Test nouveauté | Kona Process 134 : Bellingham dans l'ADN

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7 août 2019 — Paul Humbert

Sans avoir jamais disparu du paysage, Kona s’est fait discret dans nos contrées ces dernières années. La marque iconique du début des années 2000 est revenue petit à petit sur le marché européen avec un Process 153 d’enduro, et fait désormais de la place pour son tout premier Process « full carbone », le Process 134. Présentation de ce all-mountain sur ses sentiers de Bellingham dans l’état de Washington : 

 

 

La  catégorie « all-mountain » est très certainement la plus foisonnante aujourd’hui, et c’est tant mieux. Elle regroupe des centaines de vélos dédiés à un éventail de pratiques et de pratiquants particulièrement large. Chez Vojo, notre métier est de vous orienter vers ceux qui correspondront le mieux à votre terrain, votre niveau et vos envies. 

Dans la même catégorie, on retrouve des vélos racés, d’autres plus tranquilles, certains directement dérivés du cross-country et d’autres qui piétinent sur les plates-bandes de l’enduro. Ajoutez à tout ça une bonne dose de marketing et il est devient facile de se perdre dans le choix du bon vélo.

Nous avons eu l’opportunité d’aller découvrir ce nouveau Kona Process 134 sur le terrain où il a été créé pour comprendre, en quelques tours de roues, l’identité de la machine. Lors de notre découverte du Commencal Meta Power 29 (à retrouver ici), on vous parlait de l’intérêt de rencontrer un vélo sur ses sentiers et ça se vérifie encore dans ce cas. 

Bellingham, dans l’état de Washington aux USA, c’est une petit ville du « Pacific North West » qui ne paye pas de mine mais qui abrite trois marques de vélo : Transition, Kona et Evil depuis quelques mois. À la sortie de la ville, on retrouve des kilomètres de sentiers, souvent dédiés au vélo, dans des forêts gorgées de fougères et de terre bien meuble. On s’y jette sans arrière-pensée et on retrouve le « style » caractéristique des sentiers de la Colombie-Britannique toute proche. 

Pour revenir au vélo, le Kona Process 134 est un « all-mountain », polyvalent par définition, équipé de roues de 29 pouces, d’un débattement de 134mm à l’arrière et d’une fourche de 140mm à l’avant. 

 

C’est le tout premier vélo de la famille Process qui est proposé 100% en carbone. La marque insiste sur ce point, qui pourrait paraître anodin, mais c’est avec une petite équipe que Kona met au point et commercialise une gamme très large. 

Si le 134 est baptisé « Process », un nom donné aux vélos d’enduro chez Kona, c’est qu’il est, en partie, un dérivé du Process 153 dévoilé il y a deux ans. La marque a tiré parti de son expérience sur ce gros vélo pour aller piocher ce qui lui plaisait le plus, l’a mixé avec l’héritage d’un ancien Process 111 29, et a donné naissance à ce Process 134. 

Côté cinématique, le vélo est assez simple et propose le même mono-pivot à biellette que le reste de la gamme Process. La marque assume ce choix pour sa simplicité, son côté joueur et pour l’impact limité sur la chaîne pendant le travail de la suspension. Kona recherche une suspension plus progressive que sur son « gros » vélo avec un bon support en milieu de course. 

L’amortisseur est sélectionné avec des pré-réglages « medium-medium » et installée d’origine avec une cale. On remarque d’ailleurs que Kona ne fait pas l’économie d’un « petit » amortisseur et passe sur un modèle à « Piggy-back » pour rester performant sur les descentes les plus longues : « C’est comme ça que nous aimons rouler à Bellingham. » La marque reste fidèle à ses valeurs et assume encore une fois ce choix, quitte à devoir se priver de roues en carbone. 

L’ensemble se veut, d’après la marque, facile à régler. Kona annonce également de belles performances en relance où, quand il travaille, l’amortisseur ne devrait pas venir bloquer le pédalage. 

 

 

Côté géo, le Process 134 affiche un reach de 450mm (identique à celui du Process 153 d’enduro), un angle de direction de 66 degrés, un angle de tube de selle de 76,5 et des bases de 427mm. Le cadre est produit en 4 tailles (S, M, L et XL). Kona insiste sur le fait que l’angle effectif du tube de selle reste constant en levant sa tige de selle. 

Kona a fait le choix d’un offset long de 51mm pour rendre le vélo facile d’accès et ne pas basculer, comme il aurait été facile de le faire, vers un comportement de vélo d’enduro nécessitant une certaine dextérité au pilotage. 

 

 

Un véritable soin a été apporté à la construction de ce Process 134 dont les lignes sont particulièrement harmonieuses. Aussi bête que cela puisse paraître, il était important qu’un bidon puisse trouver sa place sur ce cadre, et c’est chose faite. Le vélo est protégé sous le tube inférieur et est équipé d’un protège-base spécifique au vélo. 

Kona a particulièrement fait attention à ne pas s’emporter sur la largeur du triangle arrière, ce qui a pu leur être reproché, et désormais, on ne touche plus le cadre en pédalant. Au niveau de l’espace disponible pour le pneu, l’équipe Kona n’irait pas au delà du 29×2.5 avec des pneus « wide trail », et un Maxxis Minion DHF en particulier. 

 

 

Le passage des câbles et gaines est soigné avec des guides en interne qui permettent un entretien sans prise de tête. Les câbles sortent à la fin du triangle avant et son guidés jusqu’au dérailleur et au frein arrière en externe. On retrouve un petit guide positionné sur le point de pivot principal, qui permet de maintenir la gaine en place pendant le travail de la suspension. On remarque également que des entrées sont positionnées des deux côtés du cadre afin de satisfaire tous les goûts en ce qui concerne les freins (et notamment nos voisins anglais qui roulent majoritairement avec le frein arrière à gauche du guidon). 

Par rapport au Process 134, un petit régime a été effectué et la marque passe sur des roulements plus petits (15mm) et, surtout, en travaillant le carbone. Le matériau offre de belles possibilités et, par rapport au triangle arrière alu du Process 153, les haubans sont affinés et la biellette est elle aussi plus légère. 

 

 

Au total, le cadre peint, en taille M, affiche 2650g. 

 

 

La marque annonce que plus de place est disponible dans son tube de selle qu’auparavant sur le Process 153, ce qui ravira les riders à grandes jambes. D’ailleurs, une tige de selle de 125mm de débattement est installée sur la taille S, 150mm sur la taille M, 170 ou 175 mm sur la taille L et 200mm sur la taille XL. 

Kona utilise une nouvelle patte de dérailleur qui vient se glisser sur de l’aluminium et l’axe de la roue arrière, préservant ainsi le carbone du cadre. 

Dans la gamme, on compte deux Kona Process 134 tout en carbone, le 134 CR/DL 29 équipé par RockShox (6499€) et le 134 CR 29 équipé par Fox (5499€). 

 

Kona n’oublie pas non plus les alus avec deux modèles 29 et deux modèles 27,5 qui seront moins mis en avant. Pour ceux-là, il faudra compter 2999 et 3999 euros.  En aluminium 27,5, les modèles sont proposés en taille XS. Sur ces modèles, la géométrie reste identique aux versions carbone et seuls les équipements diffèreront. 

Prise en main | Kona Process 134 CR 29 et DL 29

 

 

On vous mentirait en vous disant que les sentiers de Bellingham nous ont laissé de marbre. Tout autour de la ville qui abrite Kona, c’est un véritable petit paradis pour rider qui vit et se développe. On y croise des pratiquants purs et durs comme des familles venues profiter de la nature. 

On grimpe sur des sentiers ludiques dédiés à la montée et on descend sur des sentiers mi-travaillés mi-naturels. Nous avons pu rouler avec la petite équipe de développement de la marque sur une variété de terrains exceptionnelle. Nous vous présenterons plus tard les locaux de la marque, mais ces quelques photos au guidon du Kona Process 134 vous donnent déjà un avant-goût du terrain. Autant vous dire qu’il n’a pas fallu nous pousser pour remonter chercher une dernière descente. 

 

 

Concernant ce Kona, nous avons passé la majeure partie de notre prise en main sur le Process 134 CR 29, le « premier niveau » de carbone. Le vélo est équipé par Fox avec sa fourche 34 Performance et son amortisseur DPX2 Performance Elite. La transmission comme le freinage restent confiés à Sram avec un groupe NX/GX et des Guide d’ancienne génération (les G2 sont installés sur la version la plus haut de gamme). 

Kona met la chance de son côté avec une bonne monte de pneus d’origine : les Maxxis DHF à l’avant comme à l’arrière. Pour le programme du vélo, la carcasse EXO a été jugée suffisante. 

 

 

Au pédalage, le vélo n’est pas le plus léger du marché, mais reste bien cohérent. On grimpe facilement au train et dans les portions techniques, même si nous avons légèrement avancé la selle pour contrer un léger sentiment de « trop en arrière ». Au fil des heures, on trouve bien ses marques. 

C’est d’ailleurs un sentiment constant, on trouve vite ses marques sur la machine. Le vélo est équilibré et c’est d’ailleurs ce que les ingénieurs de l’équipe nous confirment : ils ne développent pas un vélo avec de grandes contraintes dans leur cahier des charges. Dans ce cas, il étaient à la recherche d’un vélo de 140mm et ils ont tout ajusté pour arriver à un équilibre autour de ce débattement. D’ailleurs, même si c’est souvent tentant sur ces vélos ultra-capables, on ne se verrait pas y ajouter une fourche de 150mm de débattement. 

En descente, on retrouve un vélo bien posé, bien né et rigide juste ce qu’il faut. On se lance sans arrière-pensée sur des marches et quelques sauts. Le vélo encaisse et paraît véritablement robuste. On sent qu’à Bellingham, la casse n’a pas vraiment sa place. 

Le vélo se place bien dans les virages et tourne comme dans un mouchoir de poche quand on lui demande. L’offset long rend le vélo vraiment facile à piloter. L’objectif était de proposer un vélo de all-mountain capable et accessible au commun des mortels, il est 100% rempli. Le Process 134 ne freine, ni ne brusque aucun type de pratiquant. 

Un changement de roues pourra facilement tonifier le caractère de la machine si c’est un objectif recherché.

En revanche, nous avons eu un petit peu plus de mal à trouver le bon ressenti au niveau de la suspension arrière de notre Kona Process 134 CR 29. D’abord, c’est une impression de manque de répondant puis de « désyncronisation » parfois. On finit notre prise en main avec un réglage de compression tout ouvert et un rebond très rapide et encore quelques questions. On discute avec Ian Schmitt, le chef produit en charge du projet, qui reste assez évasif dans ses réponses et nous invite à tester le modèle équipé par Rockshox. 

Le lendemain, faute de disponibilité, nous ne pouvons grimper sur le Process 134 CR/DL, on passe donc sur le Process 134 DL 29 en aluminium équipé d’une Pike et d’un amortisseur Rockshox Deluxe Ultimate. On retrouve instantanément nos marques et on confirme les points positifs de la machine. Evidemment, l’aluminium et ses propriété « posent » un peu d’avantage le vélo et sa vivacité est légèrement en retrait mais le tout est plus que rattrapé par la suspension qui révèle un vélo tout à fait différent.

 

 

Beaucoup plus « poppy », dynamique et répondant, le Process équipé par Rockshox apparaîtrait presque plus léger, sans pour autant moins assurer en descente. C’est radical et le vélo semble vraiment en accord avec le terrain. 

 

À notre retour, Ian Schmitt nous confirme ces sensations : « Nous travaillons avec Fox comme avec Rockshox mais sur ce vélo, on a principalement retrouvé ce qu’on cherchait chez ces dernier. Un vélo joueur, simple et solide. »

Dessiner les vélos sur lesquels les ingénieurs ont envie de rouler, ce n’est pas toujours une bonne chose pour un marché « global », mais après avoir découvert les sentiers de Bellingham, on ne peut qu’approuver cette démarche. Le Kona Process 134 est une machine ultra-polyvalente qui conviendra parfaitement à nos contrées. Il est loin d’être le plus léger, ou peut-être même le plus performant, mais il ne ferme la porte à aucun pratiquant et ne s’interdit aucun chemin. Fun, robuste et fidèle à ses racines, le Process 134 est un excellent moyen de marquer le retour de Kona sur nos sentiers. 

Plus d’infos sur le site de la marque : konaworld.com/platform_process.cfm 

Photos d’action : Nicolas le Carré & Caleb Smith.