Interview | Vali Höll & Cécile Ravanel : « en 2021, c’est la première fois que j’ai appris quelque chose en course »

Par Léo Kervran -

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Interview | Vali Höll & Cécile Ravanel : « en 2021, c’est la première fois que j’ai appris quelque chose en course »

Si vous passez un peu de temps sur les réseaux sociaux, vous l’avez peut-être remarqué : depuis quelques mois, Vali Höll semble avoir entamé une collaboration avec Cécile Ravanel pour son entraînement. Nous avons pu discuter avec les deux pilotes juste après la « mini-coupe du monde » de Brioude pour comprendre ce que l’ancienne reine de l’enduro, désormais entraîneur et team manager, peut apporter au nouveau prodige de la DH. Entretien express :

Vali : Bien ! C’était un bon entraînement, ça m’a permis de voir où j’en suis en vitesse par rapport aux autres.

Vojo : Si on est là aujourd’hui c’est notamment pour parler de ta collaboration avec Cécile, tu peux nous raconter comment ça a commencé ?

Vali : On s’estrencontrées pour la première fois il y a quelques années en Croatie, sur ma toute première coupe du monde. Elle essayait de m’aider pour les sauts, de me donner la vitesse !  Ensuite, l’hiver dernier j’ai passé 3 semaines en France parce que c’était plus simple pour s’entraîner avec la neige chez moi. J’ai bien aimé la façon dont elle travaillait avec ses autres athlètes et on a commencé ensemble un peu plus tard, en avril.

J’ai encore un entraîneur pour le physique quand je suis à la maison, pour rester en forme… mais je ne suis pas souvent à la maison (rires) !

Cécile : Avec Vali on démarre une histoire, on a commencé quand elle était vraiment jeune et c’est cool de construire quelque chose, de ne pas travailler avec un athlète qui est déjà au sommet.

Vojo : 2021 était ta première vraie saison complète chez les Élites, tu t’attendais à quelque chose en particulier ? Il y a des choses qui t’ont surprise, comparé à une saison chez les Juniors ?

Vali :L’année dernière, c’était la première fois que j’ai vraiment appris quelque chose en course. J’ai fait tant d’erreurs mais c’est du bon apprentissage, au moins ça me permet d’apprendre rapidement.

J’ai du apprendre à être contente avec une 4e place.

En Elites, tu dois toujours pousser, pousser, pousser alors qu’en Juniors, même avec une mauvaise journée c’était facile d’être dans le top 3. Ça a été difficile à comprendre et accepter au début, même si t’es une bonne pilote ce n’est pas suffisant, tu dois vraiment te donner pour être sur le podium tant les autres roulent vite. J’ai aussi appris à être contente avec une 4e ou une 5e place, ce n’est pas si mal vu le niveau du circuit !

Par contre physiquement ça s’est bien passé, même sur les double-headers (deux coupes du monde sur le même site la même semaine, le jeudi puis le dimanche) je réussissais à garder de l’énergie et c’est une bonne chose.

Vojo : Comment abordes-tu 2022 ?  Même approche ?  Processus différent pendant la course ?

Vali : Aujourd’hui, je pense que je peux me faire un peu plus confiance qu’avant, notamment sur les sauts. La clé, ça va être de trouver le bon équilibre entre avoir de l’aide ou des infos, des retours d’autres personnes et faire les choses par moi-même.

Vojo : Habituellement, l’hiver pour les pilotes c’est l’occasion de passer du temps à la maison, avec ses amis… Pour toi forcément ce n’est pas évident de rouler, mais de là à passer la moitié de l’hiver à l’étranger avec un groupe d’entraînement composé de pilotes étrangers, c’est beaucoup d’engagement. Ce n’est pas trop dur, trop compliqué de s’adapter ?

Vali :Non, la maison ne me manque pas trop, ça fait du bien d’être loin après le covid, la rééducation…

Il y a tellement de bons pilotes ici, c’est incroyable. Ça fait une grosse différence avec là d’où je viens, on a des bikeparks comme Leogang mais la communauté, le niveau n’a rien à voir. Même les gamins, ils sont si rapides, ils me bottent le c** tout le temps ! (rires)

Vojo : Comment construisez-vous ton entraînement ?  Est-ce que tu penses aux autres pilotes à ce moment-là ?

Vali : J’essaie de ne pas me focaliser sur mes points faibles et de tout travailler, mais évidemment, on a toujours tendance à le faire un peu. Après, les autres pilotes te poussent énormément en course. Aux Gets par exemple, la seule raison pour laquelle j’ai fait le road gap est que je savais que Tahnée et Pompon le faisaient et je ne voulais pas perdre de temps. Sinon, je n’y serais pas allée.

Vojo : A propos d’adversaires, Rachel Atherton laisse planer le doute sur un éventuel retour à la compétition cette saison. Qu’est-ce que tu en penses ?

Vali : Rachel est ma plus grande idole, ce serait génial de courir avec elle. Je lui ai demandé mais elle ne sait pas.

Vojo : Cécile, Vali est la première athlète femme de ce niveau en DH avec qui tu travailles, est-ce que tu as changé quelque chose dans ta manière de travailler par rapport à l’enduro ? Est-ce que tu travailles de la même façon avec Antoine [Vidal] et Vali ?

Cécile : En enduro, tu passes plus de temps sur le vélo pour l’endurance, les intervalles sont plus longs mais presque tous les athlètes que j’entraîne font de la DH donc en général, je commence un programme de DH et j’ajoute des intervalles et de l’endurance pour les enduristes.

Antoine et Vali… Quand je donne un plan à Vali, je sais qu’elle suivra tout et fera toujours de son mieux. Avec Antoine, c’est un peu plus compliqué ! (sourire)

Vojo : Vali, Cécile entraîne aussi Pauline Ferrand-Prévot en technique et musculation, est-ce que vous échangez, est-ce que vous vous apportez des choses mutuellement ?

Vali : Pour l’instant on ne partage pas grand chose mais c’est cool de la voir s’amuser autant et de prendre du plaisir comme ça. Je pense que je lui demanderai des trucs plus tard dans la saison, quand je serai plus stressée et que j’aurai besoin de conseils pour mieux gérer ça.

Vojo : Cécile, tu disais que tous les athlètes que tu entraînes font de la DH. Est-ce que ça signifie qu’on va voir Pauline Ferrand-Prévot en DH ?

Cécile : Ahah, pas cette année mais oui, probablement !
Vojo : Vali, l’hiver c’est aussi l’occasion de faire du test matériel. Comment ça se passe avec l’équipe et ton mécanicien ?

Vali : Mon mécanicien (Mathieu Galléan) vit aussi dans le sud de la France, à Nice, donc c’est sûr que c’est plus facile de travailler ensemble quand je suis ici. Quand on reçoit de nouveaux produits, je l’appelle et on va tester.

Vojo : D’ailleurs, tu as un spot de prédilection dans la région ?

Vali : J’aime bien Mandelieu et c‘est aussi cool de croiser des pilotes comme Loïc Bruni qui s’entraînent au même endroit, ça motive beaucoup de jeunes. Je n’ai jamais roulé avec lui par contre, mais j‘ai roulé avec Loris une fois, à Blausasc.

Vojo : Lourdes arrive vite, c’est la semaine prochaine au moment où on parle. Qu’est-ce que tu en attends ?

Vali : J’ai fait tout ce que je pouvais pour me préparer, maintenant il faut rester calme et être fort mentalement. Je me repose, comme j’ai su le faire à Snowshoe ou à Leogang avant la chute. J’ai hâte que ça commence !

Depuis la fin de sa première année en Juniors, Vali Höll est peut-être la pilote la plus attendue sur le circuit mondial de DH. En 2021, pour sa première saison complète chez les Elites, elle est passée par toutes les émotions, de la chute dans le dernier virage chez elle à Leogang alors qu’elle était sur le point de s’imposer à la victoire au classement général arrachée sur le fil, sur la toute dernière course de la saison. Selon ses mots, elle a beaucoup appris durant cette saison et l’hiver qui a suivi. Suffisant pour imposer sa marque sur le circuit en 2022 ? Premiers éléments de réponse ce week-end à Lourdes !

Suivez l’intégralité de la coupe du Monde DH 2022 et sur Red Bull TV : https://www.redbull.com/fr-fr/events/coupe-monde-vtt-uci-lourdes

ParLéo Kervran