Test nouveauté | Lapierre XRM 8.9 : rouleur au long cours

Tech
23 mars 2022 — Léo Kervran

Prise en main du Lapierre XRM 8.9

La théorie c’est joli, mais le plus intéressant reste l’expérience terrain. Nous avons pu découvrir le XRM 8.9 sur les hauteurs (enfin, façon de parler) de Dijon en compagnie d’Alexis Chenevier avant de ramener le vélo à la rédaction et de poursuivre la découverte. En attendant une comparaison avec le XR, voici nos premières impressions :

Comme on l’évoquait à la page précédente, le XRM a un programme un peu plus polyvalent que le XR. Avec 120 mm de débattement devant, 110 mm derrière et 66° d’angle de direction, Lapierre le présente comme un vélo à la fois marathon et “downcountry”, ce terme qui désigne certaines machines bien particulières, aux racines XC mais bien plus efficaces et ludiques en descente.

Représentant haut de gamme de la famille, notre version 8.9 profite de ce qui se fait de mieux ou presque chez Fox dans ce domaine avec une 34 SC Factory Fit4 à l’avant et un DPS Factory à l’arrière, les deux commandés par un blocage au guidon.

La transmission et le freinage sont pour l’essentiel en Shimano Deore XT mais lorsqu’on regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que la cassette et la chaîne sont issues de la famille Deore. Aucun souci sur le plan technique, ça fonctionne très bien mais sur un vélo à plus de 5 000 € c’est un peu mesquin, en plus d’apporter un certain surpoids (notamment en ce qui concerne la cassette). On comprend qu’il faut faire des économies quelques part, un cadre carbone et des suspensions Fox Factory pour ce prix c’est intéressant, mais l’image est là.

Les roues sont les bien connues DT Swiss XR 1700, de bonnes roues aluminium milieu de gamme. Elles sont chaussées de pneus Maxxis Ardent Race (AV) et Rekon Race (AR) en 2.4 et carcasse Exo, une monte qui fait pencher le vélo plus du côté marathon, rendement et pédalage que du côté downcountry, fun et polyvalence.

Enfin, en ce qui concerne les périphériques, on a droit à une tige de selle télescopique RAD de 125 mm de débattement (identique sur toutes les tailles mais réductible jusqu’à 95 mm), à une selle Fizik Taiga et à un poste de pilotage Lapierre en aluminium avec potence en 60 ou 70 mm et cintre en 760 x 31,8 mm.

Le Lapierre XRM 8.9 sur le terrain

Ne vous fiez pas aux conditions bien peu engageantes des photos de cette première découverte du XRM 8.9 en compagnie d’Alexis Chenevier, tout l’essai ne s’est pas déroulé par ce temps. -5°C dans le brouillard, cela donne peut-être une jolie ambiance mais pour sentir quelque chose sur le vélo, c’est autre chose.

Entre un pilote anesthésié et un vélo lui aussi affecté (comportement des pneus notamment), il est bien difficile de tirer une quelconque conclusion du vélo. Heureusement, nous avons ensuite poursuivi la prise en main sous une météo bien plus propice à ce genre d’essai.

Au pédalage, la position est bonne. Le XRM place le pilote dans une position assez sportive et fait bien sentir ses racines XC mais il n’en fait pas trop et on peut sans aucun souci envisager de (très) longues sorties à son guidon.

L’impression est renforcée par le comportement de la suspension. Assez ferme aussi bien à l’avant qu’à l’arrière, elle offre tout de même une sensibilité intéressante sur le tout début du débattement et absorbe ainsi les vibrations les plus fatigantes. On note également que comme annoncé, elle ne pompe absolument pas, même en danseuse.

Ajoutez à cela une rigidité bien dosée et vous obtenez un vélo particulièrement agréable lorsqu’on se dresse sur les pédales. Avec 12,12 kg sur la balance précisément, ce n’est pas encore une boule de nerf qui ne demande qu’à relancer (de bonnes roues carbone amélioreraient certainement ce point) mais il suit lorsqu’on accélère et se distingue tout particulièrement dans deux situations : les courtes montées un peu techniques, celles qu’on passe entièrement en danseuse, et les singletracks joueurs à plat, ceux où l’on peut conserver une bonne vitesse et se faufiler de virage en virage.

En descente, le XRM se montre encore ludique tant que la pente n’est pas trop prononcée et le terrain pas trop chaotique. Il est à son aise sur les sentiers “flow”, on pompe facilement pour accélérer et on peut jouer gentiment avec les mouvements de terrain sans craindre de rappel à l’ordre trop brutal en cas d’imprécision comme avec une pure machine de XC.

Lorsque la difficulté technique augmente, le XRM semble un peu moins dans son élément. En premier lieu à cause des suspensions, dont le côté ferme devient fatigant dans les cailloux ou les successions de grosses racines. Elles absorbent les chocs et on prend tout le débattement lorsque c’est nécessaire mais elles ne font pas preuve d’onctuosité comme d’autres, ne comptez pas sur elles pour économiser le ou la pilote.

Le deuxième élément en cause, c’est la géométrie. Malgré son angle de direction de 66°, identique à celui d’un Transition Spur (lire Test | Transition Spur : le XC version punk !) et seulement 0,2° plus droit qu’un Scott Spark 900 (test à venir), le Lapierre XRM ne donne pas la même sensation de stabilité et de confiance dans la pente. Il nous a même surpris à plusieurs reprises avec des réactions vives, nerveuses au niveau de la direction, comme un pur vélo de XC.

On passe, mais certainement pas aussi vite ou aussi sereinement qu’avec d’autres vélos étiquetés “downcountry” eux aussi. Avec cette nouvelle génération de XC débridés, on a parfois tendance à oublier qu’ils ne se roulent pas (tous) comme des vélos d’enduro en descente mais le XRM se charge de nous le rappeler. A son guidon, s’il y a un peu de pente ou beaucoup de cailloux, on prend son temps et on essaye surtout de chercher la trajectoire la plus sécurisée possible avant de penser à s’amuser.

Enfin, les pneus ont eux aussi leur part de responsabilité là-dedans. Ardent Race et Rekon Race en 2.4, c’est roulant et très bien pour du marathon sur le sec mais certainement pas assez polyvalent pour un downcountry.

Verdict

Présenté par Lapierre comme un vélo aussi bien marathon que downcountry, le XRM penche selon nous bien plus du côté du premier que du second… comme son nom l’indique, finalement. Le XRM invite à pédaler longtemps et excelle dans ce domaine, à tel point qu’on s’est retrouvés plusieurs fois à explorer et se balader pendant trois heures ou plus en pensant partir bien moins. S’il faut bien admettre qu’il nous a un peu déçus dans les descentes les plus techniques, il reste ludique tant que le terrain n’est pas trop exigeant et devrait à ce titre séduire de nombreux pratiquants (tout le monde n’habite pas dans les montagnes !), d’autant que le tarif est honnête pour une marque qui ne vend pas en direct. De notre côté, un XR devrait arriver sous peu, ce qui nous permettra de comparer les deux versions pour un essai croisé.

Plus d’informations : lapierrebikes.com