World Cup XC 2023 #2 – Lenzerheide | XCO Hommes : Schurter, un record de plus

Par Léo Kervran -

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World Cup XC 2023 #2 – Lenzerheide | XCO Hommes : Schurter, un record de plus

On avait déjà épuisé les superlatifs l’année dernière pour son 10e titre de champion du monde et voilà que Nino Schurter est entré un peu plus dans l’histoire ce dimanche, en devenant le seul pilote de XC hommes et femmes confondus à totaliser 34 victoires en coupe du monde. Il avait fait de cette course à domicile un objectif majeur de sa saison et personne n’a pu se mettre en travers de son chemin. Aujourd’hui, c’était Schurter et les autres :

Ce dimanche, Nino Schurter était venu pour gagner. Ces derniers temps, le Suisse ne survole peut-être plus les courses comme il y a quelques années mais lorsqu’il se fixe un objectif précis, il reste presque imbattable. On l’a vu l’été dernier aux Gets, où il a remporté son dixième titre de champion du monde Elites (13 titres en tout avec ceux chez les U23 et les Juniors) et il nous en a offert une nouvelle démonstration aujourd’hui à Lenzerheide, pour la seule étape suisse de la coupe du monde.

La date était cochée depuis longtemps. Plus qu’une course dans son pays, Lenzerheide est véritablement la course de Nino Schurter : l’homme habite à moins de 20 km de là, un peu plus bas dans la vallée. L’année dernière, il était d’ailleurs passé tout près de remporter cette fameuse 34e victoire mais un accrochage avec Mathias Flückiger dans les derniers hectomètres, loin des caméras, avait permis à Luca Braidot de lui souffler la victoire et le triomphe promis (lire World Cup XC 2022 #5 – Lenzerheide | L’été s’annonce chaud).

Depuis Petrópolis il y a 14 mois, aucune victoire n’est venue agrandir le palmarès de Schurter. Un mal pour un bien ?

Depuis, aucune victoire en coupe du monde n’est venue agrandir le palmarès de Schurter. Un mal pour un bien ? C’était l’occasion rêvée de remettre ça, de retenter sa chance face à son public, venu pour le voir lui plus que tous les autres athlètes suisses. Alors cette année, il n’a pris aucun risque et n’a fait aucun compromis, allant jusqu’à faire l’impasse sur les championnats nationaux disputés la semaine dernière pour optimiser sa préparation. De quoi offrir le titre à Mathias Flückiger, son compatriote mais aussi (surtout ?) grand rival, mais décrocher une 34e victoire en coupe du monde à Lenzerheide aurait tôt fait d’effacer cela.

Ce dimanche, il n’a pas fallu attendre longtemps pour le voir dévoiler ses ambitions et prendre la course à son compte. Comme à son habitude, c’est Luca Schwarbauer qui prend le meilleur départ mais le rythme infernal imprimé par l’Allemand dans la start-loop n’est pas encore assez pour Schurter : dès le début du premier tour complet, le Suisse se porte en tête pour contrôler la course.

L’allure ne faiblit pas et derrière lui, on s’accroche comme on peut. Vital Albin, Pierre de Froidmont, Alan Hatherly, Luca Schwarzbauer craquent les uns après les autres et alors qu’on approche de la mi-course, il ne reste plus que Jordan Sarrou, Mathias Flückiger et Daniele Braidot, le grand frère de Luca vainqueur ici l’an dernier, dans sa roue.

Flückiger diminué par une blessure à la main contractée en début de semaine et qui l’oblige à rouler avec une attelle, Daniele Braidot sans grande référence à ce niveau depuis plusieurs années… C’est déjà de bon augure pour Schurter, mais Jordan Sarrou paraît en forme et le Français est l’un des deux seuls pilotes à avoir réussi à priver Nino Schurter du maillot de champion du monde sur ces dix dernières années (l’autre étant… Julien Absalon, en 2014 à Hafjell).

En d’autres termes, un sacré client comme on dit. Toutefois, le problème va être vite réglé. Quatrième tour, Daniele Braidot se loupe dans une épingle en montée et bloque Jordan Sarrou, ainsi qu’Alan Hatherly qui venait de faire son retour. Nino Schurter se retrouve seul avec Mathias Flückiger puis, quelques instants plus tard, seul pour de bon. Gêné par sa blessure, le pilote Thömus Maxon a tenté de résister mais il n’a pas fait le poids et n’aura même pas de quoi résister aux autres pilotes du groupe de chasse un peu plus tard. Il se classera finalement 11e.

3 tours et demi seul en tête ? S’il y a bien quelqu’un à qui ça ne fait plus peur, c’est Nino Schurter.

Ensuite, Schurter n’avait plus qu’à gérer. Chose qu’il sait faire mieux que personne, avec 33 victoires en coupe du monde ! Forcément, un peu chauvins, on a espéré que ce soit trop tôt. Qu’il avait laissé trop de force dans son attaque pour distancer Flückiger et que Sarrou allait pouvoir revenir. Rien de tout cela, et les trois tours et demi restants n’ont servi qu’à accroître son avance sur le reste de ses poursuivants.

13 ans après sa première victoire, à Dalby Forest au sprint face à Julien Absalon, 1 an et 2 mois après sa dernière victoire qui lui avait permis d’égaler le record de ce même Julien Absalon, le voici désormais seul au monde et recordman absolu du nombre de victoires en coupe du monde de XC. Au-delà du chiffre, c’est aussi la longévité et la régularité qui impressionnent. Sur ces 13 ans, le Suisse a aussi remporté 10 titres de champion du monde et 8 fois le classement général. Sa première victoire, il l’a acquise sur un semi-rigide 26″ en double plateau et 100 mm de débattement. Aujourd’hui, il roulait sur un 29″ tout-suspendu en mono-plateau, 120 mm de débattement et suspensions électroniques.

Nicolas Siegenthaler l’entraîneur, Thomas Frischknecht le team manager, Yanick Gyger le mécanicien, Julia Hegar la kinésithérapeute… Si on avait encore du mal à mesurer combien cette victoire représente pour Nino Schurter il suffisait de regarder son entourage, déjà en larmes plusieurs minutes avant de voir le Suisse franchir la ligne d’arrivée. Tous ses titres, toutes ses victoires mais aussi tous ses moments difficiles, Schurter les a vécus avec cette même équipe, pour laquelle il roule depuis plus de 18 ans. Pour Frischknecht, cette victoire est peut-être même la plus belle : « C’est extraordinaire, il attendait ce jour depuis longtemps et il était si près du but il y a un an, il ne pouvait pas trouver meilleur endroit devant son public. Il a toujours dit que remporter les championnats du monde ici en 2018 devant son public était sa plus belle victoire, et un titre de champion du monde vaut « plus » qu’une victoire en coupe du monde, mais je dirais que gagner aujourd’hui, à 37 ans et après une si longue attente, c’est sa plus grande victoire. »

Était-ce la dernière fois ? On ne sait pas si le Suisse retrouvera ce niveau de performance dans l’année mais en interview, il soufflait le chaud et le froid quant à la suite de sa carrière : « Il n’y a pas de meilleur endroit qu’ici, ça m’a pris beaucoup de temps mais c’est fou à la maison, de gagner une dernière fois ici à Lenzerheide, c’était déjà très émouvant pour moi parce que ce sera peut-être ma dernière course ici. Sentir les gens, l’énergie vous donne tellement plus d’énergie et dans les grands moments, les grandes courses, je sais que cela compte et je dois dire un grand merci à tous les fans, à tout le monde ici. » Plus tard, interrogé sur ses prochains objectifs, le ton avait changé :  » Je ne sais pas ce que je vais faire, ça aurait été beau de s’arrêter là-dessus mais c’est beau de poursuivre aussi. Je prends encore énormément de plaisir et je sens que je peux encore continuer… »

Derrière l’exploit, la bataille aura duré jusqu’aux derniers mètres et c’est finalement Alan Hatherly qui est venu souffler au sprint la deuxième place à Jordan Sarrou. Touché à un genou et aux côtes suite à une chute plus tôt dans la semaine, le Sud-Africain qu’on avait cru lâché à plusieurs reprises a parfaitement joué sa carte : « J’ai gagné les championnats du monde ici chez les U23 donc je savais comment gérer et m’adapter au rythme. J’ai vu que le rythme était élevé dès le départ, mais je savais qu’il finirait par ralentir. J’ai simplement pris mon rythme et j’ai essayé de ne pas perdre de vue la tête de la course. J’ai réussi à revenir mais j’ai souffert de crampes vers la fin, mais j’avais encore les jambes pour le sprint et la deuxième place. »

Dépassé sur le fil, Jordan Sarrou gardait le positif et se tournait déjà vers l’étape de Leogang la semaine prochaine : « C’était une course difficile, c’est toujours plein gaz jusqu’au bout en coupe du monde. C’était un sprint très mouvementé, j’ai eu un peu de mal dans les derniers tours mais je suis content de ce deuxième podium du week-end. 4ème à Nove Mesto, 3ème ici, on y va pas à pas ! »

Même son de cloche du côté de Thomas Griot, revenu dans le dernier tour et qui améliore lui aussi d’une place son résultat de Nove Mesto : « C’était une course dure, comme d’habitude j’ai eu un départ difficile, j’étais coincé dans les embouteillages autour de la 15ème place mais tour après tour je me suis battu pour remonter devant. A la fin, je n’avais pas assez d’énergie pour me battre pour le sprint mais je suis quand même content de cette 4e place. Chapeau à Nino. »

Le podium est complété par David Valero, remonté peu à peu comme Thomas Griot. Derrière lui, on trouve Daniele Braidot (6e), Sam Gaze (7e), Martins Blums (8e), Thomas Litscher (9e) et Ondrej Cink (10e) pour un top 10 assez insolite et bien différent du début de course. Partir trop vite, ça coûte cher à Lenzerheide…

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Côté Français, bonne course de Maxime Marotte (16e) et de Victor Koretzky (19e), revenu sur le VTT pour ce mois de juin. En revanche, ce fut compliqué pour le héros de Nove Mesto Joshua Dubau (37e), Maxime Loret (57e), Titouan Carod (63e) ou encore Mathis Azzaro (77e). On note aussi la 87e place de Valentin Remondet juste devant Thibault Daniel et la 93e place de Loan Cheneval. Blessé à Nove Mesto, Antoine Philipp avait décidé de faire l’impasse sur cette manche.

Chez les Belges, ce fut également une journée compliquée puisque le meilleur résultat est une 30e place pour Jens Schuermans. Pierre de Froidmont est 34e, Arne Janssens 59e et Jens Adams 84e.

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Enfin, au classement général c’est encore Nino Schurter qui pointe en première place. Malgré sa chute sur le Short Track, le Suisse domine les débats et devance les deux français en forme de ce début de saison, Jordan Sarrou et Thomas Griot. Absent ce week-end, Tom Pidcock recule à la 4e place tandis que Joshua Dubau tombe à la 6e place avec sa contre-performance du jour.

ParLéo Kervran