Test nouveauté | Santa Cruz Tallboy 6 : changement de recette
Par Paul Humbert -
Santa Cruz renouvelle son Tallboy, un vélo 29 pouces de 130/140 mm de débattement dédié aux pratiques « trail » polyvalentes. Pour cette sixième itération, le Tallboy, qui a toujours su nous séduire, change de cinématique de suspension : est-ce qu’il abandonne son caractère, son ADN, et que gagne-t-il au passage ? On a discuté avec les ingénieurs et on a pris en main ce VTT :
Le Tallboy est un vélo qui a marqué plusieurs membres de la rédaction de Vojo. Ce modèle de la gamme Santa Cruz a toujours su apporter le caractère et l’ADN « gravity » de Santa Cruz dans les petits débattements.
Sur la précédente génération, c’était particulièrement sensible, et on ne s’est pas interdit quelques passages sur des pistes de bike park et des singles engagés. En contrepartie, ce n’était pas le meilleur grimpeur ni le vélo le plus léger pour un petit débattement. Mais le vélo avait du caractère, et nous donnait envie de grimper au départ de chaque sentier.
L’éléphant dans la pièce : du VPP au 4 Bar Linkage
En l’espace de quelques années, Santa Cruz a construit et consolidé sa réputation autour de différentes solutions techniques, et la plus marquante d’entre elles était sa cinématique de suspension baptisée VPP (pour Virtual Pivot Point). Santa Cruz n’a rien révolutionné et proposait une solution à point de pivot virtuel qui était mise en musique par deux biellettes et un triangle arrière « flottant ». Ce choix de suspension a été renforcé par un choix de design fort ces dernières années, avec des vélos construits autour d’un amortisseur positionné dans un tunnel, à l’horizontale, juste au-dessus du boîtier de pédalier.
En 2024, Santa Cruz surprend tout le monde en sortant de cette architecture de suspension pour son VTTAE Vala (puis le Bullit). Dans les deux cas, l’argument des ingénieurs est le même : la présence du moteur empêche de positionner les points de pivot du VPP de manière idéale. Ils ont donc préféré une architecture « 4 Bar Linkage ». Les fans de la marque ont crié au scandale quelques heures, mais le test terrain est formel : le résultat est excellent, et le vélo se vend particulièrement bien.
Il y a quelques semaines, on vous présentait le dernier Nomad, qui conserve son VPP, mais pour le Tallboy, Santa Cruz en a décidé autrement.
C’est Josh Kissner, Product Director, qui nous explique ce choix : « On voulait être plus léger, mais le VPP a deux biellettes, un tunnel pour l’amortisseur, c’est plus complexe. On savait que pour être plus légers, on devait travailler avec un 4 bar ou des « flex-stays » (haubans flexibles), donc on a exploré les deux options. »
« L’autre raison concerne la cinématique de suspension. Avec un VPP à petit débattement et des petites biellettes, on se retrouve avec des courbes de suspension qui varient beaucoup tout au long du débattement, ce qui donne des sensations très progressives. C’est parfois bien, mais pas ce qu’on recherchait sur ce vélo. »
De notre côté, on doit vous avouer que ce changement nous émeut peu. Il est vrai que le design caractéristique des cadres faisait partie de l’ADN visuel de Santa Cruz, mais tout le monde a le droit de se réinventer, surtout si c’est pour aller vers plus de performance. Et au même titre qu’il existe de nombreux vélos à point de pivot virtuel, nous avons la chance d’avoir testé suffisamment de vélos en cinématique 4 Bar Linkage pour vous garantir qu’ils ne sont pas tous identiques.
Géométrie / Cinématique
Ce changement s’accompagne de petites évolutions de géométrie et le Tallboy conserve une petite capacité d’ajustement via un flip chip (position « High » ou « Low »). L’angle de direction s’ouvre légèrement (65,1° / 64,8°), le tube de selle se redresse un peu et la longueur diminue. Le stack augmente légèrement sur le vélo.
La longueur du triangle arrière est adaptée sur les cinq tailles de cadre pour proposer le même équilibre à chaque pilote.
Côté cinématique, le changement de suspension s’accompagne de grosses évolutions : Santa Cruz n’a pas cherché à cloner son VPP. La marque communique sur une progressivité qui diminue, et un anti-squat qui baisse.
L’objectif est de rester plus haut dans le débattement en début de course, et de diminuer l’impact de la transmission sur le travail de la suspension pour plus de souplesse et de traction. L’anti-rise baisse également.
Plus gros, plus léger
Ce nouveau Santa Cruz Tallboy voit son débattement légèrement augmenter par rapport à la précédente génération : 140 mm devant et 130 mm derrière. Avec la montée en débattement du Hightower (150/160), ce n’est pas une surprise, d’autant que cette montée en débattement ne se fait pas au détriment du poids.
Santa Cruz a cherché à alléger ce petit VTT. La marque annonce un gain de 300 grammes sur son cadre (2,530 kg pour le Tallboy 6 contre 2,830 kg pour le précédent Tallboy CC). Le changement de cinématique a aidé à alléger la machine en supprimant une biellette, de la visserie et le tunnel de suspension. Santa Cruz annonce son nouveau Tallboy à partir de 13,2kg. Le lay-up carbone a lui aussi été retravaillé.
La marque a baissé la rigidité du vélo et continue d’adapter chaque taille de cadre pour maintenir le même niveau de rigidité pour tous les pilotes : on ne contraint pas le vélo de la même manière quand on fait 60 kg que quand on en fait 90 kg.
Le Tallboy suit la voie ouverte par le Nomad et abandonne la distinction C et CC qui offrait le choix entre deux finitions / niveaux de carbone. Désormais, seule la construction la plus haut de gamme (CC) est proposée.
Détails et construction
La boîte à gants du vélo est retravaillée avec une trappe plus étanche, un nouveau système d’ouverture et, surtout, le cadre permet une plus grande insertion vers le bas du vélo.
Un guide-chaîne est monté sur une platine, directement fixée au cadre.
Deux vis de fixation d’accessoires apparaissent sous le tube supérieur sur le Tallboy 6.
La gamme Santa Cruz Tallboy 6
Cinq modèles sont présentés au lancement du Tallboy 6. Leurs points communs : des suspensions RockShox Pike et Deluxe, une distinction entre la roue avant (Reserve 30 SL) et la roue arrière ( Reserve 30 HD), des freins SRAM DB8 ou Motive avec un disque de 200 mm devant, une tige de selle OneUp et des pneus Maxxis Forekaster.
Santa Cruz Tallboy 6 Deore : 4999 €
Santa Cruz Tallboy 6 Sram 90 : 5999 €
Santa Cruz Tallboy 6 Sram GX AXS : 6999 €
Santa Cruz Tallboy 6 XT Di2 : 7999 €
Santa Cruz Tallboy 6 XO AXS RSV : 9499 €
Deux coloris sont proposés : violet ou noir brillant. Santa Cruz conserve sa garantie à vie sur ses cadres, roues Reserve et roulements.
Prise en main : Santa Cruz Tallboy 6 XO AXS RSV
On était très enthousiastes à l’idée de découvrir ce nouveau Tallboy, et presque inquiets car le dernier modèle était un excellent compagnon d’aventure. Il n’était pas parfait, mais il avait son caractère et on n’en attendait pas moins de ce nouveau Tallboy 6.
On ne va pas se mentir, sur un vélo qui pédale, du poids en moins est toujours appréciable. Le vélo semble léger, mais c’est aussi en partie dû à la nouvelle cinématique : le vélo reste plus haut dans son débattement, il semble plus réactif et il ne s’affaisse pas au pédalage.
L’amortisseur est équipé d’un blocage deux positions : tout bloqué, à utiliser uniquement sur route ou terrain très lisse, ou ouvert, pour toutes les autres circonstances. Le blocage est trop ferme et on sent la suspension buter pour l’utiliser sur les sentiers. C’est un choix radical, mais la plateforme de pédalage offerte par le vélo en mode « ouvert » est excellente.
On a un super grip sur les franchissements et le vélo est très agréable au pédalage avec son tube de selle bien droit.
En descente, on retrouve l’équilibre du précédent Tallboy, mais on sent qu’on peut aller plus loin, pousser plus. L’augmentation du débattement nous donne davantage de réserve et donc de grip et de sécurité. Le rythme augmente très vite, et on est content de retrouver des disques de bonne taille pour accompagner les surprenants SRAM Motive.
La cinématique reste le cœur du vélo, et on sent vite que Santa Cruz n’a pas cherché à reproduire son ancienne machine. Sur les traversées, le pédalage et les sections roulantes, le vélo est bien plus efficace et rapide. On reste plus haut dans le débattement et le vélo file. Quand on est en descente, ce même début de course se fait sentir : les premiers centimètres de débattement sont plus fermes, avant d’accéder à la totalité de l’amortissement du Tallboy. Les premiers petits chocs sont plus fermes, mais ensuite le vélo encaisse et s’assoit comme un « gros-petit vélo ».
Santa Cruz a mélangé certaines caractéristiques héritées des vélos de XC et les mêle à celles de plus grosses machines. C’est surprenant au départ, mais dès qu’on a saisi le fonctionnement du Tallboy, on s’y attache. Petite astuce pour les propriétaires des vélos les plus haut de gamme équipés des moyeux DT Swiss et du système DEG DF : si la descente est au cœur de vos priorités, offrir 10° de tolérance permet d’apporter plus de souplesse en début de course et sur les tout petits chocs. C’est une aide « extérieure », mais on a adoré l’impact sur le ressenti général du vélo.
Difficile de sentir le changement de rigidité du vélo, mais on a la sensation d’avoir un bon compromis entre grip et vivacité. En « frontal », c’est la rigidité de la fourche qui pourra faire défaut pour les riders les plus lourds et engagés, tant le vélo est capable en descente, mais ça ne nous a pas dérangés.
On se laisse emporter sur des pistes destinées à des gros vélos, et à aucun moment on ne se sent pas à notre place. Sauf qu’on réalise qu’on est montés bien plus vite, et qu’on est prêts à repartir. Sur ce point, le Tallboy 6 passe encore un cap par rapport au précédent modèle.
Un vélo plus léger, et encore plus capable ? C’est ce qui est promis sur le papier et qui semble se réaliser sur le terrain.
Le segment sur lequel se positionne le Tallboy n’est pas facilement identifiable et dépend vraiment des ambitions de chaque pilote : non, ce n’est pas un gros vélo de XC. Les performances en montée ne sont pas comparables. Mais est-ce que le vélo pédale bien, longtemps et « rend » bien ? Oui, certainement. Et en descente : ce n’est pas un enduro, mais il est redoutablement capable, et passera partout. Vraiment partout.
Là où il rejoint son prédécesseur, c’est sur son terrain d’usage, et sa capacité à nous faire prendre la direction des sentiers. C’est le type de vélo qu’on a envie de prendre pour aller « se faire la peau » quand on a une heure devant soi, mais également celui qu’on a envie d’enfourcher pour de longues sorties à écumer les sentiers. On peut le voir comme un vélo de compromis, mais on préfère voir ce Tallboy comme le choix de la simplicité d’un vélo qu’on a envie de prendre tous les jours. C’est un vélo qu’on conseillera à beaucoup de monde : on le recommandera à celles et ceux qui cherchent plus de confort et de plaisir que sur leur vélo de XC, et de la même manière, à celles et ceux qui se tournent vers des vélos à grand débattement par facilité, mais qui bénéficieraient d’un poids plus contenu et d’une machine qui rend les petits sentiers bien plus amusants.
Plus d’infos sur le site de la marque : www.santacruzbicycles.com/fr-fr/collections/tallboy

