Visite | Haibike : en immersion chez un pionnier

Tech
31 mai 2017 — Paul Humbert

Direction l’Allemagne pour une plongée chez un des pionniers de VTTAE : Haibike. Le marché du VTT à assistance électrique est un eldorado pour de nombreuses marques aujourd’hui, et cela ne fait que commencer. Si aujourd’hui, peu de fabricants restent à convaincre, certains ont fait des choix forts il y a quelques années en investissant massivement dans ce qu’ils considéraient être l’avenir. La décision d’Haibike de se tourner vers l’électrique paye aujourd’hui et la division « ebike » a supplanté la gamme traditionnelle. Visite chez une entreprise qui a amorcé un tournant notoire dans le marché du cycle.

Les VTTistes que nous sommes ont souvent tendance à se centrer sur leur propre pratique, mais pour Haibike et le groupe Winora auquel la marque appartient, le vélo c’est aussi un outil de mobilité urbain plus pratique que récréatif. C’est donc en capitalisant sur les progrès et les avancées techniques issues du segment « mobilité » que Haibike avance, en parallèle, pour développer les meilleurs VTT électriques possibles.


Notre petite visite nous a emmené en deux lieux clés pour la marque. Le premier, à Munich, au « Design Center » et le second, à Schweinfurt, au siège de Winora/Haibike.


Un designer ne travaille pas seul et il est « dépendant » du travail des ingénieurs. Chez Haibike, ces derniers travaillent à Schweifurt et sont en étroite relation avec le bureau à Munich. Nous parlons ici d’outils électroniques, nous pouvons donc nous permettre de comparer ces deux bureaux à ceux du « hardware » à Schweinfurt et ceux du « Software » à Munich.

C’est d’abord vers les amateurs de design que nous nous sommes tournés, ceux qui imaginent le look et l’ergonomie des vélos de demain et qui réfléchissent à ce qui améliorera notre temps passé sur le vélo. Pour travailler sur la manière d’un concevoir un, il est important de bien connaître son sujet mais également d’être capable d’aller chercher de l’inspiration ailleurs, hors du marché du vélo. C’est un point essentiel pour l’équipe du bureau de design et dans leurs locaux, nous retrouvons une trace des différents travaux passés des différents associés.

La moto, le football, l’équipement… les sources d’inspiration son grandes. C’est depuis 2010 que le vélo électrique grandit et chez Haibike, on a un souvenir ému du premier Xduro électrique. À l’époque, peu de monde misait sur ces nouveaux VTT au moment où ils sont arrivés, mais à force de persévérance et d’évolutions techniques, Haibike et ses concurrents de l’époque ont réussi à affirmer leurs choix.

Chose certaine en 2010, il était impossible de faire un « copier/coller » de quoi que ce soit. Mais encore aujourd’hui, les équipes sont à la recherche de ce que sera le VTT électrique, et plus largement, le vélo électrique de demain.

Pour les designers, les contraintes sont encore grandes. Les batteries sont volumineuse et lourdes, les solutions techniques apportées par les motoristes freinent parfois la créativité des designers, mais ces derniers travaillent sans relâche pour intégrer au mieux « l’assistance » dans ces nouveaux vélos. L’intégration est évidemment au coeur des attentes des marques et des clients finaux.

En discutant plus longuement sur ce qui fait avancer la « recherche », on s’attarde un moment sur les aspects politiques présents autour du vélo. La mobilité urbaine est évidemment un thème évoqué par les personnalités politiques en Allemagne. En Autriche, des fonds publics ont même été investis chez KTM pour travailler sur les solutions de demain. En Allemagne, et il en va probablement de même en France ou en Belgique, une décision forte en faveur de ces nouveaux outils de mobilité irait au final contre les intérêts de l’industrie automobile. Et quand on connaît la puissance de cette dernière en Allemagne, on comprend avec regret que les choses pourraient aller bien plus vite.

Quand on s’éloigne du VTT pour imaginer le « vélo » de demain, l’équipe de Munich ne l’envisage pas uniquement à deux roues, mais probablement aussi à quatre.

Le bureau est composé de trois associés aux compétences bien distinctes. Ils s’occupent à la fois des produits, mais aussi des designs, du marketing et des réseaux sociaux. Une veille permanente est opérée et des centaines de post-it couvrent les murs de cet ancien bâtiment industriel réhabilité.

C’est également pour prendre du recul et « regarder ailleurs » que le « design office » est à plusieurs centaines de kilomètres du siège de Winora/Haibike. Pour avoir passé du temps dans les deux endroits, on perçoit effectivement une approche différente de la manière de travailler.

Dans ce bureau loin des sites de productions (et situé juste au-dessus d’une célèbre criée au poisson munichoise), il est difficile de se faire une idée des pièces qui sont dessinées. C’est la raison pour laquelle le design center s’est équipé d’une imprimante 3D qui permet d’accélérer le processus de création. On le mentionnait plus haut, les sources d’inspirations sont larges, mais quand il s’agit des couleurs et de la déco, Pierce s’inspire de la moto, du snowboard, de l’industrie automobile et de la mode. Son idée : marquer les contrastes.

C’est également au design center qu’on travaille sur les aspects numériques et les futures applications. Il n’est donc pas rare de voir les solutions de la concurrence décortiquées et analysées.

Au moment de quitter ce bureau, avec quelques idées en plus sur ce que pourrait être le futur de Haibike, nous faisons un petit tour de table des « vélos favoris ». La réponse est unanime : le Xduro Nduro 9 est le petit chouchou des designers.

Quelques centaines de kilomètres plus loin, nous changeons d’ambiance en arrivant au siège de Winora. Il est impossible de parler de Haibike sans évoquer Winora une fois la porte des bureaux franchie. Le groupe est un distributeur européen spécialisé dans le cycle, en relation avec des centaines de magasins. Une fois une commande passée depuis l’un d’entre eux, le système se met en route pour livrer, parfois en moins de 24 heures, la ou les pièces de vélo. Il en découle une organisation minutieuse permettant de développer une impressionnante « puissance de feu ».

Si l’ambiance a un petit côté « start-up branchée » à Munich, on se glisse dans une grande entreprise une fois arrivés à la périphérie de Schweinfurt. Mais il faut ce qu’il faut pour être au top quand il est question de logistique internationale et de production à grande échelle !

Petite anecdote, les bureaux de Sram sont à quelques centaines de mètres et, si la forêt autour de la ville n’offre pas un très grand dénivelé, elle a été aménagée par les salariés de la marque américaine, au plus grand plaisir de tous les riders. Nous avons eu la chance d’aller y faire un tour, et il y a largement de quoi s’aérer après une journée de travail.

Avant d’aller discuter avec les ingénieurs, nous faisons un tour du site qui s’est révélé impressionnant. Il y a évidemment  une enfilade de bureaux et tout ce qui fait une entreprise classique, des show-room présentant les produits vendus par Winora, des ateliers de réparation et de mise au point et surtout, l’impressionnante plateforme logistique.

Un stock de 13000 mètres carré en mouvement permanent. Une seule et unique machine vient circuler et s’approvisionner sur les 80 mètres de hauteur où 4000 palettes peuvent séjourner. Cette construction est assez atypique et fait la force de Winora. Construit en 1985 et rénové en 2011, l’outil se déplace en moyenne 60 fois par heure.

Une fois les produits sortis du stock, ils sont préparés par 30 personnes. Pendant les périodes d’affluence, c’est jusqu’à 26000 articles qui peuvent en sortir par jour. Tout est guidé à travers l’entrepôt sur un tapis de 3 kilomètres où les produits sont scannés puis conditionnés avant de partir vers les magasins.

L’histoire de Haibike et de Winora s’entremêle et, si les composants sont au coeur de l’activité du second, les vélos restent au centre de l’entreprise. On nous indique d’ailleurs que le marché évolue très vite et qu’aujourd’hui, pour la marque, 250000 vélos sont fabriqués, dont 80% de VAE. Sur ces bonnes paroles, nous continuons notre visite, et on nous demande de ne pas trop nous attarder devant les tableaux affichés dans les bureaux. Si nous sommes au coeur de l’année 2017, les équipes de la marque ont elles au moins 2 ans d’avance.

Notre « flânerie » prend fin dans une salle de réunion ornée d’une grande table et de chaises en moquette verte. C’est le lieu de rendez-vous fixé avec Christian Malik, le « product manager » qui a fait de Haibike son « bébé ».

C’est avec lui que le « design center » de Munich communique. À Schweinfurt, les cinématiques sont conçues sur ordinateur, les premiers prototypes voient le jour et les réunions stratégiques qui feront l’avenir d’Haibike se déroulent régulièrement dans ces bureaux. Evidemment, entre les designers et les ingénieurs, il y a parfois des incompréhensions et des choses impossibles. Le rêve d’un designer est parfois une aberration pour un ingénieur. Pourtant, avec la démocratisation du carbone, Haibike est de plus en plus libre, « tout est faisable ».

Il y a des solutions idéales pour la marque qui se heurtent parfois aux attentes du marché. Le carbone a d’ailleurs pu faire peur et c’est la raison pour laquelle l’aluminium est encore présent en masse dans la gamme Haibike (on imagine bien que les contraintes économiques vont également dans ce sens).

L’intégration est également au coeur du travail de la marque. Il faut toutefois qu’elle ne se fasse pas au détriment de la facilité d’utilisation et de chargement de la batterie. La connectivité et l’interaction entre le pilote et sa machine occupe également une place centrale dans le travail des équipes d’Haibike.

Nous discutons de sujets « en vrac » avec Christian Malik et on apprend que pour lui, le poids des vélos électrique est important, mais pas crucial. On découvre également que certains composants qui sonnent comme des aberrations pour nous répondent parfois aux besoins de certains marchés et utilisateurs (et souvent aussi à des contraintes économiques). Si la créativité est encouragée, les ingénieurs et les designers ne peuvent pas toujours aller jusqu’au bout de leurs concepts, sous peine de les voir rester en l’état. Ce qui est rassurant ici, c’est que les idées sont là et que tous les composants suivront. L’avenir d’Haibike et du VTT électrique sera plein de surprises et d’innovations, cela ne fait plus aucun doute !

Un petit tour à vélo plus tard, nous terminons cette visite chez Haibike et Winora. Nous y avons découvert une marque de vélo qui puise son inspiration à de nombreux endroits. Grâce à Winora, Haibike bénéficie d’un contact privilégié avec le terrain, ses ingénieurs travaillent au coeur d’une machine en phase avec les attentes des VTTistes. La marque arrive également à prendre de la hauteur avec son design center qui va piocher l’inspiration là où elle se trouve pour tenter de pousser Haibike vers ce qui sera le futur le plus attractif. Il en découle une marque solidement ancrée dans notre sport et qui continue à avancer avec lui. Notre prochain rendez-vous avec Haibike se matérialisera avec le test d’un Sduro Fullnine.