Test nouveauté | Commencal Meta AM & TR : deux visions de l'enduro

Tech
8 juillet 2020 — Léo Kervran

Avec le repositionnement du Meta TR sur un segment plus enduro que par le passé, le Meta AM se devait d’évoluer pour ne pas faire doublon. Contrairement à son petit frère, son débattement (160 mm devant comme derrière) ne change pas mais tout le reste évolue pour progresser encore dans le domaine de la compétition et en faire une vraie machine dédiée à la performance en enduro. Découverte et comparaison avec son petit frère dans le Beaufortain avec, comme pour le Meta TR, les éclaircissements d’Arthur Quet, un des ingénieurs à avoir travaillé sur le développement des deux vélos.

Pour construire ce nouveau Meta AM, Commencal a commencé par redéfinir la notion de performance en enduro. La marque s’est particulièrement attardée sur les erreurs que peuvent commettre les pilotes et leurs effets sur les chronos. Comme nous l’explique Arthur, en DH une erreur coûte entre 0,15 s et 0,7 s selon sa gravité. Vu les écarts en coupe du Monde aujourd’hui, c’est beaucoup mais dans les faits, ça reste très peu.

En enduro en revanche, une erreur peut très vite faire perdre 2 à 3 s. Les spéciales sont aussi plus longues qu’un run de DH et il y en a plusieurs dans la journée, donc le risque d’erreur est plus important. Partant de ce constat, Arthur et l’équipe de développement ont décidé d’axer leur travail autour de la tolérance du vélo, pour limiter la fatigue et mieux préserver la lucidité des pilotes.

Au-delà de la géométrie et de la cinématique, que nous aborderons plus loin, c’est toute la construction du cadre qui a été revue pour le rendre moins fatigant, plus tolérant. Arthur insiste particulièrement sur la distinction entre rigidité et raideur, deux paramètres essentiels à ses yeux. Le cadre du Meta AM doit être rigide pour ne pas s’écraser sous les appuis et bien transmettre les efforts du pilote mais il ne doit pas être raide, c’est-à-dire que cette rigidité doit être maîtrisée et contrôlée sous peine de voir le vélo se transformer en machine exigeante et usante.

Ainsi, l’avant du vélo a été rigidifié pour mieux supporter les contraintes frontales et conserver de la précision en toutes circonstances, et c’est en latéral que les équipes Commencal sont allé chercher cette fameuse souplesse. La marque n’a pas fait de compromis sur la fiabilité et cette fameuse tolérance vient bien du cadre puisqu’en parallèle, les points de pivots ont gagné en rigidité pour assurer un fonctionnement sans faille de la suspension.

On l’évoquait plus tôt, la géométrie a elle aussi été complètement revue pour avoir un vélo plus “race”, c’est-à-dire qui va plus vite en toutes circonstances : en descente, mais aussi en relance ou au pédalage. Comme le Meta TR, l’AM s’allonge considérablement de l’avant. Le reach gagne entre 18 mm (en taille S) et 29 mm (en taille XL) et l’angle de direction descend à 63,6°, soit 1,9° de moins que sur le modèle précédent.

En parallèle, l’angle du tube de selle est redressé (+ 2°) pour avoir une position plus centrée au pédalage et plus adaptée aux longues liaisons entre les spéciales. En revanche, malgré l’allongement de l’avant la longueur des bases ne change presque pas (+ 1 mm) et reste à 432 mm sur toutes les tailles. Cela permet de garder un empattement raisonnable mais cela risque d’induire des différences notables de comportement entre les différentes tailles du vélo, puisque la longueur de la partie avant varie de manière importante.

Autre élément du vélo à avoir été repensé pour faciliter la vie des pilotes, la cinématique. Pas de révolution, c’est toujours une architecture de type monopivot avec biellette qui développe 160 mm de débattement, mais Arthur nous explique que certains détails ont été revus avec deux objectifs en tête : d’une part, augmenter l’anti-squat pour rendre le vélo plus efficace au pédalage et dynamique en relance, et d’autre part, améliorer la lecture de terrain à mi-course pour conserver un vélo accessible.

Contrairement au Meta TR, qui s’accommodait très bien d’un amortisseur à ressort hélicoïdal, le Meta AM est plutôt prévu pour fonctionner avec un amortisseur à air : cette technologie permet d’avoir un vélo plus posé, moins nerveux soit précisément ce que Commencal recherchait pour ce nouveau Meta AM.

Que les aficionados du ressort se rassurent, un montage avec amortisseur Olhins TTX22M est tout de même présent dans la gamme, aux côtés de 5 autres modèles équipés en amortisseur à air.

La gamme Commencal Meta AM est en effet composée de 6 modèles, pour des tarifs allant de 2 499 € à 5 299 €. Une version kit cadre est également disponible, au prix de 1 399 € ou 1 499 € suivant la finition.

Notre modèle d’essai était un Meta AM 29 Team affiché à 4 499 €. Il est équipé de la toute nouvelle RockShox Zeb Ultimate en 170 mm, de freins Sram Code RSC, de roues DT Swiss EX511 et d’une transmission Sram GX Eagle de dernière génération, avec cassette 10-52. Il est annoncé par Commencal à 15,9 kg en taille S, soit le même poids qu’un Meta TR malgré une fourche, des freins et des roues plus lourdes.

Si vous êtes attentif, vous aurez aussi remarqué un nouveau pneu arrière. C’est un effet un Schwalbe Big Betty, pas encore disponible sur le marché, qui équipait notre monture de test. Son dessin se veut plus roulant que les Magic Mary (qui prend sa place sur les modèles de série) et Hans Dampf sans trop affecter les performances au freinage, toujours dans cette optique d’économiser le pilote.

Le Commencal Meta AM sur le terrain

Nous avons découvert ce nouveau Meta AM dans le Beaufortain, en même temps que le dernier Meta TR, un terrain sur lequel les deux vélos ont affiché des comportements bien différents. Mais avant de les comparer, arrêtons-nous un instant sur le Meta AM. Les discours sur la rigidité ou la tolérance du vélo, c’est beau, mais est-ce que ça se sent vraiment sur le terrain ?

Comme sur le Meta TR, il nous a d’abord fallu un peu de temps pour trouver le bon équilibre et les bons réglages de suspension sur le vélo. En taille L, le Meta AM est au moins 15 mm plus long que la plupart des vélos que nous testons habituellement et la répartition des masses s’en trouve modifiée. Si vous mesurez moins d’1m80, vous trouverez plus vite vos marques sur la taille M qui, avec ses 470 mm de reach, correspond souvent à une taille L chez la concurrence.

Au pédalage, la position est agréable mais le poids se fait clairement sentir. Ce Meta AM 29 est lourd, vraiment lourd et il vous faudra une très bonne condition physique si vous envisagez de l’emmener sur des sorties à la journée ou des enduros au format “rallye”. Dommage car à côté de cela, le travail sur l’anti-squat est réel et le vélo pédale bien même en laissant l’amortisseur ouvert.

Lorsqu’on bascule dans la descente en revanche, toute sensation de poids superflu disparaît. Les pneus et les freins mettent en confiance, la suspension a du grip et on peut rentrer fort dans les virages sans arrière-pensée, le vélo s’inscrit facilement dans la courbe et le poids ne nous pousse pas en dehors de la trajectoire.

Dans les successions de chocs et passages (très) chaotiques, le Meta AM se comporte à merveille. Les suspensions encaissent bien les chocs et le vélo reste parfaitement stable, ce qui permet au pilote d’être relativement détendu et de se préparer pour la suite.

Jusque là, rien de très surprenant, après tout nous sommes sur un vélo fait pour la compétition et donc pour rouler vite. Là où ce Meta AM 29 nous a plus surpris, c’est en cas d’erreur, ou sur des sections de type pierrier en courbe avec de la vitesse, réception en virage… Contrairement à certains de ses concurrents, le vélo n’est pas exigeant et pardonne facilement les petits écarts. Les suspensions absorbent, le cadre reste stable et on continue sans se préoccuper de ce qui vient de se passer.

Un tel comportement n’invite pas au pilotage le plus fin qui soit mais ça permet de se reposer un peu plus et on comprend bien ce que voulait dire Arthur lorsqu’il nous parlait de rigidité et de raideur ou de fatigue et de tolérance. Ce Meta AM 29 est un vélo pointu, pas de doutes là-dessus et il faudra un (très) bon niveau pour en tirer tout le potentiel, mais ce n’est pas un vélo usant, qui demande d’être en permanence à 120 % de ses capacités, extrêmement précis et énergique, pour aller vite.

Côté composants, la nouvelle RockShox Zeb Ultimate ne nous a pas spécialement marqués, que ce soit en bien ou en mal mais il faut garder à l’esprit qu’avec la découverte du vélo et une nouvelle carcasse de pneus en parallèle, il est parfois difficile de savoir précisément d’où viennent les sensations de rigidité ou de confort. Le point positif de ce constat, c’est que la Zeb reste roulable et utilisable même si vous n’êtes pas un pilote de coupe du Monde, contrairement à ce qu’on aurait pu craindre en voyant le châssis.

Meta AM ou TR, lequel choisir ?

Comme évoqué en plus haut, notre prise en main de ce nouveau Meta AM 29 s’est déroulée en même temps que celle du dernier Meta TR 29 (article à retrouver ici : Commencal Meta TR 29 : plus vite, plus haut, plus fort). Deux testeurs de Vojo, deux vélos et deux jours pour essayer, échanger sur nos impressions et passer d’une monture à l’autre. Ce format, pas toujours évident à mettre en place, nous a permis de nous faire une assez bonne idée des différences entre les deux Meta.

Gardons néanmoins à l’esprit que les montages respectifs des deux vélos (type d’amortisseur notamment) avaient tendance à exacerber leurs comportements et qu’il sera facilement possible de faire des montages moins extrêmes.

Par leur géométrie et leur caractère, les deux vélos peuvent prétendre au qualificatif d’enduro mais ce sont deux interprétations différentes de la pratique. Plus vif que son grand frère, le TR est le plus polyvalent des deux Meta, surtout grâce à ses son réactions au pédalage. Bien que les deux vélos soient affichés au même poids, le Meta TR semble peser un bon kilogramme, si ce n’est deux, de moins que le Meta AM. Il est de ce fait bien plus à recommander à celles et ceux qui ont pour habitude de faire toutes leurs remontées à la pédale.

De manière générale, le Meta AM est plus exclusif que le Meta TR

Lorsque la pente s’inverse, les deux vélos partagent presque la même géométrie et on s’habitue donc aussi vite à l’un qu’à l’autre mais le Meta TR se révèlera plus exigeant sur les longues descentes et les terrains les plus chaotiques. En cause, sa cinématique étudiée pour plus de dynamisme que sur l’AM et son débattement moins important mais aussi ses freins sous-dimensionnés qui fatiguent le pilote. Un amortisseur à air permettra d’avoir une monture un peu plus stable et vous y gagnerez aussi en poids, mais le vélo sera alors un peu moins nerveux et réactif sur les terrains plus lisses où l’on joue avec les appuis.

De façon générale, le Meta AM est bien plus exclusif que son petit frère. Nettement en retrait au pédalage, il est aussi moins dynamique et plus posé que le TR en descente. C’est donc un vélo qui a besoin de terrains exigeants, de gros dénivelés et de pente pour s’exprimer. S’il reste tout à fait utilisable hors compétition à condition d’avoir un terrain de jeu adapté, on sent tout de même qu’il est taillé pour la performance avant tout, quitte à faire quelques concessions du côté des sensations qu’il procure aux pilote.

Malgré leurs noms, les deux vélos sont bien des enduros

Malgré cela, le vélo reste relativement accessible grâce à un bon dosage de la rigidité et il n’y a pas besoin de faire des podiums en EWS pour se sentir bien à son guidon, à condition de choisir la bonne taille (si vous êtes dans le bas de la fourchette, sous-tailler est une option à considérer). Un amortisseur à ressort le rendra probablement un peu plus vif en descente mais ce sera au prix de quelques centaines de grammes en plus sur la balance, ce qui n’améliorera pas le comportement en montée…

Contrairement au Meta TR, qui évoluait de manière plus que significative, il faudrait plutôt parler d’affinage ou d’évolution que de révolution pour ce nouveau Meta AM 29. Avec cette version 2021, Commencal continue dans la direction inaugurée en 2018 par le passage au 29″, celle d’un vélo redoutable en compétition qui n’hésite pas à sacrifier la polyvalence sur l’autel des performances en descente. Une philosophie qui ferait presque de ce vélo un mini-DH, et de fait, ce nouveau Meta AM 29 est encore plus pointu que son prédécesseur ; il paraîtra encombrant sur les terrains lisses et roulants. D’ailleurs, on imagine sans peine que Cécile Ravanel, Antoine Vidal et consorts n’hésiteront pas à utiliser le Meta TR sur des terrains plus roulants et moins pentus comme ceux que l’on rencontre sur les manches océaniennes des EWS. En revanche, sur les sentiers pentus, rocailleux et techniques des manches européennes ou américaines, ce Meta AM 29 aura bien peu de concurrents.

Avec ce nouveau Meta AM 29, Commencal nous propose une vision radicale de l’enduro, similaire à celle de Specialized avec son dernier Enduro : des vélos encore plus capables, qui repoussent encore plus loin les limites de la performance, quitte à perdre quelques utilisateurs en route. Un paradoxe, pour une pratique qui se voulait représentative de la polyvalence du VTT à ses débuts…

Plus d’informations : commencal-store.com