Test e-gravel | Mondraker Dusty : l’esprit du gravel race, l’assistance en plus

Par Olivier Béart -

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Test e-gravel | Mondraker Dusty : l’esprit du gravel race, l’assistance en plus

Lorsque Mondraker avait dévoilé son premier Dusty en 2023, la marque s’aventurait pour la première fois hors du VTT pour se lancer sur le terrain, alors encore relativement neuf, du gravel électrique. Un pari qui avait fait forte impression à l’époque, tant le vélo tranchait avec ce qui se faisait ailleurs. Mais ce premier Dusty n’était, de l’aveu même de la marque, qu’un premier chapitre. Voici la version 2026 du Mondraker Dusty. L’âge de la maturité ? Vojo a testé :

Pour 2027, Mondraker rebat les cartes avec une toute nouvelle génération qui ne se contente plus d’une simple mise à jour. Le constructeur parle désormais d’une plateforme entièrement repensée, qui sort du seul cadre du gravel pour investir une catégorie plus large que la marque baptise sobrement « all-round » : gravel, route, sorties du week-end, voyages au long cours ou trajets utilitaires, le nouveau Dusty se veut capable d’endosser plusieurs casquettes. Avant de nous pencher sur le comportement du vélo sur le terrain, faisons les présentations :

Châssis, moteur et batterie

Le cœur du projet, c’est un tout nouveau cadre et une fourche en carbone Stealth Air Carbon, développés spécifiquement pour ce Dusty plutôt que dérivés d’une plateforme existante. Mondraker annonce un poids de 1 710 g pour le seul cadre en taille M/L (+ 490 g pour la fourche), tout en respectant les mêmes normes d’homologation ISO que ses VTT. La marque insiste sur le fait qu’elle a recherché un équilibre entre rigidité, solidité et filtration des vibrations, sans concession sur le poids.

Esthétiquement, on retrouve la signature Mondraker, avec une intégration poussée et des lignes épurées mais tout de même travaillées au niveau des détails (on pense notamment à la jonction des haubans avec le tube de selle). Le passage de câbles interne transite par la douille de direction grâce au système Hidden Housing Guide (HHG), tandis que la batterie disparaît intégralement dans le tube diagonal. Le cadre reste compatible avec des garde-boue (exclusivement ceux de la marque, vendus séparément) et même avec une béquille pour se plier à un usage plus « utilitaire ».

La fourche carbone suit la même philosophie d’intégration, avec passage de câble interne, fixation de frein Flat Mount, axe traversant de 12 mm et un dégagement de pneus autorisant du 50 mm de largeur. Sa hauteur axe-couronne a été calculée pour correspondre à celle d’une fourche suspendue de 40 mm de débattement en position de sag, ce qui permettrait en théorie de convertir le vélo sans en dénaturer la géométrie.

Côté motorisation, Mondraker a fait le choix du système TQ HPR60, basé sur la technologie Harmonic Pin-Ring. Celle-ci s’écarte des transmissions par trains d’engrenages classiques : la puissance transite par une couronne à double denture où plusieurs dents travaillent simultanément, ce qui permet de limiter les frottements internes et de faire tourner le moteur à un régime plus bas que la concurrence. Et donc, en théorie, plus silencieusement.

Ce bloc très compact délivre 60 Nm de couple et 350 W de puissance maximale, pour une assistance pouvant grimper jusqu’à 200 %, le tout dans un ensemble moteur et gestion électronique annoncé à 1 924 g. Mondraker met également en avant l’absence de sensation de coupure abrupte au-delà de 25 km/h, ce que nous avons effectivement pu vérifier.

Trois modes d’assistance sont proposés en réglage d’usine — ECO (102 W / 90 % d’assistance), MID (175 W / 125 %) et HIGH (350 W / 160 %) — mais chacun peut être entièrement reparamétré via l’application TQ E-Bike, tant en puissance délivrée (jusqu’à 350 W) qu’en niveau d’assistance (jusqu’à 200 %) ou en réactivité de la réponse.

La batterie, intégrée et non amovible, est proposée en deux capacités selon les versions : 580 Wh ou 360 Wh, mais uniquement pour le Dusty « S » en ce qui concerne la plus petite capacité. Une batterie additionnelle de 160 Wh, au format porte-bidon standard (fixation Fidlock), permet d’étendre l’autonomie sans nuire à la silhouette du vélo. Sur les versions RR et R, un câble d’alimentation intégré relie directement la batterie principale au dérailleur électronique Sram AXS, ce qui dispense d’une batterie AXS amovible dédiée.

L’écran couleur TQ, intégré au tube supérieur, centralise la mise sous tension, la sélection des modes et l’affichage du niveau de charge ; il communique en Bluetooth avec l’application TQ E-Bike et en ANT+ avec les compteurs GPS compatibles. Sur les cintres route, les commandes TQ Single Button Road sont dissimulées sous la guidoline ; sur la version RR, le changement de mode d’assistance passe directement par les boutons intégrés aux leviers Sram Force HRD, également en ANT+.

Géométrie

Le Dusty 2027 est décliné en cinq tailles (S, M, M/L, L, XL). On note un angle de direction constant à 70° et un angle de selle à 74° sur toute la gamme de tailles, pour une géométrie qui privilégie a priori la stabilité et le confort sur la longueur plutôt qu’une position très couchée.

Équipements et versions

Le Dusty 2027 est proposé en quatre configurations, toutes bâties sur le même cadre et la même motorisation TQ HPR60 associée à la batterie de 580 Wh (360 Wh disponible en option sur les versions « S »), avec possibilité d’ajouter le range extender de 160 Wh. Sur l’ensemble de la gamme, on retrouve une patte de dérailleur universelle UDH, un axe traversant de 12×100 mm à l’avant et 12×142 mm à l’arrière, un frein arrière au format Flat Mount et un boîtier de direction conique. Le plateau, quelle que soit la version, compte 42 dents.

Le haut de gamme de la famille est le Dusty RR que nous avons testé ici. Il est affiché au prix de 8999 €, ce qui est bien sûr élevé, mais plutôt très bien placé compte tenu de son équipement, puisqu’on trouve des vélos de gravel sans assistance au même tarif avec un équipement comparable ! Nous l’avons pesé à 13,8 kg en taille M/L, ce qui est très raisonnable vu la présence d’une batterie en 580 Wh.

Sur notre modèle de test, la transmission combine un dérailleur Sram X0 Eagle AXS T-Type 12 vitesses avec des commandes et des freins Sram Force. On frise la perfection avec des rapports qui passent de manière très fluide même quand on pédale fort avec l’assistance au maximum. Les freins ne méritent également que des éloges. Seul petit bémol : les routiers pourront trouver qu’il y a de trop gros écarts entre certains rapports sur cette transmission 12 vitesses issue du VTT et ils auraient sans doute préféré un dérailleur et une cassette Sram de la série XPLR en 13 vitesses.

Le pédalier qui va sur le moteur TQ est ici un e*thirteen Piedmont Carbon, dont les manivelles sont légères et esthétiques (et bien protégées d’origine par un film plastique), mais la finition de l’étoile fait un peu basique.

Au niveau des roues, c’est du haut de gamme, avec les Zipp 303 XPLR S en 32 mm de large en interne, hookless, et flancs de 54 mm pour l’aéro. Un modèle très convaincant et bien plus polyvalent qu’il n’y paraît (voir plus bas). Ces roues sont montées avec des pneus Goodyear XPLR Inter en 700×50, pensés pour se marier parfaitement avec ces jantes. Très roulants, ils manquent par contre, eux, de polyvalence (voir plus bas également).

Enfin, les accessoires, cintre et tige de selle viennent de l’équipementier « maison » OnOff, avec la série S9 Carbon à la finition irréprochable. La selle provient de chez Fizik.

Les autres versions :

Dusty R (coloris Rubycore) – 6999 € : Version intermédiaire, avec transmission Sram GX Eagle AXS T-Type, pédalier e*thirteen Piedmont Alloy, roues carbone Mavic Allroad S (moyeu infini ID360, 25 mm interne), cintre Onoff S3 Alloy, freins Sram Rival AXS HRD et pneus Maxxis Reaver 700×50 (composé HYPR-X, protection EXO, tubeless, 120 TPI).

Dusty S Dropbar (580 Wh ou 360 Wh, coloris Superblack) – 5999 € et 5499 € : Positionnement plus accessible avec un groupe mécanique Shimano GRX RX-610 en configuration mullet 12 vitesses, pédalier e*thirteen Piedmont Core, roues Mavic Allroad Disc (jantes hookless 25 mm interne, 28 rayons), cintre et potence Onoff S3 Alloy, freins Shimano GRX RX610 et mêmes pneus Maxxis Reaver 700×50.

Dusty S Flatbar (580 Wh ou 360 Wh, coloris Superblack) – 5999 € et 5499 € : Même base technique que le Dusty S Dropbar, mais avec cintre plat Onoff S3 Urban en aluminium double buté, poignées Ergon GRX, tige de selle télescopique X-Fusion Manic (100 mm de course, commande au guidon), transmission Shimano SLX RD-M7100-SGS et freinage Shimano CUES U8000.

Mondraker Dusty RR : le test terrain

Premier constat, purement esthétique et subjectif : le Dusty en jette. Le coloris champagne pailleté de notre modèle d’essai met particulièrement bien en valeur le travail réalisé sur le triangle arrière, franchement réussi. Seul le tube diagonal fait un peu massif (normal, il fait accueillir la batterie) mais, dans l’ensemble, les lignes restent fines et le côté e-bike du Dusty passe clairement au second plan.

La position confirme cette impression : elle est plutôt racée, avec un avant relativement bas pour la catégorie. On aurait pu craindre un inconfort à la longue, mais l’équilibre général reste agréable, et l’ergonomie du poste de pilotage — cintre en tête — se montre elle aussi très plaisante.

Le moteur TQ, lui, ne mérite que des éloges. Dès le mode Eco, le soutien est déjà bien présent, remarquablement naturel et surtout très silencieux. L’assistance donne l’impression d’avoir davantage de « poigne » qu’un moteur à moyeu type Mahle, tout en restant douce et naturelle.

En Mid, on trouve sans doute le meilleur compromis : une assistance nettement plus perceptible qu’en Eco, mais toujours très progressive. Le mode le plus élevé, lui, se réserve aux côtes les plus raides, en ayant en tête que le surplus de puissance s’accompagne de réactions un rien plus directes, sans que cela ne devienne un défaut. Pour un bloc aussi compact, le HPR60 impressionne et se rapproche des sensations procurées par un Bosch SX, tout en se montrant plus discret et plus économe.

Compte tenu de la philosophie « race » du vélo, on se retrouve très souvent au-dessus des 25 km/h sur le plat et sur route, où l’assistance n’intervient de toute façon plus. Le Dusty se pilote alors très facilement sans moteur, celui-ci étant surtout précieux dans les montées, où il apporte un vrai plus. Mais, même dans les relances et les accélérations, on parvient à avoir un répondant très franc et une mise en vitesse assez surprenante même sans aucune assistance. Preuve d’un châssis bien né et qui ne se donne pas des airs de gravel race juste pour la frime.

Cette manière de rouler assez naturellement au guidon du Dusty explique une autonomie qui frise l’excès : la batterie de 580 Wh de notre modèle semble presque superflue, et on serait curieux de voir la version 360 Wh (un kilo de moins, donc un vélo plus dynamique), qui n’est malheureusement proposée que sur le Dusty entrée de gamme, mais pas sur les autres modèles.

Le Dusty ne pèse que 13,8 kg tel quel, mais on imagine sans peine descendre sous les 13 kg avec la batterie plus compacte. En l’état actuel, avec la batterie de 580 Wh et une utilisation majoritairement en mode Mid, on approche voire on dépasse les 2 000 m de dénivelé positif avant de voir la batterie rendre les armes. Au bout du compte, c’est plutôt le pilote qui s’épuise avant le vélo.

Autre petit bémol : le changement de mode n’est pas des plus faciles. Sur notre modèle RR, il est intégré aux commandes AXS, ce qui est une bonne idée sur le papier. Mais en pratique, les petits boutons sur les cocottes ne sont pas très réactifs. Et pour l’autre option, il faut aller chercher le bouton de l’écran de contrôle sur le tube supérieur, ce qui n’est guère pratique en roulant. C’est un point qui mériterait d’être retravaillé selon nous.

Côté comportement pur du châssis, le Dusty demande un peu de vitesse pour révéler son meilleur visage. À allure réduite, il engage un peu et l’enchaînement de virages serrés n’est clairement pas sa tasse de thé. Les choses changent du tout au tout dès que la vitesse grimpe : le vélo se fait bien plus vif dans les grandes courbes rapides, y compris en singletrack.

Quand c’est cassant, il donne confiance et, même si la fourche peut parfois donner l’impression d’être un peu plus dure que le reste du vélo, on garde facilement le cap et on s’engage sereinement dans les passages plus chaotiques. Par contre, il aime plutôt quand ça va vite, et moins quand c’est lent.

L’ensemble roues-pneus, malgré la hauteur des jantes, offre une belle tolérance et absorbe bien les chocs — de quoi se prendre presque pour Van der Poel dans Paris-Roubaix en survolant cailloux et petites racines comme lui les pavés. Le vélo se montre en revanche assez sensible au vent latéral (la hauteur des jantes et la grosseur des tubes du cadre peut expliquer cela), et les pneus manquent de crampons pour se révéler pleinement polyvalents : efficaces sur terrain sec et dur, ils perdent vite en motricité arrière dans la poussière ou l’humidité, d’autant plus avec la puissance ajoutée par l’assistance. On manque aussi de grip latéral à l’avant pour être totalement en confiance. La carcasse est agréable, mais le dessin de la bande de roulement ne nous a pas totalement convaincus ; on les échangerait volontiers contre un modèle tout aussi roulant mais un peu plus mordant.

Le cadre, enfin, se montre étonnamment confortable et tolérant au vu de l’épaisseur de ses tubes — tube diagonal et bases compris — ce qui donne un vélo globalement très agréable sur les sorties longues, et qui donne envie d’enchaîner les kilomètres à son guidon, d’autant plus qu’on a l’assistance qui est présente pour rassurer et aider à rentrer quand même à la maison en cas de coup de mou.

Verdict

Nous avons pris beaucoup de plaisir avec ce Dusty qui offre d’un côté un visage racé, qui ne demande qu’à aller vite et à donner des sensations à son pilote, tout en préservant tout de même un côté plus doux et tolérant qui le rend très agréable en vrai usage gravel cassant et pour de longues sorties. Grâce à l’assistance, il permet surtout de rouler vite quel que soit son état de forme du jour, en apportant une aide bienvenue dans les passages les plus difficiles et en permettant d’avoir l’ivresse de la vitesse même quand on n’est pas en grande forme. Tout en conservant, la majeure partie du temps, des sensations de vélo « analogique ». Le tout avec une excellente autonomie qui permet de ne pas se soucier de l’état de sa batterie lorsqu’on roule. Ce qui est aussi une forme de liberté. Bref, une belle réussite pour ce nouveau chapitre de la gamme Mondraker, et un des e-gravel les plus convaincants qu’il nous ait été donné d’essayer.

Plus d’infos : https://mondraker.com/be/fr/e-gravel

 

Par Olivier Béart