Coulisses | Focus : le développement des derniers VTTAE

Tech
2 janvier 2020 — Paul Humbert

C’est très exceptionnellement que Focus nous a ouvert les portes de son bureau voici quelques mois. Cet été, nous vous présentions les dernières plateformes de vélos électriques Jam², Thron² et Jarifa². Nous avons eu la chance de découvrir et de monter sur les tous premiers prototypes, alors équipés d’un moteur Bosch Performance CX encore inconnu du public. On vous raconte la réflexion derrière le développement de ces vélos : 

Direction Stuttgart pour retrouver les ingénieurs et l’équipe du marketing Focus. La bâtiment qui abrite la marque ne paye pas de mine, mais l’intérieur est neuf et agréable à vivre (et travailler, accessoirement). Première étape de notre visite : la signature d’un accord de confidentialité. 

Focus nous fait confiance mais doit rassurer ses partenaires, et notamment Bosch, ce que l’on comprend très vite en rentrant dans l’atelier.

 

 

Il y trône une toute petite série de vélos et cadres bruts annotés de toute part. Nous avons devant les yeux les premiers prototype de la future gamme e-bike Focus. Les nouveautés sont nombreuses, et la principale est l’intégration d’un moteur Bosch Performance CX de dernière génération. Son arrivée est tenue secrète et à part quelques ingénieurs et chefs produits, peu de monde a eu l’occasion de le mettre à l’épreuve. C’est d’ailleurs une version « avant-production », qui exclut certains caches et paramètres. 

(Nous avons depuis eu l’occasion de tester ce moteur en détail (ici) et de découvrir la toute nouvelle gamme Focus peinte et produite (ici).)

 

 

 

Sans rentrer à nouveau dans les détails, il est important de comprendre que c’est une toute nouvelle famille qui est née ainsi : un Jarifa² qui sera un allié pour les déplacements urbains, un couteau suisse avec le Thron², et un bon VTT sportif avec le Jam². Ces trois vélos partagent certaines pièces, lignes et une même famille de développeurs. 

Ce sont eux que nous rencontrons à Stuttgart. Ils nous accueillent avec enthousiasme pour nous présenter leur « avant-projet ». On les sent d’ailleurs vraiment heureux de pouvoir commencer à les divulguer, témoignant ainsi du travail qui se cache derrière. 

Avant de trop nous en dire, on retrouve l’ingénieur Fabian Schloss et Martin Leins du marketing pour une première sortie à la découverte des terrains tests de la marque. C’est principalement autour de Stuttgart que les vélos sont développés. La ville abrite de nombreux sentiers, et d’autres marques de l’industrie du cycle y sont également implantées (on pense évidemment à Bosch, mais également à Merida). 

Fabian développe les vélos mais n’oublie pas la partie terrain qui est incontournable.

En cette fin de développement, il travaille tout particulièrement aux réglages de suspensions afin de définir quel amortisseur conviendra le mieux à la géométrie définie.

 

 

Les vélos sont encore bruts et l’imprimante 3D chauffe en permanence pour fournir les premiers exemplaires “tests” et “prototypes” de nombreuses pièces plastiques et en caoutchouc.

 

 

On repère également un cadre complètement imprimé en 3D. C’est un outil bien utile pour accélérer le développement et faciliter le travail des designers.

On grimpe au guidon du prototype du futur Jam² sans rien savoir à son sujet. Le terrain est détrempé et on sent très vite qu’un bon coup de frais a été mis dans la gamme Focus. L’équilibre, la géométrie semblent bien plus au goût du jour. Pour aller plus loin, on se promet de passer plus de temps à son guidon. 

De son côté, le moteur dévoile instantanément sa nouvelle nature et on confirmera vite ces premières impressions après le lancement officiel.

 

 

Sur le vélo, on reprère toutefois l’intéressant flip-chip qui permet de basculer le vélo du 29 au 27,5 pouces. 

De retour dans les bureaux de la marque, on retrouve Alexander Glink, un des « product managers » qui se cachent derrière ces nouveaux vélos. La premier point qu’on aborde avec lui, c’est l’arrivée du motoriste Bosch chez Focus qui, jusque-là, avait préféré Shimano. La gamme VTTAE précédente, et encore disponible, présente des modèles à batterie intégrée plutôt légers, mais disposant d’une autonomie limité. Une seconde batterie, externe cette fois-ci, pouvait venir en complément (notre présentation de l’époque : www.vojomag.com/focus-jam-2-veut-redefinir-bike).

 

 

Avec Bosch, c’est également l’arrivée d’un incontournable pour le marché du cycle d’après Focus, et une manière de proposer un vélo avec une saveur et des propriétés différentes, sans pour autant s’éloigner de la philosophie générale (si on parle du Jam²). Ce nouveau moteur, c’est également offrir la possibilité d’extraire sa batterie et de construire une plateforme commune comprenant le Jam², le Thron² et le Jarifa². 

Construire une famille, c’est également lui donner une identité. Et pour l’équipe Focus, tout est dans l’équilibre et la maniabilité, quitte à s’éloigner des modes. Alexander nous cite Specialized qui peut être « le plus court », Mondraker « le plus long », lui souhaite par contre trouver un bon compromis tout en restant moderne avec de nouvelles géométries et caractéristiques techniques. 

Toute l’équipe de la marque s’est posée au calme avant de débuter le développement de cette nouvelle famille. D’ailleurs, entre eux, ils le baptisent le « project Why ». Focus grandit et sur ce projet, l’équipe d’ingénieur s’est soudée et a travaillé avec plus de proximité que sur les précédents modèles. Du Jarifa² au Jam² en passant par le Thron², il faut dire qu’on touche à peu près à toutes les pratiques du vélo. 

Le travail d’équipe, c’est également une manière de faire des économies. Pour ces trois vélos, on retrouve donc des tubes en communs, des pièces intérieures, des roulements identiques…

On évoque assez naturellement la concurrence sur le marché et après avoir cité Specialized et Mondraker, on évoque les deux marques du groupe Accel avec Haibike et Lapierre, qui présentent deux visions assez différentes du VTTAE. Alexander voit d’un côté une approche très musclée, plus proche de la moto où ils vont aller piocher le gain d’autonomie de batterie. De l’autre côté, Lapierre a une approche plus minimaliste avec son e-Zesty équipé du moteur Fazua. Là, Focus va chercher l’expérience « VTT » et la maniabilité. D’ailleurs, la marque a déjà travaillé avec le moteur Fazua sur ses vélos de route et bénéficie d’une belle expérience en la matière avec sa précédente génération de VTTAE.

 

 

Pour Focus, l’accent n’est ainsi pas mis sur la compétition, ni sur l’assistance à outrance. L’identité du projet se dégage et en écoutant l’équipe, on imagine des vélos sportifs, polyvalents et facile à manier.  Le résultat, on le connait aujourd’hui, et on vous le présente ici : www.vojomag.com/prise-en-main-focus-2020/

Ce qu’il reste à améliorer ? Avec Alexander le chef produit, on évoque la liste de plus en plus longue de composants « spécifiques ebikes ». En tirant un trait sur les premières initiatives qui consistaient à tout renforcer en acier pour “revenir 20 ans en arrière”, il admet que certains composants ont besoin d’une conception « spécifique ebike », ou du moins renforcée : pour les roues ou les freins notamment. Les pratiquants de VTTAE roulent de plus en plus, les kilomètres augmentent et les poids des vélos restent conséquents. 

D’ailleurs, en parlant du poids, Alexandre refuse d’admettre que le poids élevé des VTTAE actuels est réellement satisfaisant. L’avenir, il le voit avec des vélos plus légers pour gagner en fun sur les sentiers.

Ce qu’on réalise enfin, c’est que c’est toute cette réflexion qui marque le gros du travail sur cette famille de produits. Evidemment, la conception est un autre point clé, mais sans direction claire, il est bien difficile d’aller au bout de ses idées. C’est d’ailleurs sur ce point que la marque a souhaité mettre l’accent.

De notre côté, on adore observer les différents prototypes et itérations, mais ce qu’on aime par dessus tout, c’est de voir les concepteurs des vélos travailler sur leurs nouvelles machines. Dans les “bureaux” de chez Focus, nous ne sommes pas au coeur de l’usine de fabrication, mais on comprend à la passion des gens qui occupent ces bureaux que l’âme des vélos se trouvent à Stuttgart, et il nous tarde de passer plus de temps à leur guidon.

Plus d’infos sur le site de la marque : www.focus-bikes.com