Test | Haibike AllMtn 7 : retour réussi

Tech
10 novembre 2020 — Léo Kervran

Avec la famille des AllMtn, Haibike veut revenir sur le devant de la scène dans le domaine du VTT AE sportif et polyvalent. Sur ce secteur en vue où la concurrence est rude, les vélos se doivent d’être à la fois bons grimpeurs et descendeurs émérites, sécurisants et confortables mais dynamiques et utilisables sur une grande variété de terrain. Présenté ainsi cela fait beaucoup pour un seul vélo, a fortiori s’il est lesté d’un moteur et d’une batterie, mais l’AllMtn 7 que nous avons eu entre les mains n’est pas dénué de ressources…

Lancée il y a quelques semaines (lire Haibike AllMtn : l’e-bike performance selon Haibike), la famille des AllMtn porte donc les espoirs de retour au premier plan d’Haibike, précurseur du VTTAE mais doublé depuis sur le segment haut de gamme par de nombreuses marques. Mais elle illustre aussi une nouvelle organisation chez la marque allemande.

En effet, sous l’oeil des machines dotées du moteur Flyon, qui appellent à une tout autre pratique de l’e-bike, Bosch et Yamaha se partagent désormais le catalogue Haibike avec des rôles bien définis pour chacun. Si l’on peut retrouver les deux systèmes d’assistance sur les mêmes formats de vélos, des montures polyvalentes en 150-160 mm, celles équipées du Bosch visent un public et des pratiques plus calmes et moins expertes dans le domaine que celles montées en Yamaha, qui mettent l’accent sur la performance et font preuve d’un peu plus d’élitisme.

Châssis

Entièrement en carbone, cet Haibike adopte comme c’est la coutume chez la marque allemande des lignes impressionnantes avec un tube diagonal massif, une biellette imposante (vue du dessus) et un triangle arrière qui forme un véritable “cadre” autour de la roue.

Malgré cela, une certaine harmonie se dégage de l’ensemble et cet AllMtn 7 paraît moins “gros” que d’autres vélos de la marque, une impression renforcée par ce beau jeu de peinture Iced Coffee beige et bleu (si cette dernière vous rebute, le vélo existe également en noir). Ce cadre a tout de même un point faible de taille, puisqu’il est impossible d’y monter un porte-bidon. Il faudra donc obligatoirement partir avec un sac ou une banane, même pour de courtes sorties.

Au niveau de la douille de direction, on retrouve les grilles d’aération présentes sur l’atypique FlyOn (voire notre test : Haibike FlyOn XDuro AllMtn 8.0 : le vttae de tous les superlatifs) qui sont censées apporter un peu d’air à la batterie, mais sont aussi (et surtout ?) des appendices esthétiques, qui permettent de faire rentrer les gaines et les Durits dans le cadre de façon insolite.

Point important, l’Haibike AllMtn 7 adopte un montage “mullet”, avec une roue avant en 29″ et une arrière en 27,5″. Un choix aujourd’hui courant sur nombre de VTT AE pour allier capacités de franchissement et maniabilité malgré le poids, mais qui peut considérablement dégrader le comportement du vélo en montée s’il n’est pas maîtrisé, avec du cabrage ou une adhérence insuffisante pour passer la puissance au sol.

Assistance

Elément-clé du comportement d’un e-bike, l’assistance est ici confiée à Yamaha avec le PW-X2, lancé l’année dernière. Vous trouverez plus d’informations sur ce système dans notre article dédié mais on retiendra que ses principales caractéristiques sont un couple maximal de 80 Nm, 5 modes manuels d’assistance (Eco+, Eco, Standard, High et Extra Power) et un mode automatique qui navigue de manière autonome entre ces différents niveaux, selon la cadence de pédalage, la force exercée sur les pédales, la vitesse et la pente.

De son côté, la batterie dispose d’une capacité de 600 Wh. Sur l’AllMtn 7, elle est amovible par la face inférieure du tube diagonal et protégée par une pièce en plastique recouverte de caoutchouc.

Enfin, la partie contrôle/affichage est similaire dans son principe à la commande Purion de Bosch, avec les boutons et l’écran regroupés au même endroit à gauche du cintre. Elle comporte 5 boutons (2 pour l’assistance et naviguer dans l’affichage, 1 pour l’assistance à la marche, 1 pour les lampes qui seraient éventuellement connectées et 1 pour allumer/éteindre le système) tandis que l’écran permet de visualiser en permanence le niveau d’assistance, sa vitesse instantanée et la batterie restante via une échelle à 10 niveaux, ainsi qu’une information supplémentaire au choix (distance de la sortie, distance totale ou autonomie en km).

Ces boutons sont très sensibles et leur retour n’est pas très franc, notamment pour ceux qui permettent de changer de mode. On aurait aimé un “clic” plus ferme ou un bip sonore pour confirmer chaque changement de niveau d’assistance car en l’état, il faut souvent regarder l’écran pour savoir si notre action a été enregistrée.

Suspensions

Présenté comme le fer de lance de la marque dans le segment de l’e-bike sportif et performant, l’AllMtn 7 se doit logiquement d’avoir une suspension à la hauteur de ses ambitions. Il développe ainsi 160 mm de débattement devant comme derrière, une valeur polyvalente pour un VTTAE.

Sur notre modèle haut de gamme, ces 160 mm sont gérés par des suspensions Fox avec un amortisseur DPX2 Factory (orienté trail / enduro light) qui dispose d’un levier 3 positions avec réglage de la compression sur 10 clics en mode ouvert et d’un réglage du rebond “simple”, qui ne différencie pas les hautes et les basses vitesses. A l’avant, on retrouve la nouvelle 38 Factory sortie en début d’année et ici en cartouche Fit4, donc avec les mêmes possibilités de réglage que l’amortisseur.

Géométrie

La géométrie surprend avec ses angles modernes et parfaitement dans la tendance associés à des cotes plus classiques et conservatrices. On retrouve ainsi un angle de direction de 65°, une valeur polyvalente et qui paraît adaptée au programme du vélo, et un angle de tube de selle relativement droit de 76,3°. En revanche, le tube supérieur et le reach sont plutôt courts puisqu’il n’affichent respectivement “que” 590 mm et 436 mm en taille M, tandis que les bases sont longues même pour un e-bike : 460 mm.

Un avant court couplé à un arrière long, serait-ce la solution trouvée par Haibike pour répondre au problème du cabrage, récurrent sur certains VTTAE et notamment en montage 27,5/29 ?

Equipements

La marque étant le précurseur du VTT AE et de l’e-bike sportif pour le grand public, on peut attendre d’Haibike des équipements bien choisis et parfaitement adaptés au programme du vélo.

Comme évoqué dans la partie sur les suspensions, on dispose donc d’une fourche et d’un amortisseur performants et normalement fiables. Haibike a fait le choix plutôt cohérent pour un tel vélo de produits relativement simples mais faciles à régler (amortisseur DPX2 et cartouche Fit4 dans la fourche), plutôt que des suspensions comme un amortisseur Float X2 et une cartouche Grip2, elles aussi adaptées au programme et potentiellement plus performantes mais qui demandent plus de temps et de connaissances pour être réglées correctement.

La transmission et le freinage sont assurés par Shimano, avec du Deore XT à (presque) tous les étages. Seules la cassette (en 10-51) et la chaîne viennent du niveau de gamme d’en dessous, le SLX, et contrairement à notre modèle de test, les disques en 203 mm sont bien des Deore XT sur les vélos de série.

Les roues sont fournies par Syntace avec des V30i en 30 mm de largeur interne tandis que les pneus sont des Maxxis, avec un DHF en 29×2.6 et carcasse Exo à l’avant, couplé à un DHR II en 27,5×2.8 en carcasse Exo+ (un renfort supplémentaire de tringle à tringle, en plus du renfort Exo sur les flancs) à l’arrière. Sur ce point, on aurait préféré un montage en Exo+ avant/arrière, voire Exo+ avant et DoubleDown (carcasse double épaisseur) arrière pour plus de sécurité avec le poids du vélo, mais on apprécie tout de même le montage d’un Exo+ à l’arrière (la roue la plus exposée aux crevaisons), le minimum pour de l’e-bike à nos yeux. Mais ce choix est loin d’être fait par toutes les marques.

Enfin, les périphériques comme le poste de pilotage et la tige de selle télescopique sont conçus par Haibike. Le cintre, en 780 mm de large et au standard 31,8 mm, surprend visuellement et paraît très fin par rapport au reste du vélo, mais l’avant de cet AllMtn 7 est déjà bien rigide entre la Fox 38 et l’imposante douille de direction et peut-être qu’un cintre en 35 mm aurait été de trop.

Versions et tarifs

Avec de tels équipements et un tarif de 6 199 €, notre AllMtn 7 est clairement un modèle haut de gamme mais, une version (un peu) plus accessible est aussi au programme : l’AllMtn 6. Basée sur le même cadre en carbone, elle utilise des équipements fiables mais plus simples pour faire descendre le prix à 5 699 € : fourche Fox 38 Performance, amortisseur Fox DPS Performance, transmission Sram SX / GX Eagle, freins Magura MT5 (disques de 203 mm), roues Mavic E-XM 430 avec moyeux Haibike, pneus Maxxis DHF / DHR II et périphériques Haibike.

L’Haibike AllMtn 7 sur le terrain

En montant sur l’AllMtn 7, on se sent immédiatement bien positionné pour pédaler. Le poids du corps est bien placé entre les deux roues et on s’aperçoit rapidement que la suspension ne pompe pas tant qu’on reste assis sur la selle (le pompage est en revanche très présent en danseuse mais on est rarement dans cette position en VTT AE), à tel point que nous n’avons jamais ressenti le besoin d’utiliser le blocage à l’avant ou à l’arrière.

Sur sentiers, le vélo fait preuve de belles capacités de grimpeur. La suspension est sensible sans s’affaisser, ce qui permet à la roue arrière de coller au sol et d’offrir une bonne motricité malgré le Maxxis Minion DHR II, pas vraiment réputé pour être un pneu de montée impossible. En parallèle, l’avant reste lui aussi plaqué au chemin et on ne rencontre presque jamais de problème de cabrage, ce qui rend le vélo redoutable en montée.

C’est même assez bluffant, surtout pour un 27,5/29 car c’est souvent le point faible de ce format sur les e-bikes. Heureusement d’ailleurs, car l’assistance à la marche est si légère en haut et milieu de cassette que c’est comme si elle ne fonctionnait pas. Il faut donc revenir sur les plus petits pignons lorsqu’on doit pousser le vélo, quelque chose qui n’est pas toujours facile à faire donc mieux vaut passer sur le vélo quand c’est possible.

Avec son caractère très souple et progressif, l’assistance Yamaha PW-X2 joue un rôle non négligeable dans ce comportement. La façon dont la puissance est délivrée rappelle les moteurs Shimano, le système détecte très vite la reprise ou l’arrêt du pédalage et l’assistance “accompagne” plus qu’elle ne “pousse” chaque coup de pédale, sans à-coups, et on l’apprécie à sa juste valeur sur les chemins techniques où l’on cherche à maîtriser son pédalage.

En revanche, le PW-X2 apparaît plus sensible à la cadence de pédalage que le dernier Shimano EP8. En sortie de virage par exemple, si on n’est pas sur le bon rapport l’assistance met un peu de temps à revenir, ce qui peut poser problème dans certains passages. Il faut donc beaucoup jouer du dérailleur pour optimiser le fonctionnement de ce système Yamaha.

En ce qui concerne les modes d’assistance, nous avons passé l’essentiel de notre temps sur les 3 niveaux les plus élevés. Eco+ ne parvient même pas à combattre le poids de la machine tandis qu’Eco est à réserver pour le plat et roulant, comme un passage sur route pour rejoindre les chemins. Standard est déjà plus polyvalent et réellement utilisable sur sentiers, tandis que High permet de s’attaquer à de belles montées. On réservera Extra Power (abrévié EXPW) aux sections les plus raides, et ce même si le passage est un peu technique, car contrairement au mode Turbo du moteur Bosch, le Yamaha n’est jamais violent. Enfin, le mode automatique fonctionne bien lorsqu’on est sur un sentier aux variations de rythme incessantes, mais il semble privilégier les niveaux élevés d’assistance, ce qui le rend assez gourmand en batterie. Si le profil est relativement régulier pendant un moment, on préfèrera donc sélectionner manuellement son mode d’assistance.

En descente, l’AllMtn 7 est un vélo qui se pilote roues au sol, sans chercher à décoller au-dessus de chaque obstacle. Du simple fait de son poids, un e-bike est par défaut moins joueur qu’un vélo classique, mais c’est particulièrement sensible sur cet Haibike, qui se contente d’absorber toute l’énergie du pilote lorsque ce dernier essaye de lever le vélo pour survoler un champ de racine ou un rocher. Contrairement à d’autres, ce n’est pas un vélo qui demande d’être très actif dans son pilotage et de rouler comme sur une pumptrack géante et on peut se permettre d’être plus détendu. En ce point, il se différencie beaucoup de vélos comme les Specialized Turbo Levo ou Orbea Wild FS, des machines que nous apprécions également mais qui essayent beaucoup plus de faire oublier qu’elles sont des e-bikes en descente.

Néanmoins, l’AllMtn 7 n’est pas un vélo mou et ennuyant à piloter. Grâce à ses tubes surdimensionnés et à la Fox 38 devant, il est très rigide, ce qui lui permet d’offrir un beau dynamisme en toutes circonstances. Il change de trajectoire facilement, ne reste pas planté dans les appuis tandis que le poids est bien géré et grâce à la “petite” roue arrière très mobile, on peut jouer un peu avec le terrain lorsque ce dernier offre des appuis naturels ou des occasions d’appel-contre appel. Cette rigidité permet aussi aux suspensions de bien travailler lorsque le chemin permet de lâcher les freins, ce qui donne un vélo qui ne se désunit pas et qui reste plutôt stable.

Elle a néanmoins un défaut, celui de rendre le vélo exigeant lorsque le terrain est difficile et glissant, comme du calcaire mouillé (ah, la joie des tests en début d’automne). Ici, il faut alors faire preuve d’un peu plus de prudence et choisir sa trajectoire avec soin car on peut vite perdre le contrôle de la machine, qui devient alors difficile à rattraper. Par la rigidité de son châssis, la Fox 38 fait aussi payer beaucoup plus vite que la 36 un mauvais réglage. Si vous avez la bonne pression tout ira bien et elle ne semble pas incohérente sur ce vélo, mais trop ou pas assez de pression et vous serez rapidement déséquilibré.

Enfin, côté équipements, on notera qu’il faut retirer le cache de la batterie pour charger cette dernière, même en la laissant sur le vélo. Pas très pratique, surtout après une sortie un peu boueuse. Un de nos testeurs a aussi rencontré un souci avec la tige de selle Haibike, qui avait tendance à s’enfoncer légèrement. Ce problème n’a pas été relevé par tous mais la durée de notre test ne nous permet pas de nous prononcer sur sa fiabilité à long terme. En revanche, on peut signaler que l’ergonomie de la commande est juste passable, loin des marques spécialistes du sujet et que la hauteur minimale de la tige (selle enfoncée au maximum) est assez importante.

Verdict

Excellent grimpeur et bon descendeur, ce nouvel Haibike AllMtn dispose d’une plateforme réussie qui lui permet de faire preuve d’une belle polyvalence. L’assistance Yamaha, dont le choix pouvait paraître surprenant au premier abord car elle n’est ni la plus légère (du point de vue des composants), ni la plus puissante, ni la plus souple, se marie finalement bien avec la plateforme. Son plus gros défaut à l’usage est sa sensibilité à la cadence de pédalage qui oblige à utiliser fréquemment son dérailleur, mais cela s’accepte assez facilement car c’est quelque chose qu’on a naturellement tendance à faire en usage sportif. Revers de la médaille, l’AllMtn n’est pas vraiment à recommander pour une pratique plus tranquille et ce notamment du fait de sa rigidité qui le réserve à des pilotes un minimum expérimentés. Il s’agit d’un choix assumé de la part d’Haibike qui dispose d’autres modèles dans sa gamme pour ces publics. Mais en ce qui concerne le segment des VTTAE “premium”, pas de doute, la marque allemande a réussi son retour et il faudra compter avec les AllMtn à l’avenir.

Haibike AllMtn 7

  • Comportement et grip en montée
  • Stable en descente mais dynamique dans les appuis
  • Douceur du système Yamaha, même sur les hauts niveaux d'assistance
  • Ensemble cadre-fourche rigide
  • Sensibilité de l'assistance à la cadence de pédalage
  • RAS
Note générale
Évaluation du testeur
Prix d'excellence
Coup de coeur
Rapport qualité / prix
Usage recommandé
  • XC
  • TR
  • EN
  • DH
Prix : 6 199 €
Poids : 22,85 kg (poids constructeur)

Plus d’informations : haibike.com/fr