Test nouveauté | Gravel Avona Callis : la mesure de toute chose
Par Adrien Protano -
Avec le Callis, Avona débarque sur le segment du gravel performance en proposant une approche déjà très aboutie et une philosophie un peu différente de ce que l’on voit habituellement. Derrière ce projet, on retrouve deux profils expérimentés de l’industrie qui ne veulent pas uniquement parler d’aérodynamique ou de poids, mais plus largement de rendement, de comportement et de performance “réelle” sur le terrain. Le résultat ? Un gravel rapide, léger et très cohérent dans son approche, que nous avons pu découvrir en Toscane sur des terrains particulièrement variés. Présentation et test terrain :
Avona, une marque récente… mais avec de l’expérience
Derrière Avona, on ne retrouve pas des inconnus fraîchement débarqués dans l’industrie du vélo. La marque est née de l’association entre Jonas Müller et Max Koch, deux profils qui cumulent déjà de longues années d’expérience dans le secteur. Leur ambition avec Avona est assez claire : créer une structure plus légère, plus réactive, et surtout capable de développer des vélos sans les contraintes souvent imposées par les grandes organisations.
Le nom de Jonas Müller parlera peut-être à certains lecteurs puisqu’il est également à l’origine d’ARC8. Avant cela, il a passé près de deux décennies dans l’industrie, notamment chez BMC, Santa Cruz ou encore DT Swiss, avant de travailler directement du côté de la fabrication de cadres à Taïwan et du développement produit. Une expérience assez large, qui va de l’ingénierie à la production, en passant par le comportement dynamique des vélos.
À ses côtés, Max Koch évolue lui aussi dans le milieu depuis de nombreuses années. Ancien mécanicien vélo, il a ensuite dirigé MK Cycles, structure qui collaborait déjà étroitement avec ARC8. C’est justement cette collaboration entre les deux hommes, associée à une envie commune de repartir d’une feuille blanche avec davantage de liberté, qui a donné naissance à Avona.
Un cadre en carbone avec sa propre définition de la performance
À ce stade, Avona propose un VTT Trail, un modèle route et ce Callis de gravel. À première vue, on est bien face à un modèle orienté « performance » comme ce que propose une majorité de marques en ce moment. Pourtant, la philosophie qui se cache derrière ce modèle est suffisamment inhabituelle que pour attirer notre curiosité.
Avec Avona, Jonas Müller et Max Koch ne veulent pas uniquement parler d’aérodynamique ou de poids. Bien sûr, ces éléments restent importants, mais la marque estime que l’industrie réduit parfois un peu trop facilement la notion de “performance” à quelques chiffres mis en avant sur une fiche technique.
« On voit souvent du marketing du genre « on a gagné 5 watts à 50 km/h ». Mais pour un pilote lambda, cela peut représenter quelque chose de très différent selon que cette vitesse se situe dans sa zone de confort… ou à sa limite. On a voulu réaliser nos phases de test à des vitesses jugées plus représentatives de la pratique réelle, et non effectuées par le peloton professionnel », expliquent les deux hommes.
Car oui, même si Avona cherche à élargir sa vision de la performance, cela ne signifie pas pour autant que le poids ou l’aérodynamique ont été mis de côté. Un travail sur le profil des tubes (et leurs propriétés aérodynamiques et mécaniques) ainsi que de la simulation numérique pour le développement de layup de carbone ont été réalisés.
Plus de quarante itérations du cadre ont été simulées pour tenter d’obtenir le meilleur compromis entre aérodynamisme, poids et comportement sur le terrain. Un des facteurs pour ce dernier point se trouve du coté de la souplesse verticale du cadre. Un élément important pour les deux hommes pour un modèle gravel puisqu’il permet d’apporter plus de confort… et donc plus de performance sur le long terme. Avona s’est aussi rendu compte qu’il était possible d’améliorer l’aspect « aérodynamique » avec un tube supérieur légèrement sloping, tandis que les formes de tubes de selle n’apportaient des gains que très limités.
Le résultat ? Un cadre annoncé entre 950 et 1020 g selon la taille, et une fourche à 463 g (pivot non coupé). Le Avona Callis accepte le montage de pneus allant jusqu’à 50 mm, et les transmissions mono (plateau de 46 dents max) et double plateau (plateau de 45 dents max). Sur la balance, le vélo complet est annoncé à partir de 7,78 kg.
On retrouve une boite à gants, dont la face intérieure du couvercle permet de maintenir une pompe, un multi-outils et/ou une cartouche de CO2. La trappe peut être retirée facilement sans devoir enlever le bidon.
Le vélo pensé comme un ensemble pour la performance
La position du pilote, le comportement du vélo, le rendement global de la transmission, le choix des pneumatiques ou encore la manière dont le vélo conserve sa vitesse sur le terrain font tout autant partie de l’équation pour Avona.
« Il y a un énorme potentiel dans les spécifications » ajoute Müller. « Les gains de performance que l’on peut obtenir via les composants sont souvent bien plus importants que ce que l’on peut gagner uniquement sur le cadre. C’est parfois un peu frustrant en tant qu’ingénieur, mais une fois qu’on l’accepte, cela ouvre aussi la porte à une autre manière de concevoir un vélo », continue-t-il.
Un exemple assez parlant : tous les vélos de la gamme, quel que soit leur niveau de prix, sont livrés avec une chaîne cirée préparée par CeramicSpeed. Avona estime que ce type de détails apporte de vraies différences de performance sur le terrain pour tous les utilisateurs, et améliore la durée de vie de la transmission sur le long terme.
Même logique du côté des pneumatiques, avec des choix haut de gamme conservés même sur les modèles les plus accessibles du catalogue. Pour Avona, les gains liés à la résistance au roulement, au rendement global et même à la durabilité des pneus ont souvent davantage d’impact dans le monde réel que certaines recherches aérodynamiques plus extrêmes.
Version, tarifs et surtout personnalisation !
Si on n’est pas sur du véritable sur-mesure comme certaines marques, Avona laisse une large marge de personnalisation en offrant la possibilité de choisir la longueur de potence, la largeur du cintre, la longueur des manivelles ou encore le recul de tige de selle.
Sur les montages Sram, Avona permet également d’opter sans surcoût pour une configuration “mulet”, avec un dérailleur arrière VTT associé à une cassette 10-52 dents, une solution intéressant pour ceux à la recherche d’une plus grande plage de développements. Il est également possible de choisir roues, transmissions, etc., pour adapter le modèle à ses préférences et à son budget.
Au catalogue de la marque, les premiers montages débutent autour de 4500 € et grimpent au-delà de 10 000 €. Le kit cadre avec cockpit Frasewerk est annoncé à 3600 €.
Avona Callis : le test terrain
C’est au milieu de la Toscane que nous avons eu l’occasion de grimper sur ce Avona Callis. Un terrain de jeu idéal mêlant secteurs pavés, routes plus ou moins bien entretenues, longues allées de gravel et petits singletracks à la limite du VTT. Bref, tout est réuni pour mettre à l’épreuve ce modèle gravel ! Pour cette prise en main de deux jours, c’est sur un modèle en taille M qu’on a atterrit pour notre mètre 77. Le positionnement est sportif, avec un vélo assez court au niveau du triangle avant.
Dès les premiers coups de pédale, le Callis donne immédiatement cette sensation de vélo rapide. Sur l’asphalte, on a clairement l’impression d’être sur un vélo de route. Difficile de discerner l’apport respectifs de pneus et du châssis, mais l’ensemble laisse forte impression : on a constamment envie de pousser plus fort sur les pédales et d’accélérer.
Une fois qu’on arrive sur les chemins de gravier… la sensation de vitesse et de dynamisme ressentie sur le bitume est conservée ! On est bien face à un modèle orienté performance, avec un comportement vif et nerveux. L’avant se montre assez précis, ce qui rappelle ces modèles « all-road » à mi-chemin entre route et gravel.
Pour autant, le vélo ne tombe pas dans le piège du gravel trop rigide ou trop exigeant. Le triangle arrière apporte une filtration assez sensible. On a aussi apprécié la bonne conservation de la vitesse de ce Callis tant à la descente qu’à la montée, et qui doit être en partie liée à la filtration de l’ensemble cadre/roues/pneus.
Dès que le terrain devient plus technique, le Callis garde une certaine facilité de prise en main malgré son orientation performance. On est loin d’un gravel ultra extrême qui demande d’être constamment en train de “tenir” le vélo.
Attention toutefois : les amateurs de gravel très engagé ou très orienté bikepacking pourraient trouver le Callis un peu trop “race” dans l’approche. Ce n’est clairement pas un mini-VTT à cintre route. Avona assume ici un gravel rapide, pensé pour rouler fort longtemps, avec une vraie attention portée au rendement.
À force de tourner, remonter, essayer de nouvelles singletracks et vouloir découvrir toujours plus cette jolie région italienne, nous avons défié le soleil jusqu’à ses dernières lueurs… Une belle preuve à nous-même finalement que cet argument de confort avancé par Avona n’est pas tout à fait infondé !
Verdict
Avec le Callis, Avona signe une entrée particulièrement crédible sur le segment du gravel haut de gamme. Le vélo ne révolutionne pas la catégorie, mais il propose une vision très cohérente du gravel performance moderne : rapide, léger, intégré… sans tomber dans l’excès de radicalité que certaines machines peuvent parfois afficher. Un modèle déjà très abouti jusque dans les détails !
Pour plus d’informations : https://avona.cc/en/bike/callis-en
Crédit photo : Rupert Fowler / Bike Connection Agency








