Test | Focus Thron 6.9 : sentiments ambivalents

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1 août 2021 — Léo Kervran

Fin avril, nous vous présentions le tout nouveau Focus Thron, un tout-suspendu de 130 mm de débattement en aluminium et 29″ annoncé par la marque comme accessible et polyvalent. Un segment ardu, concurrencé par des 120/130 mm plus nerveux et des 130/140 mm plus à l’aise en descente. Comment s’en sort ce Thron ? Nous avons testé la version 6.9, voici notre avis :

Contrairement au nouveau Jam, dont il est très proche (cf. notre présentation des deux vélos), le Thron est un tout nouveau modèle dans la gamme Focus. Ces dernières années la marque allemande s’était plutôt attachée à développer d’autres secteurs (VAE, VTTAE, gravel) et la gamme de VTT tout-suspendus classiques s’était progressivement réduite à seulement deux modèles, le Sam pour l’enduro et le Jam un peu plus polyvalent.

Avec ce Thron, Focus se lance sur le segment du vélo “trail” accessible, un segment où l’on retrouve des machines agréables à piloter mais qui ne courent pas après le chronomètre en montée ou en descente, ni après les sensations fortes à tout prix. Sur le papier, ses concurrents s’appellent Canyon Neuron AL, Lapierre Zesty TR, Giant Trance 29…

Châssis

Focus a voulu faire un vélo accessible et c’est donc sans grande surprise qu’on découvre un cadre entièrement en aluminium sur notre modèle de test, le Thron 6.9. Plus précisément en aluminium 7005, un alliage fréquemment utilisé pour les cadres de vélo.

Toutefois, fréquemment utilisé ne veut pas dire que toutes les marques qui l’emploient en font la même chose, et ici, il semblerait que Focus ait misé sur la solidité et la résistance à toute épreuve du cadre vu le poids : 15,5 kg annoncés dans notre taille L. Sur le papier, c’est beaucoup pour un 130 mm et il faudra voir quelle influence cela a sur le terrain.

Les lignes sont simples et discrètes, passe-partout mais agréables à l’œil. La finition est de bon niveau et la peinture, un vert brillant décliné en plusieurs nuances sur le tube horizontal, très propre. On aurait tout de même aimé que Focus prenne un peu plus de risque, on a déjà vu des vélos qui exploitaient mieux l’aluminium et mettaient mieux en valeur ce matériau (anodisation, finition “brute”…).

Les habituelles protections sous le tube diagonal et sur la base côté transmission sont de belle facture et recouvrent bien les tubes concernés. Enfin, recouvrent… Tant qu’elles restent sur le vélo. Le protège-base a en effet sauté dans une descente dès la première sortie avec le vélo, avant que ayons pu prendre des photos.

Il s’agit vraisemblablement d’un défaut de conception, puisque la protection est ouverte sur la face inférieur du tube, ce qui la rend facile à installer… ou à retirer par le haut, avec un coup de talon par exemple. Sur le Jam, que nous testons également en ce moment et qui dispose d’une protection similaire, rien n’a bougé mais un ou deux colliers de serrage seraient tout de même bienvenus pour sécuriser la pièce.

Pour le passage interne des gaines, Focus a repris l’innovante potence déjà vue sur d’autres modèles de la gamme. Plutôt que de concevoir un cadre avec les traditionnelles ouïes sur les côtés de la douille de direction, la marque a imaginé une étonnante potence qui “avale” les gaines et Durits et les envoie directement à travers le jeu de direction, d’où elles rejoignent ensuite leurs destinations respectives. La transition triangle avant – triangle arrière est bien gérée et elles ne ressortent du cadre qu’au tout dernier moment, via des orifices parfaitement positionnés.

L’idée à l’origine de cette potence est intéressante mais au final, elle rajoute tout de même beaucoup de contraintes. Cela n’a pas causé de problème particulier dans la qualité des changements de vitesse, mais la potence n’est disponible qu’en 50 mm de long et les entretoises placées en dessous ne peuvent pas être placées au-dessus, on peut seulement les enlever. Si on veut descendre la potence sans couper le pivot, il faut utiliser des entretoises rondes classiques (non fournies) au-dessus de la potence.

De même, si la potence ne convient pas et qu’on souhaite la changer, il faut se tourner vers Acros (le fabricant du jeu de de direction) pour changer le cache supérieur du jeu. On peut en effet choisir une version avec des orifices permettant de faire rentrer les gaines dans le cadre malgré l’utilisation d’une potence classique.

Côté accessoires, le cadre du Thron est très complet puisqu’il dispose d’un support ISGC 05 pour monter un guide-chaîne et/ou un bashguard, d’un support d’accessoires sur le haut du tube diagonal, de plots pour monter un garde-boue ou un porte-bagage sur le triangle arrière et même d’une patte pour fixer une béquille ! Un peu surprenant sur un “vrai” VTT mais c’est surtout utile pour un autre modèle de la gamme, équipé vélotaf.

On note par ailleurs que Focus installe de série une petite sacoche sur le support d’accessoires. Assez grande pour accueillir une chambre à air et un démonte-pneu (ou une paire de gants, un coupe-vent très compressible, un goûter…), elle est facilement amovible si on n’en a pas l’utilité ou si on souhaite alléger la ligne du vélo. Ce type de support est de plus en plus présent sur les cadres mais les accessoires compatibles ne sont pas toujours évidents à trouver, donc l’initiative de Focus est à saluer.

Enfin, on signalera que Focus a opté pour un jeu de direction à butées, de façon à empêcher les commandes ou le té de fourche de venir marquer voire endommager le cadre en cas de chute. Ce produit n’est pas nouveau mais il a bien progressé depuis les premières itérations et désormais, l’amplitude est largement suffisante pour ne plus jamais gêner les mouvements, même dans les épingles serrées ou en jouant sur un parking.

Suspension

Pour la suspension, qui développe 130 mm de débattement, on retrouve le concept FOLD (pour Focus Optimized Linkage Design) de suspension à monopivot + biellettes. Il est décliné depuis plusieurs années sur les tout-suspendus de la marque, avec ou sans assistance électrique, et se présente ici à nous sous une toute nouvelle version. En effet, l’amortisseur est maintenant placé en position (presque) horizontale sous le tube supérieur et plus verticalement le long du tube de selle.

Cette évolution permet d’une part de libérer de la place dans le triangle avant (entre autre pour la sacoche qu’on évoquait plus haut) mais répond aussi, selon Focus, à l’évolution des amortisseurs. En effet, la chambre d’air négative a tendance à grandir sur les modèles les plus récents et cette conception ne fonctionne pas bien avec l’ancienne version de la cinématique FOLD, dégressive jusqu’au point de sag et progressive ensuite. Désormais, elle est progressive du début à la fin.

Sur ce Thron 6.9, c’est Fox qui s’occupe des suspensions avec un petit amortisseur Float DPS avec blocage 3 positions (ouvert – intermédiaire – fermé) couplé à une 34 Rythm en 130 mm à l’avant. Rythm, c’est l’entrée de gamme chez Fox, mais on parle de Fox donc ce terme est à prendre avec de larges guillemets. Le châssis est un peu plus lourd qu’une 34 Performance mais on a la même cartouche Grip, bien connue pour sa souplesse et son confort.

Seule remarque sur son comportement, il ne faut pas hésiter à gonfler au-delà des pressions préconisées par Fox pour son poids et à tourner un peu la molette des compressions basses vitesses (qui fait également office de blocage progressif, sans cran précis) si on cherche un peu de support. Sans cela, la fourche plonge facilement et consomme une grande part de son débattement sur des chocs qui ne le nécessitent pas forcément.

Géométrie

La géométrie est dans la bonne moyenne du moment pour un 130 mm. On sent que Focus a joué la carte de la polyvalence sur tous les terrains, qu’ils soient rapides et roulants ou un peu plus pentus et techniques. On profite ainsi d’un angle de direction de 66,5°, d’un angle de tube de selle de 75° (on voit bien plus droit sur des vélos d’enduro mais pour un 130 mm cela n’a rien de choquant) et de bases plutôt courtes pour la vivacité, avec seulement 435 mm de long.

Le reach est à 470 mm sur notre modèle en taille L, une longueur qu’on peut qualifier de nouvelle norme aujourd’hui. On note en revanche une douille de direction un peu plus longue que la moyenne, ce qui devrait apporter un peu de confort et une position plutôt redressée.

Equipements

Côté équipements, c’est du Shimano à presque tous les étages. Au niveau de la transmission, le shifter, le dérailleur et le pédalier en Deore XT sont associés à une chaîne et une cassette en Deore.

On retrouve à nouveau du Deore XT pour les freins, avec un étrier 4 pistons à l’avant (plus facile à doser que du deux pistons) et un 2 pistons à l’arrière. Ils sont couplés à des disques Deore, en 200 mm de diamètre à l’avant et 180 mm à l’arrière. Dommage de ne pas avoir de disques SLX ou Deore XT, même si on l’accepte plus facilement sur ce vélo que sur un modèle à 8 000 €. En revanche, on apprécie le choix de freins performants avec des disques au diamètre généreux.

Ce qu’on apprécie moins en revanche, c’est le choix des roues. On a en effet droit à un montage sur base de jantes Rodi Tryp25 et de moyeux Novatec qui n’est pas compatible tubeless d’origine, il faut changer le fond de jante. En 2021, ça fait tache sur un VTT à 3 099 €… De plus, ces roues se sont montrées lourdes (plus de 2 kg nues), peu dynamiques et surtout fragiles sur le terrain puisqu’elles se sont voilées très rapidement et à plusieurs reprises au cours de l’essai.

C’est la seule véritable fausse note dans les composants de ce Thron 6.9 puisqu’on retrouve un choix intelligent pour les pneus, avec un Maxxis Dissector à l’avant et un Rekon à l’arrière, tous deux en section de 2,4″ et carcasse Exo.

Enfin, en ce qui concerne les périphériques on a droit à un poste de pilotage signé Focus avec cette fameuse potence (en 50 mm de long sur toutes les tailles) couplée à un cintre en aluminium en 760 x 35 mm et légèrement relevé (11 mm de rise). La selle est également de Focus mais c’est KS qui fournit la tige de selle, ici en 150 mm de course et actionnée par une commande Shimano.

A part les roues, on bénéficie donc d’un équipement bien choisi et qui devrait offrir une bonne fiabilité. Reste le passage sur la balance, et il n’est pas vraiment flatteur pour le Thron : la marque l’annonce à 15,5 kg, soit presque 1 kg de plus qu’un Canyon Neuron AL à équipement équivalent. Ça pique !

Versions et tarifs

Aux côtés de ce modèle 6.9 affiché maintenant à 3 099 € (augmentation de 200 € pour 2022), la gamme Focus Thron compte deux autres déclinaisons plus accessibles, les 6.8 à 2 399 € et 6.8 EQP à 2 299 €. Equipée de garde-boue, d’éclairages, d’une béquille, d’un porte-bagage et de pneus plus roulants, la version EQP est destinée aux trajets utilitaires plus qu’au VTT.

Sur la 6.8 “normale”, on retrouve une fourche RockShox Recon Gold RL, un amortisseur Rock Shox Deluxe Select, une transmission intégralement en Shimano Deore, des freins Shimano MT 420 (4 pistons) devant comme derrière et le même train roulant que sur notre Thron 6.9.

Le Focus Thron 6.9 sur le terrain

On commence comme d’habitude par la position au pédalage et, en bon 130 mm polyvalent, celle du Thron est excellente. Elle est sportive mais sans excès, suffisamment droite pour rouler longtemps et le poids est bien réparti sur le vélo.

Quand on se met en marche, on est d’abord surpris par le comportement du vélo : ce Thron pédale bien ! Bien sûr, c’est loin d’être le vélo le plus réactif et dynamique que nous ayons essayé, mais vu les roues et le poids, il n’y a là rien d’étonnant. En revanche, il conserve bien la vitesse et pour peu qu’on soit un minimum en forme, on peut assez facilement envisager de longues ascensions à son guidon, d’autant que la suspension gère plutôt bien l’équilibre pompage / grip et confort.

Toutefois, on ne peut pas déjouer les lois de la physique : plus de 15 kg, c’est lourd pour un vélo de manière générale, encore plus pour un “petit” vélo en 130 mm qui a vocation à pédaler et cela finit par se ressentir. Quand on n’est pas en forme ou qu’on dépasse les 2h-2h30 et que la fatigue s’installe, on se retrouve très vite collé. Le rapport maximal de 32-51 (plateau-grand pignon) fait qu’on continue tout de même à avancer quoi qu’il arrive ou presque, mais on ne va guère plus vite qu’un randonneur à pied et c’est encore pire si on a monté un pneu arrière plus agressif que le Rekon d’origine.

En descente, on oublie tout et on repart à zéro. Avant de commencer le test, nous n’avions pas de grandes attentes dans ce domaine. Après tout, le Thron n’a que 130 mm de débattement et historiquement, Focus a plutôt la réputation de faire des vélos neutres et faciles à prendre main qu’au caractère bien trempé. Pourtant, c’est dans ce domaine qu’il nous a le plus séduits !

Ici, le poids est plus secondaire, ce sont surtout la géométrie et la cinématique de suspension qui importent. Et qu’est-ce qu’elles fonctionnent bien ! Tout est naturel, le vélo se place facilement et ne reste pas du tout planté dans les appuis ou sur une trajectoire. La suspension se montre même plutôt “poppy”, réactive et avec un bon support ce qui permet de sauter ou de rebondir d’une ligne à l’autre facilement.

Cela pourrait rendre le vélo exigeant mais ce n’est pas le cas, ce caractère est très bien dosé et le côté joueur n’est pas poussé à l’extrême de façon à ce que le vélo reste facile et accessible à tous. On peut tout à fait piloter le vélo tranquillement si on le souhaite, un ou deux clics d’amorti en plus sur le rebond permettent éventuellement de calmer le jeu et de poser un peu plus le vélo si besoin.

La géométrie participe de façon importante à ce comportement, notamment grâce aux bases assez courtes. De manière générale, elle est très “passe-partout” et permet de s’amuser sur une grande variété de sentiers, de descentes lisses et “flow” jusqu’à certaines pistes d’enduro pas trop pentues. C’est seulement dans les longues descentes raides qu’on sent ses limites, avec un vélo qui manque un peu de stabilité et qui pousse vite sur l’avant, mais c’est tout à fait normal et il n’y a rien de rédhibitoire à cela, ce n’est pas le programme du vélo.

Verdict

Si on se concentre sur sa plateforme, ce Focus Thron nous a réellement enthousiasmés. C’est un vélo sur lequel on peut compter, amusant à piloter et qui fait preuve d’une très grande polyvalence tout en restant facile d’accès pour qui n’a pas un bagage technique de pilote d’enduro ou de descente. Pour résumer l’impression générale qu’il nous a laissée, on pourrait dire que c’est la plateforme idéale du vélo “par défaut”, celui qu’on choisit quand on ne sait pas où on va rouler et qu’on se décide en cours de sortie, quand on ne sait pas si on a envie de pédaler longtemps ou de s’amuser sur quelques sauts…

Cependant, on ne note pas une feuille de géométrie ou des courbes de suspension mais bien un vélo complet et, à cet égard, le Focus Thron 6.9 pèche par plusieurs points. D’abord par ses roues, fragiles et pas compatibles tubeless d’origine. Sans cela, le vélo serait bien plus intéressant, mais s’il faut ressortir entre 300 et 500 € pour une paire correcte en occasion d’entrée de jeu sans que cela ne change pas fondamentalement le comportement du vélo (car le cadre reste lourd), cela devient tout de suite moins attrayant. Son second défaut, c’est bien sûr son poids élevé et pour cela, il n’y a pas grand-chose à faire. Dommage, car la plateforme du Focus Thron est excellente et mériterait d’être exploitée à sa juste valeur. Interrogée sur une future déclinaison en carbone, la marque n’a pas fermé la porte. L’espoir reste de mise (et à défaut, un aluminium haut de gamme plus léger serait déjà très bien) !

Focus Thron 6.9

  • Position de pédalage
  • Comportement en descente, à la fois facile, amusant et très capable
  • Choix des composants intelligent (hors roues)
  • Géométrie et suspension excellentes
  • Poids important, surtout pour un 130 mm
  • Protège-base facile à perdre
  • Potence originale mais contraignante
  • Prix un peu élevé
  • Roues fragiles et non tubeless
Note générale
Évaluation du testeur
Prix d'excellence
Coup de coeur
Rapport qualité / prix
Usage recommandé
  • XC
  • TR
  • EN
  • DH
Prix : 3 099 €
Poids : 15,5 kg (taille M, poids constructeur)

Plus d’informations : focus-bikes.com/fr

Retrouvez également notre présentation des Jam et Thron à leur sortie, ainsi que notre découverte sur le terrain des deux vélos en compagnie de Thomas Lapeyrie, pilote enduro de Focus :

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