Test | Specialized Epic Evo 8 : virage vers le all-mountain

Par Olivier Béart -

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Test | Specialized Epic Evo 8 : virage vers le all-mountain

Avec l’arrivée d’un Specialized Epic repositionné pour sa 8e version, l’Epic Evo se devait aussi d’évoluer. Equipé de gros pneus, d’une fourche de 130 mm de débattement et de 120 mm à l’arrière avec un amortisseur spécifique. En se musclant, il se repositionne clairement sur le segment trail/all-mountain, tout en délaissant le XC pur et dur. Comment ce changement se traduit sur le terrain ? Vojo a essayé ce nouveau Specialized Epic Evo 2024 :

Dans la famille des Specialized Epic tout-suspendus, vous avez désormais le World Cup « tueur de semi-rigide » destiné aux parcours rapides avec ses 75 mm de débattement ; puis l’Epic 8 qui passe à 120 mm de débattement pour un usage XC contemporain/marathon cassant et qui se base sur l’ADN de la précédente génération Epic Evo. Specialized a donc assez logiquement repositionné son Epic Evo 8 en le musclant pour lui permettre de marquer sa différence avec la version XC.

Châssis Specialized Epic 8 Evo : ce qui change

Concrètement, le Specialized Epic 8 Evo est basé sur le même châssis entièrement en carbone que le nouvel Epic 8 destiné au XC (Voir notre article détaillé sur ce modèle : Test nouveauté | Specialized Epic 8 : quand la compétition dicte sa loi). Seule différence : il n’y a pas (plus) de version S-Works sur ce modèle Evo, et donc pas de cadre en fibres Fact 12m, les plus légères et haut de gamme disponibles chez Specialized. On reste ici sur des fibres Fact 11m et un cadre annoncé autour de 1900 g avec amortisseur, ce qui reste un très beau score pour ce genre de machine.

Le cadre du Specialized Epic 8 Evo bénéficie des mêmes nouveautés structurelles que son jumeau l’Epic 8 avec notamment le tube diagonal bodybuildé qui intègre la Swat Door 4.0 permettant d’utiliser le volume intérieur comme espace de stockage. Cette augmentation du diamètre du tube diagonal profite à la rigidité de la partie basse du cadre, mais Specialized insiste sur le fait que le cadre de l’Epic 8 n’est pas « bêtement » plus rigide. Pour être plus juste, on dira que Specialized a savamment revu le dosage de la rigidité, en travaillant aussi sur l’absorption des vibrations dans le but de réduire la fatigue du pilote.

Au niveau de la douille de direction, on retrouve aussi un nouveau système de butée qui permet d’éviter tout contact entre le poste de pilotage et le tube supérieur. Le jeu de direction dispose de perçages permettant de faire passer Durit et câbles si on le souhaite, mais le cadre dispose de perçages et est monté d’origine avec un passage plus classique

Suspensions et équipements : cure de stéroïdes

La plus gros changement entre l’Epic 8 et l’Epic 8 Evo concerne les suspensions. Exit RockShox, place à Fox avec une fourche 34 en 130mm à l’avant et un amortisseur Fox Factory Evol LV à l’arrière, qui offre lui toujours 120 mm de débattement.

Par contre, les settings internes de l’amortisseur de l’Epic 8 Evo sont fort différents de ceux de la version XC. L’amortisseur Fox offre un plus grand volume d’air que le RockShox, son setting hydraulique de base privilégie un côté plus « smooth » et surtout il ne compte que deux positions : ouvert et fermé. Ce choix peut surprendre et nous verrons plus loin dans la partie test terrain s’il est pertinent ou non à nos yeux.

Du côté des équipements, on constate la présence de pneus avec un profil, une carcasse et une gomme plus engagés : Specialized Ground Control en 2.35, gomme T7 (intermédiaire) et carcasse Grid renforcée à l’arrière, combiné avec un Purgatory 2.4, gomme tendre T9 et carcasse Grid à l’avant. Les roues restent par contre les mêmes que sur l’Epic 8 de XC.

Les freins sont aussi plus gros : on passe des Sram Level 4 pistons aux Code 4 pistons avec disque de 200mm à l’avant et 180 mm à l’arrière. La tige de selle télescopique a aussi plus de débattement que sur le modèle XC puisqu’on passe de 125 mm à 150 mm sur les cadres de taille M (125 mm en S et 170 mm en L et XL).

Géométrie

Avec l’augmentation du débattement de la fourche, l’angle de direction est logiquement plus couché sur la version Evo que sur l’Epic 8 (-0,5°) et le reach est un poil plus court (-5 mm), mais pour le reste les deux vélos sont fort similaires sur le papier. On se rapproche aussi très fort du Stumpjumper, qui offre 130/140 mm de débattement pour 65° d’angle avant et un reach 5 mm plus long.

Specialized Epic 8 Evo : poids, prix et versions

La gamme Specialized Epic 8 Evo est très réduite, puisqu’elle se limite à deux modèles. On commence par le Specialized Epic 8 Evo Comp qui est affiché à 5200 € avec des suspensions Fox Performance, une tige de selle télescopique X-Fusion Manic, des roues Specialized alu, une transmission Sram GX mécanique et des freins Sram Code Stealth Bronze. Il est annoncé à un poids de 12,61 kg.

En haut de la gamme on retrouve le Specialized Epic 8 Evo Pro testé ici, qui est affiché à 9000 €. Il dispose de suspensions et d’une tige de selle Fox Factory Kashima, de roues carbone Roval Control Carbon avec moyeux Industry Nine, d’une transmission Sram XO AXS T-Type et des freins Sram Code Stealth . Il est annoncé à un poids de 12,12 kg. Il est aussi proposé en cadre seul à 4000 €.

Specialized Epic Evo 8 Pro : le test terrain

Quand on passe directement, comme nous l’avons fait, du Specialized Epic 8 S-Works avec ses suspensions électroniques RockShox Flight Attendant XC à l’Epic 8 Evo Pro, le contraste est assez saisissant ! Visuellement, on voit immédiatement qu’on est sur un plus « gros vélo », notamment à cause des pneus, et la position est assez différente avec un poste de pilotage quasi 4 cm plus haut que sur l’Epic 8. Logique, la fourche Fox est plus haute que la SID et a 1 cm de débattement en plus, et le poste de pilotage de l’Epic 8 Evo adopte une potence droite et un cintre légèrement relevé quand son faux jumeau l’Epic 8 adopte un combo avec une potence à angle négatif et un cintre plat.

Clairement, l’Epic 8 Evo pédale bien et donne toujours une belle impression de légèreté, mais son rendement n’a rien à voir avec celui de l’Epic 8 S-Works. Le poids des pneus joue beaucoup, tout comme le poids global de l’engin (qui accuse plus d’1,5 kg de différence tout de même) et la position moins orientée vers l’attaque cause aussi ce ressenti. Assez vite, on se dit d’ailleurs qu’on va davantage le comparer au Stumpjumper qu’à l’Epic 8 avec lequel il partage pourtant le châssis. Clairement, avec ses équipements bodybuildés et ses suspensions différentes, c’est un tout autre vélo qui va jouer dans la cour des vélos de trail/all-mountain plus que sur le segment XC engagé et down-country comme son prédécesseur.

Tant qu’on parle de suspensions, elles jouent aussi un rôle au niveau du rendement perçu sur le Specialized Epic 8 Evo. A l’avant, la fourche Fox Factory Grip 2 dispose d’un réglage des compressions basse et haute vitesse très raffiné, mais pas de blocage. A nos yeux, ce n’est pas vraiment un souci tant le fonctionnement de la Fox F34 Grip2 est convaincant. Par contre, à l’arrière, on est sur un amortisseur on/off qui ne dispose pas de position intermédiaire. Clairement, nous avons trouvé cela dommage. On a l’impression que ce choix a été fait pour des raisons « politiques » afin de bien différencier l’Epic 8 Evo de l’Epic 8 destiné au XC, mais cela pénalise clairement l’expérience sur le terrain car on se retrouve régulièrement dans des portions de pédalage où la position ouverte semble trop souple et ajoute à l’impression de manque de rendement de l’Epic 8 Evo, alors que la position ouverte est trop ferme, ce qui pénalise le confort et le grip de la roue arrière dans les montées plus techniques.

On peut jouer sur la mollette noire de réglage de la compression 3 positions de l’amortisseur Fox en la passant de 1 à 2 (la 3 est trop dure selon nous et influence les réactions du vélo ailleurs qu’en côte) mais cela ne vaut pas un vrai mode intermédiaire, qu’on aurait aimé retrouver ici comme sur l’Epic 8 en version XC, quitte à ce que le système soit recalibré sur l’Evo.

En descente, lors de notre premier contact avec l’Epic 8 Evo au Chili, sur les pistes d’un bike-park local très propres mais avec de grosses bosses et de gros virages relevés, le vélo nous a un peu déconcertés. Il a un côté très fun et léger qui invite vraiment à se lâcher et qui est très jouissif, mais son cadre se montre fort rigide et incisif dans ses réactions à la moindre petite faute ou difficulté. Ce qui peut être acceptable ou même une qualité sur un vélo de XC rend ici le vélo délicat quand on l’emmène sur des terrains de ce type, où d’un côté il donne envie d’envoyer, et de l’autre il fait payer cash la moindre erreur avec son châssis exigeant et ses suspensions au débattement réduit.

Par la suite, de retour en Europe, nous avons eu l’occasion d’essayer plus longuement le Specialized Epic 8 Evo. Sur nos terrains habituels en Belgique, nos testeurs ont aussi trouvé que le rendement le plaçait davantage parmi les très bons élèves de la catégorie trail/all-mountain, que dans la moyenne des XC contemporains. Et tous ont aussi regretté l’absence de position intermédiaire pour les grimpettes techniques. Par contre, quand on l’emmène sur des descentes naturelles, bien technique et pas trop longues comme celles des trail centers wallons, le vélo commence à se révéler.

Là, quand on ne l’emmène pas sur des grosses bosses ou des virages relevés qui permettent de prendre plein de vitesse, son potentiel se révèle pleinement sur les petits singletracks techniques et sinueux, y compris quand il y a de la grosse pente et un relief tourmenté au sol. Même dans le très cassant, la gestion du débattement étonne et on a l’impression d’avoir plus que 120/130mm. Chapeau !

Ensuite, nous l’avons emmené une semaine dans le sud de la France, entre Marseille et Aix, sur le Régagnas et alentour. Et là, ça a été une véritable révélation. Sur des montées plus longues effectuées sur de beaux DFCI, le vélo pédale très bien en position bloquée et permet de monter bien plus vite qu’avec un vrai all-mountain et, bien sûr, qu’avec un gros enduro. Cela va vous paraître un peu bizarre de dire cela, mais il en devient presque une alternative à un e-bike pour quelqu’un qui est dans une forme correcte, tant il permet de faire passer vite les ascensions. Puis, dans les descentes du Sud, wow, quel plaisir !

Alors que le cadre a un côté très exigeant quand on le pousse à la limite sur des grosses bosses et des virages relevés de bike-park, il montre un tout autre visage dans la caillasse. Là, les suspensions ne semblent jamais dépassées et le cadre fait preuve d’un compromis très juste entre tolérance et réactivité pour offrir un comportement très fun mais jamais traître.

Même quand on s’engage sur des traces avec des passages engagés sur de gros rochers et avec beaucoup de pente, on se sent bien, avec un vélo qui offre une position très rassurante et l’impression que sa légèreté et son agilité permettent de le placer au millimètre où on le souhaite. Peut-être ressent-on un peu plus de fatigue qu’avec un vélo offrant plus de débattement, ou un « vrai » all-mountain comme le Stumpjumper, mais le curseur du fun est tellement élevé avec cet Epic Evo qu’on oublie bien vite cet aspect.

Verdict

Le Specialized Epic 8 Evo est un vélo atypique, qui nous a vraiment déconcertés au premier contact. Peut-être y a-t-il eu une erreur de casting de la part de Specialized en nous emmenant faire ses premiers tours de roues dans un bike park avec de grosses bosses et des virages relevés pour sa première sortie ? Surtout en sortant tout juste d’un roulage très concluant de l’Epic 8 S-Works qui offre un comportement très différent même si leur châssis est similaire à la base. Puis, lorsque nous l’avons emmené sur les cailloux du Sud, c’est vraiment là qu’il s’est révélé. On ne s’y attendait pas vraiment, mais le cocktail d’un vélo à la fois très capable dans le technique, assez léger et bon pédaleur colle parfaitement avec ce genre de terrain et de relief. Véritable jouet dans le technique, c’est un vélo qui n’est sans doute pas aussi rapide et efficace qu’un gros all-mountain ou un enduro en descente engagée et cassante, mais quel pied au pilotage et quel plaisir de virevolter d’un virage à l’autre et d’un caillou à l’autre. Bref, ce n’est pas un vélo parfait pour tous les terrains et son positionnement entre le XC et le all-mountain peut déconcerter, mais nous avons trouvé des terrains où ce cocktail atypique est assez génial, tandis qu’il a du mal à passer sur d’autres. C’est clairement un vélo qui devrait séduire les pilotes à la fois physiques mais amateurs de pilotage engagé, mais qu’on vous recommande d’essayer avant l’achat afin d’être certain qu’il répond à vos attentes. Seul vrai gros regret, l’absence de position intermédiaire sur l’amortisseur qui empêche de profiter pleinement des qualités du vélos dans les montées techniques et les singletracks cassants à plat, alors qu’il pourrait y exceller.

Plus d’infos : https://www.specialized.com/be/fr/c/epic?productfamily=Epic+EVO&page=1

ParOlivier Béart