Test | Pneus Schwalbe Romy & Tacky Chan Radial Pro : polyvalence, solidité et grip maximal
Par Olivier Béart -
Schwalbe a récemment revu ses gammes de pneus Gravity et Trail, avec l’apparition d’un nouveau profil polyvalent, le Romy, et d’une version remaniée du très agressif Tacky Chan spécialement prévu pour les carcasses radiales. Vojo les a testés :
Pour 2026, Schwalbe a revu ses gammes Gravity et Trail, dans une optique de simplification et de meilleure lisibilité. Outre le marquage, qui met désormais d’abord en avant le type de pneu/carcasse auquel on a affaire (Gravity ou Trail) puis les autres infos (nom du profil, section, carcasse radiale ou non), on note l’arrivée d’un tout nouveau profil, le Romy, et d’une version revue du Tacky Chan dont les crampons sont conçus pour mieux s’accorder avec la carcasse radiale. Ce sont ces deux nouveautés que nous testons ici.
Commençons par les présentations :
Schwalbe Romy
Officiellement, Schwalbe présente le Romy comme le remplaçant du Hans Dampf, mais aussi partiellement du Nobby Nic. Par là, il faut comprendre que, malgré son profil assez cramponné et agressif, le Schwalbe Romy a été conçu pour offrir une résistance au roulement assez limitée, ce qui permet aussi d’envisager son usage sur des vélos à petit débattement où la notion de rendement reste importante. « Avec le Romy, nous avons voulu concevoir un pneu « plaisir », qui fonctionne aussi bien en montée qu’en descente. Nous l’avons aussi voulu polyvalent. Avec lui, le choix du bon pneu pour une pratique all-mountain devient facile parce qu’il n’y a plus besoin de choisir », explique Schwalbe.
Au niveau des crampons, on constate un épaulement plutôt agressif, avec des crampons latéraux assez prononcés. Ils s’alternent en mode « 2-1 », avec deux crampons en forme de léger « L » qui alternent avec un crampon rectangulaire. A cela correspondent des crampons centraux en « 3-2-2 », avec une alternance de trois crampons allongés perpendiculairement au sens de roulage, puis deux plus gros et enfin deux autres de forme plus carrée.
Le Schwalbe Romy est disponible en deux gommes : Mid (reconnaissable à sa ligne bleue) et Soft. On conseillera un montage Mid avant/arrière sur des vélos à petit débattement pour limiter la résistance au roulement tout en ayant plus de polyvalence et d’accroche que si on avait opté pour de vrais pneus de XC. Une combinaison Mid arrière/Soft avant conviendra à ce même type de vélos, en offrant plus d’accroche et de sécurité au niveau de la proue. Enfin, un montage Soft/Soft conviendra pour des vélos avec plus de débattement, où on cherche toujours de bonnes capacités au pédalage et de la polyvalence. Un montage du Romy en gomme Soft à l’arrière, combiné à un autre pneu de la gamme en Ultra Soft à l’avant est aussi une bonne option pour de plus gros vélos (enduro, e-bike).
En regardant le tableau des différentes versions disponibles, on se rend compte que l’offre est large, avec deux diamètres de roues (27,5 et 29), deux sections (2.4 et 2.5), deux types de gommes (Mid et Soft), trois carcasses (Race, Trail et Gravity) et deux constructions (classique ou radiale). Tout cela est valable pour les versions Pro haut de gamme dont les prix sont compris entre 69,90 € et 79,90 €, mais n’oublions pas qu’il y a aussi une version plus simple à 44,9 € disponible uniquement en 2.4 de section et gomme Mid, mais bien en 27,5 et 29 pouces de diamètre.
Sur notre balance, nous avons pesé notre Schwalbe Romy 29×2.5 en carcasse Trail Radial et gomme Soft à 1116 g. Ce qui n’en fait pas un poids plume, loin de là, mais on est sur une des versions les plus lourdes de la gamme, et Schwalbe a préféré jouer la carte de la solidité et du comportement, plutôt que celle de la chasse aux grammes. Soulignons que c’est un peu en dessous du poids annoncé par la marque, ce qui tend à montrer qu’on peut croire ce qui est écrit dans le tableau présenté plus haut.
On peut retrouver quelques similitudes avec l’Albert (à droite) mais, quand on place les deux modèles côte à côte, on se rend compte assez vite des différences. L’Albert adopte, lui, une architecture de la bande centrale en rangées de crampons « 3-2 » contre « 3-2-2 » pour le Romy (à gauche), et surtout ses crampons sont un peu plus hauts et plus rapprochés. L’Albert est aussi disponible en gomme Ultra Soft, ce qui n’est pas le cas du Romy. On voit aussi une différence dans les sections, puisque le Romy est disponible en 2.4 et 2.5, quand l’Albert est disponible en 2.5 et 2.6. Au final, tout cela concourt à placer l’Albert plutôt sur le terrain des « gros vélos » et de la recherche du grip maximal, alors que le Romy se veut plus typé all-mountain avec une recherche de compromis idéal entre accroche et rendement.
Schwalbe Tacky Chan Pro Radial
Le Schwalbe Tacky Chan est un visage connu de la gamme, mais il a reçu ici un petit lifting pour sa nouvelle déclinaison en carcasse radiale. Ce pneu, très prisé des descendeurs et des enduristes, n’était jusque-là disponible qu’en carcasse diagonale/classique. Désormais, il y aura le choix.
Quand on compare le dessin radial du Tacky Chan, à droite, au dessin de la version présente pour carcasse classique/diagonale, à gauche, on constate qu’il n’y a plus que deux types de crampons en alternance au niveau de la bande centrale sur le radial, contre trois pour le diagonal. La ligne des petits crampons presque joints disparaît sur la version radiale, alors que les plus gros crampons sont un peu plus rapprochés du centre. Les tétines latérales ne changent pas contre pas.
Le Schwalbe Tacky Chan a aussi droit à la nouvelle gomme Ultra Soft (mauve) mise à jour, suite à un travail mené avec les teams de DH et Enduro sponsorisés par Schwalbe. Elle offre un rebond encore plus faible, avec 50% d’amorti supplémentaire annoncé. La marque annonce donc une adhérence améliorée surtout sur sol humide, tout en expliquant avoir travaillé pour accroître la durabilité.
Le Schwalbe Tacky Chan Radial Pro est disponible en gommes Soft et Ultra Soft, en carcasses Trail et Gravity et en 29 ou 27,5×2.5 avec des tarifs allant de 74,9 € à 79,9 €. Quant au poids, nous l’avons pesé à 1359 g en 29×2.5 et carcasse Gravity Pro Radial. Là non plus, on n’est pas sur un poids plume, mais il s’agit d’un des pneus les plus renforcés de la gamme.
Schwalbe Romy & Tacky Chan : le test terrain
Nous avons eu l’occasion d’essayer ces deux nouveautés dans des conditions très variées et sur des vélos et des terrains très différents. Tout d’abord sur les pistes de Molini en Italie, où nous les avons roulés sur des vélos Propain Eugene et Ekano (e-bike) dans des conditions alternant neige, boue et sec ; puis en Belgique sur les trail centers de la région de Liège, où nous l’avons roulé sur un Atherton d’enduro et sur le Moustache Game 160.
Le Romy nous a très vite convaincus en montage arrière. Il offre une excellente traction en montée, même sur un e-bike full power (le Propain Ekano est équipé du nouveau moteur Avinox M2S de 1500 W de puissance et 150 Nm de couple), tout en préservant une résistance au roulement vraiment très faible. Au plus grand bonheur de vos mollets si vous roulez sur un vélo classique, et de l’autonomie de votre batterie si vous roulez en e-bike. A ce niveau, Schwalbe n’a pas menti, et le Romy se distingue de l’Albert par son côté plus roulant et sa plus grande polyvalence d’usage.
Au freinage à l’arrière, on peut sentir que l’Albert est un peu supérieur, mais le Romy reste excellent et permet d’envisager un usage dans des trails très engagés sans se mettre en danger. Il est sain, prévisible et lisible. Idem quand il s’agit de jouer avec le grip latéral, tantôt en le laissant glisser légèrement, tantôt en comptant sur son accroche. Il sait faire les deux et on peut facilement jouer avec le Romy.
Excellent sur le sec, il garde la plupart de ses qualités dans la boue et les conditions humides, même si un Albert en gomme Ultra Soft sera sans aucun doute plus adapté si on vise un usage engagé. Mais au prix d’une résistance au roulement supérieure.
En montage avant, le Romy nous a moins convaincus. Il faut vraiment prendre de l’angle pour bien activer ses crampons latéraux et on peut sentir un petit flou au moment de la transition avec la bande centrale. Le freinage reste bon, et il est agréable sur les singletracks sinueux, mais dès qu’on engage un peu plus, il ne met pas autant en confiance que d’autres pneus de la gamme Schwalbe, comme le Magic Mary ou le Tacky Chan dont nous parlerons juste après. A l’avant, il rappelle qu’il s’agit d’un pneu de all-mountain destiné à des vélos de petit/moyen débattement, et on le réservera à cet usage en montage avant, alors qu’il peut clairement voir plus large en montage arrière.
Quand on passe sur un Schwalbe Tacky Chan en montage avant, la différence est flagrante avec le Romy. On sent qu’on est sur un pneu développé pour des pratiques très engagées et des pilotes exigeants. Et, en tant qu’amateur, on en profite pleinement avec un pneu qui offre une accroche latérale hyper rassurante sur les reliefs, et cela que le sol soit sec, légèrement humide ou carrément boueux. La directivité du Tacky Chan est bluffante, et rarement un pneu nous a mis autant en confiance. Garder sa ligne sur terrain chaotique est d’une facilité déconcertante puis, dans les virages, il offre une prise de grip hyper rassurante et constante qui permet de prendre de l’angle sans arrière-pensée. Beaucoup d’angle même !
A ce stade, il nous faut dire un mot sur la fameuse carcasse radiale de Schwalbe. Ce n’est plus vraiment une nouveauté, mais rappelons que cette disposition des fils des trames qui servent d’ossature au pneu est faite avec un croisement d’environ 90°, contre 45 à 50° dans le cas de pneus de construction classique/diagonale. Cela donne des pneus avec une meilleure capacité de déformation sur les reliefs du sol, et qui vont donner la sensation d’être plus « posés » et d’offrir davantage de surface de contact avec le sol. En contrepartie, on peut parfois percevoir un peu de flou latéral dans les appuis. Mais, à ce niveau, il nous semble qu’on peut parler au passé car, sur le Tacky Chan comme sur le Romy, la combinaison de cette construction radiale avec les nouvelles carcasses Trail et surtout Gravity a fait largement disparaître la sensation de flottement qu’on pouvait avoir avec les premiers pneus Schwalbe radiaux. Nous avons pu aussi garder nos pressions habituelles (1.3 bar à l’avant et 1.4 à l’arrière en usage AM/enduro pour un pilote de 80 kg), sans ressentir le besoin de surgonfler.
On garde l’avantage de pneus qui semblent très posés au sol, avec peu de rebond, mais sans l’inconvénient du flottement ou de l’impression de « pneu dégonflé » qu’on a pu avoir lors de nos premiers tests. Cette maturité qui semble avoir été atteinte dans les carcasses radiales nous fait dire qu’elles pourraient peut-être remplacer complètement les carcasses classiques à terme. En tout cas, pour les deux pneus testés ici, nous les prendrions sans hésiter en construction radiale, car il nous semble que cela participe beaucoup à l’agrément ressenti avec les deux profils.
Revenons au Tacky Chan ! Vous l’aurez compris, il nous a carrément bluffés en montage avant. Comme nous l’avions déjà ressenti dans notre test du Tacky Chan « original » (non radial), il reste plus précis que le Magic Mary dans les gros appuis et les freinages. Et, surprise du chef : le Tacky Chan dans cette version radiale tient désormais aussi la dragée haute au Magic Mary en conditions humides. Est-ce grâce à la carcasse radiale ou au profil adapté… ou à la combinaison des deux ? Ou à la nouvelle gomme Ultra Soft ? Quoi qu’il en soit, le Tacky Chan Radial est aussi très rassurant sur les racines et cailloux humides, sur lesquelles on prend vraiment confiance. Il n’y a que dans la grosse boue que les crampons carrés sur Magic Mary resteront supérieurs, sans pour autant que le Tacky Chan soit ridicule.
En montage arrière, le Tacky Chan est aussi assez bluffant. Il est particulièrement bon au freinage, et il est absolument démoniaque de grip quand on le monte sur un e-bike full power avec lequel on veut écumer toutes les montées impossibles de sa région. Mais cela a clairement un prix : sa résistance au roulement qui se fait fortement sentir dès qu’il faut grimper sur des chemins plus lisses, et une fâcheuse tendance à donner l’impression de coller au sol dès qu’on n’est pas dans de vraies grosses descentes d’enduro.
Quel montage choisir entre le Schwalbe Romy et le Tacky Chan ?
Et si un nouveau duo fantastique était né ? Après cet essai, nous vous conseillons de combiner le montage d’un Schwalbe Romy à l’arrière avec un Tacky Chan à l’avant. C’est ce que nous avons fait, et nous avons été enchantés par ce combo qui se pose comme une alternative plus moderne au fameux couple Albert/Magic Mary, qui gardera juste un léger avantage dans la boue. Mais ailleurs, la combinaison de la résistance au roulement très mesurée du Romy en montage arrière avec l’accroche bluffante et la précision du Tacky Chan à l’avant fait des merveilles.
Au niveau de la solidité, Schwalbe semble clairement avoir fait fort aussi. Lors de la présentation, aucune crevaison à déplorer sur un groupe de 20 personnes et deux journées de tests intensifs. Par la suite, nous n’avons pas non plus eu le moindre souci sur nos terrains habituels, y compris en conditions de course où on commet souvent plus de petites erreurs car on recherche à atteindre ses limites. Les flancs des pneus n’ont aucune entaille, et les crampons tiennent encore tous bien, que ce soit en carcasse Gravity ou Trail. Cette dernière apparaît d’ailleurs comme bien assez solide pour la plupart des usages, hors course DH/Enduro très engagé ou pour des pilotes qui roulent sur des terrains habituellement assassins pour les pneus. Quant à l’usure, elle apparaît comme raisonnable. On peut voir quelques marques dues au freinage sur les crampons du Romy que nous avons beaucoup utilisé en montage arrière mais, après 350 km vraiment exigeants avec ce seul pneu, on se dit qu’il pourra encore en faire au moins 3 ou 4 fois plus, ce qui le place dans la bonne moyenne pour ce type de pneus hautes performances, même si certains comme Continental font encore mieux.
Verdict
Même si Schwalbe a voulu simplifier sa gamme, son offre reste très large sur le segment gravity et trail. On se demandait donc ce que ces nouveaux profils allaient pouvoir apporter. S’ils ne simplifient pas vraiment la donne, force est par contre de reconnaître que le Schwalbe Romy est un des meilleurs pneus arrière que nous ayons essayé, et le Tacky Chan peut recevoir les mêmes éloges en montage avant. La souplesse des carcasses radiales est désormais parfaitement dosée et la solidité est au rendez-vous, ce qui place ce duo parmi les références du marché à nos yeux. Le tarif est élevé, mais la qualité de roulage est vraiment présente, et quand on voit ce que cela apporte d’avoir des pneus d’une telle qualité sur un vélo, cela permet de relativiser (un peu).
Plus d’infos :
Notre article sur les nouveautés Schwalbe 2026
La page dédiée au Tacky Chan sur le site Schwalbe
La page dédiée au Romy sur le site Schwalbe