Enduro United : une nouvelle série mondiale pour succéder à la Coupe du monde d’enduro

Par Olivier Béart -

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Enduro United : une nouvelle série mondiale pour succéder à la Coupe du monde d’enduro

La Coupe du monde d’enduro par Warner, c’est fini, mais certains préparent déjà la suite. Après les Crankworx qui ont dégainé en moins de 24h pour annoncer le lancement de sa série, voilà maintenant une autre annonce, faite par « Enduro United », un groupe porté par plusieurs figures historiques de la discipline dont Enrico Guala et Alex Balaud. L’enduro mondial intéresse du monde, et c’est tant mieux. Mais entre les calendriers qui risquent de se chevaucher, les questions de légitimité sportive et le flou qui persiste de part et d’autre, il y a aussi des risques. Explications :

Rappelez-vous, c’était le 19 août dernier : Warner annonçait la fin de la coupe du monde d’enduro organisée sous son égide (voir ici). Les Championnats du monde d’enduro et d’e-enduro continueront d’être attribués en 2026 et en 2027, mais la fin de la saison mondiale régulière laisse un trou béant dans le parcours des pilotes, privés d’épreuves de top niveau pour compléter les courses régionales et nationales.

Après les Crankworx (voir ici) qui ont très vite mis le pied dans la porte (dès le lendemain de l’annonce par l’UCI et Warner), une autre annonce vient de tomber : « Enduro United » entend aussi recréer une série mondiale avec « l’Enduro MTB World Tour ». Ce circuit de niveau Coupe du monde s’accompagnerait d’un cadre mondial en plusieurs niveaux, où épreuves de base, séries nationales et championnats continentaux seraient reliés dans une échelle de qualification.

Au sommet, l’Enduro MTB World Tour ambitionne de devenir la voie officielle exclusive vers les Championnats du monde UCI d’enduro. L’organisation promet ainsi aux coureurs, aux équipes, aux destinations hôtes et aux partenaires commerciaux un calendrier mondial « unifié et durable » pour reprendre les mots du communiqué.

Derrière le projet, on trouve des noms connus : Enrico Guala, Ludovic Henry, Alex Balaud et Adrian Greiner. Tous sont des pratiquants actifs, aux profils complémentaires : conception de sentiers, développement de destinations, organisation de compétitions, gestion d’équipes et communication. Ils disent s’appuyer sur « un conseil de pilotage international, où l’Amérique du Nord, l’Océanie et l’Europe sont représentées », et qu’ils comptent élargir. Enrico Guala, cofondateur, assure que l’équipe a posé « une base solide pour les développements futurs » après avoir consulté la communauté, l’industrie, les athlètes et les sites ».

Enduro MTB World Tour réunira des destinations de premier plan en Europe et en Amérique du Nord.
Enrico Guala

Le calendrier inaugural n’est pas encore connu pour 2027, mais le communiqué annonce « qu’il réunira des destinations de premier plan en Europe et en Amérique du Nord ». Les étapes, le règlement sportif et les partenariats restent à dévoiler, mais Alex Balaud, l’un des initiateurs du projet, annonce : « Il faut que l’on arrive à fournir au moins une ébauche de calendrier avant la fin du mois de novembre. » À terme, le circuit doit s’étendre pour ramener l’enduro et l’e-enduro sur plusieurs continents.

Reste à financer l’ensemble. Enduro United dit être en discussion avec des partenaires, des acteurs de l’industrie et des alliés de la communauté pour aider à financer et co-construire cette nouvelle ère.

Face aux Crankworx, une concurrence qui interroge

D’un côté, on ne peut que se réjouir de cette annonce, car cela montre que l’enduro mondial n’est pas mort et intéresse encore du monde. Mais, d’un autre côté, ces deux annonces suscitent aussi pas mal de questions, et aussi des inquiétudes chez de nombreux pilotes avec lesquels nous avons pu parler à Finale Ligure, où se tiennent en ce moment même les championnats du monde d’enduro.

Les deux séries se sont-elles concertées ? Alex Balaud est clair : « Les premiers échanges avec Crankworx ont montré qu’avec une approche un peu différente, les circuits apparaissent complémentaires et trouveront chacun leur public. » Un chevauchement des dates paraît donc plausible. « Oui, c’est une possibilité, reconnaît-il, mais nous n’avons pour le moment aucune visibilité sur leur calendrier, à part quelques dates. Et nous espérons bien nous placer dans une logique de complémentarité plus que de concurrence.« 

De sources bien informées, il nous revient qu’il y aurait aussi une différence de niveau UCI entre les épreuves : c’est encore à confirmer, mais les courses Enduro MTB World Tour seraient en catégorie C1, alors que les Crankworx seraient en C3. Un argument de poids, qui touche à la légitimité sportive, c’est-à-dire à la question de savoir quel circuit comptera vraiment pour la carrière des coureurs. Le communiqué initial des Crankworx ne mentionnait d’ailleurs aucun lien avec l’UCI, alors qu’Enduro United semble avoir des discussions bien avancées avec l’UCI et affiche l’ambition d’être la voie d’accès exclusive aux Mondiaux.

Les interrogations sont aussi très concrètes. Les deux séries visent 2027, et Enduro United cible l’Europe et l’Amérique du Nord, où les Crankworx organisent déjà ses événements aux quatre coins du globe. Il faudra voir si les destinations, qui n’ont pas toutes les moyens d’accueillir plusieurs épreuves, choisiront un camp. Le contexte commercial n’aide pas : seules cinq équipes UCI d’enduro étaient enregistrées en 2026, et la discipline peinait à convaincre les sponsors. Un marché aussi étroit peut-il faire vivre deux circuits internationaux, avec leurs équipes, leurs partenaires et des pilotes dont le budget n’est pas extensible ?

Les deux démarches pourraient certes se répartir les rôles, l’une visant le sommet de la pyramide, l’autre ouvrant la porte au plus grand nombre. Mais les discussions entre les deux camps n’ont visiblement pas débouché sur un rapprochement, et si chacun campe sur ses positions, on risque d’arriver à des situations dommageables pour tout le monde.

Dans les deux cas, on manque aussi clairement d’informations solides au niveau des dates, des lieux précis et des règlements. Nous espérons que les prochaines semaines permettront de clarifier tout cela.

Plus d’infos : enduro-united.com

Par Olivier Béart