Test | Focus Jam 6.0 LTD : le all-mountain turbulent

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19 août 2021 — Léo Kervran

Lancé fin avril par Focus en compagnie du Thron, le nouveau Focus Jam prend la relève de son aîné en se musclant un peu. Objectif de la marque, proposer un vélo polyvalent et joueur pour la montagne et les pilotes qui veulent s’amuser en descente, sans notion de chronomètre. Nous avons passé plusieurs mois au guidon de l’édition limité 6.0 LTD pour voir ce qu’il en est sur le terrain, voici notre avis :

La comparaison, ou lien, avec le nouveau Thron (lire Test | Focus Thron 6.9 : sentiments ambivalents) est assez évidente tant les deux vélos sont similaires. Ils ont d’ailleurs été présentés en même temps en avril dernier, comme pour marquer encore plus leur rapprochement et le fait qu’ils partagent la même philosophie.

Cependant, si le Thron est une complète nouveauté dans la gamme Focus, ce n’est pas le cas du Jam puisque le nom est apparu en 2016 au catalogue du fabricant allemand. Le châssis, qui développait 140 mm de débattement, était alors monté avec des roues de 27,5″. Il abandonnera bien vite ce format pour passer au 29″, sans quitter son positionnement de vélo all-mountain par excellence, polyvalent et facile à prendre en main.

Pour cette nouvelle version, au-delà des changements conséquents sur le plan technique (voir plus bas), l’esprit du vélo évolue un peu puisqu’il se place réellement comme un “grand frère” du Thron. On garde la polyvalence, appliquée à la montagne pour ce modèle, mais on y ajoute une bonne dose de fun et un côté joueur qui était moins présent sur l’ancien Jam, plus sérieux. D’ailleurs, toute la communication de Focus autour de ces deux nouveaux vélos tourne autour l’enfance, “revenir en enfance, où rien ne compte plus que jouer avec vos ami·e·s”, “laisser vivre l’enfant qui est en vous… En un mot, s’amuser !

Châssis

Comme le Thron, le cadre du Jam est intégralement en aluminium (série 7005). Dans le cas de notre modèle haut de gamme 6.0 LTD, Focus a fait l’impasse sur la peinture et propose à la place une très jolie finition brossée, rehaussée par quelques touches de noir sur le tube supérieur ou avec les logos.

Lors de notre test du Thron 6.9, on regrettait que la peinture ne joue pas mieux avec les caractéristiques de l’aluminium pour le mettre en valeur, mais ici il n’en est rien ! L’équipement reprend la même charte graphique et complète de fort belle manière le cadre, pour donner naissance à un vélo qui a décidément fière allure.

Les deux vélos étant très proches, on retrouve sans surprise les mêmes pièces et détails de finition sur le Jam que sur le Thron. Cela commence par les protections du tube diagonal et de la base côté transmission, complètes et qui inspirent confiance. Ceci dit, on vous conseille toujours de sécuriser cette de la base avec un ou deux colliers de serrage, pour éviter qu’elle ne parte à l’aventure de son côté en cours de sortie.

Cela se poursuit avec la fameuse potence “pieuvre” par laquelle les gaines rentrent dans le cadre, avant de traverser le jeu de direction et de partir vers leurs destinations. Vu de face c’est assez surprenant, mais vu de côté c’est plutôt réussi puisque cela permet d’avoir un cadre parfaitement lisse, sans ouïes derrière la douille de direction. Notons que cette potence est associée à un jeu de direction à butées, pour éviter les sur-rotations du cintre (et surtout du pivot de fourche) qui pourraient abîmer les gaines.

Sur le plan esthétique, c’est intéressant, mais sur le plan technique cette potence amène un certain nombre de contraintes. Tout d’abord, les entretoises placées en dessous de la potence sont spécifiques et ne peuvent pas être placées au-dessus, on peut seulement les enlever. Pour descendre la potence sans couper le pivot, il faut utiliser des entretoises rondes classiques (non fournies) au-dessus de la potence.

Par ailleurs, elle n’est disponible qu’en 50 mm de long. Si on veut changer de longueur, il faut prendre une potence classique et investir dans un nouveau cache supérieur du jeu de direction (disponible chez Acros), avec des passages pour faire rentrer les gaines dans le cadre via le jeu et non via la potence. En revanche, si la potence vous convient, il n’y a aucun problème à signaler et nous n’avons pas eu l’impression que cela affectait la qualité des changements de vitesse.

Autre fonctionnalité caractéristique des Thron et Jam version 2021, la petite sacoche montée d’origine sur le support d’accessoires. Sa taille est tout juste suffisante pour accueillir une chambre à air en tassant bien mais on peut également choisir d’y mettre quelques mèches et un multi-outils, sa paire de gants en montée lorsqu’il fait chaud, un coupe-vent très compact, son goûter… A défaut d’être joli, c’est bien pratique, et si ce n’est pas à votre goût vous pouvez toujours la retirer ou utiliser uniquement la plaque en plastique et le scratch, sans la sacoche.

Enfin, le cadre dispose d’un support ISCG 05 pour un guide-chaîne et/ou un bashguard. Sur le Thron, il n’est pas utilisé mais sur ce Jam 6.0 LTD, Focus a monté un guide-chaîne E*Thirteen de façon à bien marquer la différence de caractère et de pratique visée entre les deux vélos.

Suspension

Vis-à-vis de l’ancien Jam, l’évolution de la suspension est probablement la nouveauté la plus visible. Toutefois, si le débattement augmente (il passe à 150 mm) et l’amortisseur change de position pour se glisser sous le tube supérieur, le principe de base reste le même : une architecture de type monopivot + biellette, que Focus a baptisé FOLD (pour Focus Optimized Linkage Design).

D’après la marque, ce changement répond à deux problématiques : tout d’abord, il s’agissait de modifier la cinématique pour obtenir quelque chose de plus en rapport avec le comportement des derniers modèles d’amortisseurs, sur lesquels la chambre d’air négative est plus grande que par le passé. Auparavant dégressive jusqu’au sag et progressive ensuite, la cinématique est désormais progressive tout au long du débattement. Autre avantage, cela permet de libérer de la place dans le triangle avant (notamment pour la sacoche).

A l’avant, le débattement passe lui aussi à 150 mm et sur ce modèle 6.0 LTD, c’est RockShox qui s’occupe de gérer tout ça avec un SuperDeluxe Select+ à l’arrière et l’excellente Lyrik Ultimate à l’avant.

Géométrie

La géométrie évolue de manière significative par rapport à l’ancien Jam. Elle perd de son caractère “trail” et se tourne bien plus vers l’all-mountain, voire l’enduro léger (si on compare aux cotes des enduros modernes).

L’angle de direction perd ainsi pas moins de 2,8° et affiche maintenant 65°, tandis que l’angle du tube de selle se redresse de 1,5° pour atteindre 76°. Sans grande surprise, le reach accompagne le mouvement en s’allongeant : + 15 mm en taille M (450 mm) et + 25 mm en taille L (480 mm). On notera également des bases courtes (435 mm), qui jouent un rôle important dans le comportement du vélo comme on le verra sur le terrain.

Enfin, vous aurez certainement compris à la lecture du tableau qu’on peut modifier la géométrie du vélo. Cela se fait par l’intermédiaire d’une petite pièce située entre la biellette et l’amortisseur et qui permet de choisir entre une position “Low”, décrite ci-dessus, ou une position “High”. Dans ce cas de figure, on redresse un peu les angles et le reach gagne quelques millimètres.

Equipement

Pour les composants de cette édition limitée, Focus s’est tourné vers le groupe Sram. On a déjà vu les suspensions RockShox plus haut mais c’est aussi le cas pour la transmission, puisqu’on retrouve un ensemble complet GX Eagle… AXS, donc électronique et sans fil, avec la nouvelle palette Rocker Paddle.

C’est encore du Sram au niveau des freins, avec des Code R en disques de 200 mm à l’avant et 180 à l’arrière. Bon, comme toujours, cela ne plaira pas à tout le monde, mais les performances peuvent être au rendez-vous, sous condition d’un entretien régulier.

Côté train roulant, c’est un montage à base de jantes DT Swiss EX511 et de moyeux H370. De très bons composants sur le papier mais sur notre vélo de test, la qualité de l’assemblement laissait un peu à désirer et elles se sont rapidement voilées, sans que ça n’aille aussi loin qu’avec les Rodi du Thron.

Les pneus sont les biens connus Maxxis DHF 2.5 Exo (avant) et DHR II 2.4 WT Exo+ (arrière), en gomme MaxxGrip pour le premier et MaxxTerra, un peu moins adhérente mais plus résistante à l’usure, sur le second.

Enfin, le poste de pilotage vient de chez Race Face avec un cintre Chester 35 et des poignées Getta, la tige de selle est une KS et la selle est signée Prologo.

A son sujet, on signalera que si son apparence est très flatteuse, sa forme est assez particulière et plus “exigeante” que d’autre selles. A la fois ouverte au centre et dotée d’une assise qui descend très vite vers le bas au lieu de rester plus ou moins à la même hauteur, elle ne dispose que d’une petite zone stable pour poser ses os et il très facile d’avoir le bassin un peu trop large ou un peu trop étroit.

Sur la balance, le Jam 6.0 LTD affiche 15,7 kg en taille M. Loin d’être léger mais pour un 150 mm en aluminium, ça reste dans le domaine de l’acceptable, surtout quand on prend en compte le rapport prix / équipement : 4 099 € pour du GX AXS, une Lyrik Ultimate, de bonnes roues et une finition réussie, c’est plutôt honnête.

Versions et tarifs

En bonne édition limitée, le Focus Jam 6.0 LTD n’est pas disponible partout (s’il en reste encore). En France, seuls les magasins suivant pouvaient le présenter :

  • Made in Cycles à Castelnau-le-Lez (34)
  • Monistrol Cycles Concept à Monistrol sur Loire (43)
  • Exacycle à Château-Gaillard (01)
  • Roue Libre à Sallanches (74)
  • Chris Bike Dijon à Dijon (21)

La gamme “régulière” compte quand à elle deux modèles, le Jam 6.9 à 3 299 € (Fox 36 / DPS, Shimano Deore XT) et le Jam 6.8 à 2 599 € (RockShox Revelation / Deluxe, Sram NX Eagle). Attention, ces deux vélos sont équipés des mêmes roues Rodi / Novatec que sur le Thron, lourdes, non tubeless et (très) sensibles au voile. Le poids est aussi plus important sur ces modèles, puisqu’ils passent tous deux au-dessus des 16 kg. Ça commence à faire beaucoup…

Le Focus Jam 6.0 LTD sur le terrain

Puisque la plateforme du Jam est proche de celle du Thron, on retrouve la même position lorsqu’on s’installe sur le vélo. Autrement dit, on se sent tout de suite à la maison, bien équilibré entre les deux roues et prêt à rouler longtemps. Debout sur les pédales, la position est un peu moins agressive que sur un enduro et c’est un peu moins sécurisant dans le raide ou lorsque la vitesse est élevée, mais c’est tout à fait normal, le Jam n’est pas un pur vélo d’enduro.

Au pédalage, c’est comme sur le Thron, le poids ne se fait pas trop sentir tant qu’on garde un rythme régulier. Le pompage est plutôt maîtrisé et la suspension apporte du confort, mais lorsque le terrain le permet, il ne faut pas hésiter à durcir l’amortisseur pour éviter que le tube de selle ne s’affaisse trop. L’angle de 76°, c’est bien sur le plat et en montée pas trop raide, mais quand ça monte vraiment, on se sent tout de même un peu plus en arrière que sur des vélos qui affichent 77-78°.

Signalons au passage que nous avons roulé le vélo presque uniquement en position Low. Passer en High permet d’améliorer un peu la position en montée, c’est vrai, mais nous avons trouvé que pour notre pratique, le gain n’était pas suffisant face à la perte en descente que cela implique. Cela pourrait aussi apporter un peu de dynamisme mais comme le vélo est lourd, ce ne serait pas très cohérent.

Lorsque la pente s’inverse, le Jam se prend facilement en main. Contrairement à une machine d’enduro qui peut demander quelques sorties pour prendre ses marques, il se montre facile à rouler.

Facile à rouler mais aussi très fun, tant le Jam pivote facilement dans les virages et est facile à faire décoller. La suspension offre un bon “pop” et, combiné aux bases courtes, cela donne un caractère joueur qui encourage le pilote à rebondir et mettre des appuis partout plutôt qu’à rester collé au sol et laisser le vélo travailler. Revers de la médaille, il manque un peu de stabilité à haute vitesse ou dans le défoncé. Même chose au freinage où il ne “s’assoit” pas de lui-même, il ne faut pas hésiter à planter les talons dans le sol pour garder de l’adhérence sur la roue arrière.

Toutefois, le vélo reste tolérant en toutes circonstances. Ses réactions sont prévisibles et lorsque les choses s’emballent, on a toujours le temps de calmer le jeu avant de se faire éjecter. Même chose lorsqu’on se lance sur des sauts, il faut faire preuve d’un minimum de précision sur les appels compte tenu des bases courtes, mais en réception, le vélo tolère étonnamment bien les atterrissages un peu hasardeux (comme celui qui a suivi cette photo, un poil court).

En fin de compte, le Jam est un véritable all-mountain : un vélo très polyvalent en montagne capable de faire de belles sorties à la pédale comme un passage en bikepark de temps à autre, à condition de ne pas chercher à chasser chaque centième.

Verdict

Grand frère du Thron sur le papier, le Jam l’est aussi sur le terrain et comme on avait aimé rouler avec le premier, on s’est beaucoup amusé sur le second. Grimpeur honnête mais un peu moins dynamique en descente que le Thron sur les sentiers les plus faciles, il compense logiquement par une plus grande aisance dans la pente et lorsqu’on attaque un peu. Dans ce segment des vélos très polyvalents où l’on retrouve également le Lapierre Zesty, le Giant Trance X et le Scott Genius, il est parfois difficile pour une marque de donner une vraie personnalité à sa monture, mais Focus y est très bien arrivé avec ce Jam. Face à des vélos souvent un peu trop sages, le Jam dispose juste de la bonne dose de turbulence pour se démarquer sans devenir exclusif à piloter. Son rapport qualité-prix lui permet également de se distinguer. 4 099 €, c’est déjà une belle somme mais on a ici un équipement qu’on retrouve facilement sur des vélos bien plus chers ailleurs.

Seul bémol, comme sur le Thron, le poids. Les 15,7 kg de cette version 6.0 LTD peuvent encore passer mais les modèles de série sont à 16,1 kg, soit le poids d’un bon vélo de DH. Il n’y a pas grand-chose à y faire car cela vient avant tout du cadre, c’est à Focus de retravailler l’aluminium (ou de plancher sur une version en carbone…).

Focus Jam 6.0 LTD

  • Comportement en descente, facile et joueur mais sans excès
  • Géométrie et suspension parfaitement alignées avec le programme
  • Finition
  • Poids
  • Potence originale mais contraignante
  • Protège-base facile à perdre
  • RAS
Note générale
Évaluation du testeur
Prix d'excellence
Coup de coeur
Rapport qualité / prix
Usage recommandé
  • XC
  • TR
  • EN
  • DH
Prix : 4 099 €
Poids : 15,7 kg (taille M, poids constructeur)

Plus d’informations : focus-bikes.com/fr

Retrouvez également notre présentation des Jam et Thron à leur sortie, ainsi que notre découverte sur le terrain des deux vélos en compagnie de Thomas Lapeyrie, pilote enduro de Focus :

Nouveauté 2021 | Focus Thron & Jam : pour grands enfants

Les Focus Jam et Thron 2021 avec Thomas Lapeyrie, le Rider 404