Par Olivier Béart -

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La marque espagnole Rotor est bien connue depuis plusieurs années pour ses plateaux ovales, dont elle a été une des pionnières. Petit à petit, elle s’est aussi faite remarquer pour ses pédaliers en aluminium usiné au look décalé, ainsi que pour ses boîtiers de pédalier « tous standards » qui permettent d’adapter (presque) n’importe quel pédalier – de la marque ou pas – sur (presque) n’importe quel cadre. Nous avons pu effectuer un test longue durée du modèle le plus léger dans sa version mono-plateau, le Rotor REX 1.1. Voici nos conclusions :

Rotor_Rex_1_Test_Copyright_OBeart_VojoMag-8Si le REX 1 est tout nouveau, les 3D et 3D+ continuent leur carrière sous les dénominations REX3 et REX2. Le 3 est l’entrée de gamme, proposé à 199€ avec axe acier en 24mm, le 2 est forgé/usiné mais avec un axe alu comme sur le REX1 et juste 20g de plus pour 259€ contre 349€ pour le haut de gamme testé ici. Tous sont disponibles en mono (REX 1.1, 2.1 et 3.1 – dont les prix sont communiqués ci-dessus) et double plateau (REX 1.2, 2.2 et 3.2), voire même en triple pour le Rex3. Dans tous les cas, comme l’étoile est amovible, il ne faut pas changer tout le pédalier si on veut passer de l’un à l’autre, ce qui est plutôt une bonne chose.

1-rotor_326595656Idem pour le boîtier de pédalier, dans la mesure où Rotor propose de nombreuses options qui permettent le montage d’un pédalier Rotor REX avec axe de 30mm sur quasiment tous les cadres du marché : BB30 et PF30 bien sûr, mais aussi fileté classique et PF-BB92. Bon à savoir : ces boîtiers peuvent aussi vous aider à solutionner des soucis de compatibilité de pédaliers d’autre marque avec certains cadres (par exemple pour monter un pédalier Shimano sur un cadre en PressFit30). Cela dit, comme nous le verrons plus loin, leur durabilité est assez variable et va d’excellent à carrément médiocre selon les versions.

Rotor_Rex_1_Test_Copyright_OBeart_VojoMag-9Du côté des plateaux, on retrouve l’inévitable dessin ovale qui a fait la renommée de la marque. Les avantages théoriques sont désormais bien connus : meilleur passage du point mort, réduction de la fatigue, meilleur grip en côte en limitant les a-coups,… Si plusieurs marques proposent aujourd’hui des plateaux ovales (comme B-Labs dont nous avons publié un test il y a peu), Rotor reste la seule à proposer un ajustement sur 3 positions, qui fait d’ailleurs l’objet d’un brevet. Selon vos sensations et préférences, vous pouvez décaler la position de l’ovalisation et donc la phase de pédalage dans laquelle le plateau va le plus vous aider.

Rotor_Rex_1_Test_Copyright_OBeart_VojoMag-11Sur la version QX1 pour mono-plateau, on retrouve un dessin des dents de type narrow-wide qui permet de se passer d’anti-déraillement et qui est compatible 10/11 vitesses. Pour garder son système de réglage sur 3 positions tout en proposant un large panel de couronnes (de 28 à 36 dents), la marque a développé sont propre standard de fixation, appelé 76BCD et sur lequel les vis côté manivelle sont plus espacées que celles à l’opposé. Le plateau Rotor QX1 est aussi disponible en 4 trous standard (104BCD) mais uniquement en 34 et 36 dents. Une version spécifique du plateau QX1 pour pédalier XTR M-9020 est aussi disponible en 32, 34 et 36 dents. L’étoile Rotor est quant à elle disponible pour les pédaliers Sram à étoile amovible (XX1, XO1,…), Specialized et Cannondale Hollowgram.

Au niveau des poids, le pédalier Rotor REX 1.1 est dans la moyenne, sans plus. Avec 598g, il est à peine plus léger qu’un pédalier XTR M-9000… en double plateau (612g), et il se positionne aussi en-dessous du pédalier Hope qui, à sa décharge, est pensé plus pour une utilisation all-mountain/enduro que XC. Il est 100g plus léger qu’un pédalier Sram X1 en alu, mais les pédaliers Sram carbone sont par contre plus légers : environ 30g de moins pour un X01/XX1 classique et carrément 100g de moins pour le nouveau pédalier XX1 Eagle. Idem pour le Race Face Next SL qui, il est vrai, bat des records.

Rotor_Rex_1_Test_Copyright_OBeart_VojoMag-7Du côté du prix, le Rotor n’est pas vraiment bon marché. Les manivelles seules (avec étoile) coûtent 349€, et il faut ajouter 90€ pour le plateau de son choix, soit 439€. On se situe donc assez près des Sram Eagle et autre Race Face Next qui, on l’a vu, sont nettement plus légers. Mais ils sont en carbone, ce qui ne plaît pas à tous, notamment pour des raisons de résistance aux impacts. Le prix des boîtiers est plus raisonnable et va de 39 à 65€ selon la version choisie en roulements acier. Des roulements à billes céramique sont aussi disponibles, entre 99 et 160€.

Rotor REX 1.1 : le test terrain

Rotor_Rex_1_Test_Copyright_OBeart_VojoMag-16Le montage du pédalier et de son boîtier se sont passés sans souci. Cela peut sembler être une évidence, mais cela n’a pas toujours été le cas par le passé chez Rotor car nous avons déjà eu affaire à des pièces mal usinées provenant de chez eux (pas de vis pour les pédales trop petit, boîtier de pédalier PressFit trop gros,etc). Mais ici, la marque espagnole semble avoir bien corrigé le tir et tout se monte très facilement. Il se démonte aussi très facilement. Le mode d’emploi est également assez clair quant aux entretoises à utiliser (ou pas) selon le type de cadre sur lequel on monte son pédalier et le boîtier de pédalier utilisé.

Rotor_Rex_1_Test_Copyright_OBeart_VojoMag-15Dans notre cas, le Rotor REX 1.1 a été monté sur un cadre à roulements externes et boîtier de pédalier fileté. Une option qui joue la carte de la fiabilité et, pour utiliser les boîtiers de pédalier Rotor ThreadFit 30 depuis plusieurs années, nous pouvons confirmer leur très grande fiabilité. Par contre, nous vous déconseillons fortement les versions PressFit30 sur lesquels l’eau pénètre visiblement facilement par l’intérieur, ce qui bloque les roulements à terme. Heureusement, le pédalier est compatible avec n’importe quel autre boîtier PressFit30.

Rotor_Rex_1_Test_Copyright_OBeart_VojoMag-14Avec les plateaux ovales, il y a toujours un petit temps d’adaptation, mais celui-ci est vraiment très réduit. A peine quelques centaine de mètres dans notre cas et pour nos testeurs. On a l’impression de pédaler carré pendant quelques minutes puis, comme par magie, les jambes s’habituent. Quand on roule régulièrement avec des plateaux ovales, revenir vers des plateaux ronds n’est pas un souci et quand on passe souvent de l’un à l’autre, le temps d’adaptation disparaît. Nous avons déjà testé plusieurs fois des produits Rotor par le passé mais, encore une fois, nous avons testé les 3 positions. Et nous sommes de nouveau restés sur le réglage intermédiaire qui nous semble offrir les sensations les plus naturelles. Idem pour nos testeurs et, après avoir rencontré plusieurs utilisateurs de plateaux Rotor au cours de notre test, nous avons vu que la plupart restent aussi sur ce réglage. On peut donc se demander si les trois trous ont une réelle utilité.

Dans les montées techniques, un plateau comme le Rotor QX1 aide à éviter de déraper sur les obstacles

Il est difficile de dire qu’on est moins fatigué ou qu’on va plus vite avec des plateaux ovales mais il est clair que les sensations sont agréables et il y a des circonstances où nous avons ressenti un apport indiscutable. C’est notamment le cas dans les montées techniques et les franchissements où un plateau comme le Rotor QX1 aide à éviter de déraper sur les obstacles quand l’adhérence est précaire. Le grip reste plus constant et, en usage enduro, nous avons beaucoup apprécié cette caractéristique qui permet de se jouer plus facilement des petits coups de cul fréquents en spéciales. C’est un des enseignements de ce test : on voit beaucoup ces plateaux en XC et marathon, mais c’est plus en usage enduro et sur terrains très techniques que nous avons ressenti des avantages nets.

Rotor_Rex_1_Test_Copyright_OBeart_VojoMag-12Du côté des manivelles Rotor REX, le bilan est positif. La rigidité n’est jamais prise en défaut et malgré un test longue durée sur des terrains souvent boueux et abrasifs, la très belle anodisation noire a bien tenu le choc. Même en cas d’usure, comme nous l’avons vu sur des pédaliers ayant plusieurs années, le look global du pédalier reste valorisant. Des marques comme Shimano devraient en prendre de la graine car elles souffrent de problèmes en la matière pour le moment.

Rotor_Rex_1_Test_Copyright_OBeart_VojoMag-18Le bilan est positif aussi au niveau de l’usure des dents du plateau qui est très limité après quelque 500 kilomètres effectués avec le pédalier. Au début, avec un plateau neuf et une chaîne neuve, les dents accrochent un peu quand on fait tourner les manivelles sur le pied d’atelier mais, sur le terrain, avec la tension, tout fonctionne parfaitement et le tout se rode rapidement. Nous n’avons pas connu non plus de déraillements intempestifs même si, pour un usage musclé type enduro, nous conseillons le montage d’un anti-déraillement. Il faudra juste être attentif au moment du chois du modèle en raison de l’ovalisation mais pour peu qu’on choisisse un modèle assez haut, il n’y a pas de souci.

Verdict :

Original, bien fini, le pédalier Rotor REX 1.1 est un bel objet qui ne décevra pas celui qui veut équiper son vélo de pièces originales et qui est sensible au label made in Spain. Cela dit, son rapport poids/prix n’est pas des plus favorable et malgré ses qualités, beaucoup de clients potentiels risquent au final de se tourner vers des modèles en carbone plus légers et à peine plus chers. Quant au plateau ovale, nous le retrouvons toujours avec plaisir et nous songeons le garder sur notre vélo pour un usage typé AM/enduro light. On soulignera aussi leur belle durabilité, comme celle du boîtier de pédalier à roulements externe et de la finition des manivelles. On peut aussi parler d’achat durable dans la mesure où le pédalier Rotor REX est conçu pour pouvoir se monter sur différents types de cadres et avec plusieurs types de roulements. Il y a donc de grandes chances qu’il puisse rester avec vous lors d’un changement de vélo, même si on aurait pu espérer pouvoir dissocier l’axe de la manivelle afin, comme chez Race Face ou Cannondale avec le Hollogram, de permettre une adaptabilité totale, y compris fatbike ou avec de nouveaux « standards » qui verront peut-être le jour prochainement et qui nécessiteront peut-être des axes de plus grande longueur. 

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Plus d’infos : www.rotorfrance.com

ParOlivier Béart