Visite | Megamo : une marque née sur les sentiers 

Par Paul Humbert -

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Visite | Megamo : une marque née sur les sentiers 

C’est un nom qu’on connait dans le petit monde du VTT depuis la naissance du sport. Pourtant, en France comme en Belgique, peu nombreux sont les pratiquants qui peuvent en dire beaucoup plus sur Megamo. Direction Gérone, le « hot spot » du gravel et du vélo de route pour en apprendre plus sur la marque. Mais ne vous fiez pas à la réputation de la destination, l’histoire de Megamo a commencé avec le VTT.

Au sein même de la rédaction, peu d’entre nous étions capables d’en dire beaucoup sur Megamo. La face visible de la marque étant son équipe spécialisée en cross-country marathon, nous avions connaissance de son vélo de choix, le Track, et ça s’arrêtait à peu près là. 

Les plus anciens, ou disons expérimentés, se souviennent d’une forte présence de la marque en trial dans ses jeunes années, et de son appartenance au groupe TNT Cycles. Ce groupe vend ses services d’assemblage pour différentes marques non propriétaires de leurs usines. C’est dans ce giron que Megamo a grandi, c’est la marque propre du groupe. 

Megamo : une histoire qui commence en tout-terrain

L’histoire de Megamo a toutefois commencé ailleurs, mais pas très loin de l’usine actuelle : chez GasGas. À la fin des années 1980, la marque spécialisée dans la moto souhaite se lancer dans la compétition. Megamoto devient Megamo et l’équipe de la marque rivalise en compétition avec les teams Sunn et Specialized. Megamo décroche même une médaille de bronze aux jeux olympique de Sydney avec Margarita Fullana. Dans ces mêmes années, on se souvient d’avoir vu le jeune Toni Bou (superstar du trial moto) débuter sur un des vélos de trial de la marque. 

Les années passent et GasGas laisse finalement Megamo s’échapper et devenir la propriété du groupe TNT. 

On passe ensuite en avance rapide à ces dernières années où après avoir vécu au milieu des autres marques assemblées dans l’usine du groupe, Megamo cherche à affirmer une forme d’indépendance et son identité. Comment tirer son épingle du jeu au milieu d’une concurrence féroce ? Pour Megamo, il faudra se concentrer sur les vélos sportifs et plutôt haut de gamme. 

Si la marque a de grandes ambitions, tout en étant déjà présente dans 21 pays, elle n’entend pas se brûler les ailes en s’imposant une croissance insoutenable. Mais pour marquer le coup, la marque catalane s’est offert un nouveau siège, et deux nouvelles lignes de production. C’est là que Sara, en charge de la communication, et Oriol, le chef produit principal, nous reçoivent.

Megamo : présent et futur

Quand on retrouve Sara dans le joli centre-ville de Gérone, on ne sait pas si on se dirige vers un bureau d’ingénieurs, une tour administrative ou un entrepôt. Après quelques minutes seulement, en périphérie de la vieille ville, on découvre un grand bâtiment sur deux étages au milieu d’une zone d’activité. Ici, il y a tout. 

Inauguré il y a deux ans, le siège de la marque est tout neuf. À l’étage, on retrouve les bureaux abritant une vingtaine de personnes, un showroom et un studio photo. Et au rez-de-chaussée, deux lignes de production, la zone logistique et le stock de l’équipe XCM de la marque. 

L’emplacement à Gérone, n’est pas un hasard. On nous le rappelle : Megamo n’est pas arrivé par opportunisme dans une ville « centrale » du monde des cyclistes. Pour eux, la réflexion est tout autre, c’est probablement grâce à eux que Gérone est sur la carte des endroits qui comptent pour qui aime pédaler. En plus du site que nous découvrons, l’usine historique d’assemblage de la marque et du groupe est installée quelques kilomètres plus loin et porte le nombre de salariés à près d’une centaine, pour un total de six lignes de production. 

Chez Megamo, on ne se raconte pas d’histoire. La marque est née dans une usine, et le marketing ne changera rien à ça. Ce que la direction actuelle ne souhaite pas changer, c’est son ancrage local. Au contraire de certains de ses concurrents, Megamo n’a pas l’intention de déménager ses usines au Portugal, en Roumanie ou dans d’autres destinations économiquement plus attractives. Depuis plus de 20 ans, des familles dépendent des emplois Megamo et la marque entend faire perdurer cette garantie. 

Mais comment faire face ? Ce n’est pas un secret, les années post-covid sont dures pour toute l’industrie, et c’est en montant en gamme et en qualité que Megamo souhaite tirer son épingle du jeu. Au-delà du vélo en lui-même, la marque a envie de proposer quelque chose « en plus », tout en grandissant de manière raisonnable, mais pour longtemps. La ligne directrice est tracée, reste à voir si la marque saura la suivre.

Dans les bureaux, on croise Josep Gil, le CEO de l’entreprise qui nous accueille en français. Il vient d’être épaulé par un nouveau « managing director » arrivé d’Orbea. Tous les salariés se mélangent dans un open space offrant une vue plongeante sur l’entrepôt. En haut, on gère la logistique, les approvisionnements, le design et la communication. En bas, on assemble et on expédie. 

À la conception des vélos, c’est Oriol Gil, le fils du patron, qui chapeaute le développement. Pour chaque vélo, 5 à 6 personnes travaillent au développement, dans les bureaux ou en externe. 

On file devant le studio photo et on passe au rez-de-chaussée pour accéder à l’entrepôt. Juste à côté de la porte, on aperçoit des housses de voyage et des vélos de course. C’est le stock de l’équipe Buff-Megamo. Hasard du calendrier, Hugo Drechou et Axelle Dubau-Prévôt sont également là et bricolent sur un Silk peint aux couleurs de la nouvelle équipe Groove Gravel qu’ils représentent. Après plusieurs années dans l’équipe XCM et une victoire sur le Roc Marathon, Hugo Drechou tente l’aventure en compétition sur un circuit international naissant. 

Dans l’entrepôt, les allées sont pleines et on nous confie que, comme tout le monde, il y a du stock, mais que la situation n’est pas préoccupante comme chez d’autres marques « sur-stockées ». Quand le port de chargement s’ouvre, Oriol nous glisse qu’un des points forts de Megamo est sa capacité à livrer ses clients en 24h en Espagne, et 48h en France ou en Belgique. 

La transition est toute trouvée pour les interroger sur leur modèle de vente : pour Megamo, pas de vente « directe » aux consommateurs. La priorité est donnée à un réseau de revendeurs de confiance qui auront la tâche de présenter les vélos à leurs clients. 

Dans les allées, on passe d’abord devant les vélos prêts à être envoyés, ceux en stock, puis devant les stocks de pièces détachées, installés juste à côté des deux lignes d’assemblage. 

Là, sur un carrousel qui avance très lentement, les opérateurs assemblent des vélos. La majorité du travail est réalisé à la chaîne, mais certains vélos ou opérations mobilisent parfois les salariés pour plusieurs tâches. Sur la première ligne de production, tous les postes sont occupés, mais sur l’autre, il y a moins de monde. Quand la demande est basse, certains salariés d’un site d’assemblage peuvent être déployés sur la seconde usine, et inversement. Certains vélos sont également parfois commandés en petites quantités, ou avec des commandes spéciales. 

C’est là où notre intérêt est piqué : chez Megamo, les « gros » clients (magasins, réseaux) peuvent solliciter la modification d’un vélo sur certains points d’équipement, mais également de réglage de suspension. La marque a ainsi offert à un de ses grands clients espagnols la possibilité de « tuner » spécifiquement les courbes de suspension des modèles de Track commandés dans un coloris spécifique. 

 

La gamme VTT, Gravel et VTTAE Megamo

Les VTT Megamo 2024

La gamme compte cinq modèles, dont trois qui ont particulièrement retenu notre attention : le Vitae (150/150mm de débattement) pour le All-Mountain, le Track et Track R120 pour le XC et XC Marathon tout-suspendu, et le Factory pour le XC semi-rigide. 

Les gravel Megamo 2024 

La gamme est composée du Jakar, un aluminium polyvalent et entrée de gamme, du West, passe-partout et randonneur, et du Silk, le dernier arrivé, qui mise tout sur la vitesse et la performance. 

Les VTTAE Megamo 2024

Le Crave est le « gros » VTTAE de la marque, qui arbore une cinématique et une construction aluminium ou carbone traditionnelles. Il sont surtout épaulés par le porte-étendard de la marque : le Native, qui reprend les lignes, la géométrie et le programme du Vitae, mais équipé d’un petit moteur TQ. 

Un lunch ride à Gérone 

Impossible de ne pas sortir à vélo, même uniquement le temps d’un lunch ride, en passant proche des pistes de Gérone. Ils sont quatre à partir rouler plusieurs fois par semaine, entre 1h et 1H30, sur les pistes catalanes. 

Juste derrière l’usine, on accède très vite à ce qui fait la particularité de la destination : de longs chemins agricoles ou forestiers qui offrent un terrain de jeu presque infini loin des voitures. 

En une petite heure, direction « le volcan », ou le reste d’un cratère iconique de la région. On se traverse quelques petits singletracks, on longe des routes peu fréquentées et on profite du grand air. 

Il faut un peu plus de temps pour accéder aux montagnes ou aux sentiers de VTT, mais on a déjà un petit avant-goût du terrain de jeu chez Megamo. Du côté des tests, c’est principalement l’équipe « produit » qui s’en charge sur un terrain qu’elle connaît bien. 

Vous l’aurez compris, en quelques heures, on a pu en apprendre beaucoup sur une marque qui nous était presque inconnue. Et si on doit faire le bilan de ce que nous avons découvert, c’est la structuration de la société qui nous a le plus marqué. Quand beaucoup de marques travaillent avec des bureaux d’ingénieurs séparés des autres services, et souvent bien loin des sites d’assemblage, les aller-retours et les échanges à distance ralentissent ou laissent s’échapper bon nombre d’informations. Ici, les personnes qui conçoivent des vélos les voient s’assembler sous leurs pieds et partir en direction des clients. Tout le monde travaille ensemble dans un structure à taille humaine. Avec des bases solides offertes par la société mère, Megamo a de beaux atouts pour réussir à se faire remarquer à l’international dans les prochaines années. Reste à savoir si la marque arrivera à « s’internationaliser », en proposant des vélos aux comportements allant au-delà des attentes qu’on peut avoir en terres catalanes. Le début de cette réponse vous sera apporté lors de la publication de nos tests à venir. 

Le site de la marque : www.megamo.com

ParPaul Humbert