VTT à Annecy : le coup de bulldozer qui ne passe pas
Par Paul Humbert -
La communauté des vététistes de Haute-Savoie est en émoi. En cause : la destruction d’une piste sur le Mont Veyrier près d’Annecy, particulièrement prisée des pratiquants experts. Non officielle depuis sa création, elle était devenue un lieu de pratique reconnu et son encadrement ainsi que l’officialisation de certains tracés supplémentaires étaient au cœur de discussions récentes. Ces dernières ont tourné court, sans concertation, et cette destruction pourrait créer plus de problèmes qu’elle n’en résout. Vojo fait le point sur la situation.
Des pelleteuses au milieu des bois un lundi matin, cela aurait pu passer inaperçu. Mais dans le Mont Veyrier, sur les hauteurs d’Annecy, on roule toute l’année et tous les jours. Quelques heures à peine après le début d’une opération de démolition de pistes de VTT présentes depuis plusieurs années, la communauté cycliste est en alerte et partage colère, tristesse et incompréhension.
« En forêt, on est toujours chez quelqu’un » est un adage qu’il est important de rappeler, et personne parmi les vététistes ne conteste que la construction de pistes s’est faite hors du cadre réglementaire. Des années après la création des premières pistes, un état de fait s’impose toutefois : le « spot » du Mont Veyrier attire des centaines de vététistes d’une agglomération annécienne qui met le sport et le vélo au cœur de son territoire.
Fort de ce constat, et souhaitant pérenniser l’existence des pistes, l’association Annecy Mountain Bike Association (AMBA) se crée en 2021 et propose un cadre légal et réglementaire à ce qui pourrait être un futur « trail center enduro ». En concertation avec les autres acteurs (communes, chasseurs…), l’objectif est de maîtriser l’impact environnemental en stoppant la création de pistes, et d’assumer la responsabilité en cas d’accident sur les pistes du trail center.
L’association, ainsi que les autres grands acteurs socio-professionnels du bassin annécien, ont été conviés à des réunions en vue de l’élaboration d’un schéma directeur de la randonnée et du VTT pour les années à venir. Egalement autour de la table, Emmanuel Abatte, président de l’Annecy Cyclisme Compétition, un des plus gros clubs de VTT de France, fort de 360 licenciés.
Quand il apprend, par le biais des réseaux sociaux, le début de la destruction de pistes, il tombe des nues. « C’est un lieu de pratique et d’entraînement pour les jeunes du club et les sections compétition. » Même désarroi du côté de l’AMBA, qui n’a été ni consultée ni prévenue de cette destruction.
Les réactions de la communauté VTT se comptent par centaines, une pétition réunit plus de 2000 signatures en moins de 24 heures, une story Instagram affiche près de 150 000 vues, et parmi ces soutiens : Loana Lecomte et Morgane Charre. Les deux athlètes de XC et d’enduro célébraient à Annecy le 23 avril 2026 l’arrivée des championnats du monde 2027 dans la région. Seulement voilà, un de leurs principaux terrains d’entraînement et de pratique est en passe d’être rasé.
Contacté par nos soins, le cabinet du nouveau maire Antoine Armand rejette la responsabilité d’une telle action sur la municipalité précédente, quand bien même le service « Paysages et biodiversité », qui signe le chantier, n’a pas connu de renouvellement depuis les élections.
Impossible de connaître l’ordre de mission pour l’entreprise chargée de détruire les pistes : est-ce que cela concernait toutes les pistes (12 à notre connaissance) ou seulement la piste principale détruite au début des travaux ? Pour la mairie, les pratiquants du Mont Veyrier étaient « Impossible à identifier » malgré les multiples réunions avec l’AMBA et les autres acteurs du vélo dans une volonté de conciliation.
Une chose est sûre, la mobilisation de la communauté a fait suffisamment de bruit pour entraîner un arrêt du chantier : « On ne veut plus arriver avec des bulldozers sans entente avec l’association. On doit rétablir le contact entre les habitants et les élus. »
La nouvelle équipe se dit prête au dialogue et convaincue qu’il est important de trouver un terrain d’entente et de repartir de zéro : « Il n’est pas normal qu’on n’ait pas assez de pistes reconnues et où la légalité est totale. Sur le territoire d’Annecy et dans le reste de l’agglomération. On doit faire rentrer ça dans notre schéma directeur. »
Côté ONF, présent au coeur du chantier forestier, on précise : « La commune d’Annecy a décidé de faire les travaux de sécurisation sur les pistes créées illégalement pour des raisons de responsabilité. L’ONF est gestionnaire mais pas propriétaire. Il appartient à la commune de communiquer sur ces travaux. L’ONF doit contrôler les travaux au titre régalien en tant que responsable de la gestion durable de la forêt. «
Quelle offre pour les pratiquants toute l’année ?
Du côté de la commune, on reconnaît l’existence de plusieurs installations non autorisées sur différents reliefs autour d’Annecy, et pas de terrain dédié véritablement aux VTT dans le schéma actuel de sentiers. Chez Vojo, nous sommes de fervents défenseurs d’un partage des sentiers ( avec les randonneurs, cavaliers, traileurs…) mais certaines zones de forte fréquentation ou dans des cas particuliers comme à Annecy, des sites dédiés permettent de canaliser une grande partie du flux des pratiquants, relâchant la pression sur les autres axes.
Cette destruction pourrait créer plusieurs problèmes :
- En rasant un terrain de pratique sans concertation avec les acteurs locaux, on coupe court à toute forme de dialogue, de volonté associative et d’envie de construire des infrastructures pérennes portées par des pratiquants et des collectivités publiques.
- On nie l’existence de pratiquants sportifs experts locaux actifs toute l’année. Les tracés touristiques et grand public semblent préférés, mais quand on forme de jeunes compétiteurs au club, où vont-ils pratiquer en grandissant ?
- Supprimer un lieu de pratique ne fait pas disparaître les pratiquants. On risque d’assister à de nouvelles créations illégales non contrôlées, déplaçant ainsi le problème. Et pour ceux qui restent, la pratique continuera de charger des sentiers partagés déjà très fréquentés tout au long de l’année. L’agglomération d’Annecy est victime de son succès et pourrait aller au-devant de conflits d’usages, de tensions et d’éventuelles interdictions dont tout le monde sortirait perdant.
Pourquoi ce qui se passe à Annecy est important ?
- Annecy est un des poumons du sport outdoor en France. La ville abrite des acteurs incontournables du sport en France et tout particulièrement du cycle avec des bureaux Mavic, Scott, Ion, Oakley, Lapierre, Evoride, Fox, Slicy, des médias comme Vojo, des magasins et des loueurs. Le terrain du Mont Veyrier a été, ces dernières années, le lieu de nombreuses séances de tests, de développement de produits et de shootings photos et vidéos par ces mêmes entreprises.
- Annecy accueillera, avec le département de la Haute-Savoie, les Championnats du monde 2027 et fait du vélo « une priorité pour un territoire d’exception ». Martial Sadier, le président du conseil départemental, décrit l’événement comme « une opportunité unique de montrer au monde entier la beauté et le dynamisme de la Haute-Savoie, de la France, tout en laissant une empreinte durable pour les générations futures ».
- Le bassin de VTTistes experts est considérable, et si peu de chiffres permettent de quantifier ces pratiquants hors d’un cadre fédéral, il suffit de s’installer une heure au pied des sentiers pour le constater.
- Les bons exemples existent : à quelques kilomètres du Mont Veyrier, à Cruseilles, sur le massif du Salève, une association de VTTistes vient de se faire confier les clés d’un trail center encadrant la pratique du VTT enduro / expert.
Pratiquants des pistes du Mont Veyrier, le vététiste à la renommée internationale Kilian Bron tend une main vers plus de concertation : « Je me désole du manque de communication et du manque d’échanges entre chaque partie pour trouver des solutions. Je suis prêt à participer aux réflexions pour trouver des solutions viables pour les pratiquants. »
À l’issue de cet arrêt de chantier de destruction, la pression sur la communauté du Grand Annecy et sur la ville ne fait qu’augmenter. La suppression d’un terrain de pratique clé augmentera à court terme la pression sur les itinéraires de randonnée déjà bien chargés, sans proposer d’alternative crédible aux pratiquants. Du côté des vététistes, c’est un électrochoc qui permettra, on l’espère, une meilleure fédération des acteurs pour peser de tout leur poids dans des discussions profitant à tous : une nature apaisée, des pratiquants « locaux » considérés et un tourisme maîtrisé.

