Test gravel | Allied Able Gen 2 : la performance par le confort

Par Olivier Béart -

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Test gravel | Allied Able Gen 2 : la performance par le confort

L’univers du gravel évolue vite et s’émancipe de plus en plus de ses racines routières. Le niveau technique des parcours s’élève autant que les vitesses moyennes, et les pratiquants réclament des vélos capables de rouler toujours plus vite sur des terrains exigeants. La marque américaine Allied Cycle Works a été pionnière au niveau des vélos de gravel race acceptant de gros pneus avec le Able, qui en est aujourd’hui à sa 2e génération. Jusque-là réservé quasi exclusivement au marché américain, il arrive doucement en Europe. Nous avons pu tester un des tout premiers exemplaires débarqués sur le Vieux Continent :

L’arrivée du gravel est récente dans le monde du vélo, mais son évolution est rapide. Au départ, ses racines proches de la route et du cyclocross, ainsi que la disponibilité du matériel, ont limité le choix des roues et des pneus à de petites sections. Mais rapidement, grâce à une poignée de compétiteurs et quelques marques avant-gardistes, le tabou et les préjugés sur les gros pneus ont doucement commencé à sauter, avec une prise de conscience du lien intime entre confort, accroche et performance.

La marque américaine Allied a été un véritable précurseur dans cette prise de conscience de la solution que représentent les gros pneus en gravel. Le but n’est pas de réinventer le VTT, mais de rechercher à rendre le gravel à la fois plus rapide, plus sûr et plus plaisant. Connu jusqu’ici pour sa silhouette atypique avec une base relevée côté transmission, le Able fait peau neuve dans une deuxième génération entièrement repensée. Au programme : dégagement pneumatique hors norme, intégration poussée et géométrie retravaillée.

Et, bonne nouvelle, la marque commence à arriver en Europe, notamment via LaCabra.cc, petit magasin belge tenu par deux passionnés, spécialisé dans les machines d’exception, et qui nous a permis de tester cet exemplaire. Voyons la bête en détail :

Un cadre classique… en apparence seulement

Visuellement, le premier élément qui frappe sur ce Allied Able Gen 2 est la disparition de la signature esthétique de la première génération : l’élévation de la base droite. La première génération s’appuyait sur cette architecture pour offrir des bases courtes de 420 mm tout en évitant les interférences entre le pneu, le plateau et la chaîne. Sur la Gen 2, Allied adopte désormais deux bases abaissées de manière plus conventionnelle mais extrêmement travaillées.

La raison principale de ce changement réside dans la volonté de permettre l’installation de grands plateaux (jusqu’à 50 dents) associés à des cassettes à large plage (type 10-52), ce qui aurait nécessité une élévation de base trop prononcée et généré d’autres contraintes structurelles sur le cadre.

Grâce à ce travail et à l’évolution des techniques de construction du cadre, la capacité de dégagement pneumatique franchit un cap : alors que l’ancien Able acceptait des sections jusqu’à 45 mm, le nouveau châssis permet de monter des pneus allant jusqu’à 700×57 mm (soit 2,25″).

Et on nous souffle dans l’oreillette qu’on peut même grimper jusqu’à 60 mm avec certains profils. Cette possibilité de monter des gros pneus est vraiment au centre de la conception du Able, ce qui est assez pertinent comme nous l’avons expliqué dans notre dossier consacré à la question : Dossier – Test | Pneus de gravel en 50, 55 et 60 mm : plus c’est gros, mieux c’est ; vraiment ?

Sur la balance, le travail d’optimisation du carbone paie également : le cadre est annoncé à 950 g en taille M (56 cm), soit un gain substantiel de 340 g par rapport à la première génération, tandis que la fourche affiche 425 g. Allied était connu pour produire tous ses cadres aux USA, mais pour atteindre ce résultat tout en maintenant des cadences de production adaptées, Allied a fait le choix de délocaliser la stratification brute du carbone en Asie, tandis que les étapes d’assemblage final, de contrôle qualité, de pré-peinture et de peinture personnalisée restent réalisées dans les ateliers de la marque à Bentonville/Rogers, dans l’Arkansas.

La rigidité a elle aussi fait l’objet d’un travail différencié : le train avant offre 15 % de rigidité en moins pour mieux filtrer les chocs et garder du cap dans les sections défoncées, alors que le triangle arrière gagne 20 % en rigidité latérale pour optimiser le transfert de puissance au pédalage, tout en comptant sur les gros pneus qu’il peut accepter pour la filtration des impacts.

Intégration, cockpit et rangement

Fidèle aux standards actuels du gravel de compétition, le Able Gen 2 adopte une intégration totale de la câblerie. Tout passe désormais en interne depuis le poste de pilotage jusqu’au boîtier de pédalier et aux étriers de frein.

Pour faciliter l’ajustement de la position sans imposer une purge hydraulique complète à chaque réglage, Allied a développé la potence ST03 Adjustable Stem. Ce système repose sur une cale angulaire interchangeable permettant de passer d’un angle de 0° à -8° sans toucher à la longueur des gaines et durites.

Elle est compacte mais elle intègre les câbles (sauf dans la version EX) de manière certes ingénieuse par le dessus avec une conception en deux parties, mais un peu prise de tête au premier assemblage. A noter qu’il existe aussi une version « EX » de l’Allied Able, en câblerie externe pour ceux qui seraient réfractaires à trop d’intégration et qui préféreraient les aspects pratiques.

Autre nouveauté majeure : l’intégration d’une trappe de rangement magnétique dans le tube diagonal. Contrairement aux systèmes concurrents à loquet mécanique, la trappe tient grâce à des aimants puissants et s’ouvre de manière totalement indépendante du porte-bidon.

Le cadre est strictement réservé aux transmissions mono-plateau (1x) et optimisé pour les groupes sans fil (Sram AXS / Transmission). Il adopte la patte de dérailleur universelle UDH, permettant un montage direct sans patte pour les dérailleurs Sram.

Côté points d’ancrage, Allied a volontairement épuré le cadre pour affirmer son ADN de pure machine de course : on dispose juste de deux emplacements de porte-bidons dans le triangle principal et d’œillets de fixation sur le tube supérieur (pour sacoche « top tube »), mais par contre on ne peut pas parler de cadre adapté au bikepacking.

Pour le reste, on retrouve un boîtier de pédalier fileté (T47 / BSA 68 mm selon la déclinaison), une tige de selle ronde au diamètre standard de 27,2 mm (compatible avec les tiges de selle télescopiques) et un freinage au format Flat-Mount.

Géométrie : allongée et plus posée

Pour accompagner le passage à des pneus de gros volume et maintenir une maniabilité vive sans sacrifier la stabilité à haute vitesse, Allied a revu la géométrie du Able sur ses cinq tailles (du 52/XS au 61/XL) : l’angle de direction se couche d’un degré pour s’établir à 70,5° sur toutes les tailles, garantissant davantage d’aisance et de contrôle dans le raide et le cassant.

En parallèle, le reach est allongé sur l’ensemble de la gamme (ex. 400 mm de reach en taille M/56 cm), apportant plus de stabilité sans nécessiter de potences exagérément courtes.

L’angle de tube de selle est redressé entre 74° et 75° selon la taille pour conserver une position de pédalage centrée et efficace en montée. Les bases arrière sont un peu allongées par rapport au premier Able, avec 428 mm sur toutes les tailles, mais on reste sur un excellent compromis entre motricité, dégagement pneumatique et réactivité. Enfin, un drop de boîtier de pédalier de 80 mm garantit un centre de gravité très bas, idéal pour plaquer le vélo dans les virages.

Prix et disponibilités

Le Allied Able est principalement vendu en cadre seul par quelques revendeurs européens spécialisés dans les marques haut de gamme et sortant de l’ordinaire. Des montages complets sont proposés aux USA, mais de ce côté-ci de l’Atlantique, les montages à la carte sont privilégiés. Comptez un ticket d’entrée à un peu plus de 5000 €, auquel il faut ajouter un surcout pour certaines peintures et la personnalisation (beaucoup d’options sont possibles, et nous pouvons témoigner du côté somptueux de la finition).

Il faut donc tabler sur un budget qui va vite dépasser les 10 000 € pour un vélo complet doté d’équipements au niveau de ce cadre d’exception, comme sur notre exemplaire de test équipé en Sram Force, roues Duke (voir notre test ici) et cintre Enve pour ne citer que quelques composants principaux. La passion a un prix que la raison ignore…

Allied Able Gen 2 : le test terrain

Nous avons eu l’occasion d’essayer un des tout premiers exemplaires arrivés en Europe pendant une demi-journée sur les trails proches des Lacs de l’Eau d’Heure, en Belgique, juste à côté du shop LaCabra.cc. Pas de quoi dire que nous avons fait un test archi-complet, mais déjà de quoi avoir un bon ressenti car le Able a un caractère bien marqué et les choix de conception posés par Allied produisent des résultats bien lisibles sur le terrain.

Ce qui nous a le plus marqués, c’est le rendement et le caractère très performant de l’engin. Les accélérations sont impressionnantes, et les relances tout autant. C’est un vélo flatteur, qui donne vite l’impression d’être dans la forme de sa vie et qui donne assez facilement des sensations de vitesse grisantes. Pour l’anecdote, avant de passer pro sur route avec l’équipe FDJ, la championne du monde de VTT marathon (et ancienne championne du monde XCO) Kate Courtney a remporté le titre de championne des USA sur route avec ce vélo simplement équipé de pneus slick.

Le tour de force réalisé par Allied est de rendre ces sensations et ces performances plutôt accessibles. Le Able n’est pas un vélo hyper exclusif dédié aux seuls pros. La présence de gros pneus est un élément clé, car ils apportent de l’accroche, de la stabilité et du confort.

A l’accélération et en côte, on sent que la puissance passe parfaitement au sol avec les pneus Schwalbe Thunder Burt en 2.25 de notre exemplaire de test, qui assurent une traction irréprochable. Et, une fois la vitesse acquise, leur faible résistance au roulement permet de conserver un rythme élevé sans (trop) se fatiguer.

Puis, surtout, quel confort ! L’arrière du cadre a beau avoir été rigidifié, l’action combinée des pneus gros volume et de la tige de selle assez flexible transforme le vélo en tapis volant, et il faut déjà de gros impacts pour le faire bouger.

La stabilité est impériale et le Allied Able est particulièrement à l’aise dans les descentes rapides, où on peut se reposer pour mieux attaquer ensuite. L’avant à la rigidité bien dosée et la fourche très tolérante aident bien aussi à garder les lignes et à préserver les bras quand ça tabasse, ou même contre les petites vibrations. La position, bien que clairement typée racing et préservant l’aéro, n’est pas difficile à tenir.

Enfin, dans le sinueux, c’est un véritable petit jouet ! La direction est très directe mais pas trop vive, de sorte qu’on ne doit jamais se méfier de ses réactions, et que le vélo ne donne jamais l’impression de surjouer ou d’être délicat à piloter. Le plaisir, par contre, est bien au rendez-vous.

Verdict

Cet Allied Able Gen2 tient toutes ses promesses de vélo d’exception en parvenant à réunir des caractéristiques qui sont en principe antinomiques. Rendement de feu, confort de pullman, stabilité rassurante et vivacité amusante : il coche absolument toutes les cases qui font de lui un des meilleurs vélos de gravel que nous ayons eu l’occasion d’essayer à ce jour. Toutes ces qualités se paient hélas un prix très élevé, et on peut aussi regretter que le cadre ne soit plus 100 % made in USA pour rajouter à son exclusivité. Mais il n’en reste pas moins que le résultat sur le terrain est là, et il est proche de la perfection. Alors, si vous en avez les moyens (ou simplement l’envie de faire un gros craquage) et que vous voulez un vélo hors du commun, vous êtes à la bonne adresse.

Plus d’infos : https://alliedcycleworks.com/collections/able/products/able-frameset-custom
Le shop LaCabra, revendeur officiel qui a mis cet exemplaire de test à notre disposition : https://lacabra.cc/

Par Olivier Béart