Test | Cannondale Bad Habit : faut-il vraiment aller vite pour s’amuser ?
Par Adrien Protano -
Avec 155 mm de débattement, une fourche de 160 mm et un montage mulet, le Cannondale Bad Habit pourrait facilement passer pour un enduro de plus. Pourtant, après plusieurs mois à son guidon, c’est ailleurs qu’il nous a le plus convaincus. Bas, joueur et étonnamment efficace au pédalage, il semble avoir été pensé avec une question assez simple en tête : faut-il forcément rouler toujours plus vite pour prendre plus de plaisir ?
Chez Cannondale, le nom Habit est connu depuis longtemps (cf. Nouveauté | Cannondale Habit : sans prise de tête). Mais avec ce Bad Habit, la marque américaine s’en éloigne suffisamment pour qu’il soit difficile de parler d’une simple déclinaison à grand débattement.
Avec 155 mm à l’arrière, 160 mm à l’avant et un montage mulet associant une roue de 29 pouces devant à une 27,5 pouces derrière, le Bad Habit vient se glisser entre le Habit de trail et le Jekyll, machine d’enduro à point de pivot haut.
Châssis : carbone et mulet, sans hésitation
Le Bad Habit repose sur un tout nouveau cadre entièrement réalisé en carbone, triangle avant comme arrière. Cannondale annonce avoir travaillé la construction et la rigidité en fonction des tailles dans le cadre de son approche Proportional Response, sur laquelle nous reviendrons un peu plus bas. Pas de version aluminium au catalogue pour l’instant : quel que soit le niveau d’équipement choisi, la base reste ce même châssis carbone.
Nous avons pesé notre modèle d'essai à 15,74 kg avec pédales et en taille M
Côté poids, Cannondale ne communique malheureusement pas de valeur officielle, ni pour le cadre seul ni pour le vélo complet. Nous avons pesé notre modèle d’essai à 15,74 kg avec pédales et en taille M. Pas spécialement de quoi en faire un poids plume donc, mais le chiffre reste à remettre en perspective avec le programme et l’équipement : 155 mm de débattement, gros amortisseur Vivid, pneus à carcasse Enduro, disques de 220/200 mm et roues pensées pour encaisser.
Mais le choix le plus important de ce châssis se trouve probablement du côté des roues. Le Bad Habit a été développé dès le départ autour d’un montage mulet, avec 29 pouces devant et 27,5 pouces derrière sur toutes les tailles. Il ne s’agit donc pas d’un 29 pouces que Cannondale aurait ensuite adapté à une petite roue arrière. Et contrairement à ce que l’on voit sur de plus en plus de vélos, il n’y a ici aucun flip-chip permettant de passer en 29 pouces à l’arrière. Cannondale ne cherche pas à proposer deux vélos en un : le Bad Habit est un mulet et a été pensé comme tel.
Comme de plus en plus de vélos modernes, le Bad Habit dispose d’un rangement intégré au tube diagonal, baptisé StashPort. Une ouverture située sous le porte-bidon permet d’accéder à l’intérieur du cadre, et Cannondale livre une grande pochette pour y ranger chambre à air, cartouche, outils ou quelques pièces de secours. L’intérêt est assez évident sur un vélo de ce type : partir rouler sans sac tout en conservant le nécessaire pour rentrer en cas de problème.
L’intégration est discrète et le vélo conserve malgré tout un emplacement pour un porte-bidon. Il dispose également d’une protection généreuse sous le tube diagonal et sur la base côté transmission.
Autre détail que l’on apprécie : Cannondale, pourtant historiquement plutôt à l’aise avec les solutions propriétaires, a ici choisi de rester très classique. Le boîtier de pédalier est un BSA fileté de 73 mm, la patte de dérailleur est au standard UDH, l’amortisseur adopte des dimensions métriques classiques en 210 x 55 mm et le cadre accepte aussi bien un amortisseur à air qu’un modèle à ressort. Le passage des gaines DirectLine se fait à l’intérieur du cadre, avec la possibilité de les faire entrer par le jeu de direction ou de conserver un routage plus conventionnel.
Suspension : 155 mm de débattement
Le Bad Habit, c’est 155 mm de débattement arrière, associé à une fourche de 160 mm. La cinématique repose sur une architecture somme toute assez classique visuellement, mais Cannondale y applique son principe de Proportional Response.
Derrière ce nom se cache une approche déjà utilisée sur d’autres modèles de la marque : la géométrie, la cinématique de suspension et même certains paramètres de construction du cadre évoluent en fonction de la taille. L’objectif n’est donc pas simplement d’allonger ou de raccourcir les tubes entre un S et un XL, mais de conserver un comportement aussi constant que possible lorsque la taille et le poids du pilote évoluent. Le rapport de levier et la rigidité du cadre sont notamment adaptés en conséquence
Le choix de la RockShox Lyrik Ultimate nous semble particulièrement cohérent avec le Bad Habit. Avec 160 mm de débattement, Cannondale aurait très bien pu céder à la tentation d’une ZEB et de ses plongeurs de 38 mm, comme on en trouve aujourd’hui sur beaucoup de vélos de ce programme.
Cette dernière génération de Lyrik est une vraie réussite. Elle offre largement assez de maintien et de précision pour le programme du Bad Habit, tout en conservant un peu plus de tolérance qu’une grosse fourche d’enduro. Son poids plus contenu allège aussi l’avant et participe à cette sensation d’agilité que l’on retrouve sur le terrain : le vélo est facile à lever, à placer et ne donne jamais l’impression d’avoir un train avant surdimensionné par rapport au reste du châssis.
C’est finalement assez représentatif de la philosophie du Bad Habit. Plutôt que de chercher la rigidité maximale et d’en faire un petit vélo de DH, Cannondale a conservé un peu de souplesse et de légèreté là où cela contribue au caractère du vélo.
Rien n’empêche évidemment d’aller dans l’autre direction. Un pilote plus lourd, particulièrement agressif ou qui voudrait orienter son Bad Habit davantage vers la compétition pourra imaginer passer sur une RockShox ZEB ou une Fox 38 pour gagner en rigidité et en précision du train avant. Le constat est similaire au niveau de l’amortisseur, où le Vivid Air peut laisser place à un amortisseur à ressort hélicoïdal si on cherche à poser un peu plus le vélo… Un choix notamment opéré par Ella Conolly, vainqueur en titre du classement général de la coupe du monde d’enduro.
Géométrie du Cannondale Bad Habit
La géométrie suit la même logique : Cannondale cherche à installer le pilote assez bas dans le vélo, avec beaucoup de place pour bouger. En termes de cotes, en taille M, on notera le reach de 455 mm, l’angle de direction de 64°, l’angle de tube de selle en 70,2° et des bases de 430 mm.
Le tube de selle en 34,9 mm permet notamment de monter des tiges télescopiques à très grand débattement. Et Cannondale ne se contente pas d’en parler puisque notre Bad Habit 1 reçoit d’origine une OneUp V3 de 210 mm en taille M, tandis que les tailles L et XL passent carrément à 240 mm. Même le S dispose de 180 mm.
La géométrie peut également être modifiée via le jeu de direction. D’origine, le Bad Habit utilise un Acros 0°, mais la douille est compatible avec les jeux de direction Acros permettant de modifier l’angle. Cannondale laisse donc une petite marge à ceux qui voudraient faire évoluer le comportement du vélo. Aucun flip-chip au niveau du cadre ne permet par contre de faire varier la géométrie comme sur certains concurrents.
Équipements du Cannondale Bad Habit 1 : un montage cohérent avec le programme
Notre modèle d’essai est le Bad Habit 1, la version haut de gamme de la famille. Côté suspensions, on l’a dit, Cannondale a fait appel à RockShox avec une Lyrik Ultimate de 160 mm à l’avant et un Vivid Ultimate en 210 x 55 mm à l’arrière. Ce dernier reçoit d’ailleurs un réglage interne spécifique au Bad Habit.
La transmission mélange plusieurs niveaux de la gamme Sram T-Type : dérailleur XO Eagle AXS, cassette GX Eagle 10-52, pédalier Eagle 90 avec plateau de 30 dents et chaîne Eagle 70. Détail intéressant, Cannondale monte des manivelles de seulement 160 mm en S et M, puis 165 mm en L et XL. Un choix qui prend tout son sens sur un vélo au boîtier bas, où quelques millimètres supplémentaires de garde au sol sont toujours bons à prendre.
Pour le freinage, on trouve des TRP EVO Pro à quatre pistons, associés à un énorme disque de 220 mm devant et 200 mm derrière. Nous avons toutefois fait évoluer ce point pendant notre essai en montant une paire de Sram Maven. Le changement n’est pas nécessaire pour rendre le Bad Habit fréquentable, loin de là, mais les Maven correspondaient davantage à nos habitudes et nous ont permis de retrouver plus facilement nos repères lorsque les descentes devenaient longues ou raides.
Les roues sont des Reserve 30|HD AL en aluminium, avec 30 mm de largeur interne, montées sur des moyeux DT Swiss : 350 à l’avant et 370 Ratchet à l’arrière. Elles reçoivent des Continental Kryptotal en 2,4”, version F devant et R derrière, tous deux en carcasse Enduro et gomme Soft.
Enfin, le poste de pilotage est confié à OneUp avec un cintre aluminium de 800 mm, 35 mm de rise, associé à une potence de 35 mm. La tige de selle OneUp V3 complète l’ensemble.
Cannondale Bad Habit : le test terrain
En montée
Le Bad Habit pédale franchement bien. Pas « bien pour un vélo de 155 mm », mais bien tout court. La position est naturelle et la suspension reste suffisamment calme lorsque l’on tourne les jambes sans pour autant donner l’impression d’être verrouillée. On n’a pas cette sensation de s’enfoncer dans le débattement à chaque coup de pédale ou de devoir systématiquement chercher un levier sur l’amortisseur dès que la route se redresse.
Dans les montées techniques, le constat est même plutôt flatteur. La suspension arrière offre beaucoup de motricité et permet de conserver du grip sur les racines ou les pierres sans réclamer énormément d’attention.
En descente
Il ne faut pas beaucoup de virages pour comprendre où Cannondale a voulu aller. La première sensation est celle d’être particulièrement bas dans le vélo. Nous avons roulé avec environ 30 % de sag à l’arrière et, une fois debout sur les pédales, le pilote vient véritablement se placer entre les deux roues.
C’est une sensation assez différente de celle offerte par certains gros enduros modernes sur lesquels on peut parfois avoir l’impression d’être installé très haut, au centre d’une machine longue et extrêmement stable. Ici, la roue arrière de 27,5 pouces, le cadre très dégagé et la longue tige de selle qui disparaît complètement changent beaucoup de choses. Il y a énormément de place pour bouger sur le vélo et, malgré ses 155 mm de débattement, le Bad Habit paraît presque petit sous le pilote.
Et c’est un compliment. On peut charger l’avant, déplacer les hanches, faire décrocher légèrement l’arrière ou changer de ligne très facilement. Dans les enchaînements de virages serrés, le Bad Habit se place avec très peu d’effort et la petite roue arrière suit volontiers. Il y a quelque chose de particulièrement naturel dans la manière dont on peut faire bouger ce vélo.
C’est probablement le trait de caractère qui nous a le plus marqués pendant cet essai. Une petite compression devient l’occasion de pousser dans le vélo, une racine sert d’appel, un appui permet de remettre le vélo dans l’autre direction. On se retrouve rapidement à chercher des choses qui n’avaient jusque-là pas vraiment d’intérêt. On irait presque jusqu’à parler d’un petit côté BMX dans la manière de jouer avec le terrain.
Cela ne veut pas dire qu’il est nerveux ou difficile. Au contraire, nous l’avons trouvé assez facile à prendre en main. Mais il conserve suffisamment de mouvement et de caractère pour que le pilote ne devienne pas simplement passager.
Évidemment, tout ce qui fait le charme du Bad Habit finit aussi par montrer quelques limites. Dans le raide ou sur les gros impacts isolés, rien à signaler : il y a du débattement, du grip et suffisamment de marge pour aller chercher du sérieux. C’est lorsque les impacts commencent à s’enchaîner rapidement que le tableau se nuance.
Dans une succession de racines ou de pierres prises avec de la vitesse, les réactions de la suspension remontent davantage dans les pieds et le vélo peut perdre une partie de son calme. Il faut alors recommencer à travailler avec les jambes et à accompagner le vélo là où un enduro plus posé permettrait probablement de rester davantage au centre et de laisser faire.
La roue arrière de 27,5 pouces n’est évidemment pas étrangère à cette sensation. Ce qu’elle apporte en facilité de placement et en vivacité, elle le paie en partie lorsqu’il faut franchir rapidement une succession d’obstacles.
C’est aussi là que la comparaison avec un véritable gros enduro trouve sa limite. Si l’objectif est uniquement de lâcher les freins dans le cassant et de traverser les obstacles le plus vite possible, il existe des vélos plus faciles et plus stables.
Nous avons profité de cet essai pour installer un Ochain sur le Bad Habit. Le principe est désormais connu : placé au niveau du pédalier, le système autorise quelques degrés de rotation entre le plateau et les manivelles. Il cherche ainsi à réduire l’influence que peuvent avoir les tensions de chaîne sur le fonctionnement de la suspension, et notamment les retours ressentis dans les pédales lorsque l’arrière travaille.
Sur certains vélos, la différence peut être assez subtile. Sur le Bad Habit, nous l’avons trouvée beaucoup plus évidente. C’est précisément dans les portions où nous avions identifié une faiblesse que le changement s’est fait sentir. Dans les successions rapides de racines et de pierres, l’arrière nous a semblé plus libre et surtout moins remuant sous les pieds.
Le vélo ne devient pas soudainement un tapis volant. La roue arrière reste en 27,5 pouces et le Bad Habit conserve cette personnalité très mobile. Mais il y a moins de mouvements parasites qui arrivent jusqu’au pilote et davantage cette impression que l’amortisseur peut faire son travail sans être perturbé par ce qui se passe au niveau de la transmission.
Et c’est intéressant, parce que le Ochain ne vient finalement pas corriger ce que nous aimons moins en supprimant ce que nous aimons beaucoup. Le Bad Habit reste joueur, facile à déplacer et vivant. Il gagne simplement en sérénité lorsque le terrain devient très cassant. Nous avons donc conservé l’Ochain pour une bonne partie de la suite de notre essai.
Alors, à qui s’adresse ce Bad Habit ?
Après plusieurs semaines à son guidon, nous ne voyons finalement pas le Bad Habit comme un petit Jekyll. Et tant mieux. Le Jekyll a davantage de sens si la priorité est d’aller vite en descente, d’encaisser du gros terrain et de chercher avant tout de la stabilité. Le Habit se place de l’autre côté avec une approche plus trail et polyvalente.
Le Bad Habit occupe un espace assez particulier entre les deux. Il permet de partir pour une vraie sortie à la pédale sans avoir l’impression d’avoir fait le mauvais choix de vélo au premier chemin qui monte. Il dispose de suffisamment de débattement et d’équipement pour aller passer une journée en bikepark. Et surtout, il reste amusant lorsque le terrain n’a rien d’exceptionnel.
C’est probablement ce dernier point qui permettra de savoir s’il vous correspond. Si votre définition d’un bon vélo d’enduro est une machine qui efface le terrain, conserve sa trajectoire coûte que coûte et permet de repousser toujours un peu plus le moment de freiner, le Bad Habit n’est probablement pas l’interprétation la plus évidente du genre.
Si, au contraire, vous aimez faire bouger le vélo, chercher les appuis, décoller pour pas grand-chose et transformer un chemin connu en petit terrain de jeu, son caractère prend beaucoup plus de sens. Et puis si l’envie vous prend de vous aligner sur une course ou l’autre, le Bad Habit sera clairement un bon parti, simplement pas aussi radical que d’autres.
Verdict
Après plusieurs mois à son guidon, le Bad Habit nous laisse surtout l’impression d’un vélo qui assume ses choix. Le montage mulet, la position très basse, la Lyrik plutôt qu’une grosse fourche de 38 mm ou encore cette volonté de conserver un vélo vivant ne sont pas sans contrepartie. Quand le terrain devient très cassant et que la vitesse augmente franchement, il existe plus stable, plus rigide et plus efficace. Mais chercher à corriger tous ces points reviendrait aussi, quelque part, à gommer ce qui fait son caractère.
Car le Bad Habit n’a finalement pas besoin d’une piste exceptionnelle pour être intéressant. Il pédale suffisamment bien pour partir rouler plusieurs heures, possède assez de débattement pour aller chercher du gros terrain, mais sait surtout rendre amusante une descente que l’on connaît déjà par cœur. Et à nos yeux, c’est peut-être là sa plus belle réussite.
Le Bad Habit n’est donc pas le vélo qui cherche à faire disparaître le terrain sous ses roues. Il préfère vous donner envie de jouer avec. Et dans un monde où les VTT deviennent toujours plus rapides et efficaces, ce n’est peut-être pas une si mauvaise habitude. En tout cas, moi, il m’a constamment donné envie de sortir à son guidon. Mission réussie !
Cannondale Bad Habit 1 2026
7999 €
15,74 avec pédales
- Comportement très joueur et vivant
- Facile à placer et à faire bouger
- À l’aise en montée
- Standards simples et faciles à entretenir
- Montage mulet assumé, sans possibilité de passer en 29”
- Lyrik privilégiant agilité et tolérance plutôt que rigidité maximale
- Moins serein quand les impacts s’enchaînent à haute vitesse
Évaluation des testeurs
- Prix d'excellence
- Favori
- Qualité / prix
Pour plus d’information : https://www.cannondale.com/fr-be/bikes/mountain/enduro/bad-habit/bad-habit-1-smu















