Test | Marin TAM : un VTT XC/Trail tout sourire

Par Adrien Protano -

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Test | Marin TAM : un VTT XC/Trail tout sourire

Le nom annonce d’emblée la couleur. Derrière l’acronyme TAM, pour « Trail Adventure Machine », Marin ne cache pas ses intentions. Là où de nombreux vélos cherchent aujourd’hui à repousser les limites de la performance, la marque californienne revendique un programme plus simple : créer un VTT XC/Trail capable d’avaler les kilomètres et de rester suffisamment joueur pour transformer chaque sentier en terrain de jeu. Pari réussi ? On vous explique tout ça avec notre test complet :

Un XC qui donne envie de prendre le chemin d’à côté

Cette philosophie d’un vélo XC/Trail peut sembler presque à contre-courant dans un marché où les frontières entre XC, down-country et trail deviennent de plus en plus floues. Le TAM n’a pourtant pas vocation à remplacer un vélo de cross-country ni même à séduire les chasseurs de chrono. Marin l’a imaginé comme un vélo de trail accessible, capable de pédaler efficacement tout en offrant davantage de sérénité et de confort lorsque le terrain se complique.

Sur le papier, Le TAM se présente donc comme un concurrent direct de feu le Specialized Epic EVO, du Canyon Lux Trail récemment mis à jour, ou encore, dans une certaine mesure, du Santa Cruz Tallboy, dont il partage la philosophie avec une approche un peu moins engagée toutefois.

Cadre : la simplicité avant tout

Pour son TAM, Marin reste fidèle à un matériau qu’il maîtrise depuis longtemps : l’aluminium. Le cadre est réalisé avec des tubes hydroformés dont les formes restent relativement sobres. Ici, pas de recherche esthétique extravagante ni de solutions techniques particulièrement démonstratives. La priorité est clairement donnée à la robustesse et à la facilité d’entretien.

Le cadre adopte néanmoins tous les standards attendus sur un vélo moderne : passage interne des gaines, axe arrière Boost, boîtier de pédalier fileté BSA et patte de dérailleur universelle UDH, devenue incontournable aujourd’hui. Marin a également prévu plusieurs points de fixation à l’intérieur du triangle avant, permettant d’installer un second porte-bidon ou différents accessoires.

Le passage des gaines débute au-dessus du tube diagonal, une solution qui facilite les opérations de maintenance. En revanche, les gaines ne sont pas guidées à l’intérieur du cadre, ce qui complique légèrement leur remplacement et peut occasionner quelques bruits parasites. Un peu de mousse autour des gaines permet toutefois de régler facilement le problème.

Le cadre accepte des pneus jusqu’en 29 x 2.4” ainsi qu’un disque arrière de 200 mm. De quoi laisser une certaine liberté pour adapter le vélo à sa pratique.

On notera la petite protection en plastique qui s’avère bien utile !

Le cadre n’est sans doute pas le plus léger de sa catégorie, mais ce n’est manifestement pas la priorité de la marque. Marin annonce le cadre nu, sans amortisseur ni peinture, à 2600 g en taille L. Nous avons pesé le vélo complet, en taille M, à 13,6 kg.

Suspension : une cinématique maison éprouvée

Le TAM repose sur la suspension MultiTrac, la cinématique maison de chez Marin, qui n’a rien de révolutionnaire en tant que tel. Marin l’utilise depuis longtemps et elle repose ici sur des haubans flexibles, comme la plupart des XC modernes. L’objectif est classique : limiter le pompage tout en conservant du grip lorsque le terrain se dégrade.

Sur le papier, le discours est finalement assez proche de ce que recherchent aujourd’hui la plupart des constructeurs sur leurs vélos de trail : limiter les mouvements de suspension lors du pédalage tout en conservant suffisamment de confort et de grip lorsque le terrain devient plus exigeant.

Le débattement de 130 mm à l’arrière, associé à une fourche de 140 mm, confirme d’ailleurs clairement le positionnement du vélo.

Géométrie : la confiance comme priorité

La géométrie ne laisse guère planer de doute sur les intentions de Marin. Avec un angle de direction (très) agressif de 65°, le TAM trahit ses inspirations de vélo à plus gros débattement, ADN de la marque. Rappelons que c’est un angle de direction qu’on était habitué de voir sur les modèles d’enduro il y a quelques années.

À l’inverse, le tube de selle redressé à 76° replace efficacement le pilote au-dessus du pédalier afin de conserver une position efficace dans les longues ascensions. Le reach reste relativement moderne sans tomber dans les excès, tandis que les bases de 435 mm cherchent à préserver un minimum de vivacité dans les changements d’appui. Sur le papier, l’équilibre est intéressant. Marin ne cherche pas à impressionner avec des chiffres extrêmes, mais plutôt à proposer une géométrie rassurante et facile à prendre en main.

Notre modèle d’essai reçoit un équipement homogène, mais un peu décalé par rapport au tarif, on y revient plus bas. Les suspensions sont confiées à Fox avec une 34 Performance à l’avant et un Float Performance à l’arrière.

La transmission Shimano est sans fil avec le récent dérailleur Deore Di2 à 12 vitesses, associé à un ensemble pédalier/plateau Race Face Turbine de 32 dents et une chaine KMC X-12.

Le freinage est par contre confié au concurrent direct avec une paire de Sram Motive Silver à quatre pistons parfaitement adaptés aux ambitions du vélo grâce à leur bonne puissance, le tout couplé à des disques de 180 mm avant/arrière.

Les roues aluminium maison Marin font un peu tache : lorsque le rythme augmente ou que les appuis deviennent plus marqués, elles montrent leurs limites en précision et en maintien… tandis que leur poids limite les relances et contribue au caractère relativement placide du vélo lorsqu’il s’agit d’accélérer. Elles sont chaussées d’une paire de pneumatiques plutôt roulants avec des Maxxis Rekon Race en 2.35.

Poids et tarif : le principal point d’interrogation

Le poids constitue également l’un des principaux points faibles du TAM. Avec 13,6 kg sur notre balance (en taille M), il se situe dans la partie haute de la catégorie. Ce n’est pas rédhibitoire au regard de son programme, davantage tourné vers le plaisir et la stabilité que vers la chasse aux grammes, mais cela se ressent dans les relances et les changements de rythme. À ce niveau de prix, on s’attendait toutefois à un peu mieux.

Car c’est probablement là que le TAM soulève le plus de questions. Son comportement et sa philosophie sont séduisants, mais son positionnement tarifaire apparaît ambitieux au regard de sa fiche technique et de son look général.

Pour notre version, la plus haut de gamme du catalogue de la marque, il faut débourser pas moins de 5199 €. Dans cette gamme de prix, le marché propose aujourd’hui plusieurs concurrents particulièrement solides en aluminium… ainsi que certaines options en carbone !

Le Specialized Chisel FS constitue probablement son rival le plus évident. Lui aussi construit autour d’un cadre aluminium, il mise davantage sur le rendement et la performance, avec un châssis plus léger et une approche plus proche du cross-country moderne. Le Canyon Lux Trail défie toute concurrence d’un point de vue rapport qualité/prix avec une philosophie assez proche, un cadre en carbone et un tarif contenu entre 2999 € et 5999 €.

Le Marin TAM est quant à lui décliné en trois versions : le TAM 1 à 2299 €, le TAM 2 à 3099 € et notre version d’essai à 5199 €.

Marin TAM : le test terrain

À la lecture de la fiche technique, on pourrait facilement ranger le TAM dans la catégorie des down-country/Trail. Avec son débattement de 130/140 mm et son poids contenu, il semble cocher les cases du vélo capable de tout faire. Pourtant, dès les premiers tours de roues, on comprend que Marin n’a pas cherché à développer une machine à chrono.

Le TAM privilégie clairement la facilité et le plaisir de pilotage à la recherche de la performance pure. Une philosophie qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais qui lui donne une personnalité bien à lui. C’est sur un cadre en taille M qu’on a roulé ce modèle pour des pilotes entre 173 cm et 179 cm. Nous avons roulé avec un SAG aux alentours de 25% en fonction des préférences de chacun.

À la montée

Le TAM pédale bien. La position est équilibrée et le vélo ne donne pas l’impression de gaspiller inutilement de l’énergie. Les suspensions restent assez haut dans leur débattement de manière générale. Pour autant, il ne possède pas ce côté explosif que l’on retrouve sur les châssis de XC ou down-country actuels. Les pilotes de XC auront tendance à chercher la commande au guidon pour bloquer l’amortisseur au moment de relances pour donner du peps au châssis… en vain !

Lorsqu’on hausse le rythme, son poids et ses roues ne l’aident pas à rivaliser avec des références plus orientées compétition. Les accélérations sont un peu plus placides et il faut accepter que ce n’est pas un vélo qui vous fera gagner quelques secondes dans chaque montée.

En revanche, dès que le terrain devient plus cassant ou technique, le TAM prend sa revanche. Son avant inspire confiance, la roue avant reste bien ancrée dans sa trajectoire et l’arrière conserve du grip. Là où certains vélos demandent de rester concentré pour conserver leur trajectoire, le Marin se contente de faire son travail. On grimpe proprement, sans avoir l’impression de lutter contre le vélo.

À la descente

C’est évidemment en descente que le caractère du TAM s’exprime le mieux. Ce n’est pas un vélo qui impressionne par son débattement ou par une géométrie particulièrement radicale. En revanche, il inspire rapidement confiance. On freine un peu plus tard, on ose prendre une trajectoire plus directe, on hésite moins à laisser le vélo vivre sous soi que certains concurrents downcountry.

Quand le rythme augmente, on se rend vite compte que le TAM ne prétend pas être un mini-enduro, mais il possède suffisamment de réserve pour s’aventurer sur des sentiers que beaucoup de vélos plus proches du XC aborderaient avec davantage de retenue, on a tendance à lâcher un peu plus les freins ici. Il affiche un côté vélo « plaisir » qui est agréable, mais qui montrera ses limites pour les pilotes les plus agressifs. La cinématique semble manquer de progressivité à l’arrière : avec notre réglage, nous avons eu tendance à arriver assez rapidement en fin de course sur les impacts les plus marqués.

Dans le même registre, quand on pousse un peu le vélo aux limites de sa pratique, les roues affichent rapidement un manque de rigidité.

Un vélo pour rouler, pas pour courir

C’est probablement ce qui résume le mieux le TAM : on ne monte pas dessus avec l’envie de battre son meilleur temps sur Strava. On monte dessus parce qu’on a envie d’aller rouler. Il accepte sans problème les longues sorties, les randonnées sportives ou les journées passées à explorer un nouveau massif. Et lorsqu’un singletrack un peu plus engagé se présente, il ne se défile pas.

À l’inverse, les pratiquants qui cherchent un vélo pour les marathons XC, les courses ou simplement le meilleur rendement possible trouveront facilement des alternatives plus efficaces, avec un meilleur dynamisme au pédalage et un meilleur rapport poids/équipement dans cette gamme de prix.

On a aussi le sentiment que Marin n’a pas encore totalement exploité le potentiel de cette plateforme. Il semble rester de la marge pour affiner le compromis entre poids, filtration, dynamisme et confort. Résultat, le TAM est un vélo attachant, joueur et plein de bonne volonté, mais qui ne parvient pas encore à rivaliser avec les références les plus abouties de la catégorie.

Qu’est ce qu’on changerait sur le Marin TAM XR ?

Pas de doute : c’est le train roulant qu’on conseillerait de changer en premier lieu pour doper le dynamisme du châssis. On recommande de se tourner vers une paire plus légère pour un usage davantage typé XC, et une paire plus rigide pour les pratiques Trail.

On peut également supprimer les bruits parasites dans le cadre en plaçant une mousse interne au niveau des gaines, tandis qu’une protection plus généreuse du hauban côté chaîne limiterait davantage les claquements de cette dernière en terrain accidenté.

Verdict

Le Marin TAM n’est sans doute pas le meilleur investissement du segment si votre priorité est la performance ou le rapport équipement/prix. En revanche, il propose une vision différente du downcountry/Trail (appelez-le comme vous voulez), davantage tournée vers le fun et la mise en confiance. Un vélo qui donne envie d’aller explorer le sentier qu’on n’avait pas prévu de prendre plutôt que de regarder son chrono à l’arrivée.

Marin Tam XR

5199 €

13,6 kg

  • Philosophie plaisir et mise en confiance du vélo
  • Position de pédalage agréable
  • Facilité de prise en main
  • Roues lourdes et manquant de rigidité
  • Passage interne des gaines non guidé
  • Protection du hauban côté transmission
  • Rapport poids / équipement / prix

Évaluation des testeurs

  • Prix d'excellence
  • Favori
  • Qualité / prix

Par Adrien Protano