctionne plus parfaitement dans son axe. Résultat : davantage de frictions internes, moins de sensibilité et donc moins de grip.

C’est précisément là que ce nouveau Oiz évolue énormément. Le travail a porté aussi bien sur les layups carbone que sur la structure même du cadre. Impossible de ne pas le remarquer, le Oiz adopte une forme qui se rapproche d’autres modèles du marché avec cette quasi intégration de l’amortisseur au sein du tube supérieur. Eh oui, il n’y a pas 10 000 manières de dessiner un cadre de XC si on cherche le meilleur rapport poids/rigidité et en intégrant deux portes-bidons.

Sur cette huitième génération du Oiz, les haubans viennent davantage entourer le tube de selle, tandis qu’un important travail a été réalisé autour de la zone reliant le triangle avant, le mini-link et l’amortisseur.

Orbea explique avoir réalisé énormément d’itérations avant d’arriver à cette nouvelle structure de renfort entre le tube de selle et l’amortisseur. L’objectif était d’obtenir une plateforme extrêmement stable autour du linkage afin de limiter les frictions parasites et permettre à la suspension de fonctionner le plus librement possible.

Le mini-link a lui aussi été entièrement redessiné. Plus compact et plus léger, il passe de 77 g à 44 g seul. Associé à sa plaque de liaison, l’ensemble gagne énormément en rigidité tout en restant particulièrement léger.

Même logique du côté du pivot principal, entièrement revu afin de limiter les jeux latéraux et améliorer encore l’alignement du triangle arrière durant le débattement. Au total, Orbea annonce une hausse de 36 % de la rigidité globale, de 22 % pour le triangle arrière et 6 % pour le triangle avant pris séparément.

Le poids : la contrepartie qu’il fallait éviter

Évidemment, augmenter la rigidité sans faire exploser le poids représentait probablement le plus gros défi de ce nouveau Oiz. Cette version 2027 affiche 1474 g en taille M, avec peinture et hardware inclus, sans amortisseur (ni axe de roue arrière). Ce qui en fait tout simplement le cadre XC le plus léger jamais produit par Orbea.

Si on ajoute à cela le poids de l’amortisseur Fox Float SL (249 g), on arrive à un résultat de 1723 g, soit environ 60 g de moins que son prédécesseur (1798 g). Si on compare les poids des cadres en taille M :

  • Specialized S-Works Epic 9 : 1589 g
  • Specialized S-Works Epic World Cup : 1712 g
  • Cervélo ZFS-5 : 1718 g
  • Orbea Oiz OMX 2027 : 1723 g
  • Giant Anthem Advanced SL : 1746 g
  • Specialized S-Works Epic 8 : 1795 g
  • Scott Spark RC HMX : 1870 g

Le vélo complet pointe en dessous de 10 kg pour la version la plus haut de gamme (9,86 kg). On notera que le cadre en carbone OMR plus accessible financièrement affiche un surpoids d’environ 150 g, tandis que le choix de peinture peut faire varier le poids du cadre jusqu’à environ 70 g (entre une version juste vernie et une version peinte intégralement en brillant).

Pour atteindre ce résultat, la marque explique avoir énormément optimisé la construction du cadre, avec une répartition très précise des fibres de carbone et un déplacement de matière des haubans vers les bases afin de maximiser l’efficacité structurelle.

Les petits détails de ce Orbea Oiz 2027

Orbea a également soigné une multitude de détails qui contribuent à faire du Oiz un véritable outil de compétition. On retrouve ainsi le désormais célèbre duo Squidlock et I-Line. Le premier regroupe la commande de suspension et de tige de selle télescopique dans un ensemble compact et ergonomique, tandis que le second guide les câbles directement à travers le tube supérieur jusqu’à l’amortisseur.

Le Oiz reçoit également un multi-outils intégré discrètement placé sous le tube supérieur. Poids vérifié avec support : 77 g. Il est bien sûr amovible pour ceux qui n’en auraient pas l’utilité.

Les adeptes de longues distances apprécieront aussi la présence de deux emplacements pour porte-bidon sur toutes les tailles du cadre. Selon la configuration choisie, il est possible d’emporter jusqu’à deux grands bidons, un vrai plus pour les épreuves marathon et les longues sorties d’entraînement.

Du côté de la transmission, Orbea a intégré un guide-chaîne directement au cadre afin de sécuriser la chaîne dans les conditions les plus exigeantes. La marque a également revu les roulements du système de suspension UFO, désormais entièrement protégés grâce à une étanchéité renforcée destinée à améliorer leur durabilité.

On note aussi la présence du système Spin Block, qui limite la rotation du cintre en cas de chute et évite ainsi que les commandes ou les leviers ne viennent endommager le cadre.

Enfin, Orbea a retenu plusieurs solutions techniques appréciées des pratiquants pour leur simplicité et leur fiabilité. Les freins arrière adoptent désormais une fixation Post Mount directement intégrée au cadre, tandis que le boîtier de pédalier fileté BSA fait son retour. Un choix qui facilite l’entretien

Une suspension pensée pour rouler vite

Côté suspension, Orbea conserve 120 mm de débattement avant/arrière, avec la possibilité de monter jusqu’à 130 mm à l’avant.

La philosophie reste très clairement orientée “race”, avec une suspension pensée pour conserver du support et de la vitesse plutôt que de simplement offrir un maximum de confort.

 

La cinématique reste dégressive, avec un début de course soutenu puis un comportement plus souple sur la suite du débattement. C’est l’association avec un amortisseur à faible volume, plus progressif en fin de course, qui permet de conserver du contrôle face aux gros impacts.

Les réglages ont été développés en étroite collaboration avec Fox/RockShox afin d’obtenir un comportement très spécifique au nouveau Oiz, aussi bien sur l’amortisseur que sur la fourche.

Géométrie : on ne change pas une équipe qui gagne

Si les grandes lignes de la géométrie sont conservées, Orbea a apporté plusieurs ajustements ciblés pour adapter le Oiz aux exigences du XC moderne. En taille M, on retrouve ainsi un reach de 450 mm, tandis que les bases passent à 430 mm pour toutes les tailles, soit 2 mm de moins que la génération précédente. En taille M, l’angle de direction s’ouvre légèrement à 66,8°, alors que l’angle de selle devient un peu plus redressé (76,7°) selon les tailles afin d’améliorer le positionnement au pédalage.

Le boîtier de pédalier reste assez bas avec un drop de 42 mm, et la marque a volontairement fait le choix de ne pas intégrer de flip-chip afin de conserver le vélo le plus efficace et cohérent possible.

Versions et tarifs

Comme pour la précédente génération, Orbea décline le Oiz autour de deux familles de cadres : l’OMR, plus accessible, et l’OMX, plus léger et haut de gamme.

L’entrée de gamme est représentée par le Oiz M30 à 3799 €, équipé d’un ensemble RockShox SID Select / SIDLuxe Select+ et d’une transmission Shimano M7200. Au-dessus, le Oiz M20 passe à 4799 € avec une fourche Fox 34 SL Factory Kashima et des roues Oquo MP28 Pro.

Le Oiz M10 grimpe à 5999 € avec une transmission Shimano XT Di2 et des roues Oquo MP30 Team, tandis que le Oiz M10 AXS à 6999 € fait le choix d’un groupe Sram XO/GX T-Type associé à un ensemble RockShox Flight Attendant.

Du côté des cadres OMX, les tarifs débutent à 7299 € avec le Oiz M-Pro, équipé d’une transmission Shimano XT Di2 et de roues Oquo MP30 Team. Le Oiz M Team AXS s’affiche à 7499 € avec une transmission Sram XO AXS et des freins Motive Silver. Plus haut dans la gamme, le Oiz M Team Factory est proposé à 9499 € avec un groupe Shimano XTR Di2 et des roues Oquo MP30 LTD.

Enfin, le très exclusif Oiz M-LTD culmine à 11 499 € avec une transmission Sram XX SL, des freins Motive Ultimate et les roues Oquo les plus légères du catalogue. Toutes les versions OMX partagent le même ensemble de suspensions Fox Factory Kashima avec fourche Fox 34 SL Factory de 120 mm et amortisseur Fox Float SL I-Line développé spécifiquement pour le Oiz.

Comme à son habitude, Orbea mise également sur son programme de personnalisation MyO. Au-delà du simple choix de la couleur, il est possible de modifier de nombreux composants lors de la commande : roues, pneus, cockpit, transmission… La marque annonce plus d’un million de combinaisons de couleurs possibles pour ce nouveau Oiz. Un service qui reste aujourd’hui l’un des grands points forts d’Orbea face à une concurrence qui propose encore souvent des montages beaucoup plus figés.

Orbea Oiz 2027 : le test terrain

Pour notre mètre 77, c’est sur un modèle en taille M que nous avons grimpé pour cette prise en main en Navarre, aux portes du Pays Basque. Orbea conseille un réglage du SAG entre 20 et 25 % sur cette plateforme, et c’est à 22 % qu’on a trouvé notre bonheur.

Dès les premiers mètres, ce nouveau Oiz affiche clairement la couleur : on est face à un vrai vélo de compétition. La position est sportive, avec un avant du vélo assez bas qui pousse naturellement à charger la roue avant et à attaquer le terrain. Le vélo paraît immédiatement précis, tendu, très direct dans ses réactions. La sensation est un peu plus « racing » encore que la précédente génération.

À la montée

À la montée, le rendement est excellent, avec un vélo très efficace dans les relances et qui conserve énormément de vitesse. Les bases courtes apportent aussi un côté assez joueur et dynamique qui évite au vélo de devenir trop “rail” lorsque ça serpente, sans pour autant sacrifier ce côté nerveux à la relance.

Par rapport à la précédente génération, on gagne encore en efficacité à la montée, avec un peu plus ce sentiment d’arc à flèche qui nous pousse en avant, et donne envie d’en remettre un peu plus encore sur les pédales, là où la précédente génération était plus feutrée. Ce Oiz 2027 s’avère un peu plus démonstratif que son prédécesseur, avec ce sentiment d’être vraiment en forme à son guidon grâce à ce transfert de puissance plus brut dans son ressenti.

À la descente

Ce côté sportif, performance et assez pur, il se ressent également à la descente.

Ce Oiz 2027 est sûrement un peu moins facile d’accès que son prédécesseur par contre. Il faut un peu plus le tenir dans les trajectoires, et il faut surtout l’engager davantage pour en tirer son potentiel.

Mais paradoxalement… plus on hausse le rythme, plus le vélo devient confortable et sécurisant. Et c’est probablement le point le plus réussi de ce nouveau Oiz. Quand on commence à vraiment pousser dans les appuis ou dans les sections cassantes, le châssis conserve énormément de précision tout en laissant la suspension travailler très librement sur les petits impacts. Le vélo devient alors extrêmement prévisible en termes de grip.

Le seul élément qui nous a parfois semblé légèrement en décalage concerne les roues, très rigides elles aussi. Associées à un cadre déjà extrêmement précis, elles donnent parfois un ensemble un peu trop verrouillé. On imaginerait assez bien ce nouveau Oiz associé à une paire de roues légèrement plus tolérante pour apporter un peu plus de filtration globale. Dans cette configuration, ça permet un vrai dynamisme et une très bonne précision, mais ça demande aussi une certaine condition physique pour gérer les impacts (surtout en rigidité verticale).

Attention toutefois : ce Oiz ne s’adresse pas forcément à tout le monde. On reste clairement sur un vélo sportif et exigeant, pensé avant tout pour rouler vite et attaquer fort. Quand on se laisse balader, le vélo a tendance à se montrer assez ferme et manque un peu de confort…  en tout cas dans cette configuration assez haut de gamme avec cette paire de roues Oquo en carbone.

Verdict

Après deux journées au guidon de l’Orbea Oiz, c’est l’impression d’un vélo véritablement axé sur la compétition et la performance qu’il nous laisse. Extrêmement abouti, chaque détail semble avoir été optimisé avec précision pour gagner quelques pourcents ici et là. Plus rigide, plus précis, plus efficace… Orbea a fait le choix de préciser encore un peu plus son châssis pour le rendre plus performant et un peu plus exclusif. Un choix qui a des avantages et des limites évidemment. Un vrai vélo de compétition moderne, qui ne conviendra pas forcément à tout le monde… mais qui devrait séduire énormément les pilotes à la recherche d’une vrai machine de course.

Pour plus d’informations : https://www.orbea.com/fr-be

Par Adrien Protano