Cette année, c’est tout au fond du peloton que nous avons choisi de vivre le Roc d’Ardenne, en compagnie d’une “brigade verte” de la toute jeune Mountain Biker Foundation Belgium. Ramasser les déchets, regarder comment les chemins ont supporté (ou pas) le passage de milliers de bikers, donner un feedback aux organisateurs et aller à la rencontre des bikers pour promouvoir une pratique durable du VTT, voilà autant de missions de ces équipes. Reportage en immersion :

La Mountainbiker Foundation est née en France, où elle a acquis une solide réputation de par les nombreuses actions menées sur le terrain. Interventions lors de la fermeture de chemins, légalisation de spots, création et entretien de sentiers comptent parmi ses missions prioritaires. Mais pour être forte et légitime quand elle entend défendre notre cause, il faut que nous, bikers, soyons irréprochables et que notre comportement fasse honneur à notre sport. Sinon, bien des interdictions nous pendent au nez et la MBF sera bien en peine d’y trouver des issues favorables.

Agir, communiquer et préserver : telle est la devise de la MBF. Quant aux fameuses brigades vertes, elles ont pour but de joindre le geste à la parole, de faire connaître la MBF et de montrer très concrètement sa présence ainsi que son action sur le terrain. Depuis le début de cette année, l’association a un pendant belge et c’est avec une des première brigades vertes qu’ils organisent que nous avons pris part au Roc d’Ardenne 2017.

Il est 9h quand le peloton du marathon s’élance sur le parcours de 80km tracé autour d’Houffalize. Quelque 650 bikers sont sur la ligne, répartis en deux vagues. Juste avant le coup de feu, le speaker répète une nouvelle fois un appel bien connu : respectez la nature et gardez tous vos déchets avec vous ! Le Roc soutient d’ailleurs la démarche de la MBF. Mais hélas nous sommes réalistes, certains ont la mémoire courte.

Peu avant 10h, les brigades vertes sont prêtes ! Nous sommes tous équipés d’un sac Can-Guru, une astucieuse poche ventrale qui peut servir tant en trail qu’en VTT pour emporter quelques petites choses avec soi, mais aussi pour ramasser les déchets qu’on trouve lors de ses balades (voir notre présentation ici). Lionel Van Eldom, son concepteur, est d’ailleurs avec nous ! Pour plus d’efficacité, nous allons nous diviser en deux équipes : l’une part sur le petit tracé de 25km et Lionel, Pascal (du club Bike4Life) ainsi que votre serviteur vont s’attaquer au marathon. La veille, trois des fondateurs de la MBF Belgium (Olivier, Bernard et Fabien) nous ont précédés sur les traces du Roc d’Ardenne. Les chemins étaient donc propres le samedi soir…

Ca y est, l’aventure commence ! Nous avons les chemins pour nous tout seul et c’est un vrai luxe. Pas d’embouteillages, du soleil : on profite. Sur les premiers kilomètres, il n’y a pas de déchets… on espère naïvement que cela va continuer. Mais on reste attentifs et on se lance dans un petit concours pour savoir lequel de nous trois sera le premier à trouver quelque chose par terre.

Et notre grand vainqueur est Pascal ! C’est lui qui a ramassé la première topette de coup de fouet après 5,6km exactement. D’habitude ce n’est pas notre genre, mais ici on n’hésite pas à se moquer un peu de celui qui l’a utilisée : “S’il en a déjà besoin maintenant, c’est pas gagné pour lui de terminer, il reste quand même encore plus de 75 bornes !”

Les kilomètres s’enchaînent et, globalement, le tracé reste assez propre dans sa première partie. On en profite pour discuter sur les motivations de chacun à s’investir dans ce type d’action. Le point commun qui nous réunit est vraiment notre passion du VTT et l’envie de pratiquer notre sport de manière durable et respectueuse. Pour cela, il faut savoir mouiller sa chemise et pas juste profiter, mais aussi s’investir et donner de son temps. Ce que nous faisons ici. Mais ne croyez pas qu’on s’ennuie ! L’ambiance dans notre petite troupe est excellente et avoir les chemins du Roc d’Ardennes pour nous tout seuls c’est aussi un fameux luxe.

Soyons de bon compte : tous les déchets que nous trouvons dans les bois ne sont pas l’oeuvre de vttistes. Canettes, emballages de sandwiches, paquets de cigarettes : mis à part sur le bord des routes où nous avons vite capitulé, nous ne faisons pas de différence. Ce qui compte, c’est que les bois soient propres et beaux, car la propreté engendre la propreté. Si les plus petits déchets sont enfournés en un clin d’oeil dans le Can-Guru, les plus gros prennent place dans un sac à dos.

Parfois, on fait des trouvailles insolites et on se pose des questions sur les habitudes alimentaires de certains bikers !

Plus sérieusement, si cette bouteille de vin nous a bien fait rigoler (et si nous l’avons ramenée dans notre sac), le bidon qui est à côté nous donne l’occasion de mettre le doigt sur une première pollution des vttistes sur ce genre d’événement. C’est très clairement une pollution involontaire car on ne connaît pas grand monde qui jetterait son bidon rempli en plein milieu d’un marathon, mais dans les descentes techniques, c’est bien souvent l’hécatombe.

On se permet donc un conseil en passant : un porte-bidon, cela peut vieillir et il faut parfois le resserrer (quand il est en métal) ou le changer (quand il est en carbone) pour éviter de perdre son bidon quand ça tabasse ! Pensez aussi à vérifier qu’il est bien remis en place à chaque utilisation. Nous sommes persuadés qu’il y a moyen de s’améliorer facilement sur ce point.

Rouler le nez au vent, sans se prendre la tête, c’est très gai. Mais il ne faut pas se laisser prendre au piège… hein Lionel ?! Je les laisse 2 minutes devant pendant que je range mon matos photo et voilà que je retrouve “monsieur Can-Guru”, qui a presque fait un plongeon dans la rivière en bas d’un talus alors qu’il s’agit d’un excellent pilote.

Nous voilà déjà au premier ravitaillement qui est en train d’être rangé tout doucement. Les bénévoles qui le tiennent sont vaguement au courant de notre passage et ils en profitent pour nous poser plein de questions sur ce que nous faisons. Leurs réactions sont enthousiastes, mais leurs yeux s’écarquillent quand ils voient tout ce qu’on sort de nos poches Can-Guru.

En fait, mis à part quelques déchets épars, tout s’est accéléré sur une portion de route où se trouvait un poste d’assistance juste avant le ravitaillement. Visiblement, beaucoup interprètent cela comme une zone où on peut se vider les poches alors qu’il n’en est rien. Néanmoins, on se dit que l’organisation pourrait prévoir à certains endroits (comme celui-là), des zones de délestage bien marquées avec des paniers ou des bâches où on peut jeter facilement ses déchets. Tout en étant encore plus ferme et regardant par ailleurs.

On continue notre chemin et en milieu de parcours il commence à y avoir un peu plus de crasses au sol. On imagine déjà les excuses “oui mais ça a glissé de ma poche”. C’est vrai, cela peut arriver. Mais vu les quantités ramassées ici, cela commence doucement à nous énerver car même si ramasser est une des missions des brigades vertes, on aimerait pouvoir se concentrer sur d’autres choses, comme par exemple donner un feedback à l’organisation sur l’aménagement de certains passages.

On profite bien du tracé et on apprécie les nouveautés, dont certains passages aménagés de façon à la fois ludique et durable avec une trace bien définie et des virages relevés qui, en plus d’être agréables, limitent l’érosion et freinent l’écoulement des eaux. A d’autres endroits par contre, de nouvelles portions descendent droit dans des sapinières et la trace est mal délimitée, de sorte qu’on constate que des bikers sont passés un peu partout sur au moins 20m de largeur. Le chemin aurait pu être aménagé de façon plus précise, ce qui aurait à la fois été plus intéressant au niveau du pilotage, mais aussi de l’impact de notre passage.

Par contre, même s’il faisait sec cette année, nous avons constaté que les quelques passages humides étaient difficilement évitables ou que des aménagements avaient été faits pour permettre de les franchir sans encombre. C’est une bonne chose car à force d’éviter les flaques, on élargit les chemins et plus que l’usage d’une trace, c’est la création de nouvelles et leur élargissement qui ont le plus d’impact en réalité.

Tout à coup, quelque chose attire notre attention sur le bord du chemin : une chambre à air.

Mieux : il y a tout le kit de réparation avec les cartouches de CO2 et même une topette de gel. Nous en avons déjà entendu certains dire “je laisse ça bien visible sur le bord du sentier pour que l’organisation puisse le reprendre en débalisant”. Eh bien non ! Mille fois non ! Ce n’est pas le rôle des baliseurs/organisateurs. Et les brigades vertes ne sont pas non plus les éboueurs des sentiers ! Le principe est simple : tout ce avec quoi vous êtes parti doit encore être dans vos poches ou sur votre vélo à l’arrivée, même s’il a été utilisé. Pas de dérogation, pas d’excuse : on ne laisse RIEN dans la nature !

Sur une portion de route après environ 60km, c’est le carnage. Alors que les kilomètres qui précédaient étaient relativement propres (mais aussi assez cassants, donc c’était difficile de lâcher le cintre), cette zone plus calme invitait à reprendre des forces. Mais visiblement hélas aussi à jeter ses papiers. Ce n’est déjà pas une bonne idée à la base, mais là nous étions à la fois furieux et gênés car il y avait des maisons tout le long de cette route et plein d’emballages jusque dans les jardins des habitants ! Mettez-vous à leur place et demandez-vous quelle serait votre réaction en découvrant votre devanture souillée de la sorte ?

L’heure avance ! L’actualité de la Coupe du Monde de DH à Lourdes m’oblige à rentrer un peu plus vite que mes deux compères afin de prêter main forte à distance au reste de l’équipe Vojo qui bosse dur pour vous proposer de beaux articles. En s’arrêtant pour ramasser les déchets et en prenant le temps de discuter aux ravitaillements, dur de faire plus de 10km/h de moyenne. Pour 80km, on vous laisse faire le calcul…

Oh, encore une bouteille en verre… mais celle-là, on nous a gentiment autorisés à la vider à un ravitaillement. Elle était remplie d’un délicieux Maitrank maison (mélange de vin blanc, de sucre, de Cognac et d’aspérule odorante). On trinque une dernière fois avec les copains puis je file vers Houffalize.

En poussant bien sur les pédales, je ne tarde pas à revenir sur les derniers concurrents. On en profite pour discuter un peu avec Lionel, bon avant-dernier de ce Roc Marathon avec le sourire. Tout va bien pour lui, on continue notre route.

Houffalize pointe le bout de son nez. Ca sent l’écurie et je fais l’impasse sur la dernière petite boucle, non sans m’être délecté des nouvelles portions techniques présentes dans les 10 derniers kilomètres autour de la Fosse d’Outh. Sur cette ultime portion, il y a pas mal de crasses par terre et je culpabilise un peu de laisser Pascal et Lionel s’en occuper seuls. Ah, si seulement les irréductibles comprenaient enfin !

De retour sur le stand de la MBF Belgium, on fait le compte de ces deux journées passées sur les sentiers. Au-delà des objets insolites retrouvés (un t-shirt, des sacoches de selle, un jouet d’enfant, un gant, etc.) on en arrive tout de même au constat qu’il y a bien juste quelques gros c… qui polluent et qui sont responsables d’une grosse partie de la pollution sur les sentiers.

Beaucoup de déchets sont l’oeuvre d’une minorité à laquelle il faudra bien faire comprendre qu’ils sont de véritables nuisibles

Nous avons en effet retrouvé beaucoup de fois les mêmes gels/barres des mêmes marques et des mêmes goûts, dans des endroits similaires. Cela nous laisse à penser que beaucoup de déchets sont l’oeuvre d’une minorité à laquelle il faudra bien faire comprendre d’une façon ou d’une autre qu’ils sont de véritables nuisibles et des dangers pour notre sport. Oui, les mots sont durs, mais après avoir participé à une brigade verte et vu les conséquences de ce genre de comportement sur le terrain, on ne peut qu’être ferme. Pour les autres, soyons juste vigilants dans nos gestes et nos comportements afin de minimiser le plus possible notre impact sur les sentiers et pour nous transformer chacun en ambassadeur de notre sport ainsi que d’une pratique durable et responsable du VTT.

Sur ce, on en termine par une petite Chouffe, la divine bière locale. Il parait que cela adoucit les moeurs. Et plutôt que de continuer à penser aux irrespectueux, trinquons aux 95% de bikers qui n’ont laissé que quelques marques de crampons comme trace de leur passage. Santé et longue vie à vous !

Envie de vous investir et de devenir les acteurs d’un vtt durable et responsable ? La MBF n’attend que vous, vous idées et votre motivation ! Plus d’infos sur http://mbf-belgium.be et http://mbf-france.fr selon votre lieu de résidence. A bientôt !