Worlds XC 2019 - Hommes | Le 8e titre de Schurter, la 1ere médaille de Tempier

Sport
1 septembre 2019 — Olivier Béart

Grand favori de ces championnats du monde, Nino Schurter a tenu son rang et remporte au Mont-Sainte-Anne son 8e titre mondial ! Si la victoire du Suisse n’a souffert aucune discussion, les deux autres places sur le podium se sont jouées sur le fil, avec Matthias Flückiger, vainqueur ici l’an dernier en coupe du monde, et Stéphane Tempier, qui réalise une superbe course pour prendre la 3e place. Au grand dam de Kerschbaumer, qui a crevé à seulement 300m de l’arrivée et qui loupe de peu le podium… Récit à chaud :

Même s’il plusieurs fois été bousculé cette saison par des hommes comme Matthias Flückiger (vainqueur à Albstadt) et surtout Mathieu van der Poel (3 victoires en coupe du monde, mais absent au Mont-Sainte-Anne pour se concentrer sur les mondiaux sur route), Nino Schurter restait le grand favori de ces trentièmes championnats du monde.

Le Suisse n’a pas failli à la tâche et a mené le rythme pendant l’essentiel de la course pour fatiguer ses adversaires. Tous ont fini par lâcher et faire des erreurs, à l’image de Flückiger et Tempier tous deux victimes de crevaisons. Pour une fois c’est dans ce sens là, serait-on tenté de dire, puisqu’on se souviendra qu’en 2018, ici même, Schurter avait été victime de deux crevaisons, dont Mathias Flückiger avait profité pour décrocher sa première victoire en coupe du monde. En 2010, il avait aussi été écarté de la course au titre mondial, déjà à MSA, également sur crevaison.

Cette fois, il avait mis toutes les chances de son côté et Schurter s’impose en solitaire, avec 30 secondes d’avance sur ses poursuivants. “J’avais vraiment prêté attention à tous les détails. On apprend de ses erreurs, c’est à cela qu’elles servent. Plus que jamais, j’ai repéré les lignes, répété inlassablement certains passages un peu tendus. Et, avec mon mécano, on a aussi optimisé le vélo pour éviter les crevaisons, en mettant des inserts dans les pneus et un peu plus d’air que d’habitude. On pense qu’avec tous ces titres mondiaux en poche, c’est presque devenu une routine. Mais c’est faux. Pour moi, j’ai l’impression que chaque titre me demande encore plus de travail que le précédent.”

En parlant de crevaison(s), si Schurter est, au final, un des seuls favoris à être passé entre les gouttes, le retournement de situation le plus incroyable est certainement celui dont a été victime l’Italien Gehrard Kerschbaumer.

Alors qu’il était encore en 2e position à quelques centaines de mètres de la ligne (après avoir en partie profité des mésaventures des autres), il a percé à son tour puis déjanté au niveau de son pneu arrière !

Dans l’aventure, il a perdu la médaille d’argent, mais aussi celle de bronze et il termine finalement à une bien cruelle 5e place après avoir passé la ligne d’arrivée au ralenti, sur la jante…

A la deuxième place, on retrouve donc Matthias Flückiger. Sur ce circuit qu’il affectionne, le Suisse n’a pas échappé aux crevaisons qui ont touché une bonne partie des favoris (au 4e tour, à la roue avant pour sa part), mais il a su trouver les ressources nécessaires pour remonter ses adversaires et aller chercher la deuxième place derrière l’intouchable Schurter.

Derrière lui, c’est Stéphane Tempier qui vient prendre la troisième place ! Le Français, auteur jusque-là d’une saison en demi-teinte (un seul podium, aux Gets) se rattrape de fort belle manière au Canada.

Il a lui aussi été victime d’une crevaison (de la roue arrière dans le 5e tour) et s’il n’a pu tenir le rythme de Flückiger dans le 6e tour, il a néanmoins réalisé une magnifique course, couronnée par une 3e place amplement méritée… et qui devrait faciliter encore un peu plus ses recherches d’un nouveau team, vu que Bianchi a décidé d’arrêter le sponsoring à la fin de cette saison.

Pour une fois c’est passé et ce n’est pas moi qui ai la poisse, rigolait-il à l’arrivée avec la sympathie, le franc parler et la bonhommie qu’on lui connaît. Bon, c’est pas cool ce qui est arrivé à Kerschbaumer, mais j’ai aussi eu une crevaison et dans le dernier tour je me suis dit m… Steph t’as fait une super course mais t’as encore la poisse, tu vas de nouveau finir 4e. Puis d’un coup, paf, je me retrouve 3e et je décroche enfin cette médaille mondiale que j’attends depuis mes débuts chez les Elites. Un truc de fou !” Rien n’est encore fait, mais Tempier devient officiellement le premier Français à réaliser le minima fixé par la FFC pour songer à une sélection olympique…

Titouan Carod a aussi réalisé une magnifique course, et il termine 4e ; son meilleur résultat depuis son passage en catégorie Elite. Pourtant, il n’était pas totalement satisfait à l’arrivée : “Je suis parti en 3e ligne seulement et je me suis retrouvé derrière Karl Markt qui est tombé et qui est devenu une véritable chicane mobile. Je voyais que ça me doublait de partout, je devenais fou. Dans le premier tour, j’étais dans le trafic… et j’ai pensé à Pauline, qui était aussi coincée dans les premiers tours, mais qui ne s’est pas affolée. Sa course et son titre mondial m’ont inspiré”, nous a-t-il expliqué à l’arrivée. “Après, 4e c’est la plus mauvaise place pour finir. D’un côté c’est super, mais c’est aussi tout près de la médaille. Là, à chaud, je suis un peu déçu, mais je sais que ça va passer et il reste une coupe du monde la semaine prochaine pour essayer de faire un bon truc.”

Aux avant-postes dès le début de la course, le Tchèque Ondrej Cink accroche la 6e place finale.

La moisson Française continue avec Victor Koretzky qui est 7e. Mais, même si c’est aussi sa meilleure performance sur un championnat du monde Elite, il n’était pas pleinement satisfait. “J’ai fait une bonne course, j’ai bien dosé et lissé mon effort donc je ne suis pas déçu. C’est un circuit qui me convient bien. Mais là je me dis que j’aurais pu, et que j’aurais voulu faire encore mieux.” Au final, n’est-ce pas cela avoir un mental de champion, qui pleinement satisfait que quand il gagne ou qu’il fait un podium ?

Signe de l’incroyable densité du niveau Français et de la qualité de l’effectif, Jordan Sarrou est le 4e Bleu dans le top 10 ! “Je suis bien parti et j’ai bien fini, mais entre les deux je n’étais pas au mieux. J’ai géré avec les moyens du bord. Le côté positif, c’est que cela me fait de l’expérience, je vais essayer d’apprendre de bien tirer les leçons de cette course.”

Andri Frischknecht, le fils de Thomas et coéquipier de Nino Schurter, passe un cap. Il termine pour la première fois dans le top 10 d’un championnat du monde Elite !

Déception pour Henrique Avancini par contre. Le Brésilien, grand animateur de cette saison de coupe du monde et du short-track en particulier, a pris un bon départ. Mais il a ensuite été un peu court et il n’a pas pu se mêler à lutte pour le podium ou la victoire aujourd’hui. Il termine 10e.

Juste derrière lui, Maxime Marotte termine 11e. Sa réaction : “C’est encourageant, mais je ne suis clairement pas au niveau en ce moment pour aller jouer plus haut. La coupure que je me suis imposée a fait du bien mais ce n’est pas encore complètement débloqué. Ce qui me frustre le plus, c’est que ça arrive en pleine période de sélection olympique. Il reste une coupe du monde en 2019, puis je vais vite penser à 2020 et à revenir à 110%.”

Du côté des Belges, Jens Schuermans est 18e après avoir été un des nombreux riders à avoir connu une crevaison. “J’ai vraiment perdu tout l’air dans La Patriote, une des dernières descentes avant l’arrivée, mais j’avais déjà crevé avant et c’était tendu niveau pilotage. A part cela, j’avais de bonnes sensations. Mais ce n’est pas cela qui est important… dans l’avant dernier tour, j’ai vu que mon compatriote et ami Kevin Panhuyzen était tombé. Il y avait des gens autour de lui mais il hurlait de douleur. Et au dernier tour il était toujours là à hurler. J’entends encore sa voix dans ma tête, j’espère qu’il va bien.”

A l’heure de publier cet article, nous étions toujours sans nouvelles de Kevin Panhuyzen, mais il semble qu’il ait chuté à la réception du plus gros drop du parcours. Plusieurs personnes dans le public nous ont relaté que les secours avaient tardé à intervenir et qu’une grande confusion a régné autour du blessé pendant de longues minutes. Quand on pense à ce qui est arrivé à Brook MacDonald sur la DH, cette situation ne peut qu’interpeller et on espère qu’une réflexion sera menée afin d’améliorer la prise en charge des blessés à l’avenir car elle a visiblement été défaillante dans au moins deux cas ici. Nous vous tiendrons au courant des suites et nous espérons pouvoir vous donner des nouvelles rassurantes de Kevin très rapidement.

Résultats complets :

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Texte : Léo Kervran & Olivier Béart