Test VTTAE | Santa Cruz Vala AL 70 : le petit frère en alu qui tient tête au carbone

Par Adrien Protano -

  • Staff pick

  • Tech

Test VTTAE | Santa Cruz Vala AL 70 : le petit frère en alu qui tient tête au carbone

Après avoir marqué les esprits en version carbone, le Santa Cruz Vala se décline aujourd’hui en aluminium. Baptisé Vala AL, ce VTTAE all-mountain ambitionne de rendre le concept plus accessible, sans renier les choix techniques ni la philosophie du modèle original. Nous avons roulé ce Vala AL pendant plusieurs semaines, sur des terrains variés, pour voir ce que vaut réellement cette version aluminium, sur le papier comme sur le terrain.

Le Santa Cruz Vala AL arrive logiquement après la version carbone, qui a servi de vitrine technologique à Santa Cruz pour introduire ce nouveau concept de VTTAE orienté trail/all-mountain. L’objectif de cette déclinaison aluminium est clair : rendre le Vala plus accessible, sans dénaturer son comportement ni sa philosophie.

Santa Cruz reste fidèle à sa ligne de conduite : proposer un cadre all-mountain en 150mm de débattement arrière et 160mm avant qui soit robuste, durable et garanti à vie, tout en maintenant un positionnement premium, même sur ses modèles en aluminium. Faisons les présentations, avant de passer au test terrain.

Châssis

Visuellement, le Vala AL reprend presque trait pour trait les lignes de la version carbone. La silhouette compacte et les proportions du triangle avant comme de l’arrière sont immédiatement reconnaissables, même si Santa Cruz a délaissé son emblématique suspension VPP sur le Vala, préférant adopter un plus classique 4-Bar Linkage.

L’intégration du moteur et de la batterie est soignée pour un cadre en aluminium. Le bloc moteur se fond naturellement dans le cadre, sans rupture visuelle marquée, et la batterie est parfaitement intégrée dans le tube diagonal. L’ensemble conserve une lecture fluide, loin de certains cadres aluminium plus anguleux ou visuellement chargés.

Par contre, il n’est pas possible de retirer facilement la batterie pour la charger. Santa Cruz a fait le choix d’un tube diagonal sans ouverture pour privilégier le rapport poids/rigidité du cadre, au détriment de l’aspect pratique. Tout le monde n’a pas besoin de retirer sa batterie pour la charger, mais c’est important à savoir.

Les soudures sont visibles mais propres, régulières et bien maîtrisées, participant à une finition brute assumée plutôt qu’à une tentative d’imitation du carbone. Santa Cruz ne cherche pas à masquer la nature du cadre : le Vala AL revendique clairement son aluminium. Le passage de câbles interne est bien pensé, silencieux et facile d’accès, sans complexité excessive. Les protections de cadre sont nombreuses et généreuses, notamment sous le tube diagonal et autour de la base arrière, des zones particulièrement exposées en usage VTTAE. Un choix cohérent avec le positionnement du vélo, pensé pour rouler longtemps et dans des conditions variées. On connaît aussi le soin mis par Santa Cruz au niveau de la qualité des roulements, bien protégés et dont le remplacement est gratuit à vie.

Par contre, nous avons été surpris de constater que la peinture de notre modèle de test s’est très vite griffée en de nombreux endroits. Nous étions habitués à des peintures de qualité et plutôt robustes sur les cadres carbone, mais ce n’est pas le cas ici. Un polissage/lustrage en règle permet de récupérer en grande partie la plupart des traces, mais nous vous recommandons vivement de le protéger dès l’achat. A ce prix, et vu la réputation de Santa Cruz, c’est un point que la marque devrait corriger.

Assistance

Pour le Vala AL, Santa Cruz fait un choix clair et sans ambiguïté du côté de l’assistance : le Bosch Performance Line CX. Un moteur bien connu dans l’univers du VTTAE, avec ce moteur caractérisé par un couple de 100 Nm, une puissance de 750 W et un poids de 2,8 kg : Test | Mise à jour Bosch Performance CX : 750 W et 100 Nm, pour qui et pour quoi faire ?

Côté batterie, Santa Cruz a opté pour la version 600 Wh, intégrée dans le tube diagonal. A l’heure où beaucoup de marques optent d’office pour une grosse batterie de 800Wh, le Vala fait le choix de la légèreté et d’un comportement a priori plus agile par rapport à l’autonomie. On notera qu’il est possible d’utiliser une batterie additionnelle (range extender) de 250 Wh qui vient se placer au niveau du porte-bidon si on souhaite plus d’autonomie. Ce qui offre l’avantage d’une certaine modularité, et le désavantage de devoir investir encore dans un accessoire qui ne sera pas parfaitement intégré au vélo.

L’ensemble est piloté par la bien connue petite commande au guidon Bosch et doté du « System Controller » intégré au tube supérieur. C’est fonctionnel et facile d’utilisation, mais on regrette tout de même de ne pas bénéficier ici de l’écran Kiox 400C intégré et clairement un cran au-dessus en termes d’usage ou, à tout le moins du Purion 400 qui se place discrètement près de la potence.

Suspensions

Avec le Vala, Santa Cruz ne s’est pas contenté de lancer un nouveau modèle : la marque a opéré un véritable virage technologique. Historiquement indissociable de la cinématique VPP (Virtual Pivot Point), qu’elle a développée, perfectionnée et déclinée sur l’ensemble de sa gamme pendant des décennies, Santa Cruz a fait le choix fort de s’en détacher pour adopter ici une cinématique plus classique de type 4-Bar linkage.

Une décision qui avait largement fait réagir lors de la présentation du Vala carbone, tant le VPP fait partie de l’ADN de la marque. Mais ce changement n’est ni opportuniste ni cosmétique. Il répond à une évolution profonde des contraintes liées aux VTTAE, où la gestion du grip, de la traction et de l’assistance impose une lecture différente du fonctionnement de la suspension. Ne cachons pas non plus que l’espace pris par le moteur est situé juste à l’endroit où se trouve l’amortisseur sur les modèles sans assistance et que faire rentrer tout ce beau monde dans la partie basse du cadre était un fameux casse-tête ! Une architecture de suspension plus simple colle donc mieux à un e-bike.

Le 4-Bar linkage retenu sur le Vala vise à offrir une suspension plus lisible et plus constante, avec un fonctionnement très actif en début de course, tout en conservant un bon maintien au pédalage. L’objectif est clair : maximiser la motricité, en particulier dans les phases de relance et en montée technique, sans sacrifier la stabilité ni le confort lorsque le terrain se dégrade. Sur le Vala AL, cette cinématique est strictement identique à celle de la version carbone, tant dans sa conception que dans ses points de pivot et ses intentions de fonctionnement. Santa Cruz n’a pas cherché à simplifier ou adapter la suspension pour la version aluminium.

Géométrie

Contrairement à la version carbone du Vala, qui dispose d’un flip-chip permettant de faire varier la géométrie selon deux positions, le Vala AL adopte une géométrie fixe. Un choix qui pourrait sembler réducteur sur le papier, mais qui s’avère en réalité beaucoup plus réfléchi qu’il n’y paraît.

Plutôt que de trancher pour l’une des deux configurations du carbone, Santa Cruz a choisi de se positionner exactement entre les deux réglages. Le résultat se veut un compromis équilibré, qui reprend l’esprit du Vala carbone sans en accentuer les extrêmes. Ce choix de géométrie unique traduit aussi une volonté de simplicité d’usage. Là où le carbone s’adresse davantage aux utilisateurs qui aiment affiner le comportement de leur vélo, le Vala AL vise une prise en main plus facile et intuitive.

Au niveau des côtes, en taille M, on notera un reach de 458 mm, des bases de 440 mm, un angle de tube de selle de 76,9°, un angle de direction de 64,1° et une hauteur de boîtier de 342 mm. Des cotes dans les tout bons standards de la catégorie.

Équipements

Sur le Vala AL 70 de ce test, Santa Cruz a voulu viser un compromis entre performance, durabilité et accessibilité. La transmission est une Sram 70 à 12 vitesses, soit une déclinaison mécanique de la transmission T-Type de la marque : Test nouveauté | Sram Eagle 90 & 70 : une transmission mécanique sans patte de dérailleur. On notera le petit guide chaîne OneUp de série.

Une transmission simple et très efficace car, à défaut d’électronique, on a droit au passage doux et sûr des rapports propre aux dernières transmissions Sram sans patte de dérailleur. Ce qui est encore plus important sur un e-bike où les composants sont soumis à des efforts plus importants.

Le duo de suspensions provient de chez RockShox avec une fourche ZEB Base de 160 mm de débattement, et un amortisseur Super Deluxe Base de 150 mm de débattement. Un choix compréhensible du point de vue de la facilité de réglage, mais qui limite clairement le châssis. On vous explique cela en détails dans la partie terrain.

C’est un peu le même constat du côté du freinage avec une paire de Sram DB8 associée à des disques de 220 mm (avant) et 200 mm (arrière), qui montre vite leurs limites sur ce châssis. Dommage !

Le Vala AL 70 adopte une configuration MX (roue avant 29″ / arrière 27,5″) avec une paire de (très bonnes) Reserve 30|HD en aluminium, garanties à vie par Santa Cruz. Là, par contre, c’est un choix très judicieux, que nous avons beaucoup apprécié. Côté pneus, on retrouve la combinaison classique Maxxis Assegai 29×2.5″ (MaxxGrip, EXO+ à l’avant) et Minion DHR II 27.5×2.5″ (Doubledown à l’arrière). Classique, efficace et éprouvé.

La tige de selle télescopique est une SDG Tellis qui fonctionne très bien, surmontée d’une selle WTB Silverado. Le poste de pilotage est composé d’une potence OneUp Enduro de 42 mm et d’un cintre maison en aluminium de 800 mm de large et offrant un rise de 30 mm (notre modèle de test était monté exceptionnellement avec un Burgtec alu, très similaire).

Versions et tarifs

Deux modèles sont au catalogue de la marque, le Vala AL 70 qui illustre cet article (6299€ – 24,38 kg en taille M), mais aussi un modèle plus accessible, le Vala AL Deore affiché à 5299€. On rappellera que le premier modèle en carbone (Vala R) est au prix de 7499€.

Santa Cruz Vala AL : le test terrain

Assez vite, le Vala AL 70 donne le ton : on est bien sur un VTTAE Santa Cruz, avec un châssis sain, équilibré, et une vraie cohérence globale au vu du programme. Il est aussi très accessible et facile à prendre en main. On se sent vite bien à son guidon et on fait corps avec la machine en quelques kilomètres à peine.

En montée, on fait face à un vrai bon grimpeur. C’est clairement l’un de ses points forts. Malgré un poids qu’on ne peut pas ignorer sur la balance, le Vala AL surprend par sa facilité à grimper. La traction est excellente, l’adhérence bien présente et la cinématique travaille efficacement pour maintenir le vélo posé au sol.

On se retrouve souvent à monter plus facilement que ce que le gabarit du vélo laisserait penser. Une réussite, qui fait aussi oublier qu’on a une roue arrière en 27,5, sur papier moins efficace en traction qu’une 29″.

En descente, le Vala AL se montre ludique et prévisible, avec un caractère joueur qui donne envie de s’engager. Il arrive qu’on sente un peu son poids dans les descentes raides ou les enchaînements serrés, où le vélo demande un peu plus d’anticipation et d’engagement physique, mais pour un vélo de cette gamme avec un châssis en alu, il s’en sort très bien.

Le Vala peut remercier sa géométrie équilibrée, son cadre compact et sa roue arrière plus petite qui jouent clairement en sa faveur pour lui donner un comportement joueur et facile. Le choix de la batterie de 600Wh joue aussi un rôle et permet d’avoir un avant du vélo qui n’est pas trop lesté et donc pas complètement verrouillé au sol. Si on tourne facilement et si la direction semble légère, ce n’est pas pour rien.

Le Santa Cruz Vala fait preuve d’une remarquable polyvalence et c’est un vrai all-mountain. Emmenez-le sur une petite rando entre potes : il fera figure de brave destrier docile et confortable, même à faible allure. Puis, dès que vous aurez envie d’ouvrir les vannes en descente pour lâcher les copains, ou de vous aventurer dans des montées impossibles, il répondra aussi présent. Tout comme sur des spéciales d’enduro, où il ne sera peut-être pas aussi rapide et efficace qu’un Bullit (l’e-bike enduro de Santa Cruz, en 160/170mm de débattement) mais où il sera tout de même très à l’aise !

Dès que l’horizon s’ouvre en descente et qu’on prend de la vitesse, on apprécie le châssis très sain, précis mais pas trop rigide, et la cinématique de la suspension arrière qui permet de bien digérer les reliefs du terrain. Par contre, on se sent alors vite limité par les suspensions. Ce n’est pas du tout une question de débattement, mais de niveau d’équipement de ce Vala AL. La fourche RockShox ZEB « Base » porte bien son nom : elle est basique. Son châssis est bien le même que sur les versions haut de gamme, et il fait bien le job, mais à l’intérieur, l’hydraulique n’a rien à voir avec les modèles plus évolués. Soyons de bon compte, ça fonctionne et il n’y a pas de claquements ou de réactions parasites, mais dès qu’on va un peu vite, on sent qu’elle ne suit plus, qu’elle est « hors tempo ».

Côté amortisseur, c’est moins problématique, mais la cinématique du Vala mériterait mieux : le rebond arrive vite en butée de réglage, et on aurait aimé pouvoir le ralentir davantage pour vraiment rendre hommage au travail du cadre. Le vélo fonctionne, mais on sent qu’il pourrait aller nettement plus loin avec des suspensions plus ambitieuses.

Gros point positif en revanche du côté des roues, parfaitement en phase avec le caractère du vélo. Solides, dynamiques, elles participent clairement au bon équilibre général et renforcent le sentiment de contrôle, aussi bien en montée qu’en descente.

Avec sa batterie de 600 Wh, l’autonomie est correcte, sans être exceptionnelle. Il faut rester un minimum attentif à la gestion de l’assistance, surtout au regard du poids du vélo. C’est parfois frustrant d’être limité à 1100/1200m de d+ quand on s’amuse en eMTB/eMTB+ avec un pilote de 85kg aux commandes, mais on se dit aussi que mieux vaut ici une batterie de 600 Wh bien intégrée qu’une lourde batterie de 800 Wh, qui aurait encore pénalisé le comportement. Et il reste aussi toujours l’option du range extender de 250Wh si on veut prolonger le plaisir sur certaines sorties.

Que changerait-on sur le Vala AL ?

Vous l’aurez compris, c’est du côté des suspensions que se situe le plus gros potentiel d’évolution. Bonne nouvelle, il est possible de conserver le châssis de la ZEB et de la faire évoluer en interne, en la dotant de la cartouche Charger 3.1 et du ressort DebonAir+. Prévoyez environ 500€, installation et service compris mais vous verrez, c’est le jour et la nuit ! Du côté de l’amortisseur, un upgrade vers un modèle plus perfectionné pourra terminer de faire du Vala AL une véritable bête en descente. On préfèrera d’ailleurs investir dans l’upgrade et la customisation des suspensions d’un Vala AL, plutôt que dans le passage à un cadre carbone avec des suspensions plus basiques.

Autre upgrade souhaitable : les freins. Pas besoin de les changer dans un premier temps car si leur puissance est trop juste par rapport aux capacités du vélo, c’est en partie à cause des disques de frein montés d’origine et des plaquettes. En changeant ces deux éléments, vous pourrez déjà avoir quelque chose de plus mordant et consistant, en attendant d’économiser pour vous offrir de vrais freins haut de gamme.

Verdict

Le Vala AL 70 est une belle porte d’entrée dans l’univers Santa Cruz électrique : un châssis réussi, un très bon comportement en montée, et un vélo aussi amusant que plaisant à rouler en descente. Bref, on sent bien les qualités du Vala et le fait qu’il soit en aluminium n’enlève rien à son caractère. En revanche, son équipement perfectible — fourche, freins et amortisseur en tête — empêche le vélo d’exprimer tout son potentiel. Une base très saine, qui gagnera clairement à évoluer avec quelques upgrades pour révéler ce que ce châssis a réellement dans le ventre. Reste que son tarif de base est déjà coquet et on aurait aimé un meilleur rapport prix-équipement, d’autant que la concurrence est féroce sur ce segment. 

Santa Cruz Vala AL 70

6299 €

24,4 kg taille M, sans pédales

  • Excellent châssis, qui garde tout son caractère, même en aluminium
  • Comportement joueur et maniable
  • Excellent grimpeur
  • Freins manquant de mordant et de consistance
  • Amortisseur correct, mais pas au niveau de la cinématique de suspension arrière du Vala
  • Fourche du même acabit, trop basique pour une telle machine
  • Peinture qui se griffe vite, à protéger absolument dès l'achat

Évaluation des testeurs

  • Prix d'excellence
  • Favori
  • Qualité / prix

Par Adrien Protano