Les nouveaux Cannondale Jekyll et Trigger au Canad’Allemagne

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5 avril 2017 — Paul Humbert

Les Cannondale Jekyll et Trigger ont été emblématiques de la marque Cannondale pendant de longues années. Le Jekyll a été champion du Monde d’enduro et le Trigger a lui aussi connu un pic de popularité sur les sentiers. Cette année, les deux vélos sont complètement revus et repensés. Nous avons pu rouler à leurs guidons autour de Freiburg en Allemagne, sur des sentiers conçus par une équipe canadienne. Quelles meilleures conditions pour découvrir les Jekyll et Trigger à la sauce 2017 ? 

Cannondale a dû faire des choix : exit la Lefty, adieu l’amortisseur tiré Dyad et au revoir le 29 pouces. Les deux premiers ont eu du mal à trouver leur public sur ce segment et leur apparence complexe a pu en freiner certains. Du côté des roues, Cannondale a fait un choix en connaissance de cause. Confiante dans sa décision, la marque, si elle propose des vélos de compétition pour les meilleurs pilotes du monde, souhaite toutefois proposer des vélos adaptés à « Monsieur et Madame tout le monde ».

Côté positionnement, le Cannondale Jekyll reste et devient plus que jamais l’enduro de la marque. Le vélo se radicalise avec des angles encore plus prononcés (65° à l’avant), le débattement augmente (165 mm à l’arrière et 170mm devant) et devient, de cette manière, un petit peu plus exigeant sur le papier.

Le Trigger voit lui aussi plus grand. Le segment « trail » étant désormais occupé par le Cannondale Habit (sa prise en main est à retrouver ici : http://www.vojomag.com/cannondale-habit-2016-120mm-pour-tout-faire/ ), le Trigger devient un gros All-mountain ou un petit enduro, comme vous préférez. Le fait est que le Cannondale s’équipe d’un amortisseur développant 145mm de débattement et d’une fourche de 150mm. L’angle de direction affiche 66 degrés et on retrouve tout d’un « petit » Jekyll.

Le Jekyll et le Trigger ont de nombreux points communs. Le premier, et probablement le plus important, est l’amortisseur. Si le Dyad est abandonné, Cannondale continue de proposer une solution unique à la marque. Cette fois-ci, les ingénieurs ont travaillé sur la base d’un amortisseur Fox pour arriver à quelque chose de très éloigné de ce que l’ont peut trouver dans le catalogue classique de la marque de suspensions.

L’amortisseur est baptisé Gemini, en référence à un ancien modèle emblématique de chez Cannondale. C’est toutefois la marque au renard qui s’occupe de la production (et Tribe du SAV en France, ainsi que Sabma en Belgique).

L’amortisseur offre, comme le Dyad, deux positions et deux débattements. Baptisées Flow et Hustle, ces deux positions n’ont pas l’ambition d’être uniquement « ouvertes » ou « fermées », elles se veulent deux plateformes de pédalage bien étudiées. La position Flow est à réserver à la descente et offre le maximum des capacités de l’amortisseur. La position Hustle est elle plus complexe. En l’activant, la course de l’amortisseur se réduit, une partie du volume d’air se ferme mais une partie de la chambre d’air reste active. Il en résulte une « petite » suspension active et particulièrement pertinente lors des portions relativement roulantes ou dans les montées cassantes. Pour « bloquer » l’amortisseur et monter au train, les trois positons « classiques » de l’amortisseur sont également présentes et on affine encore ainsi le fonctionnement de cette position Hustle.

En position Hustle, le débattement arrière du Jekyll passe de 165 à 130mm et de 145 à 115 sur le Trigger. Le système a été breveté et est spécifique à Cannondale.

La cinématique des vélos inclut un point de pivot sur les haubans et on retrouve une architecture assez classique, de type monopivot, articulée autour d’une biellette en carbone. L’amortisseur trouve son ancrage haut sur le tube inférieur.

Les nouveaux Cannondale Jekyll et Trigger offrent tout deux la possibilité de glisser un bidon « dans » le cadre, juste au dessus du boitier de pédaler. Sur le Jekyll, il ne faudra pas choisir un bidon trop haut (600 ml max) mais l’espace proposé est intéressant pour les amateurs du « sans sac ».

Côté points communs, on retrouve également de belles entrées pour les passages de câbles en interne.

Une protection en carbone vient habiller le bas des tubes inférieurs sous les vélos et les bases sont elles aussi protégées. Les postes de pilotage sont équipés de cintres de 780mm de large et des plots ISCG équipent les vélos.

Cannondale offre également la possibilité d’un montage avec la transmission électronique Shimano Di2. Une zone d’ancrage de la batterie est prévue dans le tube supérieur. Pour y accéder, il est nécessaire de déposer la fourche et de glisser la batterie via la colonne de direction.

Le Cannondale Jekyll 2017

À l’instar de nombreux autres modèles, le Jekyll se radicalise pour coller à la pratique de l’enduro en compétition moderne. Les géométries s’ouvrent et le débattement augmente tout en offrant la possibilité de pédaler dans de bonnes conditions. Ces changements sont dictés par les meilleurs pilotes évoluant sur les Enduro World Series (EWS). Ambassadeur emblématique de Cannondale, Jérôme Clementz a travaillé en lien étroit avec les ingénieurs sur le développement des vélos et du Jekyll en particulier. C’est l’an passé, en Irlande, que Jérôme Clementz dévoilait le premier prototype du Jekyll (nous y étions : http://www.vojomag.com/news/nouveau-cannondale-jekyll-proto-de-jerome-clementz/ ). À l’époque, le triangle arrière et la biellette étaient en aluminium, la géométrie n’était pas complètement aboutie et il restait du travail en perspective.

Le pilote alsacien a travaillé sur de nombreux aspects du projet, pour toute sa mise au point, et on retrouve « sa » machine en grimpant au guidon du Jekyll. Jérôme Clementz utilise toutefois un amortisseur RockShox, son sponsor, équipé d’un simple blocage.

Côté géométrie, le Jekyll offre un angle de direction de 65 degrés, le vélo a été pensé avec une potence de 35mm et le reach annoncé en taille M est de 447mm.

Le vélo propose une transmission asymétrique (AI) afin d’offrir une plus grande rigidité pour la roue et des bases plus courtes. Elles affichent ici 420mm. Avec l’entraxe boost de 148mm, on compte 3mm de déport de la transmission par rapport à une transmission classique et le vélo accueille des pneus jusqu’à la section 2.5″.

Les roulements et les points de pivots sont surdimensionnés afin de garantir la plus grande fiabilité et rigidité. Cannondale utilise des axes traversants pour gagner, là encore, en rigidité.

Dans la conception, la marque a mesuré que les effets négatifs du kickback apparaissaient au-delà d’une tension de chaîne l’allongeant de plus de 2cm. Cannondale s’est donc efforcé de travailler en deçà.

La gamme Jekyll compte quatre modèles. Seul le premier, le 1, offre un triangle avant et arrière en carbone. Les modèles 2 et 3 adoptent un triangle arrière en aluminium et le modèle 4 est tout en aluminium. L’amortisseur Gemini équipe toute la gamme mais seuls les deux premiers modèles sont équipés d’une bonbonne augmentant le volume d’huile. L’amortisseur n’est pas commercialisé seul pour le moment. Du côté des équipements, inutile de rentrer dans le détail mais on remarque que Cannondale équipe enfin ses modèles de pneus utilisables sans arrière-pensée à la sortie du carton. Ici, les Maxxis DHF et DHR assurent le contact au sol.

Cannondale Jekyll 1  : 7499 euros, 13,05 kg (taille M, sans pédales, données constructeur)

Cannondale Jekyll 2 : 5999 euros, 13,75kg

Cannondale Jekyll 3 : 3999 euros, 14,30kg

Cannondale Jekyll 4 : 2999 euros, poids non communiqué

Cannondale Jekyll 1 : Prise en main 

Chez Cannondale, les vélos sont conçus par des ingénieurs répartis entre les Etats-Unis et l’Allemagne. C’est à Freiburg, à quelques kilomètres de la frontière française, que nous sommes allés découvrir ces vélos. La petit ville est bordée par des montagnes on ne peut plus accueillantes pour les VTT. Les sentiers naturels ont été rejoints par des « flow trails » spécialement conçus pour les VTTistes. Certains sont très faciles d’accès, d’autres plus exigeants mais le tout est en libre accès et est particulièrement fun à rouler.

Direction le « Canadian trail » pour se faire une première impression du Jekyll. Le sentier comporte un certain nombre de relances, des petits sauts, des virages relevés et quelques portions plus naturelles et défoncées. Le tracé a été réalisé par des shapers venus tout droit du pays à la feuille d’érable et on reconnaît leur touche dans la capacité à proposer des sentiers adaptés à tous en montée comme en descente.

On sent d’entrée de jeu que le vélo est capable d’encaisser. Au-delà du débattement important, la position, l’empattement et les angles ouverts permettent d’appréhender sereinement les obstacles. Équipé de roues en carbone, en plus de son architecture dans le même matériau, le Jekyll est très léger et très rigide, peut-être même un peu trop. Ce montage est toutefois à son avantage quand il est question de pousser dans les virages, de se placer et de donner une impulsion à ce « gros » vélo qui nous offre un ressenti très léger et facile.

On trouve toutefois du grip sans difficulté. Entre deux virages, les changements d’angles se font avec aisance et le comportement du vélo est particulièrement sain dans les compressions.

Le débattement est utilisé dans sa totalité mais le vélo ne se déséquilibre pas, on reste dans l’axe et on peut se concentrer sur la portion suivante du sentier. La commande Fox qui fait évoluer l’amortisseur entre ses deux positions est relativement facile à utiliser et on tire un vrai bénéfice d’un vélo à la suspension plus ferme, mais active, dans les portions de pédalage. Notre prise en main du Trigger ci-dessous nous a permis d’aller plus loin dans l’analyse.

Il faudra évidemment passer plus de temps au guidon du Jekyll pour tirer les premières conclusions. Nous savons toutefois que le vélo est bien en phase avec les exigences des compétiteurs d’enduro moderne même si le 29 pouces n’a pas été envisagé sur ce segment où les grandes roues regagnent du terrain. Le vélo est loin d’être inaccessible aux pratiquants ayant un minimum de bagage technique et c’est aussi ce qui fera probablement la force de ce vélo : une machine performante mais pas exclusive.

Le Cannondale Trigger 2017

Jekyll, Trigger, même combat ? Pas vraiment, mais la philosophie reste la même ! La géométrie a été pensée différemment mais le Trigger bénéficie de tout le travail réalisé sur son grand frère. Quand le Cannondale Habit s’occupe de la rando et du « petit » All-Mountain, le Trigger voit plus gros et pourra séduire un public en mal de sensations.

Avec ses 145mm de débattement à l’arrière et sa fourche de 150mm à l’avant, il est on ne peut plus capable. Son angle de direction n’affiche qu’un degré de moins que sur le Jekyll (66° contre 65°) et les bases sont tout aussi courtes (420 mm). Le reach est de 437mm en taille M et le stack affiche 595mm. Le Cannondale Trigger a été conçu pour être utilisé avec une potence de 45mm.

Comme sur le Jekyll, on retrouve les passages des câbles en interne, la zone de fixation pour la batterie d’un groupe di2, des protections et une biellette en carbone. On retrouve là aussi les axes traversants LockR et la cinématique a été étudiée pour limiter les effets de kickback.

Le vélo peut accueillir un dérailleur avant et la gamme, composée de trois Trigger, offre un modèle qui est équipé de deux plateaux. Tous les modèles sont équipés de roues de 27,5 pouces et, comme pour le Jekyll, seul le montage le plus haut de gamme est tout en carbone.

À l’instar du Jekyll, le Trigger 1 propose du carbone à tous les niveaux, du cintre en passant par le cadre et par les roues. Il s’échange pour la modique somme de 7499 euros et pèse 12,75kg (En taille M, sans pédales, données constructeur).

Le Trigger 2 avec un triangle arrière en aluminium, 5999 euros.

Le Trigger 3, toujours avec un triangle avant en carbone mais sans la bonbonne de l’amortisseur. Les pratiquants les plus engagés souffriront peut-être d’un manque de support hydraulique mais auront une large plage de possibilité au moment de pédaler puisque ce modèle est équipé d’un dérailleur avant et de deux plateaux. Il coûte 3999 euros pour un poids annoncé de 14,35kg.

Cannondale Trigger 1 2017 : Prise en main 

Comme pour le Jekyll, direction les sentiers des ingénieurs. Il est toujours bon de connaître le terrain sur lequel les vélos ont été conçus et les premiers prototypes étrennés.

C’est sur le Trigger que nous avons eu les meilleures conditions pour appréhender la position « hustle » de l’amortisseur. Vendu non comme un bloquage mais comme un « second » petit amortisseur, on ne s’étonne pas de retrouver le Gemini relativement actif au pédalage. Si le mode Hustle simple est très pertinent quand on grimpe dans les cailloux et sur les racines, l’amortisseur offre une superbe lecture du terrain. En revanche, sur les chemins larges, il a fallu jouer avec la commande CTD de l’amortisseur et raffermir la compression du Gemini. La possibilité d’affiner le mode Hustle est particulièrement intéressante car cette position de l’amortisseur Gemini n’est pas pertinente qu’en montée.

Dans les portions descendantes mais lisses, la position Hustler transforme le vélo et en une pression, on a la sensation de se retrouver sur le Cannondale Habit, un bien plus petit vélo. Une petite gymnastique est nécessaire pour exploiter au mieux ce mode mais les possibilités sont intéressantes.

Le Trigger 1 Carbone s’est montré d’une immense vivacité pendant notre rapide prise en main. Très léger et presque trop rigide dans notre version test, il réagissait à la moindre sollicitation et les impulsions étaient transmises sans temps de latence. On ressent toutefois d’entrée de jeu que la géométrie est pertinente et très réussie. Notre temps d’adaptation a été presque nul et c’est souvent bon signe.

Dans les virages, le vélo se place avec une facilité déconcertante, on « tape » dedans et on ressort encore plus fort. Le tout est très plaisant mais nécessite une certaine assurance et une relative finesse de pilotage. Les versions inférieures équipées de roues en aluminium seront très probablement plus conciliantes et faciles à dompter.

Après quelques kilomètres à son guidon, on peut entrevoir un bel avenir pour ce vélo, bien moins « engagé » que le Jekyll mais franchement pas en reste pour le commun des mortels. Le pédalage est confortable et on peut imaginer partir un petit moment en autonomie avec le vélo. Bien évidemment, seul un réel test longue durée sera en mesure de poser un verdict. Le vélo devra toutefois se faire une place et trouver son public car il se positionne entre les vrais vélos d’enduro et les vélos très polyvalents avec un petit peu moins de débattement et parfois équipés de grandes roues.

Les vélos devraient être disponibles dès aujourd’hui dans certains magasins. Un effort qu’on apprécie de la part de Cannondale. Le site de la marque : http://www.cannondale.com/Europe/Products/

Retrouvez le prototype du Jekyll (ici), notre prise en main du Habit (ici) et notre test du Scalpel (ici).