Test nouveauté | Origine Radium : un trail bike qui fait douter du gros enduro
Par Olivier Béart -
On connaît Origine avant tout pour ses vélos de route, gravel et ses VTT XC. Avec le Radium, la marque s’aventure pour la première fois sur d’autres terrains et veut s’implanter sur le segment trail/all-mountain. Sa recette ? Un cadre entièrement en carbone avec une cinématique maison et deux versions, l’une en 140 mm de débattement avant et l’autre plus agressive en 150. Nous l’avons essayé en avant-première.
On connaît bien Origine, la marque basée à Valenciennes qui s’est fait connaître par ses vélos de route, gravel et VTT XC entièrement configurables. Bien établie sur ces trois segments, elle veut désormais étendre sa gamme vers des VTT à plus grand débattement. Voici donc le petit nouveau de la famille, l’Origine Radium, qui se positionne sur le segment trail/all-mountain.
Après avoir sorti une version « trail » de son Théorème de XC, qui se limitait à mettre une fourche en 130 mm et des pneus plus cramponnés sur son châssis de XC, Origine a choisi ici une démarche bien plus cohérente et radicale, avec un cadre 100% nouveau et entièrement développé en interne. Le cahier des charges tient en une phrase : pédaler efficacement jusqu’à l’entrée du single, puis pouvoir lâcher les freins une fois dans la pente.
Comment Origine s’y est pris ? Réponse en vidéo, et avec notre essai complet juste après :
Châssis
Le Radium utilise un cadre tout carbone en fibre haut-module. Le terme désigne une fibre plus robuste à poids égal, ce qui permet de dessiner un cadre léger sans sacrifier la solidité. Origine dit avoir cherché un équilibre entre tolérance (un cadre pas trop raide), rigidité, solidité et légèreté. A noter aussi que le cadre est homologué ASTM 4 (la norme d’essai classe les vélos selon l’usage prévu, et la catégorie 4 correspond à des conditions de type enduro, soit au-delà du programme prévu à la base pour ce vélo, afin de rassurer sur sa solidité et sa polyvalence).
Le cadre a des formes très racées, avec des lignes tendues. Le triangle avant est long et bas, couplé à un arrière lui aussi très compact. On sent que la marque a beaucoup travaillé afin d’abaisser le centre de gravité et de faire un vélo qui se fait oublier entre les jambes. Côté durabilité, on trouve des roulements Enduro Bearing à double rangée et graissage solide pour améliorer l’étanchéité et la durabilité.
Origine a aussi soigné les détails et les aspects pratiques, avec notamment une trappe de rangement dans le tube diagonal, avec une base Fidlock intégrée. À l’usage, son ouverture est moyennement pratique à cause d’une mollette d’ouverture très minimaliste et elle n’est pas très grande, mais elle permet quand même de loger le petit matériel de réparation. Du côté du bidon, un Fidlock de 590 ml est fourni sur tous les Radium, avec un modèle de 800 ml en option. On trouve aussi des inserts sous le tube horizontal pour fixer des accessoires. Origine précise que la fixation d’un bidon y est techniquement possible mais qu’elle ne la recommande pas. Il y a également un anti-déraillement spécifique monté d’origine et une patte ISCG05 si on souhaite monter un modèle plus complet avec bash-guard.
Cinématique de suspension
L’autre point majeur du châssis, c’est sa suspension AFS (Active Flow Suspension). Cette suspension, développée en interne, repose sur une architecture de type monopivot, drivée par deux couples de biellettes placés très bas afin d’abaisser le centre de gravité du vélo.
Origine part d’un constat : la plupart des cinématiques actuelles sont très progressives et reposent sur des plateformes assez fermes. Sa réponse est une suspension plus libre et plus naturelle, qui privilégie le grip, l’absorption des chocs et le contrôle du vélo quand le terrain se durcit. Avec cette cinématique, la roue arrière recule légèrement au début de son débattement, ce qui l’aide à absorber les petits chocs et à rester collée au terrain. En fin de débattement, la roue doit bouger davantage pour comprimer l’amortisseur, repoussant ainsi le seuil de talonnage (la butée), ce qui donne selon Origine une sensation de « bottomless feel », même dans les réceptions de sauts et sur les gros impacts.
En regardant les chiffres, on constate que cette suspension a un ratio moyen à faible pour la catégorie (pour rappel, le ratio compare le mouvement de la roue à celui de l’amortisseur. Plus il est faible, moins l’amortisseur travaille pour un même débattement de roue). Du coté de la courbe, celle-ci elle est plutôt linéaire, avec une suspension qui ne devient pas vraiment raide en fin de course. Comme un amortisseur à air est déjà progressif par nature, Origine laisse cette progressivité à l’amortisseur plutôt que de l’ajouter par la cinématique.
L’anti-squat (qui mesure la part de l’effort de pédalage qui empêche le vélo de s’affaisser sur l’arrière quand on appuie sur les pédales) est quant à lui modéré : 60 % au SAG. Le kickback (rotation du pédalier vers l’arrière quand la roue encaisse un choc) est aussi plutôt faible : 2,5° au SAG, ce qui peut être très facilement compensé par la présence d’un système type DF de DT Swiss ou Ochain.
Pour se marier à cette cinématique, Origine a travaillé avec RockShox pour mettre au point des réglages spécifiques de la cartouche hydraulique de l’amortisseur. Là aussi, le but est de donner l’impression d’avoir davantage que 130 mm à pleine vitesse. La plateforme prévoit deux sag : 25 % pour les pilotes qui privilégient le rendement et la réactivité, et 30 % pour les plus engagés et les sessions bikepark, où l’usage du blocage de l’amortisseur permet, selon Origine, de ne pas choisir entre efficacité et engagement.
Deux versions, une même plateforme
Sur base d’un châssis commun, Origine prévoit deux versions partageant le cadre et la suspension AFS en 130 mm de débattement, mais qui se démarquent et développent leur propre personnalité grâce à des fourches différentes et à des équipements adaptés. Concrètement, la fourche est en 140 mm de débattement sur la première version, et 150 mm sur la seconde, ce qui est la première différence importante, avec une influence sur l’angle de direction, qui passe de 65° sur le premier, à 64,4° sur le second.
Le Radium 150 mm est plus engagé. Un angle de direction plus fermé (64,4°) apporte de la stabilité à vitesse élevée. Le cintre en diamètre 35 mm, plus rigide que le 31,8mm de l’autre version, l’amortisseur Super Deluxe (à la place du Deluxe) et les pneus renforcés et plus cramponnés vont dans le même sens. Origine le présente comme proche d’un « mini-enduro » : davantage de marge en descente et plus de confort dans le défoncé, avec un comportement qui reste vif.
Géométries
Origine maîtrise à la fois la taille des cadres et celle des composants associés, puisqu’elle vend en ligne via son configurateur. En s’appuyant sur des milliers de données morphologiques, elle a bâti un guide de tailles reposant sur trois critères : un ratio stack/reach similaire d’une taille à l’autre, une distance similaire entre le poste de pilotage et la roue avant, et une évolution linéaire du reach.
Globalement, le Radium est assez long et adopte des cotes assez « engagées ». Mais, globalement, le but est que chaque pilote retrouve la même position sur le vélo, quelle que soit sa taille. La marque a simulé cette position avec des mannequins virtuels construits à partir de bases de données anthropométriques. Selon elle, avec cette géométrie, le dos des pilotes se couche environ 35 % moins vite à mesure que la taille augmente, par rapport à une géométrie classique. Conséquence : le stack augmente plus vite d’une taille à l’autre qu’à l’habitude. Origine obtient cette progression surtout par la géométrie des composants recommandés (potence, cintre) et non par la hauteur de douille de direction. Un pilote qui préfère une position plus classique peut donc y revenir en choisissant d’autres composants.
A la lecture des tableaux, on constate que le reach progresse de 20 mm à chaque taille dans les deux configurations, ce qui correspond à la volonté d’Origine d’avoir une évolution linéaire dans les tailles. Les bases restent à 438 mm quelle que soit le cadre. Le boîtier de pédalier est 5 mm plus haut en 150 mm (drop de 27 mm contre 32 mm en 140 mm), et l’angle de selle réel passe de 72° à 71,4°. Le stack progresse de façon irrégulière (+5, +22 puis +14 mm entre les tailles en 140 mm), ce qui rejoint la démarche décrite ci-dessus.
Configuration, prix et poids
Comme les autres modèles de la marque, le Radium se configure en ligne : couleur (palette Origine ou teinte personnalisée sur demande), version 140 ou 150 mm avec pneus et périphériques adaptés, postes de pilotage ajustés, choix des composants, etc. Un configurateur 3D permet de visualiser le vélo en temps réel, et des conseillers peuvent vous accompagner par téléphone ou en visioconférence si besoin.
Le vélo complet est disponible à partir de 4 720 €, avec transmission Shimano Deore MC1200, freins Shimano XT 4 pistons, fourche Lyrik Select, amortisseur Deluxe Ultimate, poste de pilotage Origine en carbone et roues Prymahl A30 TR. Le kit cadre est proposé à partir de 2 825 €.
Le vélo que nous avons testé est quasiment le plus haut de gamme, avec des suspensions RockShox Ultimate, des roues DT Swiss XMC 1500 en carbone chaussées de pneus Continental, une transmission Sram XO AXS, des freins Sram Maven Ultimate, un poste de pilotage Renthal et une tige de selle KS LEV. Le traif grimpe à 8000 €, mais , clairement, il n’y a rien à jeter, et la facture reste bien plus raisonnable que les modèles haut de gamme d’autres marques. Nous l’avons pesé à 14,7 kg sans pédales en taille L. Pas un poids plume, mais pas une enclume non plus vu le montage costaud.
Origine Radium : le test terrain
Nous avons pu tester l’Origine Radium sur des terrains très variés, en commençant par la haute montagne dans les 3 Vallées, plus particulièrement à Méribel et à Courchevel, puis nous l’avons ramené en Belgique pour l’essayer sur nos terrains habituels, notamment les trail centers de la région de Liège. Nous avons roulé la version LT avec fourche de 150 mm de débattement, et opté pour un sag de 30 % sur l’amortisseur arrière tout au long du test, pour tous nos pilotes.
A-t-on encore besoin d’un gros enduro ? La question mérite d’être posée quand on voit ce que ce Radium sait faire avec seulement 130 mm à l’arrière. C’est d’abord un vélo long, et Origine l’assume avec une géométrie qui prend un parti pris résolument contemporain et engagé (reach long, potence courte et angle de selle très redressé). Cela peut surprendre un peu au départ, puis il se fait oublier assez vite une fois sur le terrain.
En descente, le vélo est sans surprise assez stable de base vu sa géométrie, mais c’est surtout sa suspension arrière qui impressionne, tant elle gomme bien les irrégularités. Difficile de croire qu’on n’a que 130 mm : on a l’impression d’en avoir au moins 150. Le « bottomless feel » annoncé par Origine se ressent vraiment sur le terrain et participe à cette sensation.
Nous n’avons noté aucun talonnage brutal, et la fin de course est parfaitement maîtrisée. On perçoit aussi bien que le vélo s’allonge sur les impacts pour mieux les digérer, ce qui correspond à l’effet recherché avec la cinématique et les réglages d’amortisseur mis au point avec RockShox.
Malgré cette longueur et cette stabilité, le Radium reste facile et amusant, ce qui surprend. En virages serrés et en épingles, il s’en sort très bien. Il n’y a même pas besoin de le brusquer : tout se fait plutôt en douceur, et il suit bien la ligne qu’on lui donne. On n’a jamais l’impression d’avoir une péniche à faire tourner, ni de coincer dans les épingles. Il se montre bien plus joueur qu’un gros enduro, dont il se rapproche pourtant par moments. Ce n’est pas un vélo de course, mais pour des sorties plaisir, on peut déjà aller très loin avec lui !
À haute vitesse et dans le cassant, aucun souci : le vélo est très stable, et la direction reste précise. En trail center enduro et en moyenne montagne, il est à son aise. Il ne l’est pas moins en haute montagne, où sa stabilité met en confiance tout en gardant ce côté facile et plus léger qu’un « vrai » gros vélo. La suspension y est particulièrement efficace au freinage. Elle reste bien active sur les brake bumps, ces petites bosses en série qui se creusent à l’approche des virages sous l’effet des freinages répétés. Elle assure aussi dans le très défoncé, quand les chocs s’enchaînent.
Le cadre est pour beaucoup dans le comportement sain du vélo, avec une rigidité très bien dosée. Il n’est vraiment pas trop rigide, dissipe bien les vibrations et se cale facilement dans les dévers. Il ne tremble pas, et fait très peu de bruit. Le mariage est parfait avec les roues DT Swiss, qui sont dans le même état d’esprit.
Comme nous l’avons emmené en montagne, on peut vous dire que le bikepark n’est pas son terrain de jeu de prédilection, mais il peut s’y aventurer à l’occasion : très stable, bon dans les brake bumps, sain dans les sauts et joueur, il permet de se faire plaisir sans se faire peur et sans se trimbaler un vélo trop gros pour soi. Il reste néanmoins clairement plus dans son élément sur les tracés naturels.
On attend aussi ce genre de vélo au pédalage, puisqu’un débattement plus contenu doit permettre de bien avancer. Sur ce point, le Radium n’a pas déçu non plus. Origine annonce un anti-squat modéré de 60 % au sag, mais le vélo ne pompe que très peu. Le blocage de l’amortisseur ne sert que pour les longues ascensions bien lisses. Dans les forts pourcentages, le vélo garde une bonne assiette, sans que l’arrière ne s’affaisse, et la position est efficace pour pédaler.
La motricité de la roue arrière est excellente dans les montées techniques, ce qui participe à son très bon comportement en côte raide, au-delà de la position et de l’assiette. Il donne aussi une impression de légèreté, même si la balance ne le classe pas dans les poids plume. Avec un boîtier bas, il arrive en revanche de toucher un peu les manivelles. Il est également très bon dans les relances, notamment en spéciale enduro, quand une petite côte se glisse dans la descente et qu’on veut conserver de la vitesse : il est bien plus réactif qu’un gros enduro.
Un mot sur l’équipement du modèle d’essai, à commencer par les suspensions RockShox, qui sont excellentes. On a simplement regretté de ne pas avoir la dernière Lyrik Ultimate, qui offre encore un peu plus de sensibilité et de lecture du terrain. L’amortisseur de dernière génération, lui, est au top. Les freins Sram Maven sont très bons, et on a aussi apprécié la tige de selle à très grand débattement.
Les roues sont l’autre point fort : des DT Swiss carbone récentes, à la fois réactives et tolérantes. Elles intègrent le système DF (Degree of Freedom), qui joue sur la liberté angulaire de la roue libre du moyeu. Ce jeu permet à la suspension de travailler plus librement, sans effet de chaîne. C’est un vrai plus en montagne ou quand on privilégie la performance en descente. Sur des parcours plus mixtes, avec beaucoup de relances, on peut facilement revenir à une liberté intermédiaire, voire à zéro degré, pour retrouver la réactivité de la roue libre.
Verdict
On n’attendait pas forcément Origine sur ce terrain, mais la marque montre qu’elle sait faire autre chose que du route, du gravel et du XC. Son entrée dans le all-mountain se fait avec un vélo original, racé, efficace et amusant à piloter. Face à un gros enduro, on gagne beaucoup en fun, en vivacité et en polyvalence. Ce que l’on perd en efficacité pure ne se mesurera qu’en course, face au chrono. En dehors du mode race, on peut vraiment aller partout avec ce vélo et y prendre du plaisir, aussi bien dans des régions moyennement vallonnées qu’en haute montagne. Autre atout : les tarifs restent plutôt accessibles (à partir de 4 720 € en vélo complet), et le configurateur permet d’ajuster le vélo à sa pratique, à ses envies et à son budget.
Plus d’infos : https://www.origine-cycles.com/fr-FR/radium