Ultra Raid de la Meije :
un sommet d’endurance

Sport
4 octobre 2019 — Pierre Pauquay
Mi-septembre, l’Ultra Raid de la Meije s'est déroulé dans un majestueux décor de glaciers, de rocs et d’alpages. Durant ces deux jours, Vojo a accompagné les concurrents dans cette épreuve marathon se déroulant en haute montagne. Les images et les émotions qu’ils ont rapportées confirment, une nouvelle fois, la grandeur de ce raid, l’un des plus beaux d’Europe.

Alors que le soleil d’été jette ses derniers feux sur l’Alpe, à La Grave, l’effervescence règne ce samedi 14 septembre. Au briefing de course, les nouvelles que transmet l’organisateur Jean-Paul Routens sont bonnes. Cette fois, la météo sera exceptionnelle : quel contraste avec celle qui s’est abattue dans les Alpes, dix jours plus tôt, où l’on avait marché dans de la neige et frôlé les -10 degrés à 2600 m…

Les dernières mises en garde sont rappelées : à l’Ultra Raid de la Meije, on évolue dans le domaine de la haute montagne en autonomie où seuls les ravitaillements vous raccordent au monde d’en bas. Chaque participant affute son VTT, règle une dernière fois sa lampe avant le départ qui se déroulera le lendemain, en pleine nuit.

Des feux follets dans la nuit

Départ la nuit pour une aventure en pleine montagne !

Dans le village encore endormi de Villar-d’Arêne, les concurrents se rassemblent et se postent sur la ligne de départ. 750 femmes et hommes font face à leur défi personnel, à ce raid hors norme : 117 km pour un cumul de dénivelé positif de 5300 m… A 6 heures, le départ est donné et la nuit est toujours d’encre. Les flancs sombres des montagnes happent les petits points lumineux qui se suivent en file indienne, à former une cordée que rien ne semble rompre.

Dès les premiers mètres, le single s’impose, il fait office de seule et unique trace vers l’altitude. Alors on se suit, roue contre roue, tous unis dans l’ascension d’un géant, le Galibier. Pas celui des routiers d’aujourd’hui mais bel et bien celui des pionniers du Tour de France qui gravissaient cette piste oubliée, le seul accès au col avant la construction de la route.

Depuis le départ, les vététistes montent, inlassablement, pour rejoindre le soleil, là-haut, à 2679 m d’altitude.

L’astre émerge à l’horizon alors que les premiers marathoniens sont déjà passés et filent vers des chronos d’anthologie, 9h17 pour Jonas Buchot qui emportera l’Elite Ultra…

Pour les autres, le spectacle est splendide. Le paysage s’embrase de couleurs de plus en plus chaudes. Les raiders quittent la nuit pour briller dans le levant : on en viendrait à oublier le difficile portage jusqu’à la crête sommitale.

De bipède, on redevient vite cycliste : la descente s’annonce, non sans passer par un étroit sentier entre précipices et terre crayeuse. Tout le monde veut en profiter, regagner cette vélocité perdue suite à l’ascension où l’on devait porter le VTT à bout de bras.

Le lever du jour accueille les bikers qui portent leur VTT sur la pente de la pyramide menant au Galibier.

Bref, on redevient ce vététiste qui lâche les freins et sourit devant le single qui s’offre devant la roue avant. Et quel sentier ! Il dégringole du col, louvoie entre les monticules du Colomban Noir et file vers les torrents de la Lauzette et du Goléon. La combe de Mortavieille annonce la fin de la partie. Désormais, il va falloir remonter vers le Plan Lachat.

Retour aux Cerces

Au fond du vallon, les bergeries des Mottets sont dominées par le massif des Cerces. Il faut franchir via le seul col accessible en VTT, celui de la Ponsonnière culminant à 2682 m d’altitude. Une nouvelle envolée débute, elle sera longue et permettra d’entrer au coeur de la haute montagne. Pas d’issue possible de retour, il faut aller au bout de la trace. Rien d’étonnant à voir les raiders harnachés d’un sac à dos comportant l’essentiel que tout raid en montagne impose. Heureusement, les sifflets, les couvertures de survie ou autres vêtements contre le froid ne sortiront pas du sac ce samedi 15 septembre.

Après le ravitaillement, on s’enfonce vers la haute montagne, vers le col de la Ponsonnière.

D’une piste, l’itinéraire se mue en sentier sillonnant les flancs des Tours de Notre-Dame et du Pic de la Ceinture. Il n’y a pas de vide à droite mais chaque biker doit placer la roue avant pour éviter le moindre faux pas qui pourrait vous faire basculer dans la ravine. Le 50 dents est mis à contribution : on force, on se hisse vers le lac des Cerces, à 2410 m.

Malgré un été caniculaire, des linaigrettes ceinturent encore le lac des Cerces.

Il reste encore à franchir les 200 mètres de dénivelé restant. Au col de la Ponsonnière, le paysage du briançonnais, celui du Grand Sud se dévoile au delà du Mercantour. Ici, on quitte la Savoie pour entrer dans les Hautes-Alpes. En guise d’avertissement, les rochers et les pierriers en défendent l’accès. La descente devient vite piégeuse. Le panorama vers le Grand Lac est splendide mais il ne peut distraire la progression sur le sentier technique.

Du col, c’est la plongée vers le Grand Lac.

Vers le Parc National des Ecrins


Le long du torrent du Rif, la trace devient même quelque fois enduro, avec marches et passages étroits. Les appuis et le basculement des masses du corps sont de mise afin d’éviter de se trouver planté dans une épingle.

Aux chalets d’estive de l’Alpe du Lauzet, le ravitaillement est le bienvenu. Les freins ont eu chaud et les corps ressentent doucement la fatigue s’immiscer.

Le matériel souffre dans la descente de l’Alpe du Lauzet, assurément la plus difficile de ce raid.

La suite sera royale avec le Chemin du Roy qui longe la vallée de la Guisane. Et impossible de se reposer quelque peu. Concentration et dextérité sont de rigueur tout au long du sentier en balcon. Passant dans le tunnel des Vallois, les marathoniens basculent au pied de la Guisane pour gravir le col du Lautaret. Cela regrimpe : cette fois, les corps seraient prêts à crier gare, sans cette belle découverte du sentier qui sillonne dans le jardin alpin du Lautaret.

Et les concurrents ont droit à une portion enfin plate, celle du tunnel qui les fait passer de l’autre côté de la montagne, au Plan de l’Alpe. Dans cet univers de glaciers et de sommets, on en viendrait à se ressourcer, à profiter du sublime paysage.

Et cette ressource sera bien présente, au refuge de Chamoissière où le ravitaillement permettra de jeter par la suite les dernières forces vers la magnifique descente sur Villar d’Arêne et l’interminable ascension vers le lac du Pontet et au delà de ses crêtes.

Si les plus frais se hissent sur leur vélo dans l’alpage dominant Valfroide, les autres terminent le jour en dilettante, voulant en garder « sous la pédale » pour le jour suivant, vers le plateau d’Emparis.

Les derniers lacets mènent vers Valfroide : cette première journée se termine en apothéose.

L’Ultra Raid de la Meije n’est comparable à aucun autre, tant par sa difficulté que par l’environnement qu’il a abordé durant ce premier jour. Et le deuxième sera du même acabit…

En route vers le paradis

Le dimanche, le départ à La Grave est moins tonique que la veille : il faut y aller, chercher au bout de l’effort cette deuxième journée. Alors, on prend le cintre à pleine main et on tire dessus pour s’arracher vers les hauteurs du Chazelet. L’alpage porte encore les stigmates de la canicule de l’été. L’herbe est roussie et les raiders mordent la poussière dans la descente rapide vers le Rivet du Pied.

Le raid se donne des airs de rallye africain…

La trace du raid entre dans cette montagne humanisée. Les chalets en ruine, les murs de pierre sèche témoignent du lent travail d’épierrage de l’alpage. Les concurrents traversent les hameaux maintenant déserts des Rivet, des Orliers, de La Chabanera ou de La Buffe : ils étaient autrefois habités durant toute la belle saison. En été, les femmes et les enfants vivaient en haut pour garder les moutons ou fabriquer le fromage. Tandis que les hommes effectuaient les inlassables allers et retours de l’alpage au village pour y ramener le foin. « Trois mois d’enfer pour six mois d’hiver »… A cette époque, on était loin de l’image actuelle de carte postale de la montagne…



Des horizons infinis

Là, au bout du vallon, se dresse seul dans la steppe alpine, le refuge du Pic du Mas de La Grave. Les concurrents viennent se ravitailler avant une suite nettement plus physique.

Après ces pentes que les paysans ont sculpté en terrasse pour y cultiver quelques maigres céréales, le paysage s’élargit et le dépaysement demeure : les raiders roulent sur une plaine d’altitude pouvant ressembler à celles du Tibet ou du Kirghizstan…

Un portage permet de s’élever. La crête est franchie : voici Emparis, le plateau infini. Les hommes ont retiré toute sa ressource pour y vivre : le paysage d’aujourd’hui est également leur signature. L’itinéraire du raid est magnifique. Le VTT donne ici toute sa pleine mesure : on roule libre sur ces sentiers d’autrefois. Près d’une goulotte, un bénévole est là, indiquant le passage compliqué : qu’il en soit remercié comme tous ces 150 autres qui œuvrent pour apporter à cette épreuve son gage de qualité.

Le magnifique tronçon sur le plateau d’Emparis est gardé par les bénévoles du raid.

La trace est somptueuse, douce et pas du tout rebelle. Elle file à travers les horizons infinis, coupés au loin par le col Saint Georges. Là, une descente d’enfer fait perdre près de 800 m de dénivelé aux concurrents. Ils retrouvent à Besse la chaleur d’une vallée de basse altitude. Mais de suite se présente l’ascension du col, côté ouest, sur une piste en lacets, interminable qui assassine les jambes.

Au sommet, c’est le retour vers le plateau. Au col du Souchet, les rescapés basculent de l’autre côté, versant vallée de la Romanche. Plus loin, le lac Noir reflète avec fidélité les sommets. Face aux vététistes, la Meije, le Râteau ou le Pic Gaspard imposent leur verticalité.

Sur le GR qui mène au Chazelet, on ne roule plus, on glisse sur l’alpage vers les épingles dominant le village. Griserie de la descente où l’on enchaine les virages, remarquablement dessinés.

Au village, la descente se poursuit, infernale et impressionnante quand on côtoie le vide près de la petite chapelle.

Les dernières épingles sont si serrées qu’elles semblent vouloir retenir une dernières fois les concurrents dans la montagne. On se bat, on force le vélo à passer, à dégringoler pour sortir enfin de cet univers minéral. Un final exigeant comme le furent les 117 km de l’Ultra Raid de la Meije. Un dernier escalier et voilà qu’apparaît la ligne d’arrivée, comme une délivrance, une frontière de l’effort que les marathoniens franchissent non sans une certaine fierté.

La montagne est encore plus belle quand on la gravit par la seule force de ses mollets et de sa propre volonté. Ces 14 et 15 septembre, à l’Ultra Raid de la Meije, les marathoniens de l’extrême auront côtoyé des sommets d’émotion et d’humilité, qu’ils soient en premier ou en dernier de cordée…

Résultats

  • Seuls 53 concurrents auront pu aller au bout des deux étapes en une journée ! Ils sont les finishers de l’ultra. Jonas Buchot de l’équipe SMS Le Corbier Les Sybelles devance l’Espagnol Dani Lorens Munes de 33 minutes. Alexis Loret complète le podium.
  • En scratch, notons la belle performance du samedi de Jonas Buchot qui, avec son Hope HP130 boucle les 72 km en 6h09.
  • Tous les résultats et infos sont sur : www.ultraraidlameije.fr