Test VTTAE | Crussis e-Full 12.11 : au-delà du moteur DJI Avinox ?

Par Adrien Protano -

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Test VTTAE | Crussis e-Full 12.11 : au-delà du moteur DJI Avinox ?

Peu connue chez nous, la marque tchèque Crussis arrive tout doucement dans nos contrées et frappe fort avec le e-Full 12.11. Un VTTAE all-mountain ambitieux, non pas par son blason, mais par son moteur : le très attendu DJI Avinox, encore peu courant sur d’autres machines que les Amflow. Une motorisation ultra-puissante et avancée technologiquement, jusqu’ici réservée à quelques projets très ciblés. Vojo l’a essayé, voici ce qu’on en a pensé : 

Crussis est une marque tchèque encore peu répandue dans le paysage VTT en Europe de l’Ouest. Pourtant, avec l’arrivée du moteur DJI Avinox dans sa gamme, le constructeur change clairement de dimension. Là où beaucoup de marques établies observent encore le phénomène, Crussis fait le pari d’intégrer cette nouvelle motorisation dans un vélo disponible en série, bien équipé et affiché à un tarif relativement agressif au vu de la fiche technique. Voilà qui a titillé notre curiosité !

Châssis

Le e-Full 12.11 repose sur un cadre carbone au design assez classique, mais visuellement soigné, avec une intégration propre de la batterie et des lignes modernes, à défaut d’être réellement originales. Crussis reste prudent : ici, pas de révolution esthétique, mais une plateforme rationnelle, simple et efficace.

Assistance

C’est évidemment le cœur du sujet. Le Crussis e-Full 12.11 est animé par le DJI Avinox, un moteur compact et léger (2,52 kg), capable de délivrer jusqu’à 120 Nm de couple en mode boost et une puissance maximale annoncée à 1 000 W. Sur le papier, on est clairement au sommet de la hiérarchie actuelle des moteurs VTTAE. On vous en parlait en détail juste ici : Test |  Le moteur DJI Avinox sur l’Amflow PL : la nouvelle référence VTTAE ? 

L’alimentation est confiée à une batterie intégrée de 800 Wh, un choix logique au vu du potentiel du moteur et de l’orientation du vélo. DJI met également en avant une charge rapide via son chargeur (annoncé à environ 2h pour une batterie de 800 Wh), permettant de récupérer une grosse partie de la capacité en un temps réduit. Crussis propose également son modèle avec une plus petite batterie de 600 Wh pour favoriser la légèreté.

L’interface passe par un (très bel) écran tactile couleur DJI Avinox, complété par des commandes sans fil au guidon. Une approche très “high-tech”, qui tranche avec les solutions plus classiques du marché et positionne clairement le e-Full 12.11 comme un VTTAE de nouvelle génération.

Suspensions

Crussis annonce un débattement de 160 mm à l’avant et 150 mm à l’arrière, confié à un ensemble Fox sur notre modèle de test, avec une fourche Fox 36 Grip Performance et un amortisseur Fox Float X.

La cinématique reste volontairement sobre, sans système exotique, avec pour objectif « un bon compromis entre maintien au pédalage et capacité d’absorption en terrain dégradé », selon la marque. C’est ici une classique architecture de suspension type 4 Bar Linkage que l’on retrouve, comme chez Specialized par exemple.

Géométrie

Sans chercher la radicalité, la géométrie s’inscrit dans les standards actuels du segment all-mountain, avec en taille L, un angle de direction de 64,5°, un angle de tube de selle de 76,8°, un reach de 475 mm et des bases de 446 mm.

Équipements

La transmission repose sur un dérailleur Sram GX Eagle AXS T-Type, sans fil donc, associé à une cassette 10-52. Un choix pertinent sur un VTTAE : Test nouveauté | Sram GX Eagle AXS 2023 : le T-Type se démocratise. On notera les manivelles spécifiques DJI en 155 mm pour favoriser les montées techniques.

Le freinage est confié à des Sram Maven Base, avec disques de 200 mm à l’avant comme à l’arrière. Un ensemble clairement dimensionné pour le poids et les performances du vélo.

Côté roues, Crussis opte pour une approche pragmatique : jantes aluminium 29” double paroi de 30 mm de largeur interne, montées sur des moyeux Boost maison (15×110 mm / 12×148 mm). Le montage pneus va dans le même sens, avec un duo Maxxis, Assegai 29×2.50 à l’avant et Minion DHR II 29×2.50 à l’arrière. Nous verrons hélas sur le terrain qu’il s’agit d’un maillon faible sur ce vélo.

Le poste de pilotage est confié à Race Face, avec un cintre Chester en aluminium (780 mm, rise 35 mm) et une potence de 40 mm. La tige de selle télescopique X-Fusion Manic propose un débattement généreux, jusqu’à 190 mm en taille XL.

Versions et tarifs

La gamme est composée d’un premier modèle aluminium très compétitif sous les 5 000 € (e-Full 11.11 – 4790 €), de notre modèle de test (e-Full 12.11) qui se veut être la porte d’entrée en carbone avec un tarif très compétitif de 5999 €, et enfin deux niveaux “Pro” qui montent significativement en composants et en tarifs jusqu’à 12 000 €.

Ce positionnement est notable : que ce soit sur la version en aluminium ou sur le ticket d’entrée en carbone, Crussis propose le moteur DJI Avinox (et le choix de batterie 600/800 Wh) à un prix souvent nettement plus bas que ce que l’on voit chez les acteurs traditionnels !

Sur la balance, notre modèle d’essai en taille L affiche fièrement 23,4kg, sans le moindre équipement exotique ou même haut de gamme. Un très joli score, qui mérite d’être souligné car à ce tarif il n’est pas rare de dépasser allègrement les 25 kg.

Crussis e-Full 12.11 : le test terrain

Dès les premières sorties, le Crussis e-Full 12.11 annonce clairement la couleur : on est sur un all-mountain, pas sur un enduro. Et c’est justement ce qui fait à la fois sa force… et ses limites.

Au pédalage, le vélo se montre agréable et confortable, avec une position bien pensée pour enchaîner les heures de selle. On est bien installé pour crapahuter sur les sentiers, avaler du dénivelé et envisager de longues sorties sans fatigue inutile. Le confort est également bien présent grâce à ses suspensions qui savent se montrer flatteuse sur les petits impacts et à faible vitesse.

Dès que la pente se fait plus raide, le moteur DJI Avinox impressionne : il pousse fort, très fort, avec une sensation de réserve quasi inépuisable. C’est surtout perceptible dans les longues grimpettes : on monte plus vite qu’avec n’importe quel autre VTTAE et on parvient à rester à 25 km/h bien plus longtemps aussi, signe d’une puissance élevée.

À tel point qu’on s’est parfois posé la question : n’y a-t-il pas trop de puissance ? Pour nous, la réponse est plutôt oui… du moins dans un usage VTT classique. Le mode Turbo, on ne l’a quasiment jamais utilisé en conditions réelles, si ce n’est pour s’amuser sur le parking ou pour rejoindre rapidement une spéciale par une large piste ou par la route. En montée technique, il devient vite excessif, difficile à doser pour la majorité des pilotes. Sans compter qu’il se montre énergivore et qu’il peut rendre vos sorties aussi intenses que… courtes. Mais comme souvent : qui peut le plus peut le moins. Et si ce moteur DJI peut se montrer excessif et brutal, il a aussi d’autres visages, plus doux et bien plus pertinents sur le terrain.

La bonne nouvelle, c’est que tout est paramétrable via l’application DJI. De série, le mode Eco s’approchait d’un Trail+ chez Bosch : trop généreux pour optimiser l’autonomie. Nous l’avons donc calmé pour obtenir une assistance plus douce et plus économe, tout en gardant une certaine poigne, ce qui le rend parfaitement adapté aux longues sorties. Comme l’a fait un de nos testeurs de 65 kg, on peut envisager des sorties à plus de 3000 m de d+ avec ce paramétrage, qui n’a rien d’une assistance molle ou au rabais. Même un pilote plus costaud pourra passer les 2000 m sans souci.

Bien que pas aussi fin que celui de Specialized par exemple, le mode Auto du moteur Avinox est intéressant si on ne veut pas trop toucher soi-même aux modes d’assistance, mais c’est surtout le mode Trail que nous avons apprécié, y compris dans sa configuration d’origine. En usage VTT technique, il permet de profiter de toute l’élasticité du moteur et de son couple, mais sans la brutalité du Turbo. Dans ce mode, un pilote de 80 kg peut faire des sorties de 1500m de d+ très rapides sans souci.

Clairement, la réputation fraîchement acquise par ce moteur Avinox est méritée car, au-delà des chiffres, c’est un moteur très agréable à utiliser. Puissant mais rond et délicat (sauf en mode Turbo), vraiment pas trop gourmand en énergie, très largement personnalisable, compact et peu bruyant : on frise le sans-faute. Sans oublier non plus la charge rapide de sa batterie, sur laquelle on peut monter à 75% en moins d’1h30 alors qu’une charge complète prend à peine plus de 2h. Un paramètre qui change parfois la donne : récupérer une demi-batterie sur le temps d’un lunch ouvre clairement la porte à de très longues journées de roulage, voire à des sorties en deux temps.

Revenons au châssis Crussis : à la descente, le e-Full 12.11 confirme son orientation all-mountain. Le châssis est joueur, ludique et facile à prendre en main. On trouve rapidement ses marques, le vélo n’est pas trop rigide/raide et ne demande pas de se battre pour être placé. Il donne aussi envie de jouer avec le terrain. C’est rassurant, accessible, et clairement orienté plaisir.

Attention toutefois à ne pas lui demander ce pour quoi il n’a pas été conçu. Dès que le terrain devient très engagé ou que l’on attaque de vraies spéciales d’enduro, on finit par atteindre les limites du châssis. La rigidité qui pouvait sembler bien dosée au départ apparaît alors comme trop faible quand on cherche à pousser fort et à prendre de la vitesse. Ce n’est pas un défaut en soi, mais une conséquence logique de son positionnement.

Gros point positif pour la fourche Fox 36, qui nous a rappelé à quel point cette dernière génération est réussie : maintien, lecture du terrain et confort sont au rendez-vous. Un vrai plus sur ce vélo.

À l’inverse, les roues nous ont clairement déçus. Lourdes, inertes et trop souples, elles donnent l’impression de se tordre en permanence sous les appuis et se voilent rapidement. Un point faible marqué du montage, surtout au regard du couple et du poids du vélo. Côté freinage, on est en revanche content de retrouver des Sram Maven, même dans leur version Base plus accessible. Puissance, constance et endurance sont bien là, et c’est rassurant sur un VTTAE de ce gabarit.

Un mot enfin sur la finition du cadre : il s’est très rapidement marqué, avec des griffes visibles après peu de sorties. Nous avons également constaté l’apparition rapide de jeu au niveau de la biellette et du triangle arrière, à cause des vis des points de pivot qui ont tendance à se desserrer et qui demandent un contrôle régulier. On n’oublie pas que le tarif de ce vélo est très bien placé, mais on aurait quand même aimé un peu plus de soin sur le montage car ces « détails » imposent une vraie vigilance sur les serrages et l’entretien.

Verdict

Avec le e-Full 12.11, Crussis propose une offre claire et assumée. Le châssis montre ses limites quand le terrain devient très engagé et certains choix d’équipement — les roues en tête — mériteraient d’être revus, mais ce serait passer à côté du vrai sujet. Car le cœur du vélo, c’est bien le moteur DJI Avinox. Puissant, personnalisable, endurant et surtout ultra-rapide à recharger, il change concrètement la façon d’envisager le VTTAE au quotidien. Crussis a eu l’audace de l’intégrer tôt et de le proposer à un tarif encore contenu, là où d’autres marques restent frileuses ou le réservent au très haut de gamme. Résultat : un VTTAE all-mountain polyvalent, confortable et joueur, pensé pour le dénivelé et les longues sorties plus que pour l’enduro pur. Pas un vélo parfait, mais une proposition très pertinente, qui place Crussis et DJI là où on ne les attendait pas encore.

Pour plus d’informations : https://www.crussis.com

Par Adrien Protano