Visite | Ion : les pieds dans l’eau, le nez dans le guidon 

Par Paul Humbert -

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Visite | Ion : les pieds dans l’eau, le nez dans le guidon 

En quelques années, Ion s’est imposé comme un acteur majeur sur le marché des vêtements et de l’équipement vélo. Ce qui fait la particularité de la marque, c’est aussi son appartenance au groupe « Boards & More », spécialiste des sports d’eau. Nous avons pris la direction de l’Allemagne et nous avons marqué un stop à Oberhachig, en périphérie de Munich, pour en apprendre plus sur cette marque à la double identité : 

Pour comprendre la trajectoire d’Ion, il faut d’abord savoir nager jusqu’au creux des vagues. Dans le groupe Boards & More, on compte, en plus d’Ion, quatre marques dont les plus connues et reconnues une fois les pieds dans l’eau sont Fanatic, North Kiteboarding ou encore NorthSails Windsurfing…

C’est avec North Kiteboarding que l’histoire a commencé pour Till Eberle, qui pilote encore le groupe au poste de CEO. Son activité se développe et les ambitions naissent. Début 2000, quand la majorité des combinaisons et des harnais pour les sports d’eau ne se déclinaient qu’en noir, Till a eu envie de voir les choses en couleur. Un nom qui sonne bien et quelques idées en tête, Ion était né. Bien perçue à son lancement, la marque s’est développée et ses créateurs ont continué à pratiquer leurs sports favoris avec leurs propres produits. À la fin de années 90, le VTT se développe et à Munich on retrouve un paquet de VTTistes enthousiastes, notamment chez Evoc, la société voisine avec qui Thomas Latein, aujourd’hui à la tête de la marque Ion, voyage au Népal, au Chili et dans de nombreux pays. La passion se partage, les idées circulent et un business plan est lancé pour faire naître, fin 2012, la toute première collection « Ion Bike ».

Avec trois personnes aux commandes, il fallait décliner le slogan « Surfing Elements » au VTT. Allez comprendre que la marque ne cherche pas à être la plus rapide mais surtout à être la plus en phase avec les racines du sport et de ses pratiquants, c’est toutefois ce qui est avancé par Ion. L’aventure est lancée avec des gants et des protections pour les pratiques les plus engagées du VTT.

5 ans plus tard, le sport a changé, les protections et la demande pour des produits « light » augmente et les modes évoluent. On porte moins de sac à dos, il y a plus de pédales automatiques et la pratique ebike explose. Ion essaye donc d’évoluer avec son temps, tout en restant fidèle à ses racines.

La gamme textile augmente d’année en année et malgré la proximité avec la marque Evoc, Ion donne naissance en 2015 à un sac à dos puis à des chaussures de vélo. La volonté de la marque est d’avoir une image « premium » et de s’installer durablement aux côtés des marques de vélos.

Sans tout nous dévoiler, on devine l’avenir d’Ion et on imagine bien la marque développer ses propres casques, masques ou lunettes. Comme toute petite marque, il est toutefois nécessaire de stabiliser sa croissance et, si les envies sont là, tout le monde chez Ion souhaite faire en sorte de ne pas exploser en vol. Les nouveautés sont donc plus lentes que chez des marques de plus grande ampleur.

Pour Thomas Latein, garder un oeil sur le sport est primordial et le développement du VTTAE est en ligne de mire. Avec Ion, Thomas et le reste de l’équipe ont également envie de tester des choses, de laisser leur trace. Pourquoi ne pas imaginer l’enduro évoluer ou le cross-country changer avec des vêtements protégeant mieux de l’abrasion et des chocs ?

L’historique de la marque bien en tête, Andy, en charge des médias pour Ion bike, nous guide vers une des salles de réunion du bâtiment qui abrite Ion. L’ensemble n’a rien de pompeux et les bureaux, s’ils ne sont pas gigantesques, sont modernes et regorgent de prototypes, d’échantillons et de collections passées.

C’est une petite dizaine de personnes que nous retrouvons et tout le monde parle parfaitement anglais. L’horloge sonne 10 heures et on nous propose un traditionnel « bavarian breakfast », comprenez, une saucisse munichoise – Weißwurst – et un bretzel, on passera pour la bière. Les influences du bureau sont multiculturelles, mais nous sommes bien en Allemagne !

Dans l’open space des bureaux dédiés à Ion bike, une partie est remplie de pièces textiles et d’échantillons, quand l’autre déborde de gants, chaussures et protection. En levant la tête, on rencontre les gens qui s’en occupent.

Premier sur la liste, Robert, qui après avoir travaillé en free-lance pour Ion a intégré l’entreprise au moment d’un gros projet, qui est également celui qui lui tient le plus à coeur : un sac à dos lancé en 2015. Il est en charge du développement et de la conception des protections et des accessoires. Un bon sac doit être proche du dos en descente et son objectif était de réduire la transpiration et la chaleur en montée. Qu’à cela ne tienne, il a développé un système mécanique qui permet de reculer et d’écarter le sac du dos pendant les portions de montée. Le tout a demandé de longues heures de travail afin que le mécanisme soit adapté à la pratique et pour que le sac reste rigide et ne se déforme pas en position haute. Le résultat rend Robert fier et si il est conscient que le produit n’est pas le moins cher, à l’instar du reste de la gamme Ion, il n’en est pas moins de bonne qualité à son avis, et surtout, personne n’est forcé d’acheter.

Les chaussures Rascal sont le dernier gros « chantier » en date au département protection et accessoires. Avec des références comme 5.10 dans les disciplines engagées, Ion souhaitait proposer une alternative crédible. Les moules se sont enchaînés pour arriver à la Rascal (que nous avons adorée dans sa version pour pédales automatiques).

Les protections sont également en constante évolution. Les formes sont étudiées et Ion essaye de coller aux attentes des pratiquants sans compromettre les performances des produits, et ce n’est pas chose facile. Plus légères, plus proche du corps, plus souple, l’équation n’est pas aisée. Le rôle de Robert est également de sélectionner les bons matériaux et les technologies de protections adaptées. Ion a, par exemple, fait le choix du SAS-Tec plutôt que du D3O que la marque juge moins performant sur le long terme. Du côté de l’approvisionnement en matériaux, si une partie des éléments viennent d’Europe, la grande majorité est en provenance d’Asie.

Il faut associer à tout cela le design des produits où Ion souhaite conserver son identité avec des détails qui la renforcent. C’est également sur ce point qu’Ion utilise l’expérience du département « water » qui est en avance sur certains points et qui est surtout une source d’inspiration quand il est question de choix de matériaux (pour les shorts par exemple), même si l’ascenseur est régulièrement renvoyé par le département « bike » qui avance sur d’autres points en totale autonomie. Les designs sont partagés et les deux départements grandissent ensemble.

Dans le surf et les sports d’eau, la question de l’écologie est bien plus présente qu’elle ne l’est pour le moment dans le milieu du VTT. En toute logique, on peut se demander si cette prise de conscience nécessaire est partagée par les deux facettes d’Ion. La réponse est simple : il n’y a pas de réponse simple. Consciente des problématiques liées à la production de produits techniques, principalement en Asie, les matériaux voyagent, sont traités et un impact sur l’environnement est indéniable. Toutefois, c’est petit à petit que la marque essaye de mettre en place des modes de productions plus respectueux de l’environnement. Chez Ion, à Oberhachig, la démarche est la même.

En se promenant dans les couloirs, on croise des chiens qui sont au bureau comme chez eux. Certains produits des gammes « water » que nous observons sont encore « top secrets » mais notre oeil non entraîné ne fait pas bien la différence avec le reste des combinaisons en néoprène.

On passe ensuite à l’autre partie de l’open space Ion qui est dédiée au textile et à la création des collections. Cleo, Kerstin et David sont aux commandes et travaillent ensemble sur les produits de la marque.

Leurs inspirations sont multiples et sont puisées dans les sports d’eau mais également dans les grandes marques de sport, la mode ou dans des autres univers bien plus éloignés. Les nuanciers à portée de main, l’équipe se réunit justement lors de notre visite pour débattre de la coupe d’un short de la prochaine collection. Ces dernières sont divisées en plusieurs « silhouettes » qui vont parler à différents pratiquants (randonnée/xc, trail, enduro, freeride, descente…). Les codes de chaque pratique sont différents et si une unité est recherchée, des petites singularités peuvent apparaître.

Au moment de choisir ses coupes ou ses matériaux, l’équipe se repose sur les retours des athlètes sponsorisés par la marque. Ils échangent sur la manière dont sont taillés les produits, les inconvénients liés aux coutures, aux matières ou aux odeurs. Un des traits caractéristiques d’Ion, c’est également de proposer des produits confortables. La marque veut désormais faire comprendre que ses produits sont également de qualité, quitte à en produire un peu moins.

C’est sur le choix des coloris et des designs que la filiation avec Ion water est la plus flagrante. Les deux entités avancent ensemble et se ressemblent. Evidemment, tout le monde ne s’y reconnait pas, mais c’est assumé et presque cultivé, car en matière de vêtements, les effets de modes ne sont plus à démontrer.

De notre côté, on souligne le travail et l’investissement fait par Ion sur sa gamme féminine, aussi grande que la gamme masculine, et qui surtout se démarque de ce qui est proposé par de nombreuses marques concurrentes. La raison à cela se trouve probablement dans le fait que peu de femmes se trouvent réellement aux commandes des gammes qui leurs sont dédiées, et c’est bien dommage.

Quand une petite marque allemande passe à l’international, se pose alors l’inévitable question des tailles, car d’un pays à l’autre, les goût et les modes ne sont pas les mêmes. La réponse d’Ion est de proposer dans sa gamme différentes coupes, plus ou moins près du corps, et en grandissant, la marque en rajoute ! De l’Angleterre à l’Italie en passant par l’Allemagne, la France, la Belgique ou l’Autriche, tout le monde devrait pouvoir trouver chaussure à son pied.

Une sortie de vélo sous des trombes d’eau conclut notre visite chez Ion et, trempés des pieds à la tête, on comprend bien où se trouve les racines de la marque.

Plus d’infos sur le site de la marque : www.ion-products.com

Le test des chaussures Ion Rascal : www.vojomag.com/test-ride-3-ion-abloc-nukeproof/page/2-test-ride-chaussures-ion-rascal/

ParPaul Humbert